PREMIÈRE PARTIE
En 1562,1e protestantisme, malgré les lois sévères, parfois même cruelles, de François I", comptait déjà à Lyon un très grand nombre de prosélytes. Jean Fabry, Pierre Foumclet et Qaude Monnier furent tour à tour leurs ministres. Plus
d'un personnage de la Cour ou des hautes classes de la société leur accordaient leur appui, et ils se réunissaient dans une vaste maison près de la place des Cordeliers, pour y chanter, en commun, les psaumes traduits par Marot et Théodore de Bèze; mais ces réunions effrayèrent le pouvoir, et les réformés durent plus tard transférer leur temple à la Guillotiére d'où l'on ne pouvait rentrer à Lyon que par un pont solidement fortifié. Mais à mesure que les adeptes de la nouvelle religion grandirent en nombre et en puissance, ils élevèrent des prétentions que la situation politique de la France ne permettait pas d'admettre. C'est ainsi qu'ils demandèrent de se rassembler dans l'intérieur de la ville, pqur s'y ^yrpr, coi^me dans les anqées précédentes, au libre
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exercice de leur culte ; c'est ainsi également que, malgré la loi fondamentale alors en vigueur et sévèrement exécutée par le Parlement, ils réclamèrent la liberté de conscience, s'engageant à déposer les armes. Mais les catholiques avaient dû rejeter ces propositions. Ce refus amena une grande agitation. La cour effrayée envoya le comte de Maugiron pour étudier la situation ; le duc de Nemours fut chargé de lever des troupes en Savoie et en Dauphiné et les protestants lyonnais ne purent se méprendre sur le but de ces levées d'hommes. Du reste, ils étaient encore sous l'impression du massacre récent de Vassy et se demandaient avec inquiétude si le roi ne méditait pas aussi contre eux une mesure terrible et sanglante. Pour prévenir le danger dont ils se croyaient menacés, ils ne trouvèrent pas d'autre moyen que celui de s'emparer du pouvoir à Lyon, en en expulsant le catholicisme, comme Farel l'avait fait à Genève, en 1535. A ce moment, le comte de Sault (i) était gouverneur
(i) François de Montauhan d'AïgouU, comte de Sault y le plus grand seigneur de la Provence et Tun des plus vaillants capitaines de son temps, d'abord page de François l^^, puis gouverneur de Marsal en 1553, nommé par Charles IX son lieutenant-général en Lyonnais, Forez et Beaujolais, se distingua par une prudence et une humanité assez rares de son temps. Voici le portrait qu'a fait Rubys (Hist. de Lyon, p. 389) du comte de Sault. C'était « Tun dts plus scavans et accords mondains et qui le mieux scavoit dissimuler,qu'on eust seu choisir en toute la Cour, car quoique en son ame il adherast aux Protestants, comme les effets le feirent paroistre avec le temps^ il sceut si bien, en ce qui estoit de l'extérieur^ toucher du catholique, qu'il n'y avoit nul qui l'en sceut juger estre autre, il oyoit tous les jours la messe à deux genoux. Il se communioit toutes les bonnes fêtes et se confessoit à ce haut renommé frère Ropitel, religieux de l'ordre des Frères Minimes du St-Francois de Lyon....»
D'autres historiens ont été moins sévères pour le comte de Sault ; ils l'ont représenté comme très modéré et d'une extrême prudence et n'ayant qu'un but, dans la situation difficile que les événements lui avaient faite au milieu de deux partis pleins de haine, celui d'éviter l'effusion du sang. On l'a même accusé de trahison, mais on n'eût pas manqué de
de Lyon; c'était un homme d'une grande tolérance, qui lui fut imputée à faiblesse , favorable au protestantisme qu'il embrassa plus tard, et qui croyait avoir assez d'influence pour en imposer aux partis et maintenir la concorde parmi eux ; quoique suspectant sa loyauté et terrifiés par les agissements des réformés, les Lyonnais commirent la faute énorme d'exiger le renvoi des troupes que le gouverneur avait appelées auprès de lui pour leur protection ; mais la vanité et la défiance l'emportaient chez eux sur la prudence. Leurs âranchises, conquises révolutionnairement sur les archevêques, leurs gouverneurs légitimes, leur permettaient de n'avoir pas de garnison et de se garder eux-mêmes ; ils firent donc sortir les troupes du roi et se trouvèrent ainsi à la merci de leur terrible ennemi. Cet ennemi était le baron des Adrets ; sans principes, sans convictions, vindicatif, protestant par ambition, brave, d'une incroyable activité, cruel et sans pitié pour l'ennemi vaincu, il s'était fait le chef du parti réformé dans le Lyonnais. Tout était à craindre de sa barbarie lorsqu'il viendrait à Lyon après la prise de cette ville^ à laquelle il n'assista pas.
l'en punir^ tandis que le roi, qu'il put rejoindre bientôt, le renvoya ensuite à Lyon pour y continuer à remplir les pouvoirs de sa charge.
Prévoyant les troubles qui se préparaient, il engagea les protestants à tenir leurs prêches dans un lieu plus éloigné de l'Hôtel-de- Ville, et le fit transporter au faubourg de la GuiUotière.Toutefois, il ne s'opposa pas à l'exercice public du nouveau culte et cette tolérance, contraire aux édits royaux, lui fut vivement reprochée. Au dire de Th. de Bèze, il se montra fort irrité de la prise de la ville par les huguenots et voulut quitter son poste ; il n'y resta que sur les instances des catholiques, instances qui semblent prouver qu'ib ne le regardaient point comme un apostat. Mais il est certain, que tout en se ménageant la faveur de la cour, il se rangea plus urd définitivement du côté des réformés, car il fut tué aux côtés du prince de Condé, à la bataille de St-Denis, en 1 567.
6 LES îioNtritoTis ï)'/ànrs
Lenioniènt de la prise d'armes par les pfotestïrits fut fixé au 29 avril, à minuit (i). Voici cotnmeiit ce fait est rapporté par eiix-mêilies, dans la brochure qu'ils publièrent peu de temps après leur victoire, sous ce titre: « Laprink de Lyon et de MontMson par les protestans en 1^62 » pôtir justifier "leur rébellion (2);
« Les protestaiits, y ést-il dit, ayant le vent ëh poupe, lîe laissèrent pas eschapper l'occasion tant attendue qui se présentoit à eux, ainsi en usèrent de la façon suivante :
a Le dernier jour du mois d'avril (1562), au soir, après souper, se meirent tous en armes, où il se trouva plus de inille corselets, et feîrent des corps de garde en plusieurs
(i) Le Consulat lyonnais fut toujours extrêmement ombrageux et craignait toujours qu'un maitre ne s'imposât à lui. Ne citons que 'quelques exemples. En 1420, lorsque les Anglais et les'Bburgùîgnoiis étaient presque aux portes de Lyon et qiie Humbert de Grolée étaît à Belle ville pour observer l'eilnemi qui avançait de plus en plus, le Consulat s'opposa à ce que le Chapitre fortifiât le cloître St-Jean et reconstruisît la porte de Portefroc « craignant que le Chapitre ne voùluSt en faire une grande Bastille que l'on doûbtoit" qui ne fust au temps à venir au préjudice de la ville. » (Regist. cons. 1420.)
En 1562, le Consulat ne fut pas mécontent de voir démolir par les calvinistes le cloître fortifié de St-Just dont on voulait faire une citadelle, et les Lyonnais furent heureux de ce que les circonstances ne permirent pas au baron des Aà'rets de réaliser ce projet.
On sait aussi que lorsque Charles IX eût bâti, sur le plateau de la Criix Rousse, la citadelle de St-Sébasiie'n^les Lyonnais la Surprirent dans la huit du 2 mai 158$, et la démolirent en toute hâte, sans que le roi o%iX châtier cet acte de rébellion. Le comte de Saùlt avait demandé au roi, dès lés premiers jours d*avril, la permission de faire lever 500 hommes (Je troupes^ hors de Lyon ; mais le Consulat s'y opposa et voulut faire {uî-rhême cette levée dans la ville; toutefois la ciaisse de la ville se trouva vide quand on voulut payer les hommes enrôlés par le Consulat.* fV^oir là correspondance du comte de Sault.)
(2) Cette brochure a été impritnée pour la première fois en Mai 1562, in-8; on la trouve insérée dans le Tonfie II des Mémoires de Con'dé, i$56.'i^. Peifîcaûd t*a rôiîïiprîttiée en léji.
DE M «UHA^OALE J» i^CPN 7
Qndf oits, et onftme au carcé «de l'épi^erie^ à la jibw ^ Q)]ifort, de$ Cordeliei^ et aux dew bouts 4u pont de :U Saôitfi, avec un gtand sUence^ne j>ejmettaut pa^erjHU^QOQ^* laaoudaem après h my-nuitj le capitaiue pnut le cofp^ .4c gardç, lequel estoit posé au cane de ;l!épicerie QC 1^ (pena sur les fossez^ Ytsitaat sa jcompagnie^.un pour un, ^t iai^onit changer d'armes à d'aucuns. Après les prières faite?» le$ mypartit en deux bandes dont l'une passa par ;le carré de répicerie, tendant à Saint-Nizier, l'autre par b.ruej^ngue, àjcosté.dudit Saint-Nizîer, là où trouvèrent la.semÎAeUe.dp la ville qui leur lascha plusieurs coups de barquebuse, 3ans en.toucherun, se retirant en vitesse vers leur corps de.garde* Le capitaine des protestans fit suyvre de près, pour donn^ dedans, de sorte qu'ils se saisissent de la place Saint-^Nij^ier où estoit assis ledit corps de garde, et conséquemment» eq un tmème moment, de h place des Cordeliers où ^toit l'acsenac, de la place de Confort, ensemble des.temple;s et de l'hostel de la ville, dans lequd ily avoit une compagnie de soixante soldats du purgatoire, sous la charge de Peirat. Et combien que iceux feissent tous leurs efforts à se défendre, tant avec harquebou;ses à croc, desquelles ils estoient garnis àfbison, que de pierres et gros pavez qu'ils le voient de la cour dudit hostel de ville, si est ce que les protestons fondez sur une. si juste querelle, et plus façonnez aux armes qu'eux, leur feirent tète et gagnèrent le dessus; car outre ce que les harquebouziers^ pistoliers et picquiers faisoient le devoir de combattre, une partie d'eux montèrent au clocher de Sainct- Nizier que est vis à vis l'hostel de ville, d'où ils les escarmouchèrent d'une si étrange façon, qu'ils se rendirent à mercy; qui fut telle que les soldaits ; furent seulement dépouillez de leurs armes et prins prisonniers les capitaine, enseigne et lieutenant. Cela feit, les protestas. fçirent les prières, . rendant 'grâces à Dieu de cçste heureuse victdre
8 LES MONUMENTS D'aRTS
plus pleine de grâce et miséricorde que de sang. En tout cest assaut, ny eut que le capitaine des romains blessé d'une pierre à la teste et deux soldats tués qui se trouvèrent derrière la porte de l'hostel de ville lorsqu'on tirait contre. Or faut noter que cependant que Ton battoit ledit hostel de ville, en un mesme moment on print les Cordeliers qui ne feirent aucune défense, estans encore dans leur nid, comme las et travaillés des veilles par eux faictes jusqu'à la my-nuict. Les moines de Confort firent quelque résistance, mais soudain quittèrent la place. Sur l'heure mesme, les protestants se saisirent de la porte de Sainct Sebastien et du pont du rhosne. Les Nonnains de Saint Pierre gaignent le haut. Les Célestins quittent leur fort; là où estans en possession paisible, les protestans percent la muraille regardant le front de l'église de Sainct-Jean, propre pour saluer Messieurs les comtes, lesquels pendant que l'on se saisissoit des places de la Saône, pendant que l'artillerie marchoit par la ville, pendant que Ton tendoit les chaisnes et que l'on posoit corps de garde, tant de çà que de de là, ils entrèrent en leur Chapitre, pour consulter, trop tard, sur une affaire déploré et basty contre le Seigneur des armées : mais se trouvans confus en leurs pernicieuses et précipitées délibérations se sauvent et quittent la place, toutesfois que deux d'entr'eux sont demeurez prisonniers jusques à ce que l'on aura rendu quatre ministres de Forez, que les enfans de feu le seigneur d'Achon, beau frère du maréchal de Sainct André ont fait prendre et mis prisonniers à Montbrison. Le samedi, on pria monsieur de Sault de prendre la charge de gouverneur qu'à la parfin il accepta. Voila la douce (i) et paisible entrée des protestans....» ^
(i) Cette entrée ne fut pas aussi douce que le prétend l'auteur de ce récit, car on lit dans Qpincarnon, p. ii6 e II faut mettre entre les
Toutefois, ceux ci publièrent aussi une autre version (i) sur cette entrée. Je la reproduis également.
