APRÈS L*ÉDIT DE PACIFICATION
G)mme on Ta vu par tout ce qui précède, cette cathédrale après avoir été pillée par les calvinistes dans le premier moment de Tinvasion, fut ensuite méthodiquement dépouillée de tout ce qui n'avait pas été saccagé. Pendant toute la durée du règne des protestants, les trois églises^ après avoir été remises un peu en état, servirent de Temples à ceux de la religion nouvelle, car Texercice du culte catholique avait été sévèrement interdit à Lyon^ par une ordonnance du 14 juillet, rappelant une autre rendue dès le jour de l'occupation de Lyon. « Puis aussi, dit l'ordonnance du 14 juillet, qu'il a plut à Dieu, chasser hors ladicte ville toute idolâtrie et que c'est chose grandement pernicieuse vivre sans religion, est enjoinct aux manans et habitants de ladicte ville, qui souloyent tenir la part de l'église romaine, de quelque estât, qualité ou condition qu'ils soyent, de fréquenter les presches qui se font ordinairement dans ladicte ville, et les aller oyr à tout le moins deux fois la semaine, scavoir le dimanche et mercredi qui sont jours de prières, à peine de dix livres d'amende pour chascune fois qu'ils seront défaillantz, applicables les deux tiers aux prières et le tiers à celui ou ceulx qui dénonceront les défaillans et contrevenans à la présente injonction, »
La liberté personnelle n'avait pas été respectée davantage, car à son arrivée à Lyon, le 19 jaillet, le baron des Adrets « trouva les couvents tous pleins de catholiques qui y estoient gardez estroitement.
« nies fit mettre en liberté et leur permit desortir de Lyon avec leurs femmes et leurs en£mts, en payant la rançon à laquelle chascun d'eulx fut breveté. Il ne demeura nul catholique en ville qui eut moyen de se nourrir dehors, et en furent les villes de Chambéry^ Bourg-en-Bresse, Montluel et autres villes de Savoye et Bresse tellement peuplées qu'elles sembloient des petits Lyon. » (Rubjrs, p. 396.)
Toutefois, les calvinistes avaient autorisé les Sœurs qui servaient les pauvres à l'Hôtel-Dieu de rester à Lyon ; mais elles durent porter des robes noires au lieu de robes blanches, et il leur fut enjoint, ainsi qu'aux serviteurs de la maison, a d'assister aux presches et autres exercices qu'y feront les ministres de la Réforme, d'y vivre en paix et de ne causer aucun scandale. » (Dagier ; Hist. de rHôtel-Dieu de Lyortf i-io.)
Le Consulat fut réorganisé aussi selon le vœu des protestants; au lieu de six conseillers on en élut douze, mais on décida d'abord « qu'avant qu'ils ne puissent s'ingérer en la cause publique, ils seront tenus de rapporter, de Messieurs du G>nsistoire établi à Lyon, certification de leur foi. »
Le Consistoire, si bien secondé par le Consulat composé uniquement de ses créatures, ne tarda pas de déclarer Tinstruction publique obligatoire et la Chambre de ville, en réorganisant le grand collège de la Trinité d'où les Jésuites avaient été expulsés, décida « que les prières y seront faites selon la coustume et ordonnance de l'Église réformée, sans que par cy-après soit dit, ne célébrer aucune messe ni cérémonie papale. » (Regist. consul. 1562.)
Le Consulat exigea aussi que les enfants assistés de Y Au-
mosne générale fussent élevés exclusivement dans la religion protestante. Ceux de ces enfants qui étaient à Thospice de la Chana furent conduits le dimanche et le mercredi au prèsche de l'Observance. Mais les magisters préposés à la garde de ces pauvres enfants violentés dans leur conscience n'étaient que de vils mercenaires.
On voit, par les registres de la comptabilité de l'Aumône générale, tenue par les protestants^ que les Recteurs de l'Aumône reconnurent bientôt que ces « Magisters estoient plus zélés à toucher leurs gaiges qu'à enseigner les enfants qui ne font rien et que pour obvier à l'oisiveté, il seroit bon de les faire travailler aux réparations de la ville, pour gaigner partie de leur despense. » Mais quels exemples pouvaient avoir ces enfants dans les chantiers où se trouvait le rebut de la population ?
Les orphehnes de Sainte-Catherine étaient conduites aussi à ces chantiers « sDubs la garde de leurs maistresses », mais l'Aumône générale fut bientôt si pauvre qu'on retrancha aux enfants le pain blanc, les œufs et le beurre. On refusa aussi les secours « à certains pauvres regardés comme ennemys et séditieux et aux femmes dont les maris estoient au camp ennemy. »
On expulsa de la ville ceux « déclarés papistes et rebelles et on ne donna plus de secours qu'à ceux qui certifiaient qu'ils fréquentoient les presches et savoient prier Dieu, et n'estoient ni gourmands, ni ivrognes, paresseux, papistes et séditieux. » (Regist. de l'Aumône générale, archives de l'hôpital de la Charité.)
