ORIGINE ROMAINE
On sait que les Lombards, appelés par Narsès, descendirent en Italie au vi e siècle; on sait peut-
être moins que leur règne fut un temps de ténèbres épaisses et que l'absence de monuments qui leur soient propres donne lieu à cette question :
Existe-t-il un style lombard?
Deux habiles archéologues de Brescia, MM. San- Quintino et Sacchi, se sont prononcés dans le sens négatif, et après s'être fondés sur l'impossibilité d'une révolution civilisatrice par la main de ces barbares, ils ajoutent des preuves matérielles que les archives de Lucques leur ont fournies. Ils ont trouvé dans ces archives, qui remontent au v e siècle, que les églises de Saint-Frediano et Saint-Michel datent de l'époque lombarde. Appuyés sur ce témoignage historique, et sur la conformité de ces édifices avec les basiliques romaines, ils ont prouvé que l'art lombard n'était autre que l'art romain conquis. Les preuves données par M. d'Agincourt et par M. Reynaud dans son second volume du Traité d'architecture , à l'occasion de l'église de Pavie, ne nous semblent pas suffisantes pour établir l'existence d'un style étranger à l'Italie.
Charlemagne, en chassant les Lombards, en rappelant la liberté et en émancipant la papauté qui est la mère de la civilisation, contribua puissamment au réveil du génie italien ; on ne saurait penser pourtant qu'il rapportât aucune inspiration des sombres et tristes régions des Francs, lorsque nous
le voyons au contraire s'entourer de savants d'Italie, comme Pierre de Pise, et transplanter, dans sa capitale d'Aix-la-Chapelle, des formes et des souvenirs de la Péninsule.
Nous sommes donc ramenés à croire que le style roman sortit en partie des débris du romain; le passage de Charlemagne, qui dessine la situation de l'Italie au vm e siècle, comme la lueur d'un éclair au milieu de la nuit de la barbarie, ne nous a laissé que des basiliques : à Florence, les Saints- Apôtres et Saint-Miniato; à Rome, S.-M. dell'Ara- Cœli, Sainte-Sabine, Saint-Marfin-des-Monts, Saint- Michel in Sassia, Sainte-Saba, Sainte-Pudentienne, Sainte-Cécile, Sainte-Praxède. Ces monuments, romains par le plan, et le plus souvent bâtis avec des débris romains, doivent être considérés comme les chaînons qui relient notre renaissance romane à l'art antique. Qu'on prenne les plans de ces églises et celui du dôme de Pise, on sera frappé de l'analogie, et on conviendra qu'aucune origine ne saurait être plus certaine.