« Le mercredi au soir, 29* d'avril, environ minuict, se meirent en armes et se vont rendre en leur temple de la Guillotière, et là y ayant consulté par ensemble bien l'espace d'environ deux heures (ayant néantmoins devant et après prié et invoqué Dieu), se meirent à marcher en bataille sous la charge de trois capitaines dont l'un est le chef et se nomme le capitaine de l'Anguille ; et pour le commencement de leurs besongnes se vont saisir de toutes les rues, et delà la Saone^ du pont de la Saône, du Change, de la rue Saint Jean jusques au petit Palais et de tout ce qu'ils estiment leur estre nécessaire pour tel négoce. Environ le point du jour, les capitaines et gens à ce commis, vont assaillir la maison de la ville où le s' du Peirat, capitaine des Papistes et bien quatre vingt soldats étoient logez et là se défendirent de tel courage qu'il convint aux fidèles de gaigner le Temple
Perpétuels de cette église un martyr du siècle dernier tué en pleine rue, par les calvinistes, lorsqu'ils se rendirent maitres de la ville, le dernier avril 1562; ce fut François Collonges qui offrit généreusement son sang à son Rédempteur....»
(i) Cette pièce a été publiée à Lyon, en 1562, in 8 ; Timprimeur en est inconnu. Tout ce qu'on sait de Tauteur se bornc^ à ce qu'il nous apprend lui même, c'est-à-dire qu'il était né à Grenoble et qu'il avait « un frère et bon amy nommé Bernardin Curial. Cette pièce a été réimprimée par M. Pericaud en 183 1. Elle commence ainsi : a Les jadis comtes, prestres, chanoines de Sainct Jean de Lyon, ayant dominé et plus que tyrannisé l'espace de huit à neuf cents ans en la dite ville et ressort d'icelle, ruiné les âmes, corps et biens dts pauvres lyonnois par eux abusez; mesme envahie la juridiction du dit lieu puis quatre cens ans et en ça; furent par le juste jugement de Dieu, ayant déployé la bannière de sa vérité, fait sonner le tambourin de son Evangile et degaisné la Verge de fer de son fils Nostre Seigneur Jésus Christ en la force de son Eglise, chassez et exterminez du dit Lyon, Tan présent de grâce 1562 et le jeudy dernier jour, du moys d'avril. Dieu sait avec quel miracle t »
f LES MOKUMBNTS D'aR-TS
SftîntyNizier^ ^t estans montezenla tour, horquebusèrent à volonté dans et dehors ladite maison, pour y mettre le -feu, ce qui estonna tellement ledit s' du Peirat capitaine -et ses gens qu'ils se rendirent à leur bonne heure et ayant pris de Tanillerie de la dite maison à leur nécessité, lesdicts -fidèles se saisirent des Cordeliers; consécutivement de tous les autres couvents et temples, sans en excepter un seul, et chose seure,il ne resta dans Lyon un seul moyne,'nonnttin, ni béguine, que tout ne fust cha^é hors la ville.
« Environ les six heures du matin, dernier jour d'avril, les^dits fidèles, feirent mettre en chascune rue, tant de çà que delà, une pièce d'artillerie. Et ce mesme jour, 'les chanoynes de S. Paul, sortans de leurs maisons et cloistres, laîssèreiît les portes ouvertes. »
Ge même écrivain va nous dire maintenant ce qui se passa à ce moment dans le cloitre de Saint-Jean;:
« 'Ceulx de St. Jean, ajoute-t^il, voyans^FartilIerie. contre eux dressée, feirent prier de les laisser en leurs cloistres pour ce'jour, ce qui leur fut octroyé et le soir suivant, après avoir baillé congé à leurs soldats de garde, avec lein^ espées et dagues seulement, et retenu et' bien caché les autres armes et munitions, sortirent hors la ville.iEtk.matin,ipremier de May, 'les fidélles trouvèrent les- portes du ditdoitre S. Jean ouvertes et maisons vides, y saisirent garnison et en tous autres lieux et forts, carrefours des rues et. portes, delà viUq, pour les garder, ce que encore font. »
Enfin, dans un autre écrit de ^époque, on' lit aussi ce qui suit: « donc les dits Comtes s'Qnfuiintzv te. leur s reliques y trisorSi (i), titres, et plus. précieux de ce qdilsi'disent igliseSy
' (i)- Les chmoines, en fuyant,' «e ■parent eniporter avec eux les fonds de la caisse du • Chapitre. ^ Cette caisse, qu'on disait contenir tant -de ^pinmes, ne renfermait que 500 livres ; on lit en effet dans- on© déU-
DE LA nOIfÀTfiUJt l>E LVON II
Et sont niez en Forez, p^ conjoinct au Lyonnois où ils tenoknt plusieurs places. »
Ecoutons maintenîint le récit de ces événements fait ptr tn témoin oculaire et qui, mieux qu*un autre, saura nous (Bre surtout ce qui se passa dans le cloître de Saint-Jein depuis le tnbment où le comte de Sault s'y réfugia avec ses hommes jusqu'à celui de la fuite des chanoines. OuxTons le livre de Gabriel de Saconay (i), comte de Lyon, écrit peu de mois après le sac du cloître.
bératibn du Qiapitre, du 23 Juin 1^63 « Goillaume de La Barge, custoBe de Saint-^Jean, expose que lorsque le Chapiu^fut obligé d*abaixioimer Lyon, le 2 mai 1 562, il pouvoit y avoir soo livres ou environ, en or et argent monnoyé, et demande que la dite somme soit mépartie entre les chanoines.» (Arch. dep. Reglst. capit. 1563). Les maisons des chanoines dans l'intérieur du dottre Saint- Jean furent tellement dévastées qu'elles étaient devenues inhabitables ; on lit en effet dans les registres capitulaires^ sous la date du 24 Juin 1563, ce qui suit: « Le marédiàl de Vllleviclle invite les chanoines absents de Lyon et dont quelques uns se s6ht retirés en Allemagne, à rentrer à Lyon pour y reprendre le service divin, le 3 Juillet prochain, mais toutes les maisons canoniales sont démolies ou ont leurs portes brisées : il n'y a donc pas moyen pour l«s chanoines de s'y loger, sinon aux tavernes et cabarets, * chose fort scandaleuse et de grande et insupportable despense. En conséquence ils ont résolu 'de se loger, vivre et manger ensemblement en la maison d'habitation de Tarchidiacre, aux despens du Chapitre, pour ne pas estre offensez et inquiétez par ceulx de la nouvelle religion qui occupent la ville, — et ils demandent qu'il plaise au maréchal de les faire jouir de leur église, biens et droitz détenus par les Huguenaux et qu'on dresse procès verbal des ruyncs, démolitions^ lardns, pillerics afin d'avoir recours à Sa Majesté. »
(i) Gabriel de Saconay, chanoine et dorate de Lyon, Précehteur en 1546, archidiacre en 1572, boyen en 1574, mort en Dauphinéeni$8o, passa sa vie à défendre la foi, à soutenir les droits de fEglise et à venger les Lyonnais des accusations des Protestants. ïl fut fait Censeur et approbateur des livres aVec le Procureur du Roi'de Lyôn.'En ! 544, il avait obtenu de Henri II la confirmation des privilèges de son chapitre. Dix huit Saconay ont été comtes de Lyon. (Pemetti. T.^ I. p. 583.)
« On les vit, dit cet écrivain (i), dès la minuict, sortir soldatz armez à blanc de tous costez d'où ils avoient esté cachez dès longtemps. On les veit saisissants la maison de la ville ou estoient les armes communes pour armer trois ou quatre mille hommes, en laquelle ils forcèrent le capitaine Peyrat, (i) après l'avoir quelque temps défendue, autant qu'il luy fust possible etjusques les munitions lui défaillirent, lesquelles armes on n'avoit oncques voulu disperser aux citoyens qui en estoient en toute manière responsables à Sa Majesté, on les veit remplir toutes les places de la ville, se ss^isir des églises, meurtrir aucuns religieux comme aussi ils firent un prestre de Sainct-Jean, en pleine rue, M. François Collonges, (3) traversant sans armes; dès le soir avoit faict entendre aux maisons bourgeoises qu'aucun (sur peyne de la vie) n'eust à mettre la teste à la fenestre, quelque bruit qu'il ouict, car ils n'en vouloient, disoient-ils, qu'aux gens d'église ; ce qui abusa plusieurs personnes, se pensant prévaloir des dicts ecclésiastiques, et cuydoient, par ce moyen, estre francs et immunes de payer tous devoirs et droicts seigneuriaux. Mais un chacun a pu cognoistre que leur desseing passoit bien plus outre que de chasser les prestres. Estant ainsi les uns persuadez et les autres intimidez, les rebelles se trouvèrent en une matinée maistres de toute la ville ; restoit le cloistre de Sainct-Jean où estoient les comtes.
(i) Ce livre a pour titre a Discours des premiers troubles advenus à Lyon^ avec l'apologie pour la ville de Lyon contre le libelle faussement intitulé «r La juste et saincte défense de la ville de Lyon y » Lyon, (Michel Jove, 1569, in 8), Gabriel de Saconay avait écrit ce livre en 1563, mais il ne le publia qu'en 1569.
(2) Jean du Peyraty û\s de Jean et de Claudine Laurencin^ fut tué au siège de Beaurepaire en Dauphiné qu'il investit avec Maugiron. Le baron des Adrets défendait cette ville.
(5) Je parlerai plus loin de ce prêtre.
auxquels avoit esté osté tout moyen d*estre secourus. Et d'ailleurs éloignez de leurs parents qui s'étoient jà acheminés au mandement de Sa Majesté pour luy faire service près de sa personne, au devoir de leurs charges, avoient soudainement levé vingt-cinq ou trente hommes^ pour résister aux premières furies des adversaires. Cependant, les rebelles bracquoient l'artillerie de tous coustez contre le dit cloistre, et leurs tirèrent aucuns coups de mousquets du costë des Célestins, dans lequel cloistre aussi et en la maison de l'archevesché, logis du gouverneur (i), estoient un bon nombre d'arquebusiers (2) (plus grand que de coustume) de la garde du dit gouverneur, grandements suspects aux dits Comtes, comme estans de la religion et party contraire. Aucuns leur parlèrent de capituler, mais ayant entendu les demandes injustes et déraisonnables des adversaires ; sachans aussi qu'il n'appartient au suject entrer en aucune capitulation en la présence de son souverain ou de son lieutenant général, se mirent sous la sauve garde et protection de Dieu. Et se voyants destituez de tout secours et ayde humaine et leur petit nombre de soldats perdre cœur, estans menacez et intimidez par ceulx de la garde du dit Gouverneur (3), qui estoient les plus forts dans leur
(i) L'hâtel des gouverneurs de Lyon était situé sur la place dite du Gouvernement, Ce n'était qu'une modeste maison qu'agrandit, plus tard, Tarchevéque Camille de Neufville-Villeroy, qui exerça pendant de longues années la charge de Lieutenant Général du gouvernement de Lyon (Prorez) et qui Thabiu de préférence â son Palais de l'archevêché.
(2) Le corps des arquebusiers de Lyon^ chargés de la sûreté delà ville, se composa d'abord de 140 hommes et fut formé, avec la permission du Roi, après la grande Rebeyne ou Sédition de Lyon en 1 529, dans laquelle faillit périr S3rmphorien Champier dont la maison fut pillée.