La liberté de la presse était non moins foulée aux pieds et le gouverneur de Lyon, M. de Soubise, xiécida, à propos d'un livre condamné par le Consistoire, » la suppression de ce livre et que ceulx qui en seroient trouvés saisis, ou qui les auront distribuez, seront pendus et étranglez sans aucune
forme et figure de prociz et sans espérance de grâce ni modéraiion, »
Maïs cette tyrannie n'eut heureusement qu'un temps. Le soleil reparait toujours, même après les plus affreux orages. Dès le 18 mars, parut un Édit royal dit de Pacification, dans lequel il fut dit: «que les ecclésiastiques rentreront en ville, qu'ils seront remis dans la possession de leurs biens et dans l'influence du culte catholique et que deux Temples seront affectés à l'Église réformée. » Celle des Cordeliers, entr' autres, resta aux protestants pour le libre exercice de leur culte, promis par l'Édit de pacification, mais ils obtinrent du maréchal de Vieilleville, la permission d'ériger un Temple sur les fossés de la Lanterne (place des Terreaux, à l'endroit où s'élève aujourd'hui l'Hôtel-de-Ville). « Dès lors, ditRubys, ils se mirent tous, grands et petits, hommes et femmes, à porter la terre pour combler les fossez, en chantant les psaumes de Marot et de Beze. »
Le comte de Sault, qui par sa faiblesse, avait livré Lyon aux calvinistes, dans la fatale nuit du 31 avril 1562, s'empressa de rentrer à son poste, « mais ayant osté son masque, il n'alloit plus à la messe, ains faisoit profession de protestantisme, » tandis que le baron des Adrets rentrait dans le giron de l'Église catholique.
Les chanoines de Saint-Jean et le reste du clergé de Lyon étaient moins pressés de revenir. Les églises étaient, pour la plupart, dans un véritable état de ruine ou démolies, et les maisons curiales complètement saccagées. De la cathédrale et des églises Saint-Etienne et Sainte-Croix, jadis si belles, si richement ornées, il ne restait que les quatre murs tout nus, avec une chaire et quelques bancs de bois grossiers, construits à la hâte » pour les presches et les cènes » des calvinistes. Les vêtements sacerdotaux avaient été tous détruits et les vases sacrés étaient au pouvoir du
Consulat, qui ne semblait pas décidé à les rendre, et il fallut Tintervention du maréchal de la Vieilleville pour les faire restituer. Le cloître de Saint-Jean était aussi inhabitable. Le 24 juin 1563, le Chapitre se réunissait encore à Saint-Rambert-en-Forez, où il avait cherché un refuge, après bien des périgrinations, et répondait au maréchal qui Tavait rappelé à Lyon, <c que ses maisons étant démolies ou ayant leurs portes brisées, et que ne pouvant pas habiter les tavernes et cabarets, ce Jqui seroit fort scandaleux, ils rentreraient cependant mais pour vivre, se loger et manger ensemblement dans la maison de l'archidiacre qui avait été sans doute épargnée. » (Regist. capitul. is63)«
Ces faits sont hautement établis par un acte sans date ni signature niais qui, évidemment, a été écrit en 1563, par le Chapitre, avant sa rentrée à Lyon. Il en ressort même que malgré l'édit de pacification, on continuait, à Lyon, les démolitions commencées depuis le mois de mai de Tannée précédente. Dans cet acte, les chanoines, après avoir sollicité près du roi la restitution de leur Trésor et de son inventaire, lui exposèrent « les ruines et démolicions de leurs chapelles et autels, les chœurs desdites églises, spécialement ce qui a esté àémoly depuis la paix, qui est les maisons de leur cloistre, le chœur de Saint-Estienne, leurs cloches, et que cette démolicion a esté faicte par commandement des échevins qui lors estoient et qui y estoient présentz et commandans, avec leurs mandeurs portans la manche ez armoiries de la ville. » Enfin ils concluèrent « à ce que ledit s"" de Sault rendît les reliques ou face rendre par ceulx aux quels il les a baillées et qu'il apporte l'inventaire et qu'ils leur soit permis de poursuivre ceulx qui ont faict lesdites démolicions, mesme depuis la paix, et qu'ils seront tenuz de réparer et de remectre en son premier état, à leurs dépens, comme ayant contrevenu à l'Edict et faict
ce que dessus seulement par animositéet vindicte. » Cette requête fut-elle accueillie favorablement par le roi, je ne saurais le dire, ou bien le Chapitre dut-il, avec ses propres ressources, réparer tous ces désastres ?
Les chanoines de Saint-Jean^ après leur fuite, s*étaient réfutés, les uns en Allemagne, les autres au château de Vaugneray, où ik tinrent leur première réunion le premier vendredi du mois de mai 1562, in Ixo et castro de Vaugremty. Mais cette localité ne leur offrant pas assez de sûreté, ils se retirèrent à Trévoux, où ils se réunirent en assemblée, le 22 du même mois. On s'y occupa surtout de l'administration générale du Diocèse dont le siège était vacant par le décès de l'archevêque.
La troisième réunion se fit le 6 décembre 1562, à Montbrison « au logis où pend pour enseigne le Lion d'or. » X^ quatrième, le 24 avril 1563^ à Saint-Rambert-en-Forez, chez Bertrand de la Tour, archidiacre de Lyon, et la cinquième, au même lieu, le 24 juin suivant. Des proccs-vcrbaux réguliers constatèrent ces assemblées, et ces actes furent transcrits soigneusement après le retour du Chapitre sur les registres des actes capitulaires dont les originaux sont encore aux archives de l'archevêché et les doubles aux archives du département du Rhône.
Quoique l'Edit de pacification eût été public le 18 mars, le Consulat n'y adhéra que le 9 juin.
Le 18 juin, le maréchal de Vieillevillc, pour donner une certaine satisfaction aux protestants, leur permit a de faire leurs presches es temples des Cordeliers et de Confort delà la Saône, et deçà la Saône au lieu nommé la Chana, où de présent sont les enfans orphelins. » (Paradin, p. 373.)
Qpant aux chanoines, ils rentrèrent enfin à Lyon le 3 juillet, et le dimanche, 18 du même mois, le maréchal de Vieilleville fit célébrer la première messe à Saint-Jean, en
présence de tous les Magistrats de Justice qui étaient aussi revenus prendre leurs fonctions. Us étaient tous catholiques. La messe fut dite par P. Edmond Auger, jésuite. Le pasteur Viret lui avait sauvé la vie. Il prêcha avec une telle onction qu'il fit verser des larmes à tout Tauditoîre.
