LE MONUMENT DE LA BATAILLE DU 11 AOÛT
À LAPRAIRIE
ON a attribué le succès de la bataille du 11 août 1691, à Laprairie, à un Gaultier de Varennes. Les Gaultier de Varennes ont recueilli assez de gloire dans les explorations lointaines et sur les champs de bataille sans qu’il soit nécessaire, pour les honorer, de leur donner ce qui appartient aux autres. Le héros de la bataille du 11 août 1691 se nommait Philippe Clément du Vault de Valrennes.
Le gouverneur de Frontenac, dans sa lettre au ministre du 20 octobre 1691, raconte ainsi l’exploit du sieur de Valrennes :
“ Un parti de cinq cents Anglais, Loups et Agniés étant venus jusqu’à la Prairie de la Madelaine, qui est à deux lieues de Montréal, M. de Callières qui en avait eu avis et qui croyait même le parti plus considérable, avait ramassé toutes les troupes que je lui avais envoyées avec quelques habitants qu’il y avait joints, et était allé se poster au pied du fort de la Prairie, ayant détaché deux cents hommes sous le commandement de M. de Valrennes pour s’en aller à Chambly qui était l’endroit par où les ennemis devaient venir, avec ordre de les laisser passer et de les suivre en queue.
“ Les ennemis, qui apparemment avaient dessein d’attaquer le fort de la Prairie, puisqu’ils avaient apporté des grenades,^ s’en approchèrent une heure avant le jour, le 11 d’août, et entrèrent dans le camp des habitants dont la plupart, fatigués d’une pluie qui était survenue et d’avoir été toute la nuit sous les armes, étaient rentrés dans le fort et n’étaient pas aussi alertes qu’ils l’auraient dû être ; mais les troupes, qui étaient plus sur leurs gardes, ayant marché au premier bruit, le camp des habitants, après avoir essuyé la décharge des ennemis qu’ils croyaient des nôtres, parce qu’il ne faisait pas encore assez clair pour se reconnaître, les en chassèrent l’épée à la main, et quoiqu’ils se ralliassent à cent pas au delà à la faveur d’un rideau qui les couvrit, ils les rechargèrent encore et les obligèrent à se retirer. Cependant, comme ils avaient mis du désordre parmi nos habitants et que dans ces deux charges nous avions perdu quelques officiers et soldats, ils s’en retournèrent pleins d’orgueil et d’insolence, lorsque leurs découvreurs rencontrèrent à une lieue et demie de là ceux du sieur de Valrennes qui avaient toujours suivi leurs pistes. Ils les attaquèrent, croyant qu’ils en auraient bon marché ; mais
ils furent trompés dans leur attente, car quoique le sieur de Valrennes fut de moitié moins fort qu’eux, il disposa ses gens avec tant d’ordre, de conduite et d’intrépidité, qu’après un combat qui dura près d’une heure et demie et s’être mêlés par trois différentes fois, jusqu’à se mettre la bourre dans le ventre et s’y brûler les chemises en tirant, il les fit plier et les mit entièrement en déroute, leur ayant tué plus de six cents hommes sur la place, parmi lesquels il y avait cinq ou six de leurs chefs tant Anglais que Sauvages, blessé un beaucoup plus grand nombre, pris un de leurs drapeaux et fait quelques prisonniers.”
C’est ce glorieux combat que la Commission des Sites et Monuments Historiques du Canada a voulu commémorer en inaugurant, le 23 septembre 1923, un cairn ou tumulus, sur le lieu même où il s’était déroulé, à l’angle du rang de la Bataille ou rang Saint-François de Borgia et du chemin Laprairie-Saint- Luc.
Ce tumulus porte les inscriptions suivantes :