‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 1 sur 83 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES PILLAGES D'ALARIC ET DE GENSÉRIC. — ÉTAT DE LA VILLE AU Ve SIÈCLE. - VITIGÈS ET TOTILA. — DÉVASTATION DE ROBERT GUISCARD. — SPLENDEUR DE ROME AU TEMPS DES DERNIERS EMPEREURS.

Les Livres sibyllins, qui furent composés vers le me siècle, prophétisaient comme imminente la ruine de Rome. C'est le propre et la consolation des mécontents que de se flatter toujours que la perte de ceux par lesquels ils s'estiment opprimés est certaine et voisine. « Malheur, malheur à toi, disaient ces oracles ; tu t'assiéras, veuve de ton peuple.au bord du rivage; dans tes temples, les jeunes filles n'entretiendront plus le feu qui brûlait toujours; tes autels n'auront plus de sacrifices. Tu baisseras la tête, superbe Rome ; tes richesses périront ; les loups et les renards habiteront tes ruines ; tu seras déserte et comme si tu n'avais jamais été. »

De telles imprécations devaient faire sourire les contemporains d'Alexandre-Sévère ou de Dioclétien qui voyaient, soumis à leurs lois, tout le monde connu depuis les cataractes du Nil jusqu'à la muraille de Calédonie, depuis les colonnes d'Hercule jusqu'aux bords de l'Euphrate. Qui aurait pu prévoir alors que les tribus sauvages qui erraient autour des confins de cet immense empire, mal armées et sans cohésion, triompheraient un jour prochain des légions romaines? Cependant deux siècles ne s'étaient pas écoulés que la puissance romaine était anéantie et Rome saccagée.

Il n'en faut pas croire toutefois les pieux écrivains du Ve siècle qui, par haine du paganisme, se donnaient l'illusion que Rome avait péri tout entière sous les coups des barbares et en célébraient presque l'anéantissement comme un triomphe.

Saint Augustin, par exemple, voit dans Rome une cité totalement ruinée et dont la perte doil être une leçon aux païens1. «La métropole fameuse, la capitale de l'empire romain a été détruite par un seul incendie», écrivait saint Jérôme en 413 2 ; et plusieurs fois cette idée de la destruction de Rome par les barbares revient dans ses écrits8. Socrate de Byzance et Philostorgios dans leurs histoires de l'Église s'expriment de même *. D'après eux, les barbares, en se retirant, n'ont laissé derrière eux qu'un monceau de ruines fumantes. L'historien Orose, contemporain pourtant des faits qu'il rapporte, compare le sac des Goths à celui des Gaulois et parle des poutres de bronze des édifices rompues par le feu, des murailles croulant, des flammes détruisant au Forum les statues des idoles et de la foudre céleste anéantissant ce que les envahisseurs avaient épargné 5. Évidemment cette description oratoire est inspirée des Livres sibyllins et des nombreuses prophéties qui annonçaient la disparition de Rome, si longtemps l'ennemie de l'idée chrétienne. D'ailleurs Orose lui-même, dans ce même chapitre, dit qu'il n'y eut que quelques maisons brûlées 6.

A la vérité, Alaric, quand il pénétra dans Rome en 410, n'y demeura que trois jours, du 24 au 27 août, et ses bandes, plus occupées de piller que de détruire, causèrent peu de mal aux édifices. Entrée par la porte Salaria, l'armée des Goths brûla, à ce qu'il semble 7, une partie de la région voisine 8 ; l'Aventin avec ses somptueuses demeures patriciennes, l'Esquilin et le Cselius jusque vers le Macellum Magnum, actuellement San Stefano Rotondo, subirent quelques dommages ; il se peut aussi que des pans de muraille aient été renversés dans les thermes de Decius situés précisément sur l'Aventin, mais les dégâts furent, en somme, peu importants. Seulement, temples, églises, palais, édifices furent dépouillés de tout ce que les habitants n'avaient pas eu le temps ou la prudence de dissimuler. Quatre ans après, Placidie, fille de l'empereur Théodose et sœur, par conséquent, d'Honorius et d'Arcadius, reçut, à l'occasion de son mariage avec Ataulphe, le beau-frère d'Alaric, cent coupes d'or ciselé prises lors du pillage et que lui offrirent cinquante jeunes gens goths vêtus de robes de soie provenant également du sac de la ville. Les seules destructions qui eurent lieu vinrent de la hâte avec laquelle les soldats arrachèrent les objets précieux.

1. « Interca Roma Goihorum irruptions agentium sub rege Alarico Eccles., Livr. XII, § 3 dans Migne, Patrol. grecque, vol. 65. alquc impelu magnœ cladis eversa est, cujus eversionem deorum Cf. Grisar, Roma alla fine del Mo>tdo anlico, Rome, 1899, vol. I, falsorum multorumque cultures quos usitato nomine Paganos vocamus 1, p. 38.

in christianam religionem referie conantes, solito acerbius et amarius 5. Orose, Hisloriarum adversus Paganos lib. II, cap. 19,

Deum verum blasphemare cœperuni. » Ed. Migne, vol. I, p. 647. § 143; lib. VII, cap. 39, S 175- Migne, vol. XXXI, col. 795,

Cf. vol. V, p. 505, 623-624, Sermon CVI, cap. ix, 12; p. 1355- 1164.

Vol. VI, p. 716 : De Urbis Excidio. Vol. VII, p. 70, 96, 469. 6. Liv. VII, cap. 39, § 575 : « Facto quidem aliquantarum adium

2. Ép. CXXVIII ad Gaudentium. Migne, vol. XXII, p. 1099. incendio, sed ne tanto quidem, quantum septingintesimo conditionis "Le pape Gelasius, dans une lettre au sénateur Andromachus (496), cjus annn casus effecerat.» Migne, p. 1164 C

dit: tCum Urbem Alaricus everiil.o Baronius, Ann. Eccles., 7. D'après les traces d'incendie trouvées au cours des fouilles,

vol. VIII, p. 605. Lanciani, The Destruction of Rome, Londres, 1901, chap. v.

3. Ed. Migne, vol. I, p. 445; vol. IV, p. 115. Ép. CVII ad 8. < Alaricus trepidam Urbem Romani invasil parlemque cjus Lœtam. Migne, vol. I, p. S67. Liv. II, adversus Jovinianum. cremavit incendio sextaque die quam ingressus fuerat, depredata «... Squalit Capitolium, templa Jovis et ceremoniœ conside- Vrbe egressus est. » Marcellinus, Chron. apud Sirmond Opéra runl. » varia, Paris, 1676, vol. II, p. 356- Mon. Hist. germ. auct. antiq.,

4. Socrates, Hist. Eccles., XII, cap. 10. Philostorgios, Hist. vol. II, p. 70. Grisar, vol. I, p. ii7-

LE FORl W

LE FORl M ROM/

pied du capitule [Etat actuel). (Phot. Moscioni.)

LE FORUM ROMAIN VU Dl' MEME

lieu au xviii • siècle. Gr<evius, vol. IV (1732)-

Monuments di Ro

On dit que le roi Alaric avait défendu de mettre le feu à la ville « selon la coutuimdes barbares 1».

Rome se releva rapidement de cette première catastrophe 2. Le préfet de la ville Albinus travailla activement à en effacer les traces ; il en demeura si peu qu'un histoi ien philosophe, Olympiodore, et un poète homme d'État, le préfet de la ville Rutilius Numatianus3, purent bientôt admirer et célébrer la magnificence de la ville *.

Quand les Vandales occupèrent Rome, en 455, ils n'eurent non plus que les Goths d'autre pensée que de s'en approprier les richesses ; leur roi Genséric fit enlever les plus belles statues afin d'en orner ses palais en Afrique ; les offrandes que des siècles de piété y avaient entassées et que le christianisme avait généralement respectées, disparurent ; les dépouilles du temple de Jérusalem dont une partie avait déjà passé à Montpellier, le chandelier à sept branches, le Livre de la Loi, furent transportés aussi en Afrique ; de là on les envoya plus tard à Constantinople où les Juifs en obtinrent la restitution ; après quoi on en perd la trace 5. Les Vandales mirent à sac le propre palais de la reine Eudoxie qui les avait appelés à Rome pour se venger de Maxime, le meurtrier de son premier mari Valentinien III; tout le mobilier disparut, jusqu'aux ustensiles de cuivre et de terre. Les lames de bronze doré qui recouvraient quelques temples furent enlevées ; aucun quartier de la ville n'échappa aux rapines des envahisseurs, mais ils ne s'acharnèrent pas contre les édifices, dont la solidité aurait d'ailleurs défié longtemps leurs efforts ; ils n'y mirent pas non plus le feu 6, en sorte que, lorsqu'ils se retirèrent au bout de quinze jours, la plupart d'entre eux étaient intacts.

Ricimer et ses Germains, qui pénétrèrent le 11 juillet 472 dansla ville prise d'assaut, respectèrent les monuments et se contentèrent de piller ce qui restait de ses richesses.

C'est pourquoi les écrivains de la fin du Ve siècle et du début du vie pouvaient encore s'émerveiller des beautés de Rome. Sidoine Apollinaire, gendre de l'empereur Avitus et sénateur de Rome, en vante les théâtres, les amphithéâtres, les thermes, les gymnases ; il vit au Capitole un marché fort animé où abondaient, comme aux beaux temps de l'empire, les riches étoffes, les pierres précieuses, les curiosités et les produits du monde entier; des changeurs s'étaient établis à l'entour. Cassiodore, consul sous Théodoric (514) puis secrétaire dé ce roi, parle de statues équestres de marbre et de bronze, de fontaines nombreuses, des aqueducs, du cirque Maxime avec ses obélisques, de la Via Sacra avec ses éléphants de bronze déjà chancelants de vieillesse 7, du forum de Trajan qui surprenait

1. Grigorovius, Storia délia, