SQUARE SAINT-LOUIS, À MONTRÉAL
CTAVE Crémazie, né à Québec le 16 avril 1827, que les circonstances obligèrent à s’expatrier, est le poète le plus populaire qu’ait produit la race canadienne-française.
C’est Louis Fréchette, dont Crémazie avait été le maître et l'ami, qui, le premier, proposa d’élever un monument au poète malheureux dans la métropole commerciale du Canada. Un comité fut formé, M. Fréchette en accepta la présidence, et, grâce à sa persévérance et à son énergie, le projet fut mené à bonne fin.
Le 24 juin 1906, le monument Crémazie, sur le square Saint-Louis, était inauguré au milieu d’une foule de trente mille personnes.
A la cérémonie du 24 juin 1906, Louis Fréchette tint à faire ressortir que ce n’était pas tant le poète que l’on voulait honorer dans Crémazie, mais plutôt celui des nôtres qui avait le plus contribué à réveiller le sentiment français dans le cœur de notre population et à stimuler l’orgueil généreux de la race.
Fréchette disait :
‘Ce n’est que depuis 1854, depuis qu'Octave Crémazie a jeté son premier cri franchement français ; depuis que ses strophes enflammées saluèrent de leurs acclamations le drapeau tricolore allié au pavillon de l’Angleterre sous les bastions de Sébastopol ; depuis qu’il évoqua, dans son langage héroïque, nos anciens souvenirs de gloire unis aux mélancoliques rétrospections d’un passé toujours regretté ; depuis que, du haut du rocher de Québec, sa grande voix eut clamé son vibrant ‘Vive la France !” à tous les échos du pays ; depuis, enfin, qu’il eut osé dire tout haut ce que chacun de nous pensait tout bas, que les Canadiens-français se glorifient tête haute de leur origine française, affichent librement leurs sympathies pour la France, et peuvent se proclamer français, et bons français, sans inquiéter les susceptibilités légitimes de personne.
“ À ce compte, Octave Crémazie fut, en quelque sorte, le précurseur de cette grande chose si belle et si grosse d’admirables conséquences pour nous, qu’on est convenu d’appeler l’entente cordiale.
‘Voilà l’œuvre d’Octave Crémazie ! C’est une œuvre nationale s’il en fut ; et l’homme qui a su l’accomplir, qu’il ait écrit en vers ou en prose, a droit à une reconnaissance nationale.’
Le monument Crémazie, qui est de Philippe Hébert, est composé d’un buste très ressemblant du poète sur une stèle, et du vieux soldat du régiment de Carignan pressant sur son cœur le drapeau pour lequel il a voulu mourir.
La stèle porte l'inscription :