‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 53 sur 93 · LOS ‘OI · texte numérisé non relu

LOS ‘OI

Hélictypie HRacle (And! Quinsec) Peris

FIG. 209. CONJEVERAM. TEMPLE À COLONNES DANS L'ENCEINTE DE LA PAGODE. FIG. 210. TEMPLE DANS L'ENCEINTE DE LA PAGODE SUR LES BORDS DU BASSIN.

MONUMENTS DE BIJANAGAR. (Fig. 211 à 217.)

Bijanagar, ou Vijayanagar, la Ville de la Victoire, devait être, à en juger par la surface occupée par ses ruines, une des plus vastes cités du monde. Elle est absolument déserte aujourd’hui. Des bêtes féroces et des serpents sont les seuls êtres vivants que Von y rencontre. Une des impressions les plus vives que j'aie ressenties en visitant les fascinantes merveilles de l'Inde, est celle que j'ai éprouvée en pénétrant la nuit, par un beau clair de lune, dans les rues, larges comme nos boulevards, et bordées de temples et de palais, de cette cité morte. Les sommets de ses édifices émergeant des jungles avaient alors un aspect singulièrement fantastique. La ceinture de rocs énormes entassés qui entoure les ruines imposantes de cette formidable capitale , et qu’il faut franchir avant d’y pénétrer, rendait le spectacle plus magique encore. Il me semblait que j’entrais dans quelque cité géante créée par des génies et écrasée par des Titans.

Bijanagar fut fondée vers l’an 1118 de notre ère; mais ce n’est qu’à la suite des invasions musulmanes dans le Sud qu’elle devint la véritable capitale de toute la partie méridionale de l’Inde, et marqua pendant longtemps la limite que ne pouvaient dépasser les envahisseurs. Les luttes avec les Musulmans ne firent qu’agrandir son influence, et il fallut pour la renverser une coalition de tous les rois musulmans du Dekkan. En 1565, la ville fut prise et saccagée : elle était alors en pleine période de prospérité. Les voyageurs orientaux qui la parcoururent au temps de sa splendeur en parlent comme d’une merveilleuse cité. On possède encore la relation. d’Abdur Razzah, qui la visita en 1442. Bien peu de villes de l’Inde pouvaient alors lui être comparées pour son étendue, la beauté de ses monuments, la richesse de ses souverains.

Les ruines de Bijanagar et de ses importantes fortifications couvrent environ 25 kilomètres carrés. Plusieurs volumes de planches seraient nécessaires pour représenter en détail les restes de ses temples merveilleux, de ses palais, de ses fortifications et de ses statues. Aucune ville de l'Inde, à l’exception peut-être de Delhi, ne présente un tel amas de débris grandioses.

La plupart des monuments restés debout sont de l’époque brillante de Bijanagar, c’est-à-dire de la fin du quinzième siècle et de la première moitié du seizième. Parmi ces temples, les uns sont dédiés à Vishnou, d’autres à Siva, d’autres enfin appartiennent à la religion jaïna.

Les planches qui vont suivre représentent les détails du temple de Vitoba, le plus beau de Bijanagar, et la grande pagode dédiée à Siva.

La pagode de Siva (fig. 211 et 212) est du quinzième siècle; elle possède trois gopurams : un à l’Est, un à l'Ouest et un au Nord; ce dernier est le plus grand; la partie supérieure en est brisée, mais lorsqu'elle existait, la hauteur totale devait atteindre environ 60 mètres : c’est un des plus gigantesques du Sud de l’Inde. Nos figures représentent diverses parties de l’intérieur de la pagode. D’après une de ses inscriptions, elle fut édifiée en 1430.

Le temple de Vitoba (fig. 213 à 217) est plus moderne que le précédent; il ne fat commencé qu’en 1529. C’est une petite merveille d'architecture, ou plutôt de sculpture. Les piliers sont en granit, et chacun d’un seul morceau. Ils sont fouillés comme des pièces d’orfèvrerie. Chacun d'eux présente une forme différente. Ils appartiennent à ces catégories d'œuvres merveilleuses,

comme la patience hindoue peut seule en produire, et qui, avec les conditions d'existence des MONUMENTS DE L'INDE. 21

sociétés modernes, ne se recommenceront plus. Il y aurait done un intérêt véritable à ménager celles que les siècles nous ont laissées.

La pagode de Vitoba se compose de trois petits temples séparés, entourés d’une enceinte. Tout l'édifice est fort ruiné.

Je ne saurais trop répéter, en terminant, que la ville de Bijanagar serait digne d’une monographie; et. je la recommande vivement aux artistes qui pourraient consacrer quelques mois à

son étude.

L'époque à laquelle fut construit le temple de Vitoba, c’est-à-dire le commencement du sei-

zième siècle, marque pour le Sud de l’Inde une période culminante de l'architecture, période dont les œuvres n’ont pas été surpassées et bien rarement égalées. On ne peut guère rapprocher de ce monument qu'une pagode construite précisément à la même époque et qui se trouve située à Todputri, à 50 lieues environ à l'Est de Bijanagar. Elle est entièrement ruinée aujourd’hui, mais un de ses gopurams, encore debout (fig. 218), présente une richesse d’ornementation

admirable.

e «Anc Quinsae) Paris.

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