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LES MONUMENTS DE LA SECONDE MOITIÉ DU DIX-NEUVIEME SIECLE

SOMMA IliK

Saintc-Clolilde et Saiut-Vinccul-dc-Paul. — I.a bibliollioque Sainle-Gencviève. — L'Opéra de Garnier. — La basilique du Sacre-Cœur. — Constructions scolaires et maisons particulières. — Les constructions en fer. — L'architecture d'aujourd'hui et l'architecture de demain.

I. iiuiis a t'ié jusqu'ici facile d't'voquer clans un ('-loignomeul favorablo les souvenirs historicjues des iiionimicnls de l'aiis. A ce deinier chapitre, le recul nécessaire nKin(|ue el l'allenlion riscjuerail de s'i'-pai'piller sur une série d'édilices non encore consacrés par le temps, si nous n'avions la ressource, niodifianl quelque peu la mélhode adoptée, d'essayer de distinguer, dans la multiplicité des j)ro-

' duclions archit("cturalcs, les diflerentes tendances de Fart au cours de ces soixante dernières années. Le goût pour l'imitation de l'antiquité, déjà remarqué au temps de Louis XVI et de Napoléon I", va persister; mais, sous l'action du roman-

L'tGLlSi; SAI>iTE-t:i.OTII.I>K

l'AItlS

tisnie, il va prendrepour modèle non |)liis la Grèce et l'Italie anciennes, mais d'abord le moyen âge, depuis longtemps dédaigné, puis les autres styles, que les archéologues vont étudier dans leurs moindres détails, au profit des architectes.

L'église Sainte-Clolilde est la première en date des églises parisiennes qui, rompant audacieusement avec la tradition antique, manifestèrent la nouvelle orientation du goût ])ubli(' vers le moyen âge.

On sait avec quelle force et quel succès Chateaubriand avait affirmé, dans son Génie du Clirislianisine, la poi'sie de l'art français du treizième au (|uinzième siècle; on sait aussi avec quel enthousiasme et quelle puissance Niclor Hugo chaiil.i, dans un roman célèbre, la beauté alors inconnue des scul|)turcs d<' Noire-Dame de Paris et comment fut groupé et dirigé par (b's savants le zèle des archéologues locaux, patients investigateurs des merveilles nrchilecliiiales ('closes un peu partout sur le sol français. Le mouvement fut intense et général, et lorsque, en 1840, Gaud lut chargé de construire une nouvelle église, il bâtit Sainte-Clotilde en s'inspirant du gothique. C'était de l'audace. Les partisans de l'antiquité protesteront avec énergie; rinslilut lit entendre sa voix autorisée et condamna ce rcloiir à Ja barbarie. L'œuvre n'en fut pas moins achevée, et elle servit de point de départ à une nombreuse série d'églises.

Mais on ne devait pas s'arrêter là. Le style roman fut à son tour copié avec plus ou moins de bonheur dans diflerentes églises, dont la mieux réussie est Saiul-Ambroise; la Renaissance fut, elle aussi, mise à contribution, comme dans l'église de la Trinité.

On inter|)réla dans Sainl-A'lucenl-de-Paul les anciennes basiliques chrétiennes, en taisant intervenir les découvertes archéologiques récemment faites en Orient.

Ce fut une révélation pour beaucouj) que la publication du livre d'Hittorf, la Pobjchromie chez les anciens. Avec des preuves indiscutables, 1 auteur montrait que les Grecs, par exemple, ne se contentaient pas des reliefs de la sculpture, mais que statues et panneaux étaient relevés par

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un coloris souvonl ti'ès cliaiul cl très vari»'. Qu'y a-l-il d'étonnanl (nie le jeune architecte ait songé à aj)|)liquer largement la polychromie à la décoration de l'église dont il devait assurer l'achèvement? L'esprit dimi- Inlion, toujours en éveil, cherchait de toutes parts la nouveauté, et c'en (■tait une que cette décoration qui rompait avec toutes les données jus- (|u'aiors admises.

Dans sa partie extérieure, Saint-Vincent-de-Paul présente de vastes surfaces planes qui étaient destinées, dans la pensée de l'arlisle, à recevoir une décoralioii picturale. La dépense considérable qu'eussent exigée ces peintures sur lave en empêcha l'exécution. A l'intérieur, les colonnes sont recouvertes d'un stuc gris argenté, à pointillés noirs, dur et hrillani iommo le marltre. Au-dessus se développe, sur cent soixante-dix mètres de -^» i ■.'"-'« longueui', la spleudide frise deFlandrin, cortège de saints et de saintes en marche vers le paradis. Il n'y a pas un endroit qui ne soit couvert (l'une ridie ornementation. C'était l'adaptation à un leirqjle chri-tien de la luxueuse pol vcliroiiiie des ('diliccs païens.

l'arallèlement a celli' école dite d iniilalion, on en voit surgir et se développer une autre, (|ue l'on ]iiut appelé rationnelle, cpii snhoidonnera la forme à la destination, sans s'inféoder à au- «■un style iléterminé. Se séparant de l'enseignement ofliciel qui puisait exclusivement à la source antique, <'lle eut pour |)récurseurs Lassus et \'i(dlel-le-i)iic. Après eux, sou plus illustre représentant est Labrouste, l'architecte de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Celle-ci étend sur la place du l'aulhéon sa iaçade calme et sévère. Rien n'y

est sacrifié à l'ornementation; d'aucuns trouveraient même qu'il y a troj) de sécheresse dans la succession des panneaux, qui portent simplement les noms des grands hommes illustres dans les lettres et les sciences.

EULISU SAlXI-VlM.li.M-Uli-l'ALl. ; IM XKILUU

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Le vestibule d'entrée est peu éclairé. L'artiste avait voulu, clisait-il, prépai-ei" le visiteur à la lecture par l'absence de toute distraction et |)ar une méditation préalable.

La salle du premier étage, longue de qualre-vingl-cinq mètres, large de vingt et un mètres et haute en proportion, est éclairée par quaiante et une fenêtres qui y font ])énétrer à (lots la lumière. .Vutour des labb^s il y a plus de quatre cents places. La charpente apparente, en fonte, communique au vaisseau une grande légèreté et offre, en outre, l'avantage d'écarter les dangers d'incendie.

Autant la biI)liotliè(pu^ Sainte-Geneviève est d'aspect austère, autant l'Opéra de Garnier est, au |)()iiit de vue architectural, d'une richesse éblouissante.

On ne saurait nier l'influence que la Renaissance italienne a exercée sur le dessin de son élégante façade, et l'on trouverait, ici et là, dans les détails de son ornementation, une réminiscence des études accomplies en Etrurie par son arcliitecte.

Mais, avant de parler (hi monument lui-même, il paraît nécessaire» de dire quelques mots de l'époque dont il est en quelf|ue sorte le symbole.

Ebloui par son succès inespéré, Napoléon III voulait que le souvenir de son règne fût perpétué ])ar une transformation complète de la capitale. Pour cela, il lui fallait un homme que son éducation antérieure eût préparé à la conduite des immenses ti'avaux ])rojetés et dont la rare énergie ])ùl triompher d'obstacles pour tout autre insurmontables : ce fut le baron Ilaussmann. Jusqu'à lui, Paris était resté la vieille ville qui éveille encore tant de regrets chez ceux qui l'ont entrevue : rues contournées, maisons à j)ignon, hôtels historiques. A leur place, on allait tracer de larges avenues bien droites qui devaient i'aciliter la circulation de la foule et, au besoin, le déploiement des tioupes; de hautes maisons unil'oiines les bordèrent à droite et à gauche, tl'aspect imposant, nuiis banal. On démolissait et on réédifiait avec une activité fiévreuse. « Bâtissez, bâtissez toujours, disait ^I. Ilaussmann; nous l'erons l'avance, les étrangers nous la rembourseront. » Ainsi fut percé l'immense boulevard (jui, de la gare de l'Est, allait à l'Observatoire; ainsi l'urent reliés les tronçons de la rue de Rivoli, prolongée par la rue Saint-Antoine jusqu'à la |)lace de la Bastille; ainsi furent ouvertes cent autres importantes artères. INIais à ce Paris tout flambant neuf, il fallait des édifices marqués au chiffre de l'empereur, témoins de sa gloire pour les siècles à venir : les ti'avaux d'achèvement du Louvre furent menés à bonne lin, le j)alais de l'iiulustrie, le Tribunal de commerce, furent construits. Puis l'Opéra fut édifié.

