NOTIONS SUR L’HISTOIRE DU SUD DE L'INDE
Le royaume des Pandyas tomba, vers le onzième siècle de notre ère, sous la domination des Cholas; il subsista cependant, au moins nominalement, jusque vers le milieu du dix-septième siècle. En 1559, il subit la suzeraineté du rajah de Bijanagar. Cest sous le roi Tirumal, qui régna de 1623 à 1659, que furent édifiés les grands monuments que Madura possède.
En 1736, la ville de Madura tomba au pouvoir des Musulmans et cessa d’appartenir aux Hindous; mais les Mahométans eurent à lutter contre les Mahrattes, qui s'étaient déjà emparés de Trichinopoly; et le pays tomba dans l’anarchie jusqu’à la conquête des Anglais.
Le royaume des Cholas s’étendait au Nord et à l’Est du précédent, de la vallée du Koleroon et du Kavery, à peu près jusqu’au niveau de Madras. C’est de lui que cette côte a pris le nom de Cholomandalam, dont les Européens ont fait le mot de Coromandel. L'époque de la fondation de ce royaume est probablement à peu près la même que celle du précédent. Il est mentionné dans les édits d’Asoka; mais son histoire ancienne nous est également inconnue. Nous savons seulement, par des inscriptions, qu'entre les dixième et douzième siècles de notre ère, les souverains Cholas s’élevèrent à un haut degré de prospérité, soumirent le Sud de Inde et portèrent leurs armes jusqu’à Ceylan, qu’ils avaient déjà envahie 250 ans av. J.-C., d’après les chroniques cinghalaises. Au nord, leurs conquêtes s’étendirent jusqu’au Bengale et au royaume d’Oudh. Au onzième siècle, ils possédaient le plus puissant des royaumes hindous ayant existé dans le sud; mais leur puissance ne dura guère, et elle était déjà tombée bien bas, lors de Pinvasion musulmane, en 1310.
Jusqu'au deuxième siècle après J.-C., la capitale des Cholas parait avoir été Urayur, près de Trichinopoly; au septième siècle, elle fut transférée à Kombakonum, et à Tanjore au dixième.
Les Chéras occupaient le pays situé à l'Ouest du royaume des Cholas et au Nord du royaume des Pandyas, avec une grande partie de la province actuelle du Mysore. L'existence de leur royaume est également de plusieurs siècles antérieure à l'ère chrétienne, puisque son nom est mentionné dans des édits d’Asoka. Il fut, — d’après les conquêtes énumérées par d’anciennes inscriptions, — très puissant au quatrième et au cinquième siècle de notre ère. Ses souverains étendirent fort loin leurs invasions, puisque le roi Kougani Rajah III se vante, dans une de ces inscriptions, d’avoir porté ses armes jusqu’à la Nerbudda. Cette conquête dut avoir lieu vers le huitième siècle et paraît prouvée par l'existence, à Ellora, d’un temple de style dravidien.
La capitale des Chéras était à Talakod, sur le Kavery, à une douzaine de lieues à l’est de Mysore.
Aux trois royaumes qui précèdent s’en joiguit plus tard un quatrième, celui des Chalukyas, qui joua, au point de vue du moins de l'architecture, un rôle important. Son apparition est très postérieure à celle des précédents, puisqu'il prit naissance seulement au sixième siècle de notre ère. Après une durée de six siècles, il disparut.
On l’a divisé en Chalukyas de l’est et en Chalukyas de POuest.
Cet empire occupait, au-dessus des trois royaumes précédemment décrits, un vaste territoire, comprenant une grande partie de l'empire actuel du Nizam et du Mysore. Ses fondateurs prétendaient être de la race solaire des Rajpouts, et le style de leurs monuments, formé par un mélange de styles du Nord et du Sud, parait confirmer cette assertion.
Les monuments laissés par les Chalukyas sont peu nombreux, probablement parce ques villes que ce peuple occupait, telles que Bijapour, Kalburgah, etc., devinrent plus tard le siège
de grands empires musulmans. Ils sont cependant assez intéressants pour que quelques auteurs aient cru devoir en faire un style spécial : le style chalukya.
C’est dans la province de Mysore que ce style atteignit sa plus grande perfection, de l’an 1000 à l’an 1300 de notre ère. Les plus beaux spécimens se trouvent à Hullabid et Bailur, mais ne paraissent pas antérieurs au douzième siècle. La richesse de la décoration des édifices dépasse encore celle des monuments jaïnas. Ils semblent former une sorte de transition entre les styles du Nord et ceux du Sud de l’Inde, plutôt qu’un style nouveau.
A partir du commencement du treizième siècle de notre ère, le Sud de l’Inde fut soumis aux invasions des Musulmans. Ceux-ci mirent plusieurs siècles à conquérir diverses parties du Dekkan. Ils y fondèrent de puissants royaumes, mais leur influence ne fut jamais égale à ce qu’elle fut dans le Nord ; nous le saurions à défaut de l’histoire, par le fait seul qu’ils n’exercèrent aucune action sur la religion et sur la langue, et bien peu sur l’architecture. Ce n’est que dans les villes occupées par eux pendant bien longtemps que l’architecture devint musulmane. Il arriva parfois, sans doute, à des souverains hindous, comme celui de Madura, de se faire construire des palais de style demi-musulman; mais, dans les édifices religieux du Sud de l'Inde, l'influence musulmane resta toujours à peu près nulle.
La première expédition des Musulmans dans le Dekkan eut lieu en 1306, sous l’empereur Ala-ud-Din, pour obliger divers rajahs à payer tribut. L'armée musulmane porta ses armes jusqu’à la côte de Malabar. Cette expédition se répéta plusieurs fois à divers intervalles, et les disciples de Mahomet arrivèrent ainsi à s'emparer d’une grande partie du Dekkan. Leur capitale, Dawlatabad, était gouvernée par des vice-rois.
Mais les vice-rois du Dekkan proclamèrent bientôt leur indépendance; et, en 1347, un aventurier, surnommé le Bahmani, ancien domestique d’un brahmane, fut le fondateur d’une dynastie, dite dynastie Bahmani, qui dura environ 250 ans. Il fixa d’abord sa capitale à Kalburgah, mais un de ses successeurs la transporta à Bidar au commencement du quinzième siècle.
Suivant la loi générale de tous les empires musulmans, celui-ci finit, à la suite de révoltes des gouverneurs, par se briser en fragments. De ses débris sortirent cinq royaumes, dont les capitales étaient : Ahmednagar et Bérar au Nord, Bidar au centre, Bijapour et Golconde au Sud; les trois premiers guerroyaient sans cesse entre eux, les deux derniers luttaient contre les rajahs du Sud de l’Inde qui tâchaient de préserver leur indépendance.
Pendant ces luttes répétées, certains rajahs finirent par acquérir une prépondérance marquée sur les autres princes hindous du Sud de l’Inde, et par devenir leurs véritables suzerains. L'empire qu'ils arrivèrent à fonder finit par embrasser tout le Sud de l'Inde, et fut pendant longtemps la barrière contre laquelle se brisèrent toutes les invasions musulmanes. Sa capitale était Bijanagar.
Pendant deux siècles environ, c’est-à-dire de 1336 à 1564, il n’y eut que deux grands pouvoirs dans le Sud de lInde : celui des Mahométans, au Nord de la Kistna, et celui du Rajah hindou de Bijanagar, au Sud.
En 1564, les souverains musulmans du Dekkan se coalisèrent et réussirent à s'emparer de Bijanagar, qu’ils saccagèrent, et, du même coup, détruisirent pour toujours la puissance hindoue dans le Sud de l’Inde. Les petits chefs qui y régnaient, sous la suprématie des grands rajahs de Bijanagar, se livrèrent alors à des luttes intestines qui plongèrent le Sud dans Panarchie pour plus de deux siècles. Quelques-uns réussirent à se créer des royaumes indépendants, tels que ceux