‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 39 sur 93 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ans le centre de l’Inde les monuments sont peu nombreux, mais ils peuvent être rangés parmi les plus intéressants. Certains d’entre eux,

le temple d’Ambernath, par exemple, n’offrent pas des diffé-

rences sensibles avec ceux déjà étudiés; mais il en est d’autres, tels que ceux d’Ellora, qui présentent une architecture toute particu- ||

lière. ||

C’est également dans le centre de la Péninsule que nous allons trou- à || ver des temples souterrains qui, au lieu d’être exclusivement boud- 1

dhiques comme ceux de Karli, Ajunta, ete., sont consacrés, soit | exclusivement au culte brahmanique, tels que ceux d’Éléphanta, soit en partie au culte boud- | | dhique, tels que ceux d’Ellora. Ces derniers se trouvent parmi les temples dont l’examen nous a mis sur la voie de la théorie exposée dans un autre travail et que nous ne faisons qu’indiquer sommairement dans celui-ci : l'explication de la disparition du Bouddhisme par son absorption graduelle dans le Brahmanisme.

MONUMENTS D’ELLORA. (Fig. 157 à 166.) | | |

Les temples d’Ellora étant les plus connus de l'Inde, et ceux qui ont été le plus souvent décrits, il serait peu intéressant de nous appesantir ici sur leur étude. Suivant le principe général qui domine tout cet ouvrage, nous nous attacherons beaucoup plus à les représenter qu’à les décrire; et, bien qu’arrivant après d’autres, la plupart de nos planches ne feront pas double emploi avec celles publiées jusqu'ici, puisqu'elles représentent généralement des intérieurs et des bas-reliefs qui n’avaient pas encore été reproduits, et qui sont pourtant des plus |

intéressants à connaitre. ||

mant un grand amphithéâtre, dont le sommet est couronné par le petit village de Rozah, où se

‘tré à 29 ki Str. A ur trouve le tombeau de l’empereur Aurengzeb. Il est situé à 22 kilomètres N.-0. d’Aurengabad.

| Les temples d’Ellora sont, comme ceux d’Ajunta, creusés dans les flancs d’une montagne for- | |

Les excavations qui constituent les temples d’Ellora sont au nombre d’une trentaine, et |

creusées sur une longueur de 2 kilomètres dans le flanc ouest de la montagne. Leur entrée se trouve perdue dans des gorges profondes, couvertes de jungles et d’arbres séculaires. Ces temples et ces monastères, où tant de générations d'hommes ont vécu, et qui rappellent les œuvres les plus colossales des anciens Égyptiens sont silencieux aujourd’hui, et leur merveilleuse splendeur n’est animée que par quelques misérables mendiants qui suivent les pas des voyageurs.

Les divers temples d’Ellora ont été construits à des époques assez différentes; le plus ancien, celui de Viswakarma, remonte à l’an 500 de notre ère; le plus récent, le Kaïlasa, ne paraît pas postérieur à l’an 800. Ils ont été construits par conséquent pendant une période de 300 ans.

Cette période du sixième au neuvième siècle, pendant laquelle ont été édifiés les monuments d’Ellora est celle où, suivant nous, le Bouddhisme retournait graduellement au Brahmanisme pour se fusionner avec l’ancien culte, qui devait l’absorber bientôt tout entier. Au lieu d’y figurer seul, ou entouré seulement de deux personnages, comme dans les monuments antérieurs, Bouddha, sans perdre encore sa prédominance, est entouré de nombreuses divinités accessoires, constituées non seulement par une longue série de Bodhisatwwas (futurs Bouddhas), mais encore par d’anciennes divinités purement brahmaniques. Il est fort diflicile de les identifier toutes, à en juger par la différence d'interprétation que j'ai eu occasion de constater chez les pandits les plus instruits; mais il en est sur lesquelles le doute n’est pas possible. Parmi les sculptures des temples essentiellement bouddhiques d’Ellora, on voit figurer notamment Indra, dieu du ciel; Kali, déesse de la mort; Sarasvati, déesse de la science, épouse de Brahma; Ganésa, dieu de la sagesse, etc.

Les temples d’Ellora nous permettent ainsi d'assister à cette phase de transformation que l'Inde traversa du sixième au neuvième siècle de notre ère, et dont il reste si peu de traces dans l'Inde proprement dite, mais qu’on peut étudier facilement au Népal, comme nous le verrons dans un autre chapitre. Non seulement les temples d’Ellora nous montrent cette phase de transition, mais ils nous présentent précisément la partie de cette phase où un certain nombre de temples sont presque exclusivement bouddhiques, tandis que d’autres, à peine postérieurs, sont exclusivement brahmaniques. Cest là précisément ce que nous observons aujourd’hui au Népal, dont une partie des temples sont consacrés au culte bouddhique mélangé de divinités brahmaniques, et l’autre au culte presque exclusivement brahmanique, c’est-à-dire avec de très faibles influences bouddhiques.

Ce ne sont pas seulement aux religions brahmanique et bouddhique, mais encore à la religion jaïnique que sont consacrés les temples d’Ellora. Ils représentent ainsi la synthèse de tous les dieux de l’Inde, depuis les vieilles divinités védiques jusqu'aux dernières incarnations des dieux brahmaniques.

Quelques temples d’Ellora sont en plein air, mais la plupart sont souterrains, et à plusieurs étages supportés par des piliers massifs admirablement sculptés. On remarque que l’are en fer à cheval des anciens temples souterrains bouddhiques a disparu; les dagobas ne s’y montrent également que d’une façon exceptionnelle.

L’énumération de tous les temples d’Ellora étant, au point de vue de l'architecture, sans intérêt, nous ne mentionnerons que les principaux.

Temple de Viswakarma. — Le plus important des temples bouddhiques d’Ellora est le chaïtya de Viswvakarma. Il est formé d’une nef centrale et de deux ailes latérales. La longueur totale du

Héliotypie H. Racle. «Anc! Quinsac ). Paris.

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