Les monuments commémoratifs de la province de Québec
“ On a dévoilé et béni, hier après-midi, à l’Abord-à- Plouffe, un imposant monument élevé à la fois dans une même pensée patriotique, à Jeanne d’Arc, l’immortelle héroïne de France, et à la mémoire des Canadiens-français morts pour la cause de l’humanité.
“ Ce monument, qui se dresse dans le parc de Cartierville- Nord, sur les rives de l’île Jésus, a été offert à la population de l’Abord-à-Plouffe par son maire, M. Wilfrid Lorrain, préfet du comté de Laval. Le dévoilement et la bénédiction de la statue ont donné lieu à une impressionnante manifestation patriotique. D’éloquents discours ont été prononcés par M. l’abbé Richard, qui a servi en qualité d’aumônier pendant 26 mois en France ; par le président, M. Wilfrid Lorrain ; M. J.-W. Lévesque, député de Laval à la Législature ; M. Calixte Ethier, député des Deux- Montagnes aux Communes ; M. Ernest Brossard, chef ranger des Forestiers Catholiques ; l’échevin Gordien Ménard. Des personnages distingués, comme sir Wilfrid Laurier et sir Lomer Gouin, qui avaient été invités à assister à la réunion et en avaient été empêchés, avaient envoyé des lettres d’excuses.
“ La bénédiction a été faite par M. le curé Leblanc, après quoi un détachement de soldats canadiens-français, sous le commandement du capitaine Guimont, présenta les armes. Les membres du cercle Sainte-Brigitte ont grandement contribué à l’éclat de cette fête qui s’est terminée dans la soirée par un feu d’artifice.
“ Au début de la démonstration, M. Wilfrid Lorrain, le généreux donateur du monument, expliqua les motifs qui l’avaient poussé à doter son village d’une statue de Jeanne d’Arc.
“ C’est d’abord pour commémorer la victoire des soldats canadiens à Courcelette, Langemark et Vimy, et c’est aussi pour que Jeanne la Lorraine sauve aujourd’hui le Canada et les Alliés comme elle sauva autrefois sa patrie.
“ M. l’abbé Richard, à qui on avait confié la tâche de prononcer le discours religieux de circonstance, s’est exprimé de façon très éloquente.
“ A l’instar de tous les autres orateurs qui devaient le suivre, il félicite M. Lorrain de l’heureuse idée qu’il a eue d’élever un monument à la libératrice de l’ancienne France. C’est là le meilleur symbole que l’on pouvait choisir pour donner au courage et à l’héroïsme des soldats canadiens leur véritable et pleine
signification. Ceux-ci comme celle-là se sont en effet battus pour deux grandes causes, celles de Dieu et de la patrie.
“ Cette guerre, dit l’abbé Richard, est une guerre religieuse, puisque le peuple qui combat en ce moment les Allies est le peuple le moins religieux du monde. C’est le seul qui ait refuse de se soumettre entièrement aux deux grands décrets de Pie X sur la communion des jeunes enfants et le modernisme.
“ Même les catholiques allemands, par la voix de Erzberger, le chef centriste, ont conseillé la pratique de mesures barbares et cruelles contre les Alliés. “ Ne craignez pas d’être cruelle et “ de verser le sang, a dit Erzberger à la soldatesque allemande, “ parce qu’en ce faisant vous épargnerez le sang allemand.” Et l’on sait si le conseil a été suivi. C’est par centaines que des femmes, des vieillards et des enfants ont été égorgés. A l’exemple de Jeanne, les héroïques soldats de Courcelette, de Langemark, d’Ypres et de Yimy ont héroïquement lutté pour la cause de Dieu et pour “ bouter l’ennemi hors de France ”.
“ En eux, et par leurs exploits, ils ont continué au Canada la mission de la vierge lorraine.
“ Les orateurs suivants déclarèrent avec force que les Canadiens-français étaient prêts comme par le passé à accomplir leur devoir, à condition qu’ils puissent le faire de leur propre mouvement, sans contrainte, volontairement.”