Les monuments de Pise au moyen age
L'étude des monuments anciens ne serait que la satisfaction d'une vaine curiosité, si elle ne devait éclairer nos travaux actuels et jeter les lumières de l'expérience sur nos propres efforts. L'histoire des arts est un enseignement pour nous, comme l'histoire des États pour ceux qui les gouvernent; elle est une leçon qui nous découvre les causes de prospérité et de décadence, dont elle nous offre les phases successives.
De cette étude nous avons tiré la conviction profonde que, pour les arts, le principe de vie ou de mort était la recherche de l'idéal ou l'imitation servile de la nature, l'élan vers l'infini ou l'abaissement vers les sens. Nous avons trouvé là le crite-
rium universel qui éclaire les moments de glorieux apogées ou de honteuses chutes, et c'est sous ce jour que nous nous proposons d'examiner la grande renaissance pisane. Tout ce qui élève l'esprit, qui donne du ressort à la pensée et fait bouillonner l'idée, est donc essentiel à l'art, et ce progrès nous semble avoir trois conditions d'activité, qui sont la foi religieuse, la tradition respectée et la liberté : — la foi qui découvre les sommets de l'idéal, la tradition qui livre aux fils les conquêtes de leurs pères, la liberté qui jette le feu et la vie à travers les visions pures ou les souvenirs antiques.
Il est aisé de suivre ces degrés que monte et descend successivement l'art dans sa marche à travers les âges; s'il ne sortait de notre sujet de considérer cette course immense, nous le verrions s'élever des figures hiéroglyphiques, des sphinx d'Egypte, des ouvrages primitifs de Dédale, de Rœkus ou de Dibutades à la perfection de Phidias, dont Cicéron disait qu'il ne copiait pas de modèle particulier, mais un certain type idéal caché au fond de son âme; nous le verrions ensuite devenir plus élégant avec Pythagore de Reggio, descendre avec Praxitèle aux voluptés de la chair, et, plus tard encore, aux plus licencieuses imitations de la nature ; nous verrions qu'à ces époques correspondent directement le respect des dieux et des ancêtres, et la possession
de la liberté, ou enfin l'impiété et le règne des tyrans et des étrangers.
Ce principe est affirmé par toutes les révolutions qui ont emporté la Grèce et ses gloires. Les Romains sont venus; ils ont, tout en les méprisant, voulu asservir les arts ; ils les ont transportés dans leur ville avec le reste de l'univers et ont achevé de les y étouffer sous les hontes du césarisme, qui n'admet d'autre foi que l'adoration du despote, d'autre tradition que les louanges, d'autre liberté que ses caprices.
Les barbares ensuite ont passé, comme des flammes vengeresses, sur ce temple impur de Rome, où les adorations humaines s'étaient prostituées devant la matière. Après ce vaste incendie, cette gigantesque destruction, cette mort apparente de plusieurs siècles, la vie commença à revenir dans le sein de l'humanité, et les arts reparurent au monde veFsle xi e siècle.