Cette même et douce émotion devait se manifester dans ce même sanctuaire deux cent trente années plus tard, le jour où le catholicisme éprouvé par une persécution bien autrement plus cruelle que celle de 1362, rouvrait la cathédrale souillée et profanée par la déesse Raison , et célébra le culte du vrai Dieu, qu'on chasse en vain de ses Temples. Le comte de Sault se promenait pendant cette messe, avec sa garde, sur la calade de Saint-Jean « pour empescher qu'il n'y survînt aucun désordre. » Le P. Auger était secondé par « le bon frère Jacques Pyrus, prieur des Jacobins, que les protestants avaient longuement tenu prisonnier à Pierre-Scize. »
Dès le retour, les chanoines se mirent à l'œuvre pour relever les ruines de leurs trois églises et du cloître ; mais cette restauration ne put que se faire très lentement. Leurs ressources avaient été considérablement réduites ; plus d'un de leurs domaines était resté sans culture ; les fermiers pillés par les protestants ne payaient plus leurs redevances et les dîmes avaient beaucoup diminué.
Ce n'est que dans le siècle suivant, en 1607, que le Chapitre put faire un nouveau jubé à la place de celui que les protestants avaient renversé ou brisé ; niais cédant au caprice de la mode qui avait horreur du gothique, les chanoines adoptèrent l'ordre corinthien, et on l'orna de bas-reliefs et de statues d'une bonne exécution et de marbres de diverses couleurs ; il coûta 4800 livres. Le grand christ d'argent qui surmontait le jubé primitif fut remplacé par un christ en croix dû à un artiste de l'école de Michel Ange,
DE LA PRLMATULË DE LYON 6l
mais hélas! ce monument devait tomber, i86 ans après, en 1792, sous la pioche des nivelcurs de cette époque.
On pensa cependant le conserver pour l'utiliser ailleurs^ je ne sais où, car j'ai lu, dans le procès-verbal d'adjudication de la vente de l'église Saint-Etienne, que TEtat se réservait les matériaux provenant du jubé de Saint-jean.
En 161 7, on éleva sous le vocable de Notre-Dame et de Saint-Jean-Baptiste, maintenant Sainte-Anne^ une cliapelle due à la munificence du doyen Meslet de la Besnerie qui y attacha deux prébendiers.
En 1 623 , Antoine de Gilbertcs, archidiacre, fit bâtir la chapelle de Notre-Dame et de Saint- Antoine, et il y fonda une messe quotidienne. Elle renferme aujourd'hui les fonds baptismaux.
Dans la chapelle de Bourbon, on plaça un tableau représentant le Christ à table avec les apôtres, d'un élève de Jules Romain.
Dans la chapelle à côté, fut suspendu un autre tableau, l'ensevelissement du Christ, de Perin del Vagc, élève de Raphaël, et dans une chapelle, de l'autre côté de la nef, un tableau de Le Blanc, représentant la Vierge, saint Jean-Baptiste et un chanoine à genoux.
En 1598, Nicolas Lippius, de Bàle, avait fourni l'horloge célèbre qu'on voit dans le transept et qui est dans le plus honteux délabrement. En 1660, le Chapitre le fit restaurer.
En 175s, on confia à des ouvriers italiens le soin de laver tous les murs intérieurs de Saint-Jean, ce qui fit reparaître les frises d'incrustation du chœur ensevelies sous un épais badigeon.
Tout ce chœur est revêtu, du reste, de marbres des plus rares, provenant de monuments antiques de Lyon, mais au commencement de ce siècle, un architecte couvrit ces mar-
bres d'une peinture à l'huile imitant des marbres et on eut les plus grandes difficultés d'enlever, quelques années après, cet affreux badigeon.
De nouvelles tombes s'ouvrirent aussi, depuis 1562, dans l'église primatiale; je n'en citerai que quelques-unes : celle de François de Mandelot, le célèbre gouverneur de Lyon, en 1588, — de Pierre d'Epinaî, archevêque de Lyon, mort en 1 599, — de Claude de Talaru deChalmazel, doyen, décédé le 15 février 161 1, — du Prévôt La Besnerie, mort on 1520, — de Gaspard d'Urre, seigneur de La Touche, mort en 1621, de Charles Miron, archevêque, décédé en 1628, — de Antoine deGilbertès, chanoine, mort en 1639,
— de Hector de Crémeaux, doyen, mort en 1639, — de Adrien de Saluccs de la Mante, sacristain, mort en 1640,
— de Edmond de Faulquier, doyen, tué par la chute d'une pierre de Tun des clochers, le 19 mai 1642, — de Philibert de Bonay, chanoine, mort en 1646, — de Guillaume d'Albon, chanoine, mort en 1630, et de beaucoup d'autres dignitaires dont je ne saurais donner ici tous les noms. Je me garderai de môme de donner ici une plus longue description de l'état de l'église primatiale après 1562, cette description très complète se trouve dans la belle Monographie de Saint-Jean publiée par M. Lucien Bégule.
Quelle que fut la nouvelle splendeur que le Chapitre se plut à donner à la Cathédrale, après les désastres en 1562, l'art regrettera néanmoins toujours plus d'un des monuments anciens qui le décoraient. Il pleurera toujours son jubé orné de sculptures et de bas-reliefs dans le style du monument.
Il regrettera non moins les verrières de la nef, du chœur et des roses dont quelques-unes, heureusement, ont échappé jusqu'à présent aux désastres que la Primatiale a subis à diverses époques. M» Bégule en a reproduit un grand nom-^
DE LA PRIUATIALE DK LYOX 63
bre dans sa belle Monographie de la Primatialc et je dois à soD exquise obligeance la communication des dessins que je donne ici comme spécimens de ces verrières. Le premier placé dans la rose mèiidionalc représente Adam et Eve. Ils
commettent ta première faute, et portent à leurs lèvres le fruit défendu. Autour de l'arbre de vie est enroulé le serpent tentateur sous l'aspect d'un reptile K tète de femme.
64 LtS MOKUMENTS d'aRT
Dans 11 même rosace se voieni. les trois Maries a
beau.
Ailleurs sont représentés sept vertus et sept vices coi traires, et bien d'autres sujets que je ne décrirai pas.
Mais une consolation nous reste cependant ; ni les calvî^ nistes, ni les jacobins même n'ont pu détruire complètement les riches archives de la Primatialc. Les calvinistes en ont lacéré une partie, la Convention a fait brûle aussi beaucoup de titres historiques comme i
ention a fait brû^^^H comme entachés ^^^|
DE LA niIMATULE DU LVOX
féodalité. Mois, comme je l'^i ilèji dit plus haut, ce qtù nous reste d'épaves de ce double imufrage «■( encore des pins considérables; l'érudit et i<; ;>av3ni les compulsent, avec
La Joie et h Douleur.
joie, pour leurs travaux, car ce n'est que dans cette mine féconde, trop négligée jusqu'h présent, que se trouve la vérité vraie sur tant de faits historiques tronqués par nos historiens faute d'y avoir eu recours. Aussi je n'ai pas tailli de
puiser h cette excellente source les éléments principaux dèn cette étude, en attendant que nos archives achèvent de poui* I rir ou d'être brûlées dans les combles de rH6tel-dc-Ville, i
Mais on ne retrouvent plus une autre partie du Trésor i de Saint- Jean ; je veuK parler de ses reliquaires, de ses vases sacrés, de ses riches ornements, de ses sptendides tapisseries dont on ornait le sanctuaire les jours des grandes
DE I.A PBIMATIALE OK ITOK 67
solennités. Ces richesses que les calvinistes n'ont pas d^rnites et qui existaient encore presque en cndcr, au moment de la Révolution, ont éti anéanties par clic et jetées dan-
La Cupidité et la Charil/.
les creusets de la monnaie. Elle en a retiré quelques sommes bientôt dilapidées par les hommes de cette époque, tandis que si, moins odieuse et moins fanatique, elle les eût déposées dans nos musées, quelle magm6que place n'y
eussent pas occupé ces reliquaires, ces vases sacrés, ces ornements sur lesquels l'an de dos pères avait, depuis ,1e V jusqu'au xix* siècle, déployé toutes sesspleadeurs ? De quel secours ne seraieat-etles pas aujourd'hui pour Tartbte, pour
l'ouvrier et pour rhistorien ? Quels beaux modèles ils trouveraient à imiter ou dont ils s'inspirerùent pour leurs travaux ! Cest donc un vériuble vol que la Révolution a commis, en réduisant en quelques lingots toutes ces pièces d'orfèverie d'une si grande valeur anistique.
J'ai été longtemps à rechercher ce que les niveleurs de
179J avaient fait du Trésor de Saint-Jean. Je lai demandé
en vain aux chefs des Archives Nationales qui m'ont fourni si obligeamment, l'an passé, des documents sur les'manuscrits enlevés en 1793 au collège de la Trinité. Ce dépôt ne
possède que quelques titres concernant les Trésors des églises de Paris. Je me suis aussi adressé, sans plus de succès, à la Monnaie nationale de Paris; mais ces jours derniers^ j'ai eu l'heureuse chance de rencontrer aux archives du département, dans les registres de l'administration du District, de 1792, quelques indications, mais trop sommaires, sur les derniers jours du Trésor des églises de Lyon. Il ressort de ces registres que l'administration de Lyon, exécuteur trop fidèle des ordres du gouvernement, en date des 5 novembre 1789 et 8 novembre i790,commença, vers le mois de mai 1 791, la saisie des Trésors des maisons religieuses de Lyon et la continua l'année suivante; ainsi, j'ai constaté que les officiers municipaux délégués se présentèrent pour saisir l'aiffenterie, entre autres :
i^ Le 13 septembre 1792, à la chapelle du château de Pîerre-Scize.
2^ Le 14 septembre, à la maison du Verbe incamé, à celle des Pénitents de l'Antiquaille, des Chazaux et de Ste-Marie de Bellecour.
3® Le 17 du même mois, aux couvents des Ursulines de la Monnaie, de la Déserte, du Bon-Pasteur^ des Bernardines et des G)linettes.
4® Le 22 septembre, au couvent des Qpucines.
5® Le 15 octobre, aux Minimes. Ce jour les officiers municipaux enlevèrent aussi à cette maison les tableaux, ornements et autres effets portatifs qui se trouvaient dans l'église de cette maison, et vendirent sur place les boiseries, les barrières en fer de cette église, de la sacristie et des chapelles.
6*» Le 14 novembre, c'est le tour de l'église Saint-Just d'être dévalisée officiellement. Le sieur Bonnard, délégué spécial, lève les scellés posés par Tancien Directoire et enlève toute l'argenterie, après avoir dressé inventaire en pré-:
DE tk PRIMATULE DE LYON yt
sence du curé et du vicaire, mais le bâtonnier ayant refusé de livrer un bâton d'argent qui lui avait été laissé, reçoit Tordre de le remettre sans retard.
7° Le 15 novembre, le sieur Carron reçut mission de se rendre à la paroisse de la Métropole et à celle de Saint- Georges pour s'emparer des meubles, effets et argenterie que les Fabriciens détiennent « pour Tusage et de les faire transporter dans les archives de l'administration et ensuite à la Monnaie ».
