RIVIÈRE SAGUENAY
Aucun rocher, écrit Arthur Buies, parmi tous ceux dont la bordure violente et tourmentée fatigue les eaux qui la caressent, et dont les cimes sourcilleuses se penchent sur le Saguenay en l’inondant de leurs ombres, n’égale en étrange et formidable majesté, les deux caps dont les noms seuls éveillent dans l’imagination le sentiment d’une exceptionnelle grandeur. Ces deux caps sont ceux de l’Eternité et de la Trinité, géants des monts qui plongent à près de mille pieds de profondeur dans la rivière et qui s’élèvent tout droits de cet abîme jusqu’à une hauteur de quinze à dix-huit cents pieds comme si les entrailles de la terre, fatiguées d’un pareil fardeau, les avaient rejetés brusquement d’un seul coup.”
C’est M. Napoléon Robitaille, un voyageur de commerce de Québec, qui songea le premier à ériger une statue de la Vierge sur le cap Trinité, qui est bien un des points les plus saisissants de ces longues murailles de granit qui encaissent pour ainsi dire la rivière Saguenay.
M. Robitaille soumit son projet à Mgr Racine, évêque de Chicoutimi, qui l’accueillit avec empressement. M. Robitaille se mit aussitôt à l’œuvre pour recueillir les fonds nécessaires à l’exécution de son projet.
Le 15 septembre 1881, la statue de la Vierge du cap Trinité était bénite par Mgr Racine. La fête fut très imposante et des centaines de personnes y assistèrent.
Un témoin de cette belle cérémonie écrivait à cette occasion :
“ Ceux qui ont assisté à cette cérémonie grandiose n’oublieront jamais la splendeur du spectacle. C’était l’une de ces belles journées d’automne, où la température est douce et tiède, les feuillages, qui n’ont plus longtemps à vivre, ont ajouté à leur verdoyante parure les couleurs les plus riches. Quel beau moment que celui où les deux bateaux à vapeur amenant, l’un, les pèlerins de Québec, l’autre, ceux de Chicoutimi, se rencontrèrent au pied du cap Trinité, et où la statue de Marie apparut aux yeux de tous ! Mais la scène fut encore bien plus impressionnante quand l’évêque, revêtu des habits pontificaux, procéda à
la cérémonie de la bénédiction. Dans quel temple plus magnifique une bénédiction céleste est-elle jamais descendue ? Pour base, les flots de la rivière Saguenay ; pour encadrement, les caps Trinité et Eternité ; pour dôme, l’immensité des cieux ; et pour tableau, une statue colossale de la Mère de Dieu, placée dans un endroit élevé au-dessus du fleuve où nul encore n’avait mis le pied.”
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