‹ Les monuments de l'Inde, ouvrage illustré d'environ 400 figures, héliotypies, dessins, cartes et plansChapitre 73 sur 93 · DÉTAILS DES PILIERS DE MARBRE DU SANCTUAIRE DE LA MOSQUÉE · texte numérisé non relu

DÉTAILS DES PILIERS DE MARBRE DU SANCTUAIRE DE LA MOSQUÉE

La partie de la mosquée servant de sanctuaire a 45 mètres de longueur sur 17 mètres de profondeur. Elle est formée par une galerie supportée par de massifs piliers carrés rangés en trois séries longitudinales et surmontés par trois dômes de marbre blanc.

Tout autour de la frise du monument se trouvent des inscriptions consacrées à sa louange, celle-ci notamment : « Cette mosquée est semblable à un palais du Paradis ou à une perle précieuse, car aucune autre mosquée n’est ornée de marbre comme celle-ci et on n’en vit jamais de semblable, Depuis la création du monde, rien de pareil n’avait 616 vu. Elle fut construite par le Roi des rois, l’ombre de Dieu, magnifique comme Salomon. »

Fig. 322. — Ana. — Le TAJE. — Vue d'ensemble de la plate-forme.

Taje Mahal (fig. 322 à 3928). — Le Taje Mahal est un des plus célèbres monuments du monde, un de ceux où il a été dépensé le plus d’art et d'efforts.

Le Taje, à notre avis du moins, n’est pas tout à fait au niveau de son éclatante réputation. Je ne crois pas qu'on puisse dire qu'il soit le plus merveilleux monument sorti de la main des hommes, ni qu’on soit fondé, comme l'ont fait divers auteurs, à le mettre à peu près au niveau du Parthénon, mais on peut le classer certainement parmi les plus splendides édifices de l’univers.

Son histoire est.trop connue pour qu’il soit nécessaire de la rappeler longuement. On sait qu’il fut commencé en 1630 par l’empereur Shah Jehan pour servir de tombeau à Muntaz-i- Mahal, son épouse favorite, fille d’un aventurier persan de Téhéran. Elle avait épousé Shah Jehan en 1615, lui avait donné sept enfants, et était morte en 1629 en donnant le jour au huitième.

Il fallut dix-sept années pour construire ce monument : 20.000 ouvriers furent constamment occupés à sa construction. Le chiffre total des dépenses s’éleva à 50 millions de notre monnaie, mais, en raison de la différence entre le prix des matériaux et de la main-d'œuvre en Europe et dans l'Inde, il faudrait certainement décupler cette somme pour pouvoir construire un monument

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semblable en Occident. Aujourd’hui encore le salaire d’un ouvrier, dans la plus grande partie de l’Inde, ne dépasse guère cinq sous par jour.

Le Taje est situé sur les bords de la Jumna, à 2 kilomètres d’Agra. Sa masse imposante de marbre blanc émerge d’un jardin de cyprès parsemé de fleurs éclatantes. La sombre verdure de ces arbres fait admirablement ressortir la masse blanche du monument et augmente beaucoup l'impression qu’il produit.

La forme générale du Taje rappelle tout à fait celle des mosquées persanes. Il n’en diffère

Fig. 323, — AGRA. — Le TAJE. — Vue d'ensemble.

guère que par l’adjonction de minarets aux angles de la plate-forme, et surtout par sa décoration extérieure, formée par des incrustations de pierres de couleur sur marbre blanc.

Le Taje a la forme d’un gigantesque cube à angles tronqués surmonté d’un dôme légèrement bulbeux. Ce cube est placé sur uu soubassement carré en maçonnerie flanqué à chacun de ses angles d’une tour ayant la forme d’un trone de cône allongé, comme le sont habituellement tous les minarets des mosquées persanes.

L'intérieur du monument ne contient que les tombeaux de Shah Jehan et de son épouse. Cette destination exclusive explique le défaut d'éclairage. La demi-obseurité qui règne dans l’inté-

rieur du mausolée rend bien diflicilement visible la riche ornementation de la vaste salle où se

trouvent ces cénotaphes et de la magnifique grille de marbre qui les entoure. Cest avec beaucoup de peine que nous avons pu obtenir les photographies qui ont servi de base au dessin que nous en donnons ici.

Le Taje est placé à l’extrémité d’un vaste jardin entouré de murs. On franchit leur enceinte par une porte monumentale de style persan ayant 43 mètres de hauteur et surmontée de 26 petites coupoles.

Le mur qui circonscrit le jardin où se trouve le monument forme un rectangle de 570 mètres

Fig. 824 — AGrA. — Le TAIE. — Balustrade en marbre ajouré entourant le sarcophage de l'empereur. (Les dessins qu'on voit sur

les parties pleines du marbre sont formés par des incrustations de pierres précieuses.)

de longueur sur 300 mètres de largeur. La plate-forme carrée sur laquelle s'élève le mausolée a 5®,50 de hauteur et 100 mètres environ de côté. Les minarets qui flanquent les quatre angles ont 41 mètres de hauteur. Le mausolée lui-même a 57 mètres de côté. Le dôme qui le surmonte à 18 mètres de diamètre et 26 mètres de hauteur. La hauteur totale du mausolée au-dessus du niveau du jardin est de 73 mètres environ, c’est-à-dire à peu près la hauteur du Panthéon.

A droite et à gauche du Taje, mais placées à une distance suffisante pour qu’on ne puisse

les confondre avec lui, se trouvent deux mosquées de grès rouge couvertes de mosaïques de marbre blanc.

Le Taje ne contient aucune de ces décorations en relief qu’on rencontre dans tous les monuments hindous. L'architecte semble avoir pris à tâche de rendre sa surface aussi unie que possible. La monotonie d’une aussi volumineuse masse de marbre blanc n’est un peu rompue que par des incrustations de pierres précieuses formant des dessins ou des inscriptions. Malheureusement ces mosaïques sont trop clairsemées pour être visibles de bien loin, et, à quelque distance, on ne perçoit qu’une masse de marbre blanc un peu nue.

Il ne faut pas confondre les incrustations de pierre de couleur sur marbre blanc qu’on observe au Taje, et dans la plupart des monuments mogols de l’époque de Shah Jehan, avec les mosaïques byzantines formées, comme on le sait, par la réunion de petits cubes de verre de couleur combinés de façon à représenter un sujet imitant la peinture. Ces incrustations de pierre de couleur sur marbre sont d’origine italienne ; les artistes musulmans et hindous n’ont fait qu’adapter ce mode de décoration à des motifs d’ornementation musulmans. On sait, par la relation d’un moine augustin espagnol, le Père Manrique, qui se trouvait à Agra en 1641, que l’ornementation du Taje fut préparée par un Vénitien du nom de Geronimo Verroneo, et qu’un artiste français de Bordeaux, du nom d’Austin, dirigea l’ornementation de mosaïques.

Quelles que soient les critiques que l’on puisse faire au Taje, le lecteur doit cependant rester persuadé que ce monument admirable est infiniment supérieur à ses représentations. J’ai essayé dans les figures données ici les procédés les plus variés : dessin, gravure, plan, phototypie, effet de nuit, ete., pour en donner une idée exacte, mais je dois bien reconnaître que le résultat obtenu est très insuflisant, Il est malheureusement fort difficile de faire mieux. Je possède, en dehors de mes photographies personnelles, les nombreuses photographies qui ont été prises du Taje, et dont j'ai reproduit les deux plus belles. Je possède également des dessins exécutés par les plus habiles artistes. Les résultats obtenus sont toujours aussi insuffisants. Même dans les aquarelles et les peintures le Taje produit toujours un effet fort médiocre. Toutes cesreproductions donnent Pidée d’un monument assez banal, alors que édifice lui-même impressionne toujours très vivement le spectateur. Il ÿ a dans son imposante grandeur, dans son isolement, dans la demi-transparence de sa masse de marbre, dans l’encadrement que lui fait le bleu éclatant du ciel et la sombre verdure des jardins qui l'entourent, des conditions spéciales qu'aucun procédé artistique ne saurait reproduire. L’impression du spectateur est fournie par l'addition de tous ces éléments, dont la photographie ou le dessin ne peut donner qu’un petit nombre. Il faut remarquer également que l'édifice contient beaucoup de détails que l’œil peut voir, mais que l’artiste, obligé de faire tenir un édifice immense dans un fort petit cadre, ne saurait reproduire. Une de nos planches (fig. 327), exécutée d’après une photographie que j'ai prise de très près, montre que le monument, dont la façade semble un peu nue sur les vues d’ensemble, contient au contraire un assez grand nombre de détails.

Mausolée d'Etmadowla (fig. 331 à 334). — Ce mausolée, terminé en 1629, fut édifié pour servir de tombeau au grand-père de la femme pour laquelle Shah Jeharffit construire le Taje. IL est situé, comme ce dernier, dans un jardin, et bâti comme lui également en marbre blanc recouvert d’incrustations de couleur. C’est un monument dont les livres parlent peu, et lorsqu’ils en parlent, comme celui de Fergusson, ce n’est que pour dire qu’il n’est pas digne d'attention. On ne peut comparer assurément ses dimensions à celles du Taje, puisqu'il n’a que 21 mètres de largeur.

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