8^ Le 16 novembre, le même commissaire se saisit de l'argenterie des églises de Vaise et de la Croix-Rousse.
9^ Le 21 novembre, le sieur Carron est nommé commissaire à l'effet de se transporter de nouveau dans l'église de la Métropole pour enlever la grande croix de l'autel et la faire déposer aux archives de l'administration. (Cette croix en argent massif, donnée en 1750 par le cardinal de Tencin, avait été laissée lors d'une première visite aux fabriciens qui avaient demandé à en référer à l'Assemblée nationale).
Le 19 novembre, on se représente à l'église Saint- Saturnin, mais les fabriciens en avaient enlevé toute l'argenterie.
Le 26 du même mois, les commissaires s'occupent de lenlèvement de tout le cuivre, étain, plomb provenant des maisons religieuses et qui avait été déposé dans le réfectoire de Saint-Pierre, dans la salle de l'évèché et dans une cave de l'Hôtel-de-Ville, sans que leur poids eût été constaté. Ce pesage se fit avec le concours du peseur public et dura plusieurs jours.
Le 26 novembre, le Directoire prit un arrêté ordonnant que tous les autres effets et les tableaux réunis dans ces mêmes dépôts seraient décrits et comptés par les sieurs Sicard, Carron et Seriziat^ et que le sieur Hennequin,
^2 LES MOMUliCENTS d'aRT
peintre (i), serait spécialement chargé de l'inventaire des tableaux.
Comme on le voit, presque journellement les commissaires du Directoire entassaient dans les archives les Trésors de nos diverses communautés religieuses et même des tableaux, mais ces derniers objets d'art étaient d'un mince intérêt pour le Directoire de Lyon recruté parmi les hommes les plus ignorants.
Us tenaient d'avantage à Tor et l'argent, et le gouvernement, aux abois, et toujours besogneux, malgré les sommes énormes produites par la vente des biens nationaux, rendait décrets sur décrets, pour qu'on battit^ le plus vite, monnaie avec l'argenterie des maisons religieuses supprimées. Déjà le 30 octobre 1792, il y en avait un stock considérable aux archives. Ce jour, M. Sicard est nommé commissaire à l'effet de faire transporter à la Monnaie la valeur de 637 marcs 3 deniers, formant une partie de l'argenterie déposée dans ces archives et faire procéder, en présence des commissaires du département et de la municipalité, à une nouvelle pesée. Une seconde remise d'argenterie est faite à la Monnaie le 12 novembre suivant. Ce jour, dit le procès-verbal auquel j'emprunte cette citation, le Directoire s'est occupé en présence des commissaires du département et de la municipalité et de M. Daguillon, directeur des messageries, de la pesée de toute V argenterie dorie, provenant des parois ses et des établissements ecclésiastiques supprimés, déposée dans les archives de l'administration. Le poids total de l'or était d'un marc 2 onces 1 2 deniers, et celui de Y argenterie blanche de 45 3 marcs, une once, 3 deniers. « Le tout a été mis^ en présence toujours desdits commissaires et de M. Daguil-
(i) M. Hennequin était un artiste distingué. La famille de Cazenove possède de lui un portrait â trois personnages.
Ion, dans une caisse, avec paille et cordât, laquelle caisse bien conditionnée a été remise entre les mains de M. Daguillon^ en sa qualité de directeur des messageries qui a fait sa soumission de la faire parvenir de suite à sa destination.» Comme on vient de le voir^ au 12 novembre 1792, on avait déjà remis à la Monnaie, en deux fois, un poids total de plus de mille quatre-vingt-deux marcs émargent. La valeur de ce second envoi était, pour Vor, de 500 francs, et pomr Vargeni, de 13,658 francs.
Mais ce n'était là qu'une partie des dépouilles de nos églises; il est bien à regretter que tous les inventaires aient disparu (i), car nous saurions, par ces documents^ non seulement la nature de chacune des pièces d'argenterie séquestrées par le Directoire, mais aussi leur valeur totale.
Quant à celle du Trésor de Saint-Jean, nous pouvons nous en faire une idée approximative par une note que je trouve au dos de l'inventaire du Trésor de la Primatiale dressé par le chapitre, le 29 novembre 1760. Cette note est ainsi conçue : « Toute l'argenterie du Trésor pèse 550 marcs, à 48 livres le marc, soit 26^400 livres. » Il est bon
(i) Ces inventaires, que j*ai longtemps cherchés dans nos archives, ont été envoyés à Paris avec toutes les pièces d'argenterie qui y étaient portées, en exécution d*un décret des 4-14 septembre 1792. Ce décret regrettable dit art. 2 « Le commissaire-administrateur de la Caisse de rExiraordinaire est autorisé à requérir des corps administratifs Venvoi àê tous Us Mals^ inviniaires et recoUments qui n'auraient pas été fournis ou qui se seraient égarés. »
Ces envob ont été faits régulièrement» mais il n'en est pas resté copie. Toutefois, je suis parvenu à trouver dans le tome IV, page 170, de l'inventaire des titres de la maison des Jacobins, un état de l'argenterie de cette maison, en 1762. Ce même inventaire indiqut aussi tous les tableaux que ces religieux possédaient à ce moment. Je publie ces états dans un ouvrage spécial sur les Trésors des églises de Lyon.
de noter qu'à ce moment le cardinal de Tencin et le chapitre venaient de vendre toute la vieilk argenterie du Trésor pour faire fabriquer^ à Paris, la croix et les chandeliers d'argent qui paraient le maître -autel et qui coûtèrent 50,000 francs.
