À PÉRIBONCA (LAC SAINT-JEAN
MDamase Potvin a expliqué, dans le Terroir d’octobre 1919, la raison d’être du mausolée de Louis Hémon, l’au- • teur de Maria Chapdelaine, à Péribonca :
“ Dans ce coin de la belle région du nord du Lac Saint- Jean, un jour du printemps de 1911, arrivait un jeune Français, âgé d’à peu près trente-deux ans. Il avait une physionomie douce et sympathique ; il ne parlait généralement que pour interroger les habitants. Il affectionnait surtout les veillées où se réunissent les gens d’un village ou d’un rang, pour jaser ; alors il écoutait avec une grande attention les propos les plus puérils ; il observait les moindres gestes des paysans. Il prenait grand plaisir surtout à entendre raconter les histoires que l’on se transmet de village en village, ces récits de drames où le conteur réussit toujours à mettre un peu de merveilleux. Les jours de mauvais temps, notre jeune Français écrivait et lisait.
“Pendant quelques mois, on crut que le jeune Français venait acheter un lot pour le cultiver. Mais il n’en fut rien. A la surprise générale, on apprit qu’il avait pris du service chez un cultivateur de l’endroit du nom de Samuel Bédard à qui il s’était engagé pour la somme de $8.00 par mois.
“Notre Français passa dix-huit mois à Péribonca. Puis, un jour, alors que sa figure était devenue familière dans toute la région, de Mistassini à Mistouk, il disparut. On le regretta, il s’était si bien accommodé à la vie simple des défricheurs ; il se montrait si sensible à la poésie de la nature dont il s était fait le professeur auprès des gens qu’il rencontrait ; il racontait a ces derniers de si belles histoires de longs voyages faits a travers le
monde . . Oui, on le regretta. „ ,
“Le jeune aventurier continua ses voyages a travers le Canada qu’il avait appris à aimer. L’Ontario lui fut fatal. Il y finit d’une façon tragique, victime d’un accident de chemin de fer le 8 juillet 1913, à Chapleau, et sa dépouille mortelle repose, depuis ce temps, dans un coin du cimetière catholique de ce
village ontarien. , ^ , ,
“ Ce jeune Français, on l’aura sans doute reconnu, c est
Louis Hémon, auteur du délicieux roman canadien Maria Chapdelaine, qu’il écrivit à Péribonca, et dans lequel il a si bien décrit les moeurs, les coutumes, la langue et les types de nos colons bas-
canadiens.
“ C’est à la mémoire de ce jeune écrivain français que la Société des Arts, Sciences et Lettres de Québec, a pensé, un jour, élever un humble mausolée, simple témoignage d’estime et de confraternité^ littéraire. La Société des Arts, Sciences et Lettres, ne pouvant élever ce souvenir sur la tombe de Hémon que l’on n’a pu encore localiser en Ontario, a voulu l’ériger dans ce coin du “ pays de Québec ’’ où Hémon avait étudié et décrit ceux qu’il a appelés un “ témoignage ” de notre miraculeuse survivance française.”
C’est le 18 septembre 1919 qu’a été inauguré le mausolée de Louis Hémon, à Péribonca. L’honorable M. J.-Edouard Perrault, l’honorable M. Cyrille Delâge, M. Ponsot, consul général de France au Canada, et une trentaine de membres de la Société des Arts, Sciences et Lettres avaient mis de côté leurs occupations pour aller se joindre aux citoyens de Péribonca dans cet hommage à la mémoire d’un étranger qui avait été leur concitoyen et leur ami.
Le mausolée de Louis Hémon porte l’inscription suivante :