(3) Le comte de Sault s'était logé, lorsque l'entreprise des calvimstes était sur le point d'être exécutée, dans le dottrede Saint-Jean, avec one troupe de gens affidés commandée par le capitaine Vertier, son dômes-
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ctoistre, et que voyaus que ny la ouiçt de Tiji^ulte» ni te }Otir suiveoi;^ ceux qui avoient lies priacipales cbairgeç 4^i«Q$ h ville, ne faisoient semblant de vouipb combattre, ny de £ake cesser k sédition, encore qu'ils pussent estre sui^ d'un graiihd nombre 4e catholiques, joina que le ç^piti^ F€aw)ttiI(iX (jV^ ^voit cbarge des gens de pied deSaMaje$l4) povu: la défense de la ville, tint fon avec son corp§ d^ g^4e €» U place Saint-JEloy (3) jusques àon^ heiyrçs d» niaiin et jusiqiies à oe qu'il vit le canon qu'on trainpit po^ur le &ke id$^l$)^er et par ^ù tout ayde et secours leur estolt désesr përé. Et snêfiQe que les dits comtes s'estoient présentez au Gottwmeuir dans son logis pour entendre de luy soa intention et recevoir ses conunandements pour le service de Sa Majesté, offrans de le suivre et ajccompagner au coçfiict et naourif avec luy, d'ailleurs toute la ville de toute pm eccupée^ le doistre renaply de leurs ennemis, tournoyé de
tique, « non pour conserver i'eglise comme il publioit, mais pour empescher que les chanoines, dont la profession ne rabat rien du courage ^u'Us liem^^t de leur naissance, ne se fortifiassent dans le cloître fermé alors de toute p^irt, pu qu'en sortant en armes avec leurs gens, ils ne se joignissent aux bourgeois catholiques pour leur donner courage et traverser aussi son entreprise. » (Le Laboureur. Mazures de Tlle Barbe: IL 16) Ce dernier écrivain ajoute que le lendemain de la prise de Lyon^ le comte de Sault, qui jusques alors avait fait profession de foi a^^hQliqi^e, lev^ }e m<^sque et alla au prêche, au vu et su de toi;t le m^Mi^de, at^^utuâçanant )es catholiques à la fureur de leurs ennenais.
(TaW, Imt. P^ricaod.) ^
(0 Cl^nie 4^ Fenoily dHine ançi^ntie £apiillede]^yon, fut «or^in^ire» de U ChaiB^re d()S rois Qiacles IX et Henri |II, et commandant d'upe troype de g^$ de piçd. Il çst le premier qpi ait obtenii dans la tpilice lyonnaise Toffiçe de Major ou Sergent }J^^]or, cppime on disait alpis
(î^metti, u l, p. 387).
(2) Rue SctirUrJEloyf quartier SaintrPgul ; devait ^n nom à la chape^e ^% 4 la r^l^s^rie 4^ Sçiint-Eloy qui y spbsistait j^is et dont on ât, je ^ms, THopi^l Sgiat-Elpi ou 4^ N-^P* de ]a S^i^nerie qui se UQuyait da»l ctm rtt.e, (BicU^mm^ i^. ^m àe fr^. Pr^ghot du JLut, p. 13).
DE LA PIQfATULE 0£ LYON tj
gens de guerre et menacé de rardlleric et qu'ils n'avoient aucune chaige et puissance de commander pour la garde de la ville et ne les j arott oncques voulu employer» après avoir soustenu et tenu bon et empesché l'entrée de leur clcHSlre aux aéversaires» depuis llieure de mimikt que commença fai 4kt révolte, jusques à environ les huia à neuf beiores éa soûr, îk ne purent pas mcMns faire que de se retirer et évader le mieux qu'ils purent (i). »
D'autres écrivains lyonnais ont aussi consacré quelques passages de leurs œuvres au sac du cloître de Saint*Jean. L'auteur anonyme do poème « De Tristibus Francorum, » a raconté en vers latins, d'un mérite douteux, ce fait douloureux et à jamais regrettable.
Le passage du poème où l'auteur a été le mieux inspiré pour le fond, comme pour la forme, est peut«toe celui qui concerne Féglise Saint*Jean. « Plut à Dieu, dttîl, que les pierres criassent dans les temples, dans les cités où les hérétiques ont fait de si grandes ruines I »
(i) Le comte de Sault rendait compte an roi, four par jour, des éfénements qui se produisaient à Lyon. Ainsi, il nous reste de lui, entre autres, un de ces rapports adrenés an Roi, le pr Mai, pendant qu'il était encore bloqué dans le dottre. Il y disait, apr^ avoir décrit llnvestissement complet de la ^lle : « Ceulx de la nouvelle Religion me tiennent assiégé avec Mesâeurs les Comtes de Lyon, de sorte. Sire, qu'ib se peuvent dire maistres de toute la ville, fors du chasteao de Pierre-Sdze où j'avois mis des harquebusiers, mais il ne fault docbter qu'ayant sai^ Tartillerie, il leur sera aisé d*y entrer, m
Qjielque temps après la prise du cloître, le comte de Sault qui n'avait plus qu'un pouvoir nominal à Lyon, voulut aller rejoindre le roi, mais le baron des Adrets et le Consulat s'y opposèrent et le comte de Sault manda au Roi, le ii jmn: « Pour obvier à mon département et Tempescher de faict, ils m'envoyèrent cinquante harquebusiers pour ma garde, m'ostant par là tout moyen de commander, » mais il obtint enfin, le 30 juin, la permission « de se retirer en sa maison, » laissant Lyon, qi^il n'arût pas pu, su ou voulu défendre, eomj^ètement au pouvoir des protestants.
Cîamarmt utitiam lapida per Umpla, per urbes, In quibus haretici tantas feare rainas.
L'auteur reprend ensuite : « Qye fait Lyon? l'inique, il mépiîse le pain de vie, crime affreux I alors toutes les choses sacrées sont vendues ; les saintes reliques sont jetées en proie aux dévorantes flammes. La Croix du Christ est
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par eux foulée aux pieds; beaucoup de maisons abattues, beaucoup d'autres laissées vides, après que les mains se sont chargées de rapines. Tout ce qu'il y a de beau dans l'église de Saint- Jean est détruit ; rien ne reste dans les temples, l'impie enlève tout, il détruit, il renverse, il pollue tous les lieux saints. L'un arrache le plomb, l'autre le fer
fixé au marbre ; celui-ci emporte avec lui des ornements chargés de riches dorures et les convertit à son usage privé; celui-ci soulève les tombeaux de plusieurs morts et les fouille pour y chercher des trésors cachés. Cet autre enlève un crucifix d'argent (i)^ recourt à de honteuses paroles et crie, en riant, « Dis-moi pourquoi, rester aussi longtemps ici ? Tu as firoid, pendant ce temps-là, et l'homme ne sait pas te secourir. Viens donc avec nous, et tu auras chaud tout aussitôt. Voilà un vêtement; l'orfèvre tantôt guérira tes blessures ; tu es tout gelé, mais tu donneras une sueur brûlante.... »
En 1673, un autre écrivain lyonnais, Qpincamon, en publiant ses Antiquitez et la fondation de la Métropole des Gaules ou de l'Eglise de Lyon, a parlé aussi des dévastations commises, entre autres, à Saint- Jean, par les réformés ; je cite ici tout le passage qu'il leur a consacré :
a Les égarés et faux interprètes de l'Evangile, dit-il, dé<molirent alors le cloître de Saint- Jean, les quatre grands portaux avec le tour des murailles; poussés d'une démesurée passion de ce que ce très illustre et sacré collège, secondé de très peu de personnes et de secours, s'étoit opposé à leur rage, faisant voir qu'il ne s'écartoit de la vertu et de la bravoure de sa tige et du zèle de ses ayeuls pour la dédéfense de la foi^ ils fondirent les cloches pour faire de l'artillerie ; ils enlevèrent également les armes de la ville et celles du roi, où à côté l'une de Tautre (comme il paroit
(i) Le comte de Sault, qui a été témoin oculaire du sac de l'église Saint- Jean^ où il avait cherché un refuge, parle aussi de ce crucifix en argent, dans l*un de ses rapports au roi. « Tous les auteb, ymages et figueures, dit-il, ont été mis i terre; on a enlevé toutes les statues de la chapelle des Bourbons ; le chœur a été privé de ses marbres et même du cuivre qui les lioit; on démolit le Jubé et on a enlevé le beau crucifix
tTargetU qui le sormontoiti »
l8 LES MONUMENTS D ARTS
ès églises de S. Croix, des Carmes, des Célestins et ailleurs) et au lieu de la figure de saint Michel qui pend au bas du collier de l'ordre de chevalerie institué sous son nom, ils firent graver une rose qui servit autrefois de devise aux altesses royales d'Angleterre, duc de Lancastre et duc d'Yorck, Tune blanche, l'autre rouge; mirent en poudre la tiare élevée sur les armes de Sixte IV, dit François de Rouvre, avant son exaltation, qui sont au vestibule de cette église. Ds fondirent un crucifix d'argent massif qui étoit dans l'église Saint-Etienne, brûlèrent et fondirent les chapes et autres ornements d'autels de drap d'or frizé donné à cette basilique par Sa Majesté Anne de Bretagne, le duc de Berri et plusieurs autres grands seigneurs, estimés plus de 100,000 écus, une image du crucifix traînée depuis le faubourg S.-Just jusqu'au milieu de la ville à laquelle on disoit, en passant, outrage ; le même arrivé à S. Galmier en Forests; mais le sacrilège, un mois après, fut jette du clocher en bas. Ils brisèrent les chœurs des églises; celui de S. Jean, l'un des plus somptueux de France^ étoir bâti de marbre noir, enrichi de plusieurs colonnes de jaspe et de porphyre, avec des figures dedans et dehors, tirées du Vieux Testament. Un ministre nommé Ruffy (ou Roux, provençal) ayant fait abattre un grand crucifix élevé au. milieu de cette métropole, dont une partie étoit d'argent et l'autre couverte de lames de même métal, après avoir été mis en pièces, il le fit porter chez lui ; enfin, il n'y a figure dans S. Jean et ailleurs où ils furent les maîtres, qui né se plaigne de leur rage, et qui n'annonce quelque marque de leur cruauté et des effets de leur funeste et brutale volonté. »
Je ne reproduirai pas ici tout ce que Rubys a écrit sur la dévastation du cloître de Saint-Jean et de nos églises. Son récit est des plus exagérés. La haine l'aveugla sans cesse et
il se jeta dans le parti de la Ligue, qu'il défendit avec fureur ; après la soumission de Lyon à Henri IV, il dut même quitter cette ville pour se réfugier à Avignon, où il resta six ans. Le chancelier de France^ Pomponne de Bcllièvrc, put seul lui rouvrir les portes de sa patrie.
Monfalcon a raconté aussi ces événements. « Maîtres de Lyon, dit-il (Hist. de Ljwi, t. 2, p. 671), les réformés se vengèrent de Toppression sous laquelle ils avaient vécu. H y eut peu d'attentats contre les personnes^ il faut le dire, il y eut peu de sang versé ; tout le fanatisme se concentra sur la destruction des églises. Elle fut exécutée avec une sorte d'ordre, systématiquement^ avec la régularité d'une opération militaire. Les démolisseurs ne se hâtèrent pas; ib prirent leur temps. Au reste, aucune vue dlntérêt personnel ne les guidait, aucun vol ne fut commis; ils tenaient registre de la spoliation des églises et agissaient au nom et au profit de la cause protestante. Tous les chefsd'œuvre d'architecture et de sculpture que le génie des siècles précédents avait élevés, disparurent en quelques mois. La fureur de destruction des Barbares était aveugle et soudaine ; bien plus terrible, celle des protestants était raisonnée : rien ne leur échappa. »
C'est par l'église Saint-Jean (i) que les protestants commencèrent. Cette église, avec celles de Saint-Etienne et Sainte-Croix (2), toutes trois juxtaposées, occupaient une
(i) La date précise de la fondation de Saint-Jean n*est pas connue. « Les textes parvenus jusqu*à nous ne fournissent rien d'absolument précis au sujet de la première église de Saint- Jean-Baptiste, avant Tépoque de Charlemagne, au ix siëde, elle était la plus grande des ^lises de Lyon. Lddrade la restaura; auxn siècle, sa reconstruction devint nécessaire. L'archevêque Josserand bâtit le choeur de 1107 à II 18 » (Voir la Monog. de Saint-Jean par M. L. Bégule, p. 4}.