D'autres recherches m'ont permis de constater aussi qu'au .23 janvier 1793, on avait envoyé déjà, en plusieurs fois^ aux Hôtels des Monnaie de Lyon et de Paris, 4,698 marcs d'argent d'une valeur de 215,552 livres, mais à ce moment restait encore, dans les douze paroisses constitutionnelles, toute l'argenterie dont elles avaient besoin. Cette argenterie disparut dans le pillage de ces églis'es, le 10 novembre 1793 (i).
En ce qui concerne les objets d'art que possédait l'église métropolitaine (2), il en est plusieurs qui ne figurent sur
(i) Le 10 novembre 1793,' après le pillage des églises constitutionnelles on célébra Tapothéosc de Chalier. Son buste couronné de fleurs fut placé sur un palanquin tricolore porté par quatre Jacobins de Paris. (Tablettes hist., Pericaud aine, p. 59, 1836).
(2) Cette église était encore, le 1 1 brumaire an xin (i8o4),dans le plus lamenuble état de délabrement ; on peut en juger par ce passage d'un rapport de M. de Charpieux^ alors maire de l'arrondissement de l'ouest de Lyon. « La vaste église de Saint-Jean est dépourvue de tout; l'autel seul peut annoncer la place du Sanctuaire; on voit se reproduire partout des marques hideuses de dégradation. Le pavé, en grande partie, a été mutilé pour devenir praticable aux chevaux et aux chars du paganisme... » En effet, pour célébrer la fête de la Raison, on avait dû dépaver la nef. Cette fête de la Raison fut célébrée le 8 juin 1794.
Il reste encore dans le fonds Coste plusieurs dessins représentant la décoration de la cathédrale pour cette cérémonie burlesque. Au milieu du chœur, se dressait une haute montagne en carton ou en plâtre.
Toute la basilique était ornée d'emblèmes. Des groupes séparés de jeunes filles, déjeunes garçons^ déjeunes femmes, de jeunes hommes et de vieillards, tenant des couronnes de chêne> précédaient les représentants du Peuple. Des chœurs de musiciens chantaient des hymnes. Le cortège après s'être arrêté sur la place Bellecour, où un représentant du
aucun des inventaires de son Trésor, mais dont l'existence nous est révélée par d'autres documents. C'est ainsi que nous voyons, par les r^istres des délibérations du Directoire du département du Rhône (vol. 7, fol. 60, in-8**), que le 13 janvier 1792, on avait conâsqué dans les archives de la cathédrale le célèbre cor de Roland, neveu de Charlemagne. Ce cor a-t-il réellement appartenu au fameux paladin ? on serait tenté de le croire d'après les documents qui le concernent. D'après ces monuments (fonds de l'église de Lyon, act. cap. vol. 194, fol. 155 et suiv.) cet instrument était en ivoire et pesait six livres et demie ; son embouchure manquait ; l'intérieur du pavillon était peint en rouge. Sur la surface externe, étaient écrits ces mots : « l'an mil quatre cent quatre-vingt-onze et le 1 1* jour de juillet ; abbé de la d. Isle; d'Albon. » D'après ces mêmes actes capitulaires, la famille de Mont-d'Or, illustre dans la contrée et qui prétendait descendre de Roland, aurait donné ce cor au monastère de l'He-Barbe, Vn se réservant le droit, pour le chef de la famille, d'aller tous les ans à l'abbaye, le jour de l'Ascension et de l'exposer à la vénération du peuple et de prendre deux embouties (poignées) de l'argent offert par les fidèles en l'honneur des reliques et de le distribuer aux pauvres. (Act. cap. fol. 158, in-8°, etc. Le Laboureur tome I, 166).
Après la sécularisation du monastère ou plutôt après les ravages des protestants, en 1562, cet usage tomba en désuétude et le cor de Roland fut relégué dans les archives où il resta oublié pendant de longues années. Antoine Cla-
Peuple mit le feu aux figures allégoriques de TÉgoîsme, de rAthéisme et de la Discorde, arriva i l'église Saint- Jean ; on y remarqua un char triomphal traîné par des taureaux et paré de trophées formés d'instruments aratoires et d*outils propres à divers métiers.
pe3rron, chanoine et chantre de TIle-Barbe, ayant rendu quelques services au Chapitre et manifesté le désir de posséder cette relique, la Compagnie, par acte capitulaire du 5 janvier 1745, le lui abandonna* pour en disposer comme il aviseroit bon être. » Le 1 5 du même mois, Clapejrron en fit présent à M. de Lafond, seigneur de Curis, et celui-ci le rendit à messire Laurent de Mont-d'Or, par acte authentique du 20 août 1769.
Mais, Laurent, César et Charles-Humbert de Mont-d'Or ne crurent pas devoir le conserver et le déposèrent dans les archives du chapitre de la cathédrale; toutefois ce dépôt n'eut lieu que lorsque les donateurs eurent fait preuve de noblesse. Le chapitre ordonna ensuite que toutes les pièces jointes à la donation seraient transcrites sur les registres capitulaires et qu'une)Bxpédition en serait jointe audit cor pour lui servir d'authentique. Mais en 1791, ce cor, ainsi que tous les immeubles et meubles de la Primatiale, furent saisis pour être vendus au profit de la nation.
Laurent de Mont-d'Or, chef de la seule branche survivante de sa famille, le réclama par une pétition qu'il adressa aux administrateurs du district, et ce dernier, dans sa séance du 13 janvier 1792, autorisa la restitution du cor à la famille de Mont-d'Or. (Voir avis et décis. du district de Lyon, reg. IX, page 2078 et délib. du district du département du Rhône, et reg. vu, f" 60, în-8**). Qji'est devenu aujourd'hui cet objet d'art ?
