VIII PARIS
Cette lecture m'a virement intéressé et m'a appris une quantité (Je cJioses que j'ignorais. J'ai été émerveillé de constater, à propos (l'un sujet si touffu et si complexe, avec quelle science de sélection, avec quelle souplesse d'esprit et quelle solide érudition, vous 7'éussissez () donner à vos lecteurs une très claire vision de cliaque époque historique et de chacune des œuvres architecturales qui en ont caractérisé les commencenients, l'apogée et le déclin. Guidé par vous, j'ai assisté à la naissance de la petite Lutece dans son ile limoneuse, resserrée entre deux bras de la Seine et entourée de forêts profondes. Vous me l'avez montrée, j^auvre et obscur oppidum aux huttes de terre et de bois, se développant peu à peu, après la conquête romaine, jusqu'i'i se transformer en une cité peuplée de temples, de villas, de t/iermes et de théâtres, ainsi que l'attestent les iniines du palais de Julien et les arènes de la rue Monge. Puis vous m'avez raconté l'écroulcmeut de cette civilisation galloromaine, au choc des invasions des Huns et des Francs, et comment la Lutècc de César est devenue le J\iris des Mérovingiens. — ]'oiei que, sur les débris des temples païens, des églises chrétiennes s'élèvent : Saint-Cermain des J*rés au te/nps de Childebert ; l'abhatje de Saint-Denis, sous le roi Dagohert. Avec Charlemagne et ses successeurs, la ville perd, il est vrai, de son importance ; les A'ormands l'assiègent et l'incendient : mais elle renaît bien vite et pros])ère sous la di/nastie caj)ctien/ie. I^es deux rives de la Seine se bâtissent, la population s'accroît, Notre-Dame sort de terre; de tous ciités s'élancent de svcltes flèches d'églises et de jitassives tours de jxilais. Au temps de Phili])pe-Auguste, la capitale étouffe dans sa cldftire de j)ierre et la brise. « Une ville comme I\iris, ainsi que le remarque Victor I/ugo\ est dans une crue perpétuelle. Il n ' ij a (pic ces villes-là qui deviennent capitales; ce sont des entonnoirs oii viennent aboutir tous les versants géograp/tiques, politiques, moraux, intellectuels d'un pays; toutes les pentes naturelles d'un peuple; des puits de civilisation pour ainsi dire, et aussi des égouts, oit commerce, industrie, intelligence, ])opul(itlon , tout ce qui est sève, tout ce qui est vie, tout ce qui est âme dans une nation, filtre et s'amasse sans cesse, goutte à goutte, siècle (i siècle. » — La nouvelle enceinte de Pliilippe-