‹ Les monuments commémoratifs de la province de QuébecChapitre 2 sur 113 · A ALLAN’S CORNER (CHÂTEAUGUAY · texte numérisé non relu

A ALLAN’S CORNER (CHÂTEAUGUAY

En 1894, le gouvernement du Canada décidait d’ériger un monument sur le champ de bataille de Châteauguay, afin de rappeler l’exploit de Salaberry et de ses trois cents braves. C’est M. Benjamin Suite qui fut chargé de localiser le site exact de la fameuse bataille. Il raconte de façon originale son voyage à Châteauguay :

“ Dans les deux jours qui précédèrent la bataille de Châteauguay, le colonel de Salaberry fit construire un blockhaus ou fortin entre le chemin du roi et la déclivité du terrain qui mène à la rivière. Lorsque le colonel Izard tenta d’utiliser ce chemin pour pénétrer dans nos lignes, le fortin le couvrit de feu et lui rendit le passage impossible. Après la bataille, cette construction resta debout, et, en 1818, M. Bryson s’étant fait concéder le terrain, l’exploita comme cultivateur en conservant l’édifice pour y déposer son grain. Plus tard, il l’enleva totalement, mais son fils m’assure qu’il se rappelle l’avoir vu et comme il le décrit, on comprend que ce n’était pas une grange ordinaire.

“ Sur la fin de la guerre, en 1815, les autorités militaires établirent un autre blockhaus, en bas du gué (un mille plus bas que l’autre) et qui subsista une cinquantaine d’années. Il finit par être considéré comme indiquant le champ de bataille, puisque l’usage était de dire que cette affaire avait eu lieu au blockhaus. L’erreur était devenue générale en 1859 ; on le voit par un ordreen-conseil du 7 décembre de cette année qui réserve le bâtiment, avec cinq acres de terre, for the purpose of erecting a monument commémorative of that distinguished feat of Canadian arms : the Battle of Châteauguay. Une quinzaine d’années plus tard, les habitants du village Allan démontrèrent que cette “ réserve ” n’avait rien de commun avec la fameuse bataille et, par un ordreen-conseil du 25 mars 1875, il fut décidé de vendre le terrain. Depuis, on prit l’habitude de mentionner Allan’s Corner comme le lieu convenable pour un monument. Ceci demandait une explication. Lorsque le ministre de la milice fut chargé, en 1894, d’ériger une colonne de pierre sur l’emplacement de la bataille, on me chargea d’aller à la découverte du site. Je remontai le côté nord de la rivière à pied, depuis la Fourche jusqu’au gué, qui est en dessous du village Allan. Rendu là, je savais que, une vingtaine d’arpents plus loin, je me trouverais sur le poste des Voltigeurs et des Fencibles. En effet, à peine arrivé sur les lieux, je les reconnus comme si je les voyais pour la dixième fois. Je plantai ma canne dans le sol et j’allai frapper à la porte de la

maison la plus voisine. M. Bryson vint m’ouvrir. Je le conduisis près de la canne et lui demandai :

- — Qu’est-ce que cela ?

— L’endroit où se tenait M. de Salaberry, le jour de la bataille.

— Qui vous l’a dit ?

— Mon père et bien d autres personnes.

— Il me faut un marécage à droite.

— C’est moi qui l’ai desséché.

— Je veux aussi une pointe de terre à un mille en avant.

— Vous la voyez d’ici.

— La ravine qui passe devant nous séparait Hampton de Salaberry ?

— Justement.

— Où est le blockhaus ?

— Il était là, à gauche, de l’autre côté du chemin; mon père l’a démoli.

— Il me faut trois petites coulées en arrière de moi jusqu’au village Allan.

- — Elles y sont, vous avez dû les traverser en venant par là.

— Très bien. Alors je plante le piquet et nous allons construire ici un monument convenable.

— Les gens d’Allan’s Corner voudraient bien l’avoir chez eux.

— A Ormstown aussi on le demande, mais j’ai les deux talons sur la place où se tenait le colonel de Salaberry et j’y reste (1).”

Le 26 octobre 1895, quatre-vingt-deuxième anniversaire de la bataille, on inaugurait le monument de Châteauguay.

Le monument porte les deux inscriptions suivantes :

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