Le Trésor de l'He-Barbe renfermait aussi un vase ou coupe, lequel diaprés les historiens de son abbaye, aurait servi à la dernière cène du Christ, ainsi que d'autres reliques, comme celles de sainte Anne et du soldat qui, pour abréger les souffrances du Sauveur sur la croix lui perça le côté avec sa lance et qui fut martyrisé en Cappodoce.
Toutes ces reliques et les objets d'art de nos diverses
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églises confisquées en 179 1 par la nation, semblent avoir été soigneusement inventoriées et figurèrent sur un document imprimé dont malheureusement je n*ai pas pu retrouver d'exemplaire, ni dans nos archives, ni dans nos bibliothèques de Lyon, ni même à la Bibliothèque nationale, malgré les obligeantes recherches de M. Léopold Delisle, son éminent directeur. Ce document est indiqué par M. Gonon, dans son catalogue des publications lyonnaises pendant la Révotion et dans le tome iv de Vhist. de Lyon, par M. Montfalcon. n a pour titre : « Etat de l'argenterie provenant des ci-devant églises des communes du district de la campagne, de celle de Commune affranchie et de ses faubourgs, de divers dons et séquestres, déposés à l'administration, et par elle remise à la Commission du dépôt central, ï l'Hôtel des Monnaies de Commune affranchie, en vertu d'un arrêté des représentants du Peuple, du 5 floréal an n. (Commune affranchie, imprim. du S. C. (sans-culottes) de Dcstéfanis, 4 feuilles in-f»). »
La perte de ce document esta jamais regrettable. Qpe de monuments d'art il devait indiquer !
n est aussi un autre objet d'art qui a disparu du Trésor de Saint-Jean, sans qu'on sache l'époque de sa perte ; je veux parler de la célèbre rose d'or que le pape Innocent iv donna à la Primatiale pendant les six années de son séjour à Lyon.
Ce pape, par suite de ses démêlés avec l'empereur Frédé* rie n, avait été obligé^ on le sait, de venir chercher un refuge à Lyon et s'était choisi le monastère de Saint-Just pour résidence. En 1245, il rint un concile dans lequel il excommunia et déposa son cruel ennemi. En souvenir de ce grand événement, il fit don à l'église Saint-Jean d'une de ces roses d'or que les Souverains-Pontifes ont l'habitude d'offrir, chaque an, le jour de la Qpadragésime à une prin-
cesse de sang royal. Ce bijou se compose d'un bouquet de roses enrichies de pierreries et d*une pierre gravée représentant la tète du pape donateur. L'acte de concession de cette rose d'or par le pape Innocent iv à notre église primatiale a disparu aussi^ mais M. Guigue a retrouvé aux archives du département le vidimus d'une bulle donnée par ce même pape, à Pérouse, après son retour en Italie, rappelant le don de cette rose et les indulgences qui y éteient attachées. En 1448, ce bijou figure encore sur l'un des inventaires du trésor de Saint-Jean publié, en 1877, par M. de Valons. Il est ainsi désigné : Rosam auri cum repositorio que fnonstraiur in Quadragesima. Mais à partir de cette époque, on ne le trouve plus sur les inventaires postérieurs ; a-t-il été la proie des huguenots, en 1562, ou le chapitre s'est-il vu dans la nécessité de l'aliéner dans l'un de ses jours de détresse ?
Le pape Innocent iv, pendant son séjour à Lyon, avait accordé également la même faveur au monastère de Saint - Just, et la rose qu'il lui avait donnée, échappa aux mains des protestants pendant le pillage de ce monastère en 1562. En effet, Severt le mentionne et nous a conservé la bulle donnée à Pérouse par le pape Innocent iv, pour rappeler ce don et les indulgences qui étaient accordées aux fidèles qui visiteraient la rose d'or, le jour de son exposition, le jour de la Q.uadragésime. Le Laboureur dans ses « Mazures de risle- Barbe » la cite aussi comme l'ayant montrée à sa famille. Enfin Clapasson en a parlé aussi en 1761, dans sa description de la ville de Lyon (page 213), de la manière suivante : « Le pape Innocent iv s'étant réfugié en France, dans le temps de ses démêlés avec l'empereur Frédéric n, demeura plusieurs années dans le cloître de Saint- Just ; outre plusieurs dons considérables qu'il fit à son chapitre, il lui donna la rose d'ar que les papes ont accoutumé
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de bénir avec cérémonie le quatrième dimanche du Carême, et qu^an conserve enœre dans le trésor de cette église ; la cornaline qu'elle renferme, pour tenir lieu du portrait du pape, est une pièce antique qui représente la tète d'Hercule. » Mais la Révolution fit main basse sur cet objet d'art.