(2) Ces deux églises ont été vendues, le 5 avril 1792, au prix de
lO LÈS MONUMENTS d'aRTS
grande partie du quartier dit de Saint-Jean et appelé le Grand Cloître, par opposition au Petit Cloître qui touchait au flanc méridional de la cathédrale. H est certain qu'une partie de ce petit cloître subsiste encore et touche au bâtiment qui fait face à la place Saint-Jean, appelé la petite Manécanterie. Ce petit cloître paraît avoir été construit par l'archevêque Leidrade vers Tan 800 et agrandi au x* ou au xii« siècle ; mais Guy, comte de Forez, passe pour l'avoir détruit à la fin du xii' siècle. Peu d'années après, on le rebâtit et plusieurs de nos historiens en ont donné la description. Les protestants sont accusés de l'avoir détruit. Paradin dit, en effet « j'ay ceste opinion que c'est ce haut cloistre qui a esté rué par terre du temps des troubles, car il était bien antique et de merveilleuse structure. » Qjiiant à ce qu'on a appelé le Grand Cloître, son enceinte comprenait toute la partie du quartier de Saint-Jean qui était entourée d'une solide et épaisse muraille dont il subsiste encore des fragments dans les rues de la Bombarde et Tramassac. L'archevêque Guichard, qui siégea de 1 163 à 1 180, semble Tavoîr reconstruite après que le comte de Forez l'eut renversée ; cette muraille^ d'une surprenante solidité^ avait six portes ; la plus importante était celle dite Porte-Frau ou Porte-Froc, du câté du Palais de Justice actuel. On la refit à neuf, en 1437:
02^600 livres> en exécution d'une délibération du Directoire du district, du 6 mars précédent. Il est dit^ dans le cahier des charges de cette vente, a que ces deux églises devront être démolies pour isoler l'église métropolitaine, que les matériaux du Jubé de Saint-Jean sont déposés dans l'église Saint-Etienne^ ainsi que tous les objets de décoration étant dans lesdites églises de même que la barrière de fer fermant l'entrée extérieure de la ci-devant église de Saint-Etienne, et que tous ces objets sont réservés et qu'un inventaire en a été dressé » (cet in* ventaire i disparu). L'adjudicataire fut un sieur Fleury Gay^ négociant, quai de la Baleine. {Archives du département. Registre des biens natùmaux.)
DE LA PlUfATUU DE LYON 31
les huguenots la détruisirent en 15^3 (i); — en i66i,il en restût encore quelques vestiges. La seconde porte était celle dite de Savoie, du côté de la SaAoe. Du reste, pour se rendre un compte exact de ce qu'éuit le grand Cloître, il
suffit d'examiner le grand plan scénographique de Lyon du XVI* siècle, gravé, il y a peu d'années, par la Société de Topographie de Lyon. Ce plan indique non-seulement le cir-
(i) Tous les bcûa iasérét dani cette notice provienneat de la splendide Mouographit di Samt-Jean, que publie M. Lucien B^ule, lequel a tnCD voulu me les pièier. Qfill reçoive ici l'expression de toute ma
cuit formé par la muraille dont je viens de parler, mais aussi les nombreuses maisons que cette enceinte renfermait. Il n'est pas sans intérêt, non plus, de consulter le beau plan inédit de Lyon au xm* siècle, dressé par M. Vermorel, lequel porte l'indication de la destination donnée, à une certaine époque, à chacune de ces maisons. Sur ce plan dont M. Vermorel a bien voulu me donner un extrait, on voit d'abord, au centre du cIoitre,la lourde masse de la cathédrale, puis à côté, la petite église de Saint-Etienne, séparée de la première par une petite ruelle, et ensuite l'église Sainte-Croix, un peu plus vaste, et accolée à celle de Saint-Etienne. Une ruelle, du côté de la Saône, sépare ces deux églises secondaires de la sacristie et de la Custodme de Sainte-Croix dont les murs descendent jusque dans la Saône. Ces bâtiments se voient sur plusieurs vues de Lyon exécutées au dernier siècle. Du côté de la rue Porte-Frau (aujourd'hui rue de la Bombarde), est la maison affectée à la Prébende de Sainte-Catherine, et à côté celle de la Prébende de Saint-Pierre, puis celle qui servait de demeure aux Perpétuels, et enfin la Chamarerie. Le long de la rue Saint- Jean comprise dans le cloîtré s'échelonnent la Prébende d^Amanzéy et la maison dite canonicale. Sur la place du Parvis s'alignent la Prévoté et une autre maison canonicale. Le long de la rue Tramassac, on rencontre la Prébende de Talaru, la Précenterie ou maison dite le Chef de Saint-Jean et deux maisons de chanoines, la Chanteriey Vhôtel de ChevriéreSy maison canonicale, à côté, la maison dite de la Sacristie de Saint-Etienne adossée à une maison de chanoine eihrhôtel d'Albon. Cet hôtel portait' primitivement le nom de maison de Saint-Thomas de Cantorbéry, et fut reconstruite en 1382, parce qu'elle menaçait ruine. Sa façade donnait sur la rue des Deux Cousins. Du côté sud de cette defnière rue était le Doyenné^ vaste et
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gnemeni,,.
glande habitation qui bordait aussi la rae Pisse-Tniye; i cAté se rencontrait une maison canonicale, les écuries de rarcheviché et la maison Maïlas. Derrière ces habitatioas et touchant au Doyenné se trouvait l'Arcbidiacottat autour duquel se groupaient l'église de Saint-Pierre-Ie-Vieux, les maisons des Perpétuels, du Sous-Mattn du Cbaur, de la Mtàtrise du Chœur et de la Trésorerie.
Le Palais archiépiscopal touchait, comme il touche encore aujourd'hui, à la cathédrale dont il masque une partie
du chevet. Plus tard, au x^^l• siècle, l'archevêque Camille de Neufville-Villeroi, en restaurant ce Palais, y ajouta une vaste galerie poursa riche bibliothèque qu'il légua, en 1693,
aux jésuites du grand Collège. Cette galerie avait sa base dans le lit même de la Saône et couvrait une partie de la rue des Etres qui longeait le chevet des trois églises Saint- Jean, Saint-Etienne et Sainte-Croix.
Je ne décrirai pas ces trois églises ; elles l'ont été déjà par M. Leymarie (i), entre autres, dans le Lyon ancien et moderne (t. H, p. 169), publié à Lyon en 1843. lime suflSra de dire, en ce qui concerne l'église Saint-Etienne, qu'elle passe pour avoir été construite vers 450, qu'elle servit de chapelle royale aux rois Bourguignons, quand ces princes avaient leur résidence à Lyon, et qu'elle fut longtemps la Primatiale.
Primitivement, l'église Saint-Etienne avait la forme d'une croix latine; plus tard, on altéra cette forme par l'adjonction de la chapelle de la Croix, bâtie en 1319, par le précenteur Jean d'Amoncourt. Latribuneou jubé avait été réparée par Philippe de Thurey, archevêque de 1389 à 141 5. Ses vitraux passaient pour être plus beaux que ceux de Saint- Jean ; on les devait à Tarchevôque Amédée de Talaru qui a gouverné l'église de Lyon de 141 5 à 1443. Nous verrons plus loin que les protestants brisèrent la plupart de ces belles verrières qu'on remplaça par quatorze cents pieds deverrine, lorsque, en 1562, cette église fut convertie en temple protestant. Au XV® siècle, Saint-Etienne fut reconstruit en partie, et au dernier siècle, on y fit encore quelques travaux.
L'église Sainte-Croix, plus petite que Saint-Etienne, passe pour avoir été construite par l'archevêque saint Arige, pour servir de paroisse. Leidrade la restaura, et, en 1458, on la reconstruisit en totalité. Ce ne fut qu'au xvin* siècle que
(i) Voir aussi la Description de Lyon, par M. Tabbé Guillon p. 8$, et la magnifique Monographie de V église Saint-Jean, publiée par M. Bégule, qui vient de paraître,
l'on restaura cette église sur les dessins de Delamonce^ on refit son jubé, les boiseries du chœur détruit par les protestants, et Qapasson dit « que le fond du sanctuaire devait être occupé par un grand ouvrage de sculpture qui représentera l'arbre de la Croix porté par des anges. » La Révolution Ta rasée ainsi que celle de Sainte-Croix.
Plus heureuse que Saint-Edenne et Sainte-Croix, la Cathédrale Saint-Jean a survécu à la tempête de 1793 ; mais elle a été aussi mutilée et profanée par les hommes de la Révolution qui en firent un Temple de la Raison et de la Liberté.
L'époque de construction de notre Cathédrale n'est pas non plus bien connue. Sa plus ancienne partie qui formait un baptistère ne semble pas remonter au-delà du xu^ siècle. Au xni^ siècle, on commença la nef qui parait avoir été terminée sous le règne de saint Louis, et en 1 274, on put y tenir un concile. Chaque siècle a ajouté en suite quelque partie à cette vaste construction et la façade ne fut achevée qu'en 1476. Plus tard, de nombreuses chapelles ont été accoUées aux flancs latéraux du monument. La plus remarquable est celle dite des Bourbons dont je vais parler plus loin.
Qjiiincamon nous a conservé les noms des ces chapelles, et a indiqué les tombeaux qu'on y voyait. L'intérieur de l'église était richement orné. On y admirait un jubé placé devant le chœur, a Renversé d'abord par les calvinistes, dit M. Leymarie, il fut relevé ainsi que la tribune ; on adopta pour sa construction l'ordre corinthien ; orné de bas-reUefe, de bonnes statues et de marbres de diverses couleurs, il fut achevé en 1607 et coûta au Chapitre 4,800 livres. Le jubé primitif était décoré d'un crucifix en argent que les calvinistes traînèrent dans la rue et qu'ils finirent par fondre. On le remplaça par un Christ en croix travaillé dans le goût de l'école de Michel- Ange, »
26 LES MONXmENTS D*ARTS
Comme je Fai déjà dit plus haut, c'est par l'église Saint- Jean que les calvinistes commencèrent leurs dévastations. Toutes les tombes mêmes furent fouillées et la cendre des morts jetée au vent. Parmi ces tombes se trouvait celle du cardinal de Saluces (i) mort à Saint-Donat (Drôme) en 1419, qui avait légué à la Cathédrale des objets d'art des plus précieux. Ses restes furent transportés à Lyon en 1420. Ce tombeau, érigé dans le chœur, était des plus beaux. D ne nous en reste même pas un dessin, mais on peut facilement s'en faire une idée par ces lignes que je puise dans le testament de ce prince de l'Eglise. « Volumus, dit-il, supra nos fieri unam elevatam sepulturam condeCentem in qua sit imago nostra cum capa, genibus flexis, manibus elevatis ad cœlum et sit scriptum « in sola misericordia Dei spero salvari. »
Dans la belle chapelle « de la Très Saincte Eucharistie » dite des Bourbons, élevée en 1449, par le cardinal Charles de Bourbon, primat de France, et par son frère Pierre VII, duc de Bourbon et sire de Beaujeu, se trouvait le mausolée du premier de ces deux princes. Quincarnon l'a décrit ainsi : « Il y paraissoit des figures de haut relief et celle du cardinal sur son mausolée, toute de marbre blanc. Une très sçavante et artiste main fleurissant dans la statuaire de son siècle, s'y vouloit rendre immortelle, n'eust été les impies ennemis de la religion qui détruisirent, je dis bien plus, assassinèrent tous ces monuments de piété en l'an de grâce 1562. »
Dans la chapelle de Notre-Dame du Haut-Don (de alto
(i) Amédée de Saluces, lombard de naissance, reçu chanoine de Lyon en 1373, nommé archidiacre peu après, appelé aux sièges réunis de Die et de Valence. (Voir Obituaire de Saint-Jean, publié par M. Gui'gue, en 1867, p. 56, note 3).
dono) était le monument d'Isabeau dUarcourt, veuve de Humbert, sire de Thoire et de Villars, avec son épitaphe gravé sur une pierre adossée contre l'un des gros piliers de l'église.
Outre les deux mausolées dont je viens de parler, il existait aussi, dans l'église Saint-Jean, d'autres tombes qui ne furent pas épargnées davantage. Qjjincarnon nous en çl laissé de courtes descriptions dans ses Antiquités et la fondation de la métropole des Gaules, p. 43 , au chapitre intitulé Giolophtes ou Tombeaux. Je n'en donnerai qu'un très court résumé et quelques dessins de celles qui subsistent encore.
Robert de la Tour d'Auvergne, évêque de Clermont, puis Primat de France, décédé le 7 janvier 1233.
Guillaume de Francheleins , doyen, décédé en janvier 1300.
Perceval de Lapaludy mort le 2 juin 1342.
Guillaume et Guichard, chanoines décédés, le premier, en 1406.
Jacques de Coligny, chanoine, chantre, primat des Gaules, décédé le 14 septembre 1372.