L'ensemble de l'œuvre de (}arnier est harmonieux, les détails en sont

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d'une incomparable richesse. On aperçoit au rez-de-chaussée, entre les deux pavillons semi-circulaires davant-corps, les porlicpies du vestibule d'entrée avec ses statues et ses groupes allégoriques; au premier étage, la loggia tout étincelante de (K)rui'es dans sa di'coi'ation ])olychrome; au-dessus, Tattique, également ti'ès riche, avec, en arrière, la coupole de cuivre de la salle et le pignon de la scène que couronne le groupe doré d'Apollon levant la Ivre, cnlre la Poésie et la ^Iusi(|U(^; à droite et à gau-

UIBLIOTIlEQUIi SA I NTE -CK.NE VI KVE. .M O .\ T E K U i: S C A L I £ K

ohc du monument, sur de larges acrotères, des Pégases conduits par la Renommée étincellent sous les rayons du so1<m1. « Trop d'or, trop d'or », disaient jadis les critiques; et ils comparaient irouicjuement la façade à un dressoir surchargé de bibelots. Le temps est V(>nu jeter son voile d'uniformité sur les tons qui avaient pu |)araitre trop éclalants. et aujourd'hui l'Opéra ne rencontre plus de détracteurs. Ou i-econnait (|ue, dans sa gamme chaude, il correspond à sa destination, qui est toute de plaisir et de luxe, et on se reporte par la pensée aux temps des représentations de gala, alors que, dans sa majestueuse élégance, le grand escalier, aux rampes d'onyx, de marbre rouge et de vert antique, décoré de nombreuses statues, de lampadaires éblouissants, voyait monter les cortèges officiels chamarrés, entre deux haies de gardes, sabre au clair.

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La salle elle-même éblouil et charme par sa tonalité, qui erée autour des spectateurs une atmosphère aussi délicate que caressante en sa puissance. Ch. Garnier a ex|)liqué lui-même, dans son style vibrant et enlevé, les motifs qui l'ont déterminé à choisir cette décoration.

Tout a été soigneusement étudié dans cette œuvre magnifique, et le maître, dans sa ténacité de volonté, eut l'habileté de faire incliner à sa manière de voir tous ses collaborateurs, des artistes (pti s'appelaient Baudry, Lenepveu, Boulanger, Carrier-Belleuse, Falguières, Guillaume, Cha|)u, Dubois, Lequesne, Carpeaux et bien d'autres. Tous consentirent à plier leur talent aux nécessités de l'ensemble et sacrifièrent une part de leurs préférences à l'idée maîtresse qui leur était suggérée. Carpaux seul résista et, dépassant les dimensions qui lui étaient assignées, fit le merveilleux groupe do la Danse, « cette œuvre si moderne, si entraînante, si caractéristique », dans laquelle la,vulgarité de certains détails est rachetée par l'exubérant mouvement des Bacchantes et leur vivante allure. Ce groupe est, comme l'Opéra, la traduction artistique de l'époque de plaisir et de luxe que fut le second Empire.

A'inr(mt les tristesses de rann('e terrible, les réflexions graves d'un peuple qui se rej)rend et que le malheur a mûri; l'architecture se ressent de cet état d'àme de la nation, et l'art en acquiert une sorte de gravité, avec le sentiment exact de la convenance.

S'agit-il de bâtir une église dans un quai-lier populeux, M. Vaudremer donnera à Saint-Pierre de Montrouge le caractère de force et de robustesse en rapport avec ce milieu ouvrier. La flèche du clocher est de pierre, les colonnes sont de granit, le ])lafond incliné dessine la foinie de la charj)ente, la décoration est simjjle et sérieuse.