Le 14 novembre 1791, le sieur Bonnard, délégué spécial du Directoire du district de Lyon confisqua l'argenterie du trésor de la nouvelle église de Saint-Just et la transporta dans la salle des archives de l'Hôtel-de-Ville pour être livrée i l'hôtel de la Monnaie ; mais une loi avait prescrit qu'on réservât pour le Muséum de Paris les pierres gravées provenant des églises; on mît de côté cette rose d'or et le 29 janvier 1793, elle figurait encore parmi les objets mis en réser\'c et le Procureur général syndic déclarait que cette rose pesait 2 onces 1} deniers et / gros^ mais a-t-clle été envoyée à Paris ? rien ne l'indique. M. Léopold Delisle, le savant directeur de la bibliothèque nationale, que j'ai consulté h cet égard, a bien voulu me mander, le 11 janvier dernier, « que la bibliothèque possède, il est vrai, trois cornalines avec des têtes d'Hercule^ mais que rien n'autorise à supposer que Tune d'elles soit la pierre qui a fait partie de la rose d'or de Saint-Just de Lyon. »
Je voudrais pouvoir parler aussi ici de tous les autres objets d'art que la Révolution a enlevés à notre Primatiale et à nos autres églises ; mais ce serait trop étendre cette étude. Je réserve les documents si nombreux et si complets que j'ai réunis sur ce sujet pour une volumineuse étude que je prépare en ce moment sur les Trésors de nos églises et sur les Cabinets d^antiques de Lyon, depuis la Renaissance jusqifen 178^. Dans ce travail, on verra tout ce que Lyon a possédé d'objets d'art de toute sorte jusqu'au jour fatal de la Révolution et tout ce que cette dernière a détruit et
saccagé. Je n'ai pas besoin de dire tout ce que j'ai souffert en enregistrant tant de pertes irréparables et les regrets crueb que j'en ai éprouvé. Mais je ne suis pas le seul qui ait maudit, mille fob, les vandales modernes. Bien des années avant moi, un homme éminent, un des plus habiles statuaires lyonnais, dont les sympathies pour la Révolution étaient pourtant bien ardentes^ Chinard, écrivait la lettre suivante, en Tan vn, aux administrateurs de Lyon : « Citoyens administrateurs, je m'empresse de repondre à votre lettre de ce jour par laquelle vous me demani^ le résultat des recherches que j'avais entre/>ri/ de faire sur les objets d'art et notament sur les bufet d'orgues.
« Il me souvient quand ma qualité de Conservateur des Arts où j'avois été nantis par le Représentant Dupuy, je me transportai avec le citoyen Gay aux jacobin où après nous être fait ouvrir, avec beaucoup de peine, nous trouvâmes dans la basse église quantité de débris de figures, de retables, boisages et notanunt quelques colon;^ en bois dorée qui rahïixoieni être conservés. Nous demandâmes à voirie hufet d'orgue. Le consierge nons indiqua deux ou trois petits fagots de boi qui i^ssQmbloit a des coterets. C'étoit là tout ce qui restoit du clavier de ce superbe instrument. Les tuiaux et les souflets et tout ce qui avoit pu tanter la cupidité des dévastateurs n'existoit plus...
« L'on nous dit (^u'il étoit de même aux Cordeliers, aux Bleus-celestes, — qu'à St Pierre il restoit encore quellque tuiaux. mais que la bombe en avoit détruit la meilleure partie. Ce peu de succès nous découragea, nous nous séparâmes en gémissant sur le dégoût et la perte d'objets aussi prétieux. Je ne vous cacheray pas que le vandalisme avoit si fortement porté sa main dévastatrice sur tout ce qui tenoit aux arts, que les voyant anéantis pour toujours, je renonçai au titre de Conservateur. Si je vous disois tout ce que mon
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cœur à souffert dans le peu de recherches que j'avois entrepris et tout ce que notre malheureuse Commune a perdu, vous frémiriez de colère et pleureriez de douleur. Salut et amitié. Signé : Chinard. » Depuis lors^ une partie des monuments si odieusement saccagés se sont relevés de leurs raines; mais le ii brumaire an xm (1804), la Primatialc était encore dans le plus lamentable état de délabrement. On peut en juger par ce passage d'un rapport de M. de Charpieux, alors maire de l'arrondissement de l'ouest de Lyon. « La vaste église de Saint-Jean, dit-il, est dépourvue de tout; l'autel seul peut annoncer la place du sancmaire ; on se voit reproduire partout des marques hideuses de dégradation. Le pavé, en grande partie, a été mutilé pour devenir praticable aux chevaux et aux chars du paganisme. » En effet, pour célébrer la fête de la Raison, dont la Primatiale formait le temple, on avait dû dépaver toute la nef. Cette fête fut célébrée le 8 juin 1794.
n nous reste encore à la Bibliothèque de la Ville,{dans le fonds Coste, plusieurs dessins, assez bien exécutés, représentant la décoration intérieure de Saint-Jean, à l'occasion de cette burlesque cérémonie. Au milieu du chœur, se dressait une haute montagne, en carton ou en plâtre, surmontée de la statue de la Liberté ; en avant, était placé un autel avec la statue de la Raison devant laquelle brûlait l'encens sur des trépieds de forme antique. Cet autel servit aussi dans d'autres cérémonies publiques tout aussi ridicules. Le célèbre peintre Hennequin et le statuaire Chinard étaient alors les artistes officiels que la commune chargeait de dresser les plans et dessins des monuments qui servirent aux fêtes célébrées à Lyon pendant la Terreur. (Voir M. Pericaud, Tablettes hist., 1794.)
Depuis lors, la cathédrale s'est relevée peu à peu de ses ruines, mais a-t-elle repris toute la splendeur qu'elle de-
vrait avoir ? Une partie des anciennes stalles de la splendide église abbatiale de Quny ont remplacé celles que la Révolution en a arrachées, Mgr le cardinal de Bonald a restauré ses anciennes verrières, une nouvelle chaire en marbre, un buflfet d'orgue et un monumental siège archiépiscopal en bois sculpté ont été placés dans le chœur^ une nouvelle mais trop lourde toiture couvre la nef, mais bien des choses restent à faire, et dans les temps que nous traversons, il n'est pas permis d'espérer que l'art déploiera bientôt encore ses splendeurs dans cette noble et antique basilique, prima sedes Galliarum.
Dans un prochain article je donnerai une étude spéciale sur les stalles actuelles du chœur de St-Jean et les boiseries qui l'ont orné un moment. C'est une paee inédite de l'histoire de l'art à Lyon. Aujourd'hui et pour clore ce chapitre, je le termine par la comptabilité tenue par les calvinistes, en 1562, lors du sac de Saint-Jean,
Compte de C. de Rocheblanc
7 Février 1563