Guillaume de Thurey, primat des Gaules, décédé le 24 septembre 1372.
Pierre du Crozet^ docteur en décrets, et son neveu Pierre du Croset, morts au xiv« siècle.
Jean de Talaruy primat des Gaules, décédé le 24 septembre 1392.
Guillaume de Gorrevod, chanoine, décédé le 2 décembre 1406.
Jean de VAubespin, prévôt de Fourvières, décédé le 4 mai 1418.
Pierre de Grolée et Humbert de Varax, chanoines, inhumés tous trois dans la même tombe. .
Jean de Rocbetailléey cardinal, décédé en 1437.
LES MONUMENTS DAXTS
Isabeau de Harcourt, veuve de Humbert de Thoire-et- Villars, dame de Roussillon^ décédée le 7 juin 1443.
Amidie de Talaru^ primat des Gaules, décédé le 1 1 février 1443.
Henri de Sacanay^ chanoine, doyen, décédé le 1 1 février
JeandeGroUej custode, mort le 14 janvier 1458.
Jean de Sainl-Priest^ chanoine, mort en 1468.
Jean d'Amanzi, chamarier, Pierre d'Amanzi, sacristain,et Renaud d'Amanzé^ décédés les 21 janvier 1479^ 20 novembre 1470 et 9 septembre 1467.
JeqffraiddeMonchenu, doyen, décédé en 1472.
Mathieu de Talaru, archidiacre, décédé en 1473*
Jean de Montmartiny chanoine, décédé en 1473 .
Guillaume de Champrey, archidiacre, mort le 21 janvier
Claude Gasie^ doyen, décédé le 30 juin 1485.
Claude de Fougères , doyen, décédé en 1507.
Jacques é^AnumcourU grand-vicaire, décédé le 20 avril
Français de Rohan, primat des Gaules, mort le 1 3 octobre
Claude de Fougères, chanoine, décédé en 1541.
Louis de La Barge, comte de Lyon, mort le 6 mai 1554.
Ctons aussi :
André de Villars, chapelain, décédé le 5 juillet 13 61.
Etienne et Guillaume dejaya, chapelains perpétuels.
Etienne Fauques, maître du chœur, Philippe Fauques et Aymon Fauques, chapelains perpétuels, décédés en 1407.
Quant au Trésor de Samt-Jean, tous nos historiens lyonnais ont affirmé^ en se copiant les uns les autres, que les calvinistes Tavaient complètement pillé et détruit. Soupçon-
LES MONUMENTS DARTS
Riflrifrarfnii Din iiiii ]m (r imliTii
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nant que cette assertion pouvait ne pas être exacte, je me suis livré à de minutieuses recherches qui me permettent d'affirmer qu'une bien faible partie seulement de ce trésor est restée aux mains des déprédateurs, et que quelques titres des archives de la Primatiale ont seuls été anéantis.
En ce qui concerne le Trésor, et pour bien connaître toutes les richesses que chaque siècle y avait accumulées depuis sa création sous Leidrade, au ix* siècle, jusqu'en 1562, je me suis appliqué à reconstituer ce Trésor autant que possible, et à refaire son inventaire à l'aide des obituaires de Saint-Jean, lesquels indiquent, depub l'époque de Charlemagne jusqu'au xv* siècle, presque année par année^ les legs faits par les archevêques, les officiers du Œapitre, par de simples prêtres, par des femmes pieuses et même par de grands personnages étrangers. Comparant ensuite cet état avec les inventâmes manuscrits de 1448 et de 1724, publiés, en 1877, par M. de Valous, et avec ceux de 1581, 1586, 1595, 1598, 1601, 1619, 1646, 1672, 1760 et 176 1 encore conservés aux archives du département, j'ai pu constater que les reUques les plus importantes et les objets les plus précieux se trouvaient encore dans le Trésor de Saint-Jean^ en 1 761. C'est ainsi qu'entre autres reliquaires on y voyait :
(i) D'après le mémoire publié par Gabriel de Saconay, en 1569, il paraîtrait que beaucoup de reliques provenant des autres églises de Lyon furent livrées, dans le courant du mois de mai 1 562, aux réformés qui en exigèrent la remise. On lit en effet dans ce mémoire, page iio : « Le député des Eschevins en Cour ayant rapporté des lettres commandant aux rebelles de remettre toutes choses en leur premier estât, ils mirent ces lettres en pièces et au feu et peu s'en fallut qu'on ne pendit le député ; il fallut pour faire son appointement qu^iî leur délivrât trois grands coffres pleins de reliques qui avoientesti retirées en sa maison^ lesquelles il vit fondre et mettre en lingots qui furent remis au sieur Perrault pour les porter aux chefs de la rébellion.
i^ « Un reliquaire d'argent dans lequel il y a du bois de la Sainte Croix (i), en or, fait en double croizon, enrichy de deux perles fines blanches et de deux saphirs fins tirant sur le bleu. »
2^ « Un grand reliquaire d'argent doré sur son pied, un des fonds d'iceluy estant gamy de neuf pierres tant camaux que saphirs montés sur de Tor, dans lequel il y a une partie de la mâchoire de saint Jean-Baptiste (2). Le tout pesant six marcs, six onces, ledit reliquaire est marqué aux armes du duc de Berry. » (3)
3® « Le chef de saint Irénée (4), avec la calotte d'argent, enchâssé en argent, avec sa mitre enrichie de vingtneuf doublets rouges, six doublets bleus, huit émeraudes, ledit chef pesant avec le reliquaire sept marcs, quatre onces. »
(î) Cette relique a été sauvée par un chanoine et se trouve dans le Trésor actuel de la primatiale.
(2) Ce reliquaire a été préservé du pillage de 156a par le secrétaire Croppetdont je parlerai plus loin. Il sauva également le reliquaire contenant un doigt de saint Etienne et celui qui renfermait un os du bras de saint Vincent donné par le cardinal de Saluces.
(3) Le duc de Berry et Philippe, duc de Bourgogne, fils du roi Jean, étaient, en 1392, chanoines d'honneur de la Cathédrale de Lyon et lui firent de grandes largesses.
(4) En 1562 le chef de saint Irénée était dans le Trésor du monastère de Saint- Just. Voici comment La Mure raconte sa préservation dans son Histoire ecclésiastique du diocèse de Lyon (1671, p. 17) : « Pendant le pillage de Saint- Just, un chirurgien s'en saisit sous prétexte d'expériences d'anatomie et le garda dans sa maison qui fut ensuite renversée par les hérétiques. Les troubles ayant cessé, ce chef fut retrouvé sous les masures de cette maison et solennellement porté à la Cathédrale par l'archevêque Antoine d'Âlbon. » Ce chef avait été retrouvé par Jean Guilhen, conseiller au Présidial. Une partie de ces reliques fut restituée au Trésor de Saint-Just, une autre fut donnée en 1735 au séminaire de Saint-Irénée, et une demière à Louise-Elisabeth de France, duchesse de Parme, à son passage à Lyon« [Lyon ancien et modernefUll^^p. 211),
^^ « Deux grandes images ou effigies de saint Jean-Baptiste et de saint Etienne relevées en bosse avec leurs sousbassements, le tout d'argent doré pesant, savoir : celle de saint Jean qui tient de la main gauche un agneau d'argent et une croix en vermeil, 21 marcs, 4 onces, et celle de saint Etienne qui tient de la main gauche une pierre d'argent et de la droite un reliquaire en forme de livre dans lequel il y a de ses doigts, pesant 20 marcs, les deux effigies marquées aux armes de Saluées. »
Parmi les objets précieux sauvés des mains des protestants se trouva aussi la célèbre nappe d'autel donnée par la comtesse Berthe. Cette nappe a disparu après 1671, époque à laquelle La Mure la vit dans le Trésor; comme c'était un objet d'art des plus remarquables, j'en reproduis ici la description que La Mure en a donné dans son Histoire ecclisias^ tique du diocisc de Lyon, page 292. « Cette nappe, dit-il, qui est un des plus curieux monuments de Tantiquité sacrée qui paroisse dans Lyon, y a été heureusement conservée dans le Thrésor de l'église Saint-Estienne, et on l'y void encore aujourd'huy enrichie et ornée de plusieurs vers anciens dans lesquels ce que l'Eglise enseigne touchant le Très Saint-Sacrement est nettement et dévottement exprimé. Ces vers sont marqués et écrits sur cette nappe en lettres d'or et font connoltre quelle fut donnée à saint Remy archevêque de Lyon, par une dame nommée Berthe : Et, d'ailleurs par les documents de cette église de Saint-Esdenne on apprend que ce fut du temps de Charles, roy de Bourgogne, petitfils du Roy et empereur Louis-le-Débonnaire et dernier fils de l'empereur Lothaire et dont le règne commença en 855, que cette nappe riche et curieuse fut donnée et ofierte à saint Remy pocur ladite église^ le 8 des Ides de novembre, qui est le 6 dudit mois, par Berthe, appelée simplement comtesse, en latin comitissa, ce qui montre que ce fut
Berthe d'Aquitaine, fille de Pépin de Frairce, fils puisné du dit Roy et empereur Louis-le-Débonnaire, femme du comte Gérard, surnommé de Roussillon, gouverneur de Lyon. Cette nappe paraît encore maintenant fort belle quoiqu'elle ressente bien le vieux temps. Vénérable Messiire Louis de Ville, cy-devant sacristain de ladite église de Saint-Estienne et à présent sacristain et chanoine de l'église Collégiale de Saint-Just et digne grand-vicaire du diocèse, a eu soin d'en tirer et communiquer les vers qui y sont avec les susdites remarques portées par les documents de ladite église auxquels il ajoute encore celle«cy que cette nappe paroit encore aujourd'hui de mesure pour l'autel de cette même église. En voicy donc la description :
« Au milieu de cette ancienne et dévote nappe, à l'endroit où doit être mis le Corporalier lorsqu'on dit la messe, paroissent encore les traces de la figure d'un agneau qui y est représenté avec ces deux lettres en bas a etfl, et ces deux vers autour d'un rond ou cercle qui enferme ladite figure :
Agne Dei, mundi qui crimina dira tuliste.
Tu mstri miser ans cuitclos absolve reaius.
« De chaque côté de ce Cercle, tout au long sur ladite nappe, sont ces deux autres vers à sçavoir celuy-cy du côté droit :
Hic partis vivuSy coélestisqm escaparatur.
a et cet autre de l'autre côté :
Et cruor ille saur qui Christi ex carne cucurrit»
« En travers sont ces deux autres croisant la largeur de ladite nappe, à sçavoir, celui-cy au-dessus du cercle :
Sumat perpetuam pro facto Bertha coronam.
« et cet autre au«>dessous :
Haec cujus studio Palla hae effulgurat aura
« Tout autour, sur les bords et extrémités de ladite nappe, sont les autres vers qui s'ensuivent et premièrement sur le bord d'en haut sont ces trois :
Rtmigius Prastil Cbrîsloper sccula vivat.
Exutus vtiiis, culparum et Tabe p'ialus Hostia viva Deo, sancta^ut in corpore faclns .
a Sur le bord du côté droit sont ces deux :
Cui Deus omnipotefis quotiens bac liba sacrabit Concédât ventant, tantoque in mnnere partetn .
« Sur le bord d'en bas de ladite nappe sont ces trois autres :
Atqtu suis sanctis societ post futiera morlis
Qui cupit IxK Epulutn sanctwnqtu baurire muent
Sépritts inspiciaty cordisque sécréta revohtat.
« Et puis, sur le bord de Tautrc côté, sont ces deux derniers vers qui achèvent la suite des précédents :
Et quidquid retrnm cottspexerit et ntatulostun Dilvatj offenstis otnnesqne relaxât et iras.
Le P. Ménestrier rechercha en vain cette nappe en 1696. Alors, même le souvenir de cet objet d'art avait été complètement oublié dans Téglisc de Lyon ; en tous cas, il n'a pas été détruit par les protestants, puisqu'il s'est perdu entre 1671 et 1696.