D'un style tout autre est l'église grecque de Saint-Etienne, construite sous les auspices du roi des Hellènes par le même architecle. Elle est en belle pierre calcaire blanche que rehausse à l'intérieur l'éclat de l'or répandu à profusion. On avait à traduire ici une pensée orientale, à trans- ])orter en plein Paris les splendeurs des églises orthodoxes toutes brillantes de dorures et de mosaïqiu's; les fidèles qui devaient fréquenter le temple étaient tous gens riches et élégants. C'est pour ces raisons que M. ^'au(lremer donna à ce te)nj)le grec une somptueuse parure.

Ces mêmes qualités d'appropi'ialion de l'œuvre à la pensée qui l'a inspirée se rencontrent dans la basilique de Montmartre, et les critiques qu'elle a suscitées proviennent en grande partie de ce qu'on n'a pas bien défini son caractère.

Ce serait erreur que de la considérer en dehors de son piédestal.

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Lorsque, dans quelques années, sera établi le large escalier entouré de jardins qui, depuis le square Saint-Pierre, gravira la colline, on pourra, des différenls points de Paris, se figurer que le monument ne fait qu'un avec sa base et que le fronton encadré des statues équestres de saint Georges et de saint Martin, la grande coupole entre quatre autres plus petites et le clocher en arrière, au-dessus de la chapelle de la Vierge, ne sont que le couronnement du temple colossal.

On sait toutes les dirricullfs quNui a eues à hAtir sur \o sommet de la butte, dont la conslilnlion géologique faisait craindre de dangereux glissements de terre sous la pression de la pesante construction. On a dû établir à plus de trente mètres de profondeur quatre-vingt-cinq puits solidement maçonnés en chaux et en meulières, reliés entre eux par des voûtes sur lesquelles, par surcroît de précaution, on a établi un lit de béton de plusieurs mètres d'épaisseur. Le sol ainsi préparé, il a été possible d'élever la basilique, d'abord la crypte, puis l'église haute, avec toute garantie de solidité. C'est la solidité en edet que Ton a surtout cherché à assurer. « Nous voulons durer aussi longtemps que les Pyramides! » disait l'archilecle Abadie; et il n'a négligé aucun des moyens propres à préparer l'éternelle existence de son œuvre. L'appareillage des pierres a été fait avec un soin parlait, et rien, pas pins dans la toiture, faite de larges dalles, que dans les fondations, ne laisse ])r('Voir une cause de destruction.

L'opération la plus laborieuse était la construction de la grande coupole, re|)osant sur quatre piliers de seize mètres de circonférence. Quelle; que fût la stabiliti' de cette base, la poussée extérieure produite par le poids énoinir i\\\ dt^me constituait un sujet de craintes sérieuses; pour la contre-balancer, on s'est servi des quatre jictites coupoles, dont le poids a été exactement calculé de manière à établir l'équilibre, et qui, dans ce but, ont une épaisseur ])lus forte sur l'un de leurs côtés, sans que rien d'ailleurs le laisse deviner extérieurement. Ainsi faisait le moyen Age quand, à l'aide d'obélisques et (l(^ pinacles, il chargeait la partie supérieure d(>s contreforts de ceinture des cathcdrales.

La coupole, sorte de couronne de pierre sur la colline Montmartre, dominant la capitale, est, par son symbolisme, la traduction de la pensée créai ricc de l'église du Sacré-Cœur.

Les constructions scolaires depuis la Sor])onue justpi'aux lycées et aux (•(•oies primaires, ont eu, au cours de ces dernières années, un magnilique épanouissement sur les différents points tlu territoire de Paris. Toutes ont ce caractère commun de l'adaiitation de l'édifice à

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l'objet ])Our lequel il a été créé, qui esl ici rinslruclion scientifique et les clifTérenls besoins de la vie universitaire.

Il en est de même pour les maisons d'habitation. Des facteurs nouveaux sont, il esl vrai, intervenus ; des calorifères dans les caves entretiennent ]u!iidant l'hiver dans les appartements une température égale, l'eau chaude et l'eau froide circulent à tous les étages, un tour de bouton allume instantanément les lampes électriques, la montée ])énible des marches d'escaliers est supprimée par l'ascenseur automatique. L'on est certes bien loin du temps oii l'architecte Blondel, indiquant les divisions des appartements des gens du monde, recommandait l'emploi de parfums pour masquer la mauvaise odeur de la garde-robe. Maintenant les chambres d'hôtel mêmes ont des cabinets de toilette particuliers et sont pourvues d'appareils d'hydrothérapie, et rien n'a été omis de ce qui |ieut rendre le séjour de la maison agréable.

On voit s'affirmer partout et jusque dans les moindres détails ce que nous annoncions au début : la recherche de l'utile, que l'artiste réussit

à traduire d'une manièi'c agréable.

Il est même parvenu à donner au fer employé dans les constructions un arrangement et un dessin qui produisent assez souvent dans l'ensemble un harmonieux effet. Nous avons déjà' signalé reni|)loi île la l'onte dans la charpente visible de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Baltard la fit servir à l'établissement de la coupole de trente-cinq mètres de diamètre de Saint- Augustin.

Mais son œuvre <le beaucoup la plus importante, celle qui a fait en quelque sorte école, qui a été copiée un peu partout avec plus ou moins de bonheur, c'est le vaste hangar des Halles centrales, le modèle du genre, avec lesquelles seules les grandes gares de chemin de fer peuvent rivaliser comme aspect imposant et comme étendue.

En vain dira-t-on qu'il n'y a pas là œuvre d'artiste, mais bien plutôt d'ingénieur. La dilférence est-elle donc si grande entre l'un et l'autre, et Viollet-le-Duc ne prévoyait-il pas le temps où chacun apporterait à l'œuvre commune ses qualités propres, et où de cette union naîtrait l'art de l'avenir?

La tour Eiffel a été et est encore actuellement très discutée ; onTn'en doit pas moins reconnaître qu'il se dégage de son ensemble une forte impression de solidité et de légèreté. Les arcs ont une majestueuse ampleur, et, dans sa maigreur, l'obélisque séduit par sa hardiesse.

La galerie des Machines rivalise avec elle de témérité. Sa nef immense de quatre cent vingt mètres de longueur sur cent quinze de largeur, et

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plus haute que le sommet tie L'arc de triomphe de l'Étoile, couvre d'un seul tenant une superficie de huit liectares. Les grandes fermes de fer indépendantes reposent sur des patins en Jjiseau et ont une disposition telle que les variations de température ne sauraient porter atteinte à la solidité de l'édifice. Son ornemenlalion, discrète, mais élégante, prouve que l'ingénieur, quand il veut, sait tlevenir artiste.

Ce qui le démontre encore, c'est le pont Alexandre III, souvenir de VExposition de 1900, dans la construction duquel le métal et la pierre ont été si heureusement associés. La science a calculé avec rigueur les conditions de résistance d'un arc d'acier moulé extrêmement surbaissé; elle a bi\ti le colossal massif de granit à chaque extrémité du tablier, indispensable pour annuler l'eUet des poussées dangereuses. Puis la ilécoration est intervenue à son toupsous la forme de grandioses pylônes surmontés de Pégases et de Renommées. Ici, la France aux différentes périodes de son existence; là, des figures de femmes symbolisant la Neva et la Seine. L'or est partout répandu avec une profusion que d'aucuns ont trouvée excessive. Le pont Alexandre III, dans sa longueur de cent ciiuiuaulc-cinq mètres et sa largeur de quarante mètres, est une œuvre monumentale qui sera toujours admirée.

Nous arrêterons ici notre étude des monuiiiciils iiaiisicus de la période contemporaine. Nous sommes loin de les avoir tous passés en revue; nous avons intentionnellement négligé ceux qui ne sont que des inspirations, parfois très heureuses, de styles déjà connus ou dont l'examen nous entraînerait au delà des limites que nous nous sommes imposées.

Nous préférons, au lieu d'éparpiller ralleution du lecteur, syntlnHiser l'œuvre accomplie, en plaçant sous ses yeux une très intéressante note, qu'avec beaucoup d'obligeance un de nos amis, M. II. Laffillée, architecte en chef des monuments hislori(|ues, a bien voulu rédiger ii notre intention :

« Quel est le caractère de l'architecture contenqioraine? A-t-elle un style particulier, c'est-à-dire présente-l-elle, comme celle des siècles pi"écédents, un jeu de formes cl de motifs caractéristiques en nombre limité, découlant de ceux de la période précédente, mais sensiblement modifiés, qui, ayant évolué côte à côte et s'harmonisant facilement, donnent aux édifices d'une même époque cet air de famille qui frappe à première vue et permet de leur assigner une date aussi sûrement que d'après un texte?

« Si on se contente d'un examen superficiel, on répondra non à cette question. Si, au contraire, on se livre à une analyse approfondie aussi bien de la construction que du décordes monuments modernes, on parviendra à isoler un nombre assez grand d'éléments communs, qui suffiraient à cons-

lituer le véritable style contemporain, s'ils devenaient, comme l'ont été ceux des styles anciens, l'objet d'une culture attentive, au lieu d'être employés inconsciemment, négligés ou subis comme des nécessités gênantes.

« Le style du dix-neuvième et du vingtième siècle existe donc, cela n'est pas douteux, mais à l'état latent, étouffé par le fatras parasite du décor tiré des styles anciens, ou compromis, ce qui est pis peut-être, par les manifestations outrées et paradoxales d'un prétendu art nouveau.

« Malgré celte absence d'unité, l'ensemble de la production architecturale de notre époque n'en porte pas moins le reflet de ses préoccupations; il est le fidèle portrait de notre société et le taljlcau de la lutte des classes •qui la domine. Chacune de celles-ci y est représentée et y arbore comme un drapeau un style difl'érent.

« L'aristocratie nobiliaire manifeste son regret du passé et son dédain pour les idées nouvelles en se confinant dans l'architecture des années qui ont précédé son éclipse. Les styles Louis XIV, Louis XV et Louis XVI ont seuls droit de cité dans ses demeures. La bourgeoisie, qui continue à se modeler sur elle, affecte les mêmes préférences. Toutefois, le souci du confort et de l'hygiène a introduit, dans la composition des plans, des modifications assez sensibles pour permettre aux générations futures de ne pas se tromper sur la date des pastiches que, depuis vingt ans, on exécute avec une habileté de faussaire, et il est facile de reconnaître les apports nouveaux dus aux exigences de la vie moderne, malgré tout le soin qu'on a mis à les dissimuler ou à leur faire endosser, comme une livrée souvent mal ajustée, le style de la maison.

« Par opposition à cet art conservateur, végète, sous l'appellation déjà vieillie (.Vart nouveau, un art révolutionnaire et utopique, qui prétend faire table rase du passé. Il est caractérisé j)ar l'eniploi abusif d'un très petit nombre d'éléments, parmi lesquels la courbe dite en coup <le fouet joue un rôle prépondérant.

« Rien n'est monotone comme la répétition de cette ligne rageuse et impuissante. La préoccupation d'éviter tout emprunt aux styles anciens obsède les partisans de cet art, à ce point que quelques-uns ont proscrit de la décoration la fleur et la feuille; dans le règne végétal ils n'admettent que le tronc et la racine. L'architecte qui a conçu les stations du Métropolitain est le chef de cette secte.

« Par contre, ils ont fait appel au concours de tous les matériaux nouveaux que l'industrie leur a présentés : dans la construction, le ciment armé; dans la décoration, les émaux, les grès, la lave reconstituée, etc. De cela on ne saurait leur faire un grief; mais des esprits plus pondérés que les

LES MONUifEXTS DE LA SECOXOE MOITIÉ DU DIXXEUVIÈME SIÈCLE 111 leurs trouveront uu emploi rationnel à des moyens qu'ils n'auront appliqués que pour jeter un défi au goût et au bon sens.

« Cet art est relui des faux intellectuels, prêts à accepter les idées les plus baroques en philosophie, en politique et en art, pourvu qu'elles leur semblent inédites et quelles leur évitent de penser par eux-mêmes. C'est un art l'actice, sans racine et sans lendemain, puisque sa formule estcelle, non pas du renouvellement par l'évolution, mais du perpétuel recommencement. L'influeiue ({u'il aura sur l'art de l'avenir ne peut être considérable, mais on lui attribuera certains progrès qui ne seront dus en définitive qu'à l'épanouissement de cet art latent qui s'élabore à l'insu de presque tous. La somme d'eflorts sincères auxquels il aura pu donner lieu ne sera pas pourtant perdue, et il sérail loiil aussi injuste de le nier, ([uil est fou de croire (|u'iiu art peut se créer de toutes pièces.

« L'architecture religieuse ne saurait se manifester autrement que par une exagération de la tendance conservatrice. C'est dans les édifices de la période romane ou gothique qu'elle cherche uniquement ses inspirations, DU pliilùt ses modèles. Elle ne porte en elle aucune cause de renouvelle-^ ment, et depuis vingt ans environ toute tentative d'affranchissement a été abandonnée. On vient pourtant d'édifier une église en ciment armé, mais il est évident que le désir de réaliser une économie a eu ]dus de part que le souci de l'esthétique dans le choix de ce procédé de construction. C'est pour l'église un aveu de pauvreté, mais il vaudra mieux sans doute que le déploiement de ce faux luxe au(juel elle est réduite depuis une centaine d'années.

« Quant à l'architecture publique offl(i<'ll(>, elle est soumise à certaines formules absolument fantaisistes.

« Vous entrez dans une ville de province : vous voyez l'hôtel de ville, c'est une réduction de celui de Paris ; l'architecture de la Renaissance s'y impose ; le campanile, l'horloge, les hauts toits à crêtes ajourées, rien n'y manque. L'hôpital a été copié sur l'IIôtcl-Dieu. Ses toits, en tuile ou eu zinc, seront toujours plats. L'école sera en brique et pierre, car c'est le collège Chaptal qui est le père plus ou moins avoué des vingt mille écoles ou col- . lèges qui se sont construits de|)uis trente ans. Le lhé;\trc est un diminutif de l'Opéra de Garnier. Les tribunaux, après avoir oflert l'aspect d'un temple grec ou romain flantjué de deux ailes plus ou moins développées pendant toute la première moitié du dix-neuvième siècle, ont été depuis faits sur le modèle du Palais de justice de Paris et conçus dans le style néo-grec. Tous les autres bâtiments administratifs, préfectures, postes, caisses d'épargne, banques, se rapportent à des types tout aussi conventionnels.

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« Nous nous trouvons donc en face d'autant de styles d'arcliilecture que de catégories de monuments.

« Quelle sera rarcliitecture de demain? Il est difficile de le prévoir. Cependant, si un art a des chances de développement, c'est celui qui, déjà riche à sa naissance de l'héritage du passé, prendra son point d'appui sur les données artistiques des époques florissantes les plus rapprochées de la nôtre, en faisant la part la plus large et la plus franche au.\ solutions qu'exigent les besoins modernes et que les progrès de l'industrie permettent d'aborder.

« Les architectes du palais des Champs-Elysées semblent s'être imposé ce programme. Négligeant comme non avenu le style du premier Empire, parodie maussade de l'art romain, ainsi que les essais plus ou moins avortés des époques suivantes, ils ont remonté, pour renouer la chaîne des traditions, jusqu'au milieu du dix-huitième siècle et, profitant de tout ce qui a été acquis depuis, non pas (|uaiil aux formes, mais quant aux dispositions, ils ont fait une œuvre aussi personnelle (]u'aiu-une autre ne l'a jamais été. Ils ont compris qu'un architecte ne pouvait inventer une architecture; il transforme et enrichit son art, et les artistes doués de l'esprit créateur le plus développé sont restés dans les limites de ce rôle.

« On ne demande pas à un écrivain d'inventer la langue dans laquelle il écrit, et l'architecture est un langage.

« L'architecture de demain sera ce que la forme de la société de demain la fera, et chacun peut imaginer l'une d'après l'idée qu'il se fait de l'autre, et dans leur ensemble les deux seront assez semblables à ce qu'elles ont été hier. Elles dépendent l'une et l'autre des progrès réels, toujours très lents, de l'esprit humain, et no sont pas à la merci des inventeurs de systèmes et des lanceurs de formules. »

Nous voici arrivés au terme de notre étude sur les monuments de Paris. Nous les avons examinés successivement en essayant de déterminer leurs traits essentiels et caractéristiques. Nous avons fait plus encore : nous avons recherché l'idée inspiratrice de leur construction et défini la pensée qu'ils symbolisent, en évoquant l'image de leurs hôtes les plus illustres.

Comme nous l'avions annoncé, nous avons ainsi suivi de siècle en siècle la route de l'Histoire. Les autels de Paris, l'Amphithéâtre et les Thermes ne nous ont-ils pas reportés aux origines gallo-romaines du pays?N'a-t-on ])as relu, devant Saint-Germain des Prés, quelques-unes des pages les plus émouvantes des récits des temps mérovingiens? N'a-t-on pas assisté avec Notre-Dame de Paris, la sainte Chapelle, le vieux Palais de justice, à

LES Mo.\i:.\[i:.\rs ni-: la sRcoxnr: moitié du dix-secvièmë siècle 279 l'éilosion et au dovi-IoppoiiicMil ilo l'arl français par exoollonce? L'organisation de l'Université de Paris ainsi que la puissance des couvents et des abbayes n'ont-elles pas été étudiées et constatées à ])ropos de l'église Saint- Julien-Ie-Pauvre, du réfectoire des Bernardins et de celui de Saint-Martin des Champs? La porte d'Olivier de Clisson et le donjon <le Jean sans Peur n'ont-ils pas raconté, si pauvres que soient leurs vestiges, les malheurs de la France au cours de la guerre de Cent ans? Par contre, les hôtels de Cluiiy et de Sens, de la fin du quinzième siècle, sont, avec de nombreuses églises <|U(' le temps a respectées, le signe d'un état social |)acifique et élégant. L'Hôlel dr vilh- nous a iiarlé d'Etienne Marcel et de François I"; le Louvre, des premiers N'alois, et Saint-Eustache des temps troublés de la Ligue. N'a-t-on pas vu dans le palais du Luxend)Ourg la silhouette de ?^Iarie de Mécicis, au Val-d(!-Gn\ce celle d'Anne d'Autriche, à la Sorbonne et au palais actuel de l'Inslitut celles de Richelieu et de Mazariii? Portraits de rois encore à propos des places publiques des dix-septième et dix-huitième siècles, et jiortraits de grands seigneurs à propos de leurs luMels que nous avons choisis entre cent. Saint-Sulpice et le l'anthéon ne nous ont-ils pas fourni d'intéressantes observations sur l'étal religieux du pays depuis le dix-septième jusqu'au vingtième siècle? Les souvenirs, déjà bien effacés, des scènes tragiques de la Révolution n'ont-iis pas été rappelés par le Palais-Roval, l'Fcole de médecine, le couvent des Carmes et la Conciergerie? Les gloires impériales ont revécu devant nos yeux en présence des édifices que Napoléon faisait sortir de terre avec la même facilité qu'il conduisait ses armées à la victoire. Enfin, les constructions de la seconde moitié du dix-neuvième siècle ne trahissent-elles pas, par leur diversité même, les incertitudes de l'heure piéscMite et les hésitations de la société sur l'orientation qu'elle doit prendre?

Ce livre eût pu s'intituler l'Histoire de France dans les inouumenls de Paris. Avec une appellation d'un modernisme sans doute exagéré, on pourrait dire de lui qu'il est comme un cinématographe qui fait mouvoir des personnages célèbres dans un décor d'art merveilleux. Fruit d'uti labeur de i)lusieurs années, on voudrait (|u"il procurai au lecteur un i)eu du plaisir ([ue l'on a éprouvé à l'écrire.

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