CHAPITRE IL
ARCHITECTURE DU GUZRAT.
n peut citer le Guzrat comme une des rares provinces de l’Inde dont l'architecture soit bien homogène. Ses plus beaux monuments encore debout sont situés dans son ancienne capitale, Ahmedabad.
La fondation de la ville qui devait porter un jour le nom d’Ahmedabad remonte au onzième siècle de notre ère. Elle fut pendant 150 ans la capitale du Guzrat, dont l’étendue est égale à celle de la Grande-Bretagne, et dont la population a toujours conservé une autonomie remarquable, malgré la diversité des races qui la compo-
sent. Cette province a toujours été réputée parmi les plus industrieuses de l’Inde, et, de tout temps, les lettres et les arts y ont brillé d’un vif éclat.
C'était du reste une région célèbre dès la plus haute antiquité; elle commercait jadis avec l'Arabie et l'Égypte. Ses conquérants sont mentionnés dans l’antique épopée hindoue, le Mahäbhârata.
Le Guzrat a toujours été le principal centre du Jaïnisme, secte religieuse analogue au Bouddhisme, et qui, à un certain moment, dut jouer dans l’Inde un rôle aussi important, à en juger par ses monuments. Cest aux Jaïnas que sont dus les monuments les plus importants du Guzrat. Les Mahométans n’ont guère fait que les adapter à leur culte.
Dès le premier siècle de l’hégire, les Arabes envahirent le Guzrat, mais ils n’y séjournèrent pas. Malgré l'invasion postérieure de Mahmoud le Ghaznévide, cette province garda son indépendance jusqu’à l’empereur Feroze Tugluck. En 1391, un Hindou rajpout, converti à l'Islamisme, et du nom de Muzzafar, fut fait vice-roi du Guzrat.
Ce fut en 1419, que le sultan Ahmed, petit-fils de Muzzafar, transporta sa capitale dans la cité à laquelle il donna son nom, et qui devint Ahmedabad.
Les anciens monuments hindous de style jaïna furent transformés en mosquées. Ceux qui s’élevèrent ensuite conservèrent le même style; et, sans l’addition des arcades, des minarets et des inscriptions arabes, les monuments d’Ahmedabad pourraient être considérés comme purement hindous. C’est pour cette raison qu’il m’a semblé tout à fait impossible de les classer avec les monuments de la période musulmane.
En 1572, Ahmedabad fut conquise par l’empereur Akbar, et fit dès lors partie de l’empire
mogol. Elle fut gouvernée pendant 150 ans par des vice-rois envoyés de Delhi. Parmi eux figurèrent les futurs empereurs shah Jehan et Aurengzeb, avant leur accession au trône de leurs ancètres.
C’est sous la domination mogole qu'Ahmedabad atteignit l'apogée de sa splendeur. Elle passait alors pour la plus belle ville de l’Hindoustan, ct elle était sans doute aussi la plus opulente cité de l’univers. Sa population dépassait 2 millions d'habitants; ses voyageurs, ses commerçants étaient en relations constantes avec l'Arabie, l'Afrique et toutes les parties de l’Inde. Ses manufactures de brocart, de velours de soie, de satin, de papier, étaient célèbres partout. Ses artisans travaillaient le bois, l'or, l’ivoire avec une perfection qu’il serait difficile de dépasser. Ce sont encore les artisans du Guzrat qui travaillent ces boîtes de santal incrusté, connues sous le nom de boîtes de Bombay.
Vers le milieu du dix-huitième siècle, les Mahrattes commencèrent à envahir le Guzrat, et, après 25 ans de luttes, le pouvoir des Musulmans y était éteint. Ces nouveaux conquérants n’exercèrent qu’un rôle destructeur. C’est à eux surtout que sont dues les ruines qui couvrent aujourd’hui cette cité jadis si prospère. Leur pouvoir fut renversé pendant ce siècle par la puis-
sance britannique.
MONUMENTS D'AHMEDABAD. (Fig. 140 el 154.)
Bien qu’appartenant à la période musulmane, les monuments d’Ahmedabad sont, comme je le disais plus haut, trop visiblement hindous pour qu’on puisse les classer ailleurs que parmi les monuments hindous. Sans l’adjonction d’arcades, de minarets et d'inscriptions arabes, il serait impossible de les prendre pour des mosquées. Ils appartiennent à ce type d’édifices jaïnas, dont nous avons trouvé les plus remarquables spécimens au Mont Abou. Les dômes eux-mêmes restent généralement jaïnas, C’est-à-dire qu’ils sont octogonaux et formés d’assises horizontales appuyées sur des architraves reposant elles-mêmes sur douze colonnes.
Considérées simplement au point de vue de leur plan géométrique, les mosquées d’Ahmedabad sont, comme toutes les mosquées, constituées par une vaste cour rectangulaire entourée de galeries couvertes ; sur un des côtés du rectangle, la galerie est plus profonde et devient le sanctuaire ; ce dernier est généralement recouvert de trois dômes, supportés, comme tous les dômes jaïnas, par douze colonnes; mais, à Ahmedabad, le dôme central est plus haut que les deux autres. Son élévation estobtenue par l’addition, sur le front, de piliers deux fois plus haut que les autres, et sur les trois autres côtés par la superposition de piliers supportés par le toit qui sert de base aux autres dômes. Cette disposition à l'avantage d’accroitre la quantité de lumière qui peut pénétrer dans Pédifice.
Lorsqu'il devint nécessaire d'agrandir les sanctuaires des mosquées, et par conséquent les dômes, cet agrandissement ne fut pas obtenu en augmentant le diamètre de ces derniers, mais simplement en multipliant leur nombre : c’est ainsi que dans la grande mosquée, au lieu de trois dômes sur une même ligne, il y en a cinq, toujours supportés chacun par douze piliers. Chaque dôme étant répété trois fois en profondeur, leur nombre total se trouve donc ainsi porté à quinze.
On remarque dans la plupart des mosquées d'Ahmedabad des niches remplies de fines sculptures géométriques. Dans les temples jaïnas, ces niches étaient remplies de statues. La représentation de figures humaines étant interdite par la loi musulmane, et des niches vides produisant un vilain effet, la seule solution possible était de les remplir de réseaux géométriques.
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