Mais par suite de quelles circonstances ce trésor a-t-il pu échapper aux mains des protestants ? Nos archives départementales vont nous l'apprendre. D'abord^ une lettre du comte de Sault^ à la date du i**' mai 1562, adressée au roi, nous révèle^ comme je l'ai déjà dit plus haut, que ce personnage remit lui-même aux chefs calvinistes toute la partie du Trésor que les chanoines n'eurent pas le temps
de mettre en lieu sûr (i), après en avoir fait faire un inventaire par ces chefs. J'ai rencontré ensuite dans ces mêmes archives une requête inédite présentée au Roi par les chanoines, lesquels y exposèrent « qu'estant la ville de « Lyon révoltée, ils furent contrainctz eulx se retirer et « aulcuns d'eulx délaissèrent leurs reliquaires et ornements « au sieur de Sault et supplièrent le roi qu'il les fasse « rendre à ceulx à qui il dit les avoir baillées et à ces fins « qu'il communique Yinventaire. » Il est donc certain par ces deux documents que les chanoines, voyant toute résistance impossible dans leur cloître battu en brèche par le canon des protestants, dans la matinée du i'" mai 1562, ont, avant de fuir, confié leur Trésor au comte de Sault, réfugié au milieu d'eux dès les premiers bruits de l'invasion de la ville. Il est non moins indubitable que ce dernier, en abandonnant le cloître qu'il ne pouvait pas défendre et en se présentant à ITiôtel de ville (2) où il avait été appelé pour conserver le gouvernement de la ville^ a remis aux nouveaux Echevins, protestants, le Trésor que les chanoines avaient confié à sa garde et à sa probité^ et qu'il en avait fait dresser un état ou inventaire régulier. Mais rien ne nous indique quelle suite le roi donna à la requête des chanoines demandant la restitution de leur Trésor, ni l'époque
(i) Il est bien à regretter que les registres consulaires présentent une lacune depuis le i^r mai, jour de la prise de Lyon^ jusqu'au 7 du même mois. Les feuillets sont restés en blanc; on ignore donc toutes les mesures prises par le Consulat dans ces graves circonstances.
(2) D'après le mémoire publié par le chanoine Gabriel de Saconay, les calvinistes ne purent pas s'emparer non plus du Trésor des Cord^ liers; lequel contenait le reliquaire renfermant le chef de saint Bonaventure. Ce Trésor fut caché par le frère Jacques Gayette^ gardien de ia maison. — Ce religieux fut arrêté pour n'avoir pas voulu livrer ce Trésor, et massacré la nuit suivante sur le pont de la Saône.
à laquelle cette restitution s'est faite. — Mais cette restitution, au moins partielle, a eu lieu, puisque^ comme je Tai déjà dit plus haut, les principales reliques et les objets d'art les plus importants figurent sur les inventaires postérieurs à l'occupation de Lyon, en 1562. Toutefois, la majeure partie des vêtements sacerdotaux, des ornements de prix et des tapisseries tomba au pouvoir des protestants et fut anéantie. On verra, en effet, plus loin par la comptabilité tenue par les protestants eux-mêmes, que ces objets, en très grand nombre, furent brûlés après qu'on eut enlevé l'or et l'argent qu'on réduisit en lingots remis ensuite « à Messieurs du Q)nseil. »
Il se rencontra aussi alors un homme de dévouement qui put soustraire aux calvinistes une partie du Trésor au moment de l'invasion du cloître Saint-Jean. Voici ce que Pemetti rapporte à cet égard. (T. I, p. 291) : « Jean Croppet, premier du nom, ayant acquis la propriété de tous les Grefies de Lyon, rendit aussi de grands services à sa patrie et en particulier à l'Eglise de Lyon. Aidé par son fi-ère, André Croppet, doaeur es droits de Sorbonne, il parvint à soustraire au pillage des protestants, le 30 avril 1562, une partie des reliques des églises de Saint-Jean- Baptiste et de Saint-Etienne, i^*" martyr, et de Saint-Vincent.
« L'Eglise de Lyon, pour reconnaître ce service rendu, accorda à Jean Croppet une chapelle dans l'église paroissiale de Sainte-Croix, où il fit apposer ses armes sur les vitraux et sur la ceinture de ladite église. Il avait déjà donné à cette église des témoignages de sa libéralité ; les anciennes formes du chœur, qu'on a renouvelées depuis peu d'années, avaient été faites à ses frais. Elle accorda encore aux Croppet un privilège unique, qui est de faire sonner au décès de ceux qui composent leur famille la grosse cloche
}8; : LES MONUMBOTS d'aRT
de la cathédrale» honneur fon distingué dans cette viUe. » ] n est donc certain, par cette citation, qu'une partie du. Trésor échappa aux calvinistes et on peut croire même que toutes les reliques furent mises en lieu sûr par les frères, Croppct (i).
Ainsi, absolvons les calvinistes de l'accusation d'avoir, comme beaucoup d'écrivains l'ont avancé, détruit tout le Trésor de Saint-Jean. Il restera assez d'autres faits regrettables à leur charge (2).
Quant au reproche qui leur a été aussi toujours fait d'avoir anéanti toutes les archives du Chapitre, il n'a pas plus de fondement. Pour formuler ce reproche, on s'est basé sur un procès-verbal dressé le 7 juillet 1563 sup la demande des chanoines Théodore de Vichy, doyen, et Bernard de la Tour, de Saint -Vidal, archidiacre de l'église Saint- Jean, par Jean Dufournel, conseiller du Roi, lieutenantgénéral de la sénéchaussée et siège présidial du Lyonnais. Dans cet acte on lit, entre autres, « nous sommes montés au premier étage des archives que nous avons trouvé ouvert, et la porte d'iccUe brisée, ativeric et ronipue et dans laquelle première chambre et étage avons irottvi plusieurs
(i) Etienne et Guillaume de La Barge, chanoines, rapportèrent aussi au Chapitre, trois calices^ deux bassins, deux encensoirs, deux burettes et un reliquaire qu'ils avaient emportés. — Deux autres chanoines rapportèrent aussi un reliquaire de la Vraie Croix^cn or avec douze pierres précieuses et quatre perles. (Péricaud. Notes et documents).
(2) On peut, entre autres, leur reprocher le pillage complet du Trésor de Téglise d*Orange, car Nostradamus nous apprend, dans son Histoire de Provence^ que «le 8 août 1562, François Fabrice Serbellon fit décapiter, à Avignon, messire Jean Perrin, seigneur de Parpaille^ président à Orange, lequel avoit sacrilègement saisi et pillé tous les reliquaires d'Orange qu'il avoit transportés à Lyon, et convertis en monnoye pour faire la guerre à Diçq. »
vimlx papiers cassis, brisés et rompus, desquels n'a esté possible faire inventaire d'aultant qu'il n'y avoit aucune chose où l'on pût asseoir jugement ny substance. Après nous sommes montés au second membre desdites archives qu'éioit une chambre voûtée, la porte de laquelle nous avons semblablement trouvée ouverte et rompue par force et dans icelle avons trouvé de grands buflfets de noyer, tout à l'entour, et iceuU buffets bulletés et étiquetés des noms des terres et seigneuries que tiennent les sieurs doyen et Cha* pitre» tant aux champs qu'en cette ville de Lyon, lesquels buffets avons trouvé aussi rompus et brisés sans que dans iceux y eust aucuns papiers ^ lettres ^ titres ^ doatments ou eftseignements et dans lesquels Icsdits sieurs doyen et archidiacre ont dit leur avoir été pris dans leur dit Trésor, Terriers^ lettres, titres^ documents et enseiguetnents que leur cstoit un dommage et perte inestimable^ requérant de ce que dessus leur cstre faict acte pour leur ser\'ir et valoir, en temps et lieux . » Mais les documents les plus certains établissent le contraire. Je lis, en effet, dans un manuscrit du dernier siècle conservé aux archives de la ville et dont le custode Devillc semble être l'auteur, les lignes suivantes : a Cependant, on a eu le bonheur de soustraire à la fureur des hérétiques, les livres des Actes capitulaires qui avaient été commencés en 1361 et se trouvaient déjà multipliés jusqucs au nombre de 52. On eut l'obligation au zèle et i l'industrie de M. Croppet. On recouvra aussi quelques livres à'obitSy d'anniversaires et autres papiers qui se trouvèrent entre les mains d'officiers du Chapitre ou des personnes de l'Eglise. Le plus grand livre des Obîts fut retrouvé, en 16 16, par Floris Blachery, perpétuel de l'église de Lyon, inhumé dans la chapelle Sainte-Anne qui est le lieu de sépulture de MM. les Perpétuels. Vers l'année 1566, le Chapitre employa la somme de cent écus pour retirer de toute part ce qui avait
40 LES MONUMENTS d'aIT
échappé au pillée universel; de ce nomlnre, se trouvaient des Terriers signés par Bercjrsiaco, en I406,et parCourvéon en 1541 — un recueil manuscrit d'anciens titres rassemblés sur la fin du xv* siècle, par un chanoine de l'^tise de Lyon, sous ce nom général : « De fundatione Ecdesiae Lugdunensis. » Severt le cite plus d*une fois. — Un ou plusieurs recueils d'anciens Statuts de TEglise de Lyon.
« Enfin, ajoute le même écrivain anonjmie, on peut voir encore dans le même Severt et dans le P. Ménestrier, seuls auteurs auxquels les archives de Lyon ont été ouvertes^ ce que le Chapitre conserve encore aujourd'hui de ses anciens titres. On trouverait même à cet égard un détail fort instructif dans le Livre des Actes capitulaires, fol. 317 où est la mémoire des papiers et titres de l'Eglise de Lyon qui furent mis en garde, pendant les troubles, dans le château de Chalmasel, d'où on les retira dans la suite. »
Ajoutons aussi à ces détails que d'autres restitutions de titres eurent aussi lieu successivement. Ainsi on v*oit, par des prôcès-verbaux conservés aux archives départementales (arm. David 53 bis), qu'un volumineux inventaire fut dressé des titres restitués au Chapitre par le comte d'Escouet et remis par ce dernier à l'abbé Gouvilliers, alors archiviste du Chapitre — qu'en 1750^ on en trouva aussi beaucoup dans la succession d'un sieur J. Mallet, et enfin qu'en 1757, Guillaume et Raymond de Sallemard en rendirent aussi un grand nombre.
Du reste, Isaac Le Febvre, en écrivant, en 1627, son livre intitulé « Nombre des églises qui sont dans l'enclos et dépendances de la ville de Lyon » a été paiement juste envers les protestants, en ce qui concerne la destruction des archives ; il reconnaît aussi qu'une partie seulement en a été saccagée.
« Les accidents sont divers, dit-il, qui peuvent ou trans-
porter ou supprimer, voire du tout destruire les contrats les plus authentiques, comme cela se voit bien souvent et mesme qu'il est arrivé en nostre ville de Lyon presque quasi de nostre temps, un ravive qui a ravagé les plus remarquables archives et a esteint la mémoire de beaucoup de choses des plus célèbres qui se soient passées en ceste tant illustre ville, et spécialement pour l'ecclésiastique ; c'est ceste funeste prise de la ville par la violence extraordinaire des Religionnaires qui ne se sont pas contentez de faire esdater leur rage sur la chair et le sang baptisé au nomdejésus- Œrist, en la vraye église, ains se sont monstrueusement ruez sur les choses insensibles mesmes , sur les temples et les pierres sans raison, ont fouillé dans les archives et ce qu'ils dévoient tenir de plus cher, ils ont bruslé les vieux mémoriaux de beaucoup de choses dignes de remarque, et est cause que je ne te peux, amy lecteur, asseurer précisément la fondation de beaucoup d'églises...»
Du reste, pour laver les protestants du reproche d'avoir anéanti les archives de Saint-Jean, il suffit d'examiner les titres et registres sans nombre et malheureusement non inventoriés encore qui sont conservés aux archives du département du Rhône. Ce fonds est l'un des plus riches et des plus précieux de ce grand dépôt. Si nous avons des pertes à déplorer, c'est la Révolution qu'il faut en accuser. A son tour, elle a fait aussi main basse sur ces archives, et il nous reste encore les procès-verbaux de leur confiscation dressés les 10, 19 mars, 22 avril 1791. Ces procès-verbaux indiquent tout ce qui fut trouvé aux archives de l'archevêché et dans celles du Chapitre et qu'on jeta dans des tombereaux pour le transporter aux Feuillants dont on avait fait un entrepôt général des archives de toutes les communautés religieuses également confisquées par la nation. Mais que de titres furent alors volés et perdus ! Et plus tard, n'or-
donna-t-on pas non plus la destruction de tous ceux qui pouvaient être entachés de féodalité, ou leur remise à Far-* tiUerie pour en faire des gargousses ?..
Mais revenons au douloureux temps de la mutilation de nos églises par les protestants, en 1562. La basilique des Macchabées, dans le célèbre couvent de Saint-Just, fortifié de 22 tours, fut encore moins épargnée que la cathédrale (i). Le baron des Adrets la renversa de fond en comble et rasa tout le monastère. L'église était la plus richement ornée de Lyon. Ses colonnes de marbre et de porphyre furent transportées en Provence, ses cloches furent brisées et fondues ainsi que le reliquaire d'argent renfermant le corps de saint Just... Les soldats du baron des Adrets profanèrent les tombeaux et causèrent de telles dévastations que plus tard le dommage fut évalué h plus de 450 mille livres tournois.
Saint-Nizier souffrit moins; cependant on brisa les statues du portail septentrional, on rasa les bâtiments du Chapitre, ainsi que la chapelle de h confrérie de la Trinité et oh mu-
(i) Voir tt la Dcstniction de Téglise Saînt-Just, du cloistrc et de la partie du faubourg, par les Protestants, en 1562. Enquête et procèsverbaux » réimprimé en 1878 par MM. Guigue et Mougin-Rusand. D'après des lambeaux de parchemin contenant des inventaires du Trésor de Saint-Just des années 1 306, 1 328, 1 3 50 et 1 3 $2, on conservait alors dans ce monastère les reliques suivantes: 1° Caput Dyonisîi in imagine episcopi; 2° Brachium S. Annemundi argcntatum cum tribus digîtis rectis et duobus ultimis digitîs fecorbatis ; 30 Quadam par va crux in qua est de ligno crucis ; 4° Crociam B. Justi argenteam ; 50 Brachium S. Justi argenteum quod dédit ecclcsix Bemardus Duchos, et en outre « quatuor candalabrea cuprea de opère de Lymogcs. » (Arch. départ, du Rhône, fonds de Saint-Just.)
Cbiant aux corps des saints que possédait ce même monastère et qui avaient été relevés en 1288, ils sont énumérés dans un procès-verbal, à cette date, dressé par des Docteurs nommés et choisis à cet effet, par Tarchevêque de Vienne.
tila Tantique chapelle de Saint-Jacques ou de San Jaqueme dans laquelle siégea longtemps le Consulat^ à son origine.
L'église des Jacobins, Tune des plus riches de Lyon, protégée par les Florentins et ornée par eux, subit de plus grands ravages. Son Trésor fut enlevé et le baron des Adrets fit une écurie pour sa cavalerie de l'église mutilée (i).
Aînay fut l'objet de toute la rage des calvinistes ; ils démolirent son cloître, renversèrent l'autel qui contenait les reliques de saint Pothin et le corps de saint Badulphe.
L^abbaye de Saint-Pierre ne fut pas épargnée non plus. Avertie à temps, l'abbesse Françoise de Clermont avait eu le temps de fuir avec ses religieuses; mais, avant de partir, elle avait caché dans une retraite qu'elle croyait sûre le Trésor et les reliques du monastère. Un ouvrier révéla le secret aux calvinistes qui s'emparèrent des vases sacrés et dis*» persèrent les reliques sur le sol ; une sœur laie, qui n'avait pas suivi ses compagnes, feignant de cueillir des herbes, ramassa les saints ossements dans son tablier et les conscr\'a pieusement à l'abbaye.
La chapelle Saint-Saturnin fut démolie. Même dévastation à l'église Notre-Dame des Anges à rObser\'ancc. Les calvinistes la brûlèrent après l'avoir pillée.
(i) Il existe encore aux archives du département dans le fonds non classé des Jacobins un inventaire de Targenterie de cette maison dressé le 17 août 15 17. Je le donne dans mon étude sur les Trésors de L5'on. Cette argenterie était du reste peu considérable, puisque, d'après une note du P. Ramet, insérée dans le tome IV, page 70, de son admirable inventaire des titres de son monastère, fait en 1762, on lit ces lignes « Argenterie de l'église, ne Sac Raymundus nota qu'on ignore en quoi consistait anciennement l'argenterie de notre église; on sait seulement que lorsque les huguenots se rendirent maîtres de Lyon, en 1562, ils nous enlevèrent 116 marcs pesant d'argent tant en croix que calices, chandeliers, bassins et reliquaires. » En 1760, cette argenterie valait 5568 livres, sans parler de sa valeur artistique.
n existe encore aux archives du Rhône un document inédit qui énumère la plupart des monuments mutilés ou même entièrement détruits par les protestants pendant l'occupation de Lyon par leurs troupes. Il est intitulé : « Mémoire des ruynes faictes des églises et maisons d'ycelles à Lyon,depuis la publication de l'édit -de pacification , par ceuk de la nouvelle religion. » Premièrement ont esté ruynées les maisons et cimetière de Téglise et cloistre de la cathédrale de Lyon et de Végliu de Saint-Etienne. Les église, cloistre, cha-* pelle^cimetière etmaisonsdes enfants à^cYiodxxràt Saint-Paul et de Saint-Laurent. Les cloistres et vitres de l'église Saint-^ Nizier. Les église et maisons de l'abbaye à'Ainay. Les église, cloistres et jardins de Saint-Pierre. Partie de la closture de l'église et maison de la Platiire. Prins et enlevé et emporté partie des pierres et des marrains de l'église et maisons de Saint-Just sur Lyon^ et des certaines maisons de l'église collégiale de Ylsle Barbe lés Lyon ;» mais, comme on le voit, cet état est incomplet, car il ne mentionne ni l'église des Jacobins, ni celles des Célestins, de l'Observance et d'autres maisons religieuses très importantes également saccagées.
En tous cas, les ruines furent immenses, et Tart a fait, par ces actes de stupide et inutile vandalisme, des pertes irréparables. Mais bien autres seront les dévastations que commettront, au nom de la Raison et de la Liberté^ en 1793, les détenteurs du pouvoir d'alors.
Toutefois,si,en 1562,1e ministre calviniste RufFy présidait souvent aux dévastations commises par ses coreligionnaires, revêtu d'une cuirasse, l'épée au côté et un marteau à la main, Calvin protestait contre ces actes de vandalisme. Il écrivit à ses frères de Lyon, le 13 mai 1562 : « Nous oyons des nouvelles qui nous causent grande angoise. Nous scavons bien qu'en telles esmotions il est bien difficile de se modérer si bien qu'il ne s'y commette de l'excès, et excusons
DE LA PiOMATIALE DE LYON 4$
Êicilement si vous n'avez tequ la bride si roide qu'il eust esté à souhaiter ; mais il y a des choses insupponables dont nous sommes contraints de vous escrire plus asprement que nous ne voudrions. Ce n'est pas un acte décent qu'un ministre (Jacques Rufi ou Rouffjr ou Roux) se fasse soudart ou capitaine, mais c'est beaucoup pis quand on quitte la chaire pour porter les armes. Le comble est de venir au gouverneur de la ville, le pistolet en main en le menaçant, en se vantant de force et violence.... Maintenant ces vieilles ^ playes nous ont été rafraîchies quand nous avons ouy que les rapines qu'on avoit tirées de l'église Saint-Jehan ont été exposées en vente au dernier offrant et dépeschées pour cent douze escus(i).Mesme qu'on a promis aux soldats de leur distribuer à chascun sa portion. Or combien qu'il soit tard d'y remédier (2), si ne pouvons nous pas nous tenir de vous prier au nom de Dieu, et exhorter, en tant qu'en nous est^ que vous mettiez peine à récompenser les fautes passées, et surtout d'empescher toutes ces voleries et pillages. Desjà il y a du zèle inconsidéré à faire tous ces ravages qu'on a faits
(i) D'après ce passage de la lettre de Calvin^ il paraîtrait qu'il y eut deux ventes publiques des objets de prix provenant du pillage de la cathédrale. La lettre par laquelle Calvin blâme ces ventes est du 13 mai
1562, or^ à ce moment, la première vente était consommée, et les autres ventes dont je donne^ dans cette étude^ la comptabilité, n'ont été commencées que dans le mois de juin, La première a produit cent douze êcus, d'après Calvin, tandis que celles faites par Qaude de Rocheblanc, délégué du Conseil de ville, se sont élevées à la somme de 2532 livres, 6 sols.
(2) Les exhortations de Calvin furent impuissantes pour arrêter les excès; ils continuèrent pendant les 13 mois de l'occupation de Lyon par les protestants, et même nonobstant l'édit de pacification du 18 mars
1563. Nous verrons, en effet, plus loin, que, malgré les ordres du roi et du gouverneur de Lyon, on continua la démolition des maisons du doitre de Saint-Jean et de plusieurs églises, au mois de juin 1563, alors que déjà le clergé catholique avait été invité à rentrer et à reprendre l'exercice du culte.
aux temples... De ces butins que pourra-t-on dire? à quel titre ravir ce qui n'est à aucune personne privée ? Si les larrons sont punissables, c'est double crime de dérober le bien public. »
Quoi qu'il en soit des regrets de Calvin^ la Cathédrale de Lyon, jadis si belle et si riche en monuments de tous genres, ne fut bientôt plus qu'une ombre d'elle-même, ainsi que ses deux sœurs de Sainte-Croix et de Saint-Etienne. Jusqu'à naguère on savait bien qu'elles avaient subi les plus affreuses dévastations (i) et le magnifique portail mutilé de Saint-Jean en témoigne assez par lui-même, mais on ignorait que ces dévastations s'étaient faites avec une certaine régularité, et qu'il avait été tenu une comptabilité régulière des dépenses occasionnées par ce vandalisme et des recettes provenant de la vente des matériaux. Un document trouvé dans les archives de Saint-Jean éclaire maintenant ce fait d'un jour tout nouveau, et comme il est inédit, je croîs devoir le publier in extenso. Il a pour titre « Compte de la Receptc et despence que rend pardevant vous Messieurs les gens et desputez à l'audition des comptes, Claude de Rocheblanc de ce qu'il a reçu des Temples Sainct* Jean et Saincte-Croix, depuis le mois de juingdela présente année 1562 jusques aujourd'huy septième jour de février. »
Ce compte se divise en deux parties. Dans la première, qui commence le 25 juin 1562, sont portées toutes les sommes reçues par M. de Rocheblanc et provenant de la
(î) Les dévastations ne prirent leur caractère violent et général qu'après le 7 mai, jour de Tentrée à Lyon du baron des Adrets, avec ses bandes de provençaux, soudarts brutaux, habitués au pillage et que leur chef ne put ni ne voulut maintenir. Ces gens étaient de toutes races et de toutes religions. On peut même admettre avec quelque fondement que ce sont les Miquelets qui ont commis la sauvage mutilation des Jacobins, des Macchabées et de Samt-Pierre.
vonte des objets en argent, fer (i), cuivre^ laiton et plomb, lii^ge, tapisseries, de la cathédrale. Cette vente a produit ^ S J7 livres 12 sols 9 deniers tournois.
la dépense s'est élevée, pour frais de démolitions et rél^o^rations, à 2J70 livres 11 sols } deniers. Comme on le voit, 1^ dépense a été supérieure! la recette d'environ 200 livres. La première dépense est inscrite sous la date du 25 iuîn Î562.
Le poids du fer et du cuivre, enlevé aux trois églises, a ^té de 211 quintaux 35 livres, sans préjudice du métal livré à Tartîllerie, soit 70 quintaux 79 livres, fer et plomb, Valant 267 livres 15 sols tournois. Au mois de novembre t 562, on remit encore à l'arsenal du roi 2 quintaux, moitié fer, moitié plomb, plus 75 livres pour la irégate. On appc- 1 ait ainsi un bateau ponté et armé de canons que la ville entretenait sur nos rivières pour la défense de Lyon. Plus tard, sous la Ligue, on établit plusieurs frégates ; on voulut x>ième les employer au siège de Sainte Colombe, mais la x^iolence du vent et du courant du Rhône les (it échouer et les brisa.
Le métal des onze cloches de Saint- Jean ne figure pas dans le compte. Ce métal avait été probablement enlevé dès les premiers jours de l'invasion, avant qu'on ne songeât a établir une comptabilité régulière, laquelle n'a été commencée que le 25 juin. Ce métal se retrouva lors du retour des chanoines en 1563, dans Tarse nal situé sur le quai du
(i) Dans le compte présente par M. de Rocheblanc figure une assez grande quantité de fer, entre autres de treillis de fer dont une partie fut vendue au président Regnault. Gabriel de Sacconay parle aussi de ce fer, en ces termes : « Les calvinistes arrachèrent les irelis de fer et de fonte des chapelles et n*y ont laissé ni fer^ ni clous des fonts baptismaux et bénitiers ou les ont brisez ou transportez en leurs maisons et jardins pour en user en leurs délices. »
Rhône, à côté du grand collège de la Trinité. Le Chapitre en ayant eu avis, et ayant su que le capiuine Sermant se proposait de l'enmener secrètement sur le Rhône, s'adressa au capitaine Sala pour qu'il fit faire des perquisitions, non seulement dans Farsenal, mais « sur les bateaux, ponts, ports du Rhône et de Saône^ sur les chemins, charrettes, pour y saisir tous meubles, ornements d'églises, cloches, croix, calices, chandeliers d'argent, etc. » (Reg. capit. Séance du 8 septembre 1563.)
L'or et l'argent vendus provenaient des chapes et des ornements d'église brûlés sur la place Saint-Jean et jetés ensuite dans les creusets.
Une première fois, on remit au sieur de Rocheblanc « le 6 septembre 1562, 1106 livres 10 sols en trois lingots d'argent pesant trois vingt onze marcs, 3 onces, estimé 1 5 livres 10 sols le marc, « provenant des chapes qui ont esté brûlées et fondues par le mandement de Messieurs du Conseil. »
Le 20 octobre suivant, on porte encore en compte « 24 livres 10 sols pour cenaines perles, et un marc d'argent provenu de certaines mitres. »
La fonte de l'or des chapes et des mitres fut confiée à Jacques Vauzclles, orfèvre, qui mit trois Jours et demi à brûler ces objets et à fondre les métaux précieux qui en provenaient. Le sieur Paris, couturier, et six compagnons, avaient employé vingt-deux jours à découdre les chapes. On consomma huit bennes de charbon et du bois pour la fonte de l'or et de l'argent. « Le creusier à fondre » avait été fourni par le sieur Claude Mutin.
Il est bon de remarquer que l'argent provenant de la fonte du grand crucifix d'argent qui surmontait le jubé de Saint-Jean, ne figure pas dans le compte. Les soldats qui l'avaient traîné dans les rues se sont-ils partagé ses débris
OU les ont'ils remis à leurs che£i, et ceux-ci en ont-ils tenu compte ? Ce fait n'est pas encore élucidé^ faute de documents. Nous savons seulement par le chanoine Sacconay « que pour ce qui est de la teste qui estoit d'argent, le ministre Ruffi ne s'en dessaisit^ ains fit mettre le reste du corps en quatre quartiers par ses plus fidèles évangelistes et ainsi accompaigné s'achemina portant toujours ladite teste à la maison de l'arche vesché. » D'après ce même écrivain, « l'image du crucifix^ de fort grande stature, estoit d'argent en partie, et le reste tout couvert de lames d'argent. » . Les trois églises ayant été complètement dévastées^ il fallut les remettre en état pour en faire des temples. On peut se faire facilement une idée de leur dégradation par le nombre de journées consacrées à leur descombreiiicnl. Âiiisi, on voit figurer au compte des dépenses, « d'abord 13 livres 9 sols payés à Guillaume Le Chappuys pour certaines journées qu'il a faictes au descombref tient du temple Sainct Jehan, — puis, le 15 octobre, 199 livres payées à Claude Drajet, pour avoir travaillé au descombrement du temple Sainct Jehan et Saincte Croix, et pour reparer le chœur dudit temple Sainct Jehan et avoir osté tout le descombrement, et ce depuis le mois de juing jusqu'au dit jour. » Les chaises et les bancs de ces trois églises ayant été brisées, il fallut les refaire. La chaire de Sainte-Croix coûta 42 livres 10 sols ; les bancs furent recouverts de drap vert.
a Tout le temple Saincte Croix dut être réparé à neuf a depuis un bout jusqu'à l'austre. »
Pierre Hericard et Michel le Bel furent chargés de refaire 1,400 pieds de verrières (i), pour remplacer les verrières en couleur des fenêtres ; elles furent payées 140 livres*
(t) Après le départ de Lyon du baron des Adrets, les protestants, pour montrer qu'ils n'avaient pas entendu sUnsurger contre le pouvoir
50 LES MONUMENTS d\rT
Le temple Sainte -Croix dut être aussi « blanchi, jauni ci grisé » ; on y employa 75 septiers de chaux et 75 septiers de sable pour les réparations. Un sieur Merle fut chargé d^affiger sur la porte du temple Sainte-Croix les commandements de Dieu et les armoiries du roi.
Dans la trobième partie du compte est porté tout le linge personnel des chanoines enlevé de leurs habitations, ainsL que leur literie et les tapisseries de haute lice qui ornaient: l'église Saint-Jean dans les grandes solennités.
Le linge fut en partie vendu, en partie donné aux minis — très protestants, lesquels étaient les nommés Pagezy, Mi — chael, Vignaulx, Vassan(i), Viret, François Ponthus (2)^ Salis, Payan.
Les tapisseries étaient assez nombreuses. On voit figurej dans le compte « treize pièces de tapisseries servant au temple, « deux pièces tapisseries moyennes de haute lice, un tapis a façon de Turquie, deux grands tapis de Rhodes= servant à mettre devant Tautel. »
La cathédrale était riche jadis en tapisseries (3). Dans
royale mirent aux églises de Saint-Jean et de Sainte-Croix des verrières sur lesquelles étaient représentées les armoiries royales. Soubise prit le titre de « commandant pour le service de Dieu et du roy à Lyon et gbuvernemeot du Lyonnais. » (Voir. A. Puyroche, Revue du Lyotmais^ mars 1880, p. 330.) (i) Vassan était un ancien du consistoire réformé.
(2) Ponthus n'était pas, non plus, pasteur. Il parait qu'il reçut le linge porté en regard de son nom dans le compte de Rocheblanc « pour un escholier. »
(3) Il serait assez intéressant de savoir si ces tapisseries étaient de fabrication lyonnaise, car d'après un excellent anicle de M. Natalis Rondot « sur la fabrication de tapisseries de haute lisse à Lyon «, il paraîtrait, dit cet auteur <f que l'usage des tapisseries de haute lisse était répandu à Lyon dès le xiii« siècle ; à la fin du xv^, le goût en était devenu plus vif. Au xv« et au xvi* siècle, les tapisseries abondaient certainement à Lyon plus qu'en aucune aut^e ville. Chose singulière : au
BÊ LA t^RIMÂtlAlE DE LYON 5I
Tinventaire du trésor de 1448, publié en 1877 par M. de Valous, on voit figurer entr*autres :
« Primo tria tapicia magna viridis coloris et drcum circa cum barris rubeis etfuerunt dataper dominum Saluciarum et sunt arma ipsius in diversis locisfacta.
c< Item duo tapicia antiqua seminata stellis per omnia hca et sunt parvafracta et dédit Dom. Saluciarum dicte eclesie.
« Unum grossum tapicium pulcrum et satis en agnum quod dédit bone memorie Dom. Philippus de Thureyo quondam.
« Duo alia magna tapicia antiqua grossa et vduta diversarum colorum. »
Ces tapisseries existaient-elles encore en 1 562 ? Je ne saurais le dire, puisque les inventaires de cette époque ne se retrouvent plus^ mais le Chapitre, dès après sa rentrée à Lyon, en 1563, se hâta de reconstituer le trésor de son église, et on voit figurer sur l'inventaire de 15 81 « deux pièces de tapisserie en laine où est l'histoire de la Nativité Notre-Dame, et sur l'autre une Annonciation. »
Ce tapis^ dont la provenance est encore inconnue, figure sur les inventaires subséquents, entre autres sur celui de 1598; alors on y en a ajouté d'autres. Ainsi, on
xvi« siècle, à l'époque où Tusage des tapisseries était le plus répandu ; il ne parait pas qu'un seul métier de haute lisse soit resté debout à Lyon. « {Revue du Lyontutis^ janvier 1880, p. 7).
<c En France, l'art de la tapisserie fut prospère jusqu'au xive siècle ; puis il émigra dans les Flandres, revint des Flandres en France sous François l^^ qui fonda l'atelier de Fontainebleau où travaillèrent des peintres italiens et des tapissiers flamands. Il faillit disparaître pendant les troubles des guerres civiles, mais Henri IV le prit sous sa protection particulière, et dès lors il devint un art vraiment français dont les progrès allèrent toujours en grandissant, et s'affirmèrent d'une manière éclatante par la création de la manufacture d^s Gobelins sous Louis XIV. « {Les tapisseries françaises, par le baron de Boycr de Sainte- Suzaime, 1878.)
trouve « un grand tapis, façon Turquie, pour parer le marchepied de l'autel du Haut Don (i), un grand tapis de Turquie naguieres achepté par le Chapitre de messire Jehan Gay, item sept pièces de tapisserie naguieres acheptées par le Chapitre où est représenté le mystère de la Passion de Notre Seigneur. »
Sur le dernier inventaire qui nous reste, et qui porte la date du 29 novembre 1760, figurent « quatre tapis acheptés par le Chapitre, tous quatre de Turquie, scavoir : un grand pour mettre sur le grand autel, un autre pour mettre devant la grille de fer de la chapelle de Nostre-Dame du Haut Dotty le jour de l'Assomption, un autre tapis qui couvre la table de marbre qui est au chapitre, et l'autre pour mettre sur le marchepied du grand autel. Item, huit grandes pièces de tapisseries vieilles pour le tour du chœur, scavoir : une où est représentée l'Annonciation, l'autre l'histoire de Joachim, les six autres le mystère de la Passion de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, toutes lesdites pièces doublées de toile verte. » Une partie de ces tapisseries est sans doute la même que celle qui figure dans l'inventaire de 1581 dont j'ai déjà parlé plus haut.
Dans la comptabilité du sieur de Kocheblanc on voit figurer un article à la section des dépenses, sur lequel je dois aussi faire quelques observations. Cet article est ainsi conçu : « Le 30 jour du mois de juillet 1562, payé à M. Claude Faye la somme de 4 livres 1 1 sols, pour avoir abattu les chandeliers de loion (laiton) avec leurs colonnes qui estoient aux temples Sainct Jehan et Sainct Estienne, les-
(i) « Nostre-Dame de Haut-Don (de alto dono). Le fondateur est inconnu, mais je tiens que c'est l'un des primats qui y repose, car elle leur est et aux cardinaux privativement réservi^e^ et nul autre ne jouit de ce droit sans une faveur très singulière. » (Qjiincamon, p. 29.)
quels ont estez portez à la Rigaudièrc par le commandement du s*^ Barthélémy de Gabiano. » Ces chandeliers à colonnes étaient placés devant le maltre-autel dans les trois églises Saint-Jean, Saint-Etienne et Sainte-Croix. Primitivement on les appelait des rasteliers. M. Leymarie a donné le dessin et la description de celui qui se voyait dans la cathédrale, après le sac de cette église en 1562, et qui remplace celui que les calvinistes avaient détruit. « Vers 1607, dit cet auteur, dans sa notice sur Saint-Jean, publiée dans Z,yon ancien et moderne^ t. 11, p. 209, on construisit le rastelier ou grand cadelabre de cuivre qui était dans le sanctuaire devant le grand autel. Il coûta 937 livres, à raison de 1 2 sols la livre. Il consistait en deux colonnes de bronze soutenant un entablement sur lequel étaient rangés en droite ligne sept chandeliers égaux du même métal. On croit que c'était un emblème des sept églises d*Asie d'où notre cathédrale prétend descendre. L'archevêque officiant par lui-même avait seul le droit de passer sous ce candélabre dans les grandes cérémonies. Lorsqu'en 1749 le cardinal deTcncin fit faire à Paris la croix et les six chandeliers d*argent qui parèrent le maître-autel, on fit ôter le râtelier (i) qui en gênait la vue, et pour conserver l'uniformité dans les trois églises, on enleva celui de Saint-Etienne formé de deux colonnes de bois, et celui de Sainte-Croix consistant en une colonne de cuivre. Dans cette église, il fut remplacé par deux girandoles à trois branches. » (2)
(i) Voir aussi la monographie de Saint-Jean, par M. L. Bégulc. (Lyon, 1880).
(2) Le grand chandelier que Moïse plaça dans le Temple était d*or et pesait 100 mines. Il avait sept branches et 70 lampes. (Hist. des Juifs. Josèphe.)