FIG.165. ELLORA. TEMPLE MODERNE. FIG.166. DÉTAILS DU KAÏLASA
dire qu’ils sont, avec les monuments de Khajurao, dé Sriringam et du Népal, les édifices de | linde qui ont produit sur moi l'impression la plus profonde. La faim, la fatigue, les nuits sans sommeil, on oublie tout devant des œuvres semblables! Le temple de Karnak, à Lougqsor, est sans doute un monument splendide; mais si Karnak semble l’œuvre d’un peuple de géants, le Kaïlasa d’Ellora et le temple d’Indra semblent être l’œuvre d’un peuple de génies. Aladin, | avec sa lampe merveilleuse, n'aurait jamais rien réalisé de plus féerique. Les photographies n’en
donnent malheureusement qu’une idée très faible: il faut les compléter en essayant de se repré- | senter, par la pensée, ce que peut être une vaste et fantastique cathédrale taillée dans un | seul bloc de pierre, artificiellement séparé d’une montagne. Sur les flancs des précipices qu’il | a fallu créer pour isoler ce bloc gigantesque, des mains d'artistes appartenant à un monde bien | différent du nôtre ont creusé une légion de temples qui se perdent dans les flancs de la montagne. Toutes ces constructions sont recouvertes de statues de dieux, de déesses, de monstres | et d'animaux dans toutes les attitudes que l'imagination la plus délirante pourrait rêver. Ici, ce | sont des divinités effrayantes et farouches, gardées par des géants de pierre qui semblent me- | nacer le visiteur assez hardi pour s’approcher d'eux, puis des monstres grimaçants, des déesses | qui vous tendent les bras avec le plus charmant sourire, des danseuses aux poses lascives, des dieux et des déesses qu’une étreinte amoureuse tient furieusement enlacés. Ce peuple d'idoles, qui semblent vieilles comme le monde, d’êtres surnaturels, de bayadères et de sirènes, forme une interminable procession qui se déroule sur les parois du temple et dans les palais souterrains | de la montagne. Vous montez, descendez, avancez, remontez encore, et partout où se projette la lueur de votre torche, vous apercevez leurs ombres tantôt souriantes, tantôt menaçantes. On (| finit par avoir le vertige et par se croire transporté dans le monde des enchantements. Il y a | loin des froides et rigides statues de nos cathédrales gothiques à ce peuple de pierre aux formes (| si vivantes et si vraies qu'on dirait qu’il va parler. Ce n’est pas le Taje d’Agra, qui vaut à lui seul, comme on l’a prétendu, le voyage de l’Inde, mais bien le palais d’Indra et le Kaïlasa dEllora.
MONUMENTS D'ÉLÉPHANTA. (Fig. 167 à 172.)
Éléphanta est une île située à quelques kilomètres de Bombay. Les temples souterrains qu’elle contient sont, en raison du voisinage de Bombay, les plus visités de l’Inde. Ils ont été l’objet
de nombreuses descriptions qu’il serait bien inutile de répéter ici; les planches que nous leur avons consacrées sont d’ailleurs assez détaillées pour rendre ces descriptions inutiles.
Les temples souterrains d’Éléphanta sont consacrés au culte brahmanique. On les fait remonter | à peu près au huitième siècle de notre ère. Ils présentent avec tous les temples souterrains que | nous avons décrits jusqu'ici, cette différence importante que la lumière, au lieu d’être introduite seulement par l’entrée, ce qui rend l’intérieur si obscur, pénètre aussi par les côtés latéraux. Il y fait ainsi relativement clair. |
Le plus grand des temples souterrains d'Éléphanta a la forme d’un carré de 40 mètres | environ de côté et de 6 mètres de hauteur. Les sculptures qui le recouvrent sont très détériorées ; elles valent certainement beaucoup de celles qu'on rencontre dans le Kaïlasa d’Ellora, mais elles sont inférieures à celles du temple d’Indra. Sur les côtés du grand temple se trouvent deux
sortes de chapelles, dont une est gardée par des lions de pierre. |
Parmi les nombreuses sculptures qui ornent le fond du temple se trouve la Trimurti ou
Ji Q ur A rÂc AE JE , à raig +4 Trinité brahmanique : Brahma, Vishnou et Siva, représentés sous forme d’un buste à trois têtes
Fig. 167, — ÉLÉPHANTA. — Entrée de l’un des temples souterrains.
Iauteur de la statue du dernier plan, 4,80.
Fig. 168. — ÉLÉPHANTA. — Colonnes du grand temple souterrain, Hauteur des colonnes jusqu'à l'entablement, 5 mètres,
ayant 5 mètres de hauteur; on voit aussi une figure de Siva dont un côté du corps est mäle, l’autre femelle, réunissant ainsi les deux sexes en une seule personne, figure que nous retrou-
Fig. 170. — ÉLÉPHANTA. — Sculptures dans l'intérieur du même temple,
Hauteur de la grande statue placée au dernier plan, 3",60.
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verons également dans les temples de Badami. De gigantesques statues représentent le mariage de Siva et de Parvati, etc.
Le mélange de divinités brahmaniques et bouddhiques, que nous avons constaté à Ellora, se rencontre aussi, mais à un degré bien moindre, à Éléphanta. On y voit un personnage, qu’on suppose être Siva, mais représenté sous la forme de Bouddha; les premiers savants qui ont décrit ce temple ont considéré cette statue comme étant Bouddha lui-même. Cette représentation, que nous retrouverons également dans les temples de Badami, est fréquente dans tous les temples construits à l’époque où le Bouddhisme avait été à peu près complètement absorbé par le Brahmanisme, et où Bouddha n'était plus considéré que comme une incarnation des anciens dieux
brahmaniques.
FIG. 171. ELEPHANTA. COLOSSES DE 4"60 DE HAUTEUR, SCULPTÉS DANS L'INTÉRIEUR D'UN