‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 7 sur 93 · HISTORIQUES · texte numérisé non relu

HISTORIQUES

L’Inde ancienne n’a pas d'histoire. Les livres ne fournissent aucun document sur sa chronologie passée; et ses monuments ne peuvent pas remplacer les livres, puisque les plus anciens sont de trois siècles à peine antérieurs à notre ère. Sans un petit nombre de livres religieux, où les faits historiques sont enfouis sous des monceaux de légendes, son passé serait aussi ignoré que celui de cette Atlantide, détruite par un cataclysme géologique, dont parlent les traditions antiques conservées par Platon.

Les seuls documents anciens que l’on puisse consulter, pour reconstituer quelques traces de ce passé perdu, nous sont fournis par les Védas, poèmes religieux écrits à diverses époques, mais dont les plus anciens paraissent antérieurs d’un millier d’années à notre ère; viennent ensuite

les poèmes épiques connus sous les noms de Mahäbhärata et Râmäyana; mais ces divers

INTRODUCTION HISTORIQUE. o{

ouvrages sont bien postérieurs aux Védas: ils sont antérieurs à peine à notre ère. On peut donc dire, qu’à l'exception des Védas, les premiers livres de l’Inde sont contemporains de ses premiers monuments.

Au point de vue purement historique, la littérature hindoue, postérieure à notre ère, n’est pas beaucoup plus riche; elle est presque exclusivement constituée, en effet, par les Pouranas, recueils rédigés pendant une période de plusieurs siècles, mais dont les plus anciens ne remontent pas au delà du huitième siècle de l’ère chrétienne. Ils sont trop mélangés de légendes merveilleuses, et la chronologie en est trop absente, pour que la science moderne puisse en tirer grand parti.

Ce n’est qu'avec les grandes invasions musulmanes du onzième siècle que commence, grâce aux écrivains musulmans, la période historique de l'Inde.

Pour éclairer son passé, nous n’avons, en dehors des sources qui précèdent, que les documents fournis par les visiteurs étrangers. Ils sont peu nombreux, puisque nous ne possédons, pour l’époque antérieure à Jésus-Christ, que des extraits de la relation de l'ambassadeur grec Mégasthène, qui séjourna à la cour du roi de Magadha vers l’an 300 avant J.-C. Pour la période de plus de treize cents ans qui sépare cette époque reculée des invasions musulmanes du onzième siècle, nous ne possédons, en dehors des maigres mentions des auteurs classiques, que les relations des deux pèlerins chinois Fa Hian et Hiouen Thsang qui visitèrent l'Inde, le premier au cinquième siècle, le second au septième. Leurs ouvrages, celui du second surtout, fournissent assurément les plus précieux documents que nous possédions sur l’Inde, avant les invasions musulmanes.

Cette insuffisance de documents littéraires donne une importance très grande aux œuvres plastiques, — monuments, médailles, statues, etc., — que l’Inde contient. Les plus anciennes sont des colonnes sur lesquelles Asoka faisait graver ses édits, 250 ans avant Jésus-Christ. Puis viennent les bas-reliefs des stupas et des temples souterrains. Ils nous donnent des détails intéressants sur les mœurs, les coutumes, les croyances des peuples qui les ont construits, et révèlent quel degré élevé la civilisation et les arts avaient atteint chez eux.

Ces monuments primitifs ne sont pas les seuls : des temples, des statues, des monnaies, s’y ajoutent bientôt et viennent jeter une vive lueur sur l’histoire de chacune des régions où ils ont été trouvés. Ce sont uniquement des débris de statues et des monnaies qui nous ont révélé la présence des Grecs dans des régions voisines de l’Indus bien longtemps après Alexandre.

Les monuments ne sont pas moins importants pour la connaissance des religions et des civilisations de l’Inde que pour celle de son histoire. Ce n’est pas dans les livres de l’Inde, mais bien dans les statues et les bas-reliefs de ses temples, qu’on peut voir comment se sont transformés ses croyances et ses dieux; comment, après avoir vécu côte à côle, certains cultes ont fini par se supplanter, et à quel point les croyances nouvelles sont filles des croyances anciennes qu’elles ont remplacées.

En dehors de l'intérêt artistique considérable qu’ils possèdent, intérêt artistique tel qu’il suffirait à lui seul à justifier leur étude, les monuments de l’Inde constituent aujourd’hui la plus féconde des sources que nous possédions pour reconstituer l’histoire de sa civilisation. Le temps et les hommes ne les ont pas épargnés; et de leur étude on ne peut tirer qu’une esquisse à grands traits du passé; mais, sans eux, cette simple esquisse même serait impossible.

La religion a toujours joué chez les Hindous, de même que chez la plupart des peuples orien-

taux, un rôle fondamental. Ce rôle a été assez considérable dans l'Inde pour que l’on puisse

prendre les transformations des croyances comme bases d’une classification historique. Cette classification, forcément très large, et dans laquelle les époques n’ont rien de tranché, puisqu’elles empiètent les unes sur les autres ou subsistent simultanément, comprend les périodes suivantes :

1° Période Védique et Brahmanique; 2 Période Bouddhique; 3° Période de Renaïssance du Brahmanisme où néo-Brahmanique; 4° Période Musulmane; 5° Période Européenne.

La période védique représente l’âge demi-historique de l’Inde. Elle commence une dizaine de siècles avant notre ère avec les invasions aryennes. On doit la subdiviser en deux phases : une phase purement Védique, dans laquelle les primitifs Aryens n’ont pas de castes, adorent les forces de la nature, n’élèvent ni temples ni statues; et une phase plus avancée, ou Brahmanique,

dans laquelle le régime des castes s’est établi, les forces de la nature des premiers Aryens sont

| remplacées par des divinités représentatives de ces forces. Cette phase Brahmanique dont l’his- / | e € = à 4 . NE Er . . . .

{1 toire nous est inconnue, dura jusqu’à l’établissement définitif du Bouddhisme, trois siècles environ

avant Jésus-Christ.

| Cinq siècles avant notre ère la vieille religion tend à être remplacée par le Bouddhisme; mais | ce nouveau culte n’arriva à triompher complètement que sous le règne d’Asoka, 250 ans avant J.-C. La période Bouddhique, c’est-à-dire la période pendant laquelle le Bouddhisme régna d’une façon presque absolue dans l’Inde, dura environ mille ans. Il décline du cinquième siècle | au septième siècle, et disparait presque entièrement au huitième. À dater du huitième siècle, les | monuments bouddhiques, jadis si communs, deviennent infiniment rares.

Ce n’est que vers les débuts de la période Bouddhique que commence l’histoire authentique de l'Inde, grâce aux inscriptions d’Asoka et à la relation de Mégasthène. A la période Bouddhique appartiennent également les premiers monuments de l’Inde, et les plus importants de tous ceux qu’elle possède. A cette période encore remontent les chroniques des pèlerins chinois qui visitèrent l’Inde aux cinquième et septième siècles.

La troisième période de l’histoire del’Inde, celle du néo-Brahmanisme, commence avec la disparition du Bouddhisme, vers le huitième siècle. Le Brahmanisme nouveau se rattache théoriquement à l’ancien, mais des différences profondes l'en séparent. Le nouveau brahmanisme est resté la religion de la grande majorité de l’Inde et subsiste encore à côté de l’Islamisme. Il a enfermé le peuple hindou dans un réseau de traditions et de coutumes tellement fixes, qu’une description de certaines régions de l’Inde, au dixième siècle de notre ère, ne différerait pas beaucoup de ce quelle pouvait être avant l’époque toute récente où les Européens y ont pénétré.

La quatrième période de l’histoire de l’Inde, la période Musulmane, commence avec les grandes

invasions musulmanes du onzième siècle. Elle eut pour conséquence une transformation profonde dans la religion, la langue, les monuments d’une grande partie du peuple hindou. Politiquement parlant, cette période se termine avec le renversement de la puissance mogole au dernier siècle; mais, comme la précédente, elle dure encore, puisqu'il existe dans l'Inde cinquante millions d'hommes qui professent la religion de leurs anciens maitres.

La période de conquête par les Anglais, au dernier siècle, ouvre une ère nouvelle dans l’histoire de l’Inde, mais au point de vue politique seulement. Les conquérants se superposent au peuple conquis, mais ne se mélangent jamais avec lui. Ils ne réussissent pas à lui faire adopter leur religion, leur langue et leurs arts. Les deux civilisations vivent côte à côte, à peu près sans contact.

Au point de vue de larchitecture, cette période, dont nous n’avons pas à nous occuper dans

cet ouvrage, représente un âge de destruction et non de création; l’époque des grandes constructions monumentales est close pour longtemps.

Ces divisions préalables étant établies, il ne nous reste qu’à résumer brièvement l’histoire de chacune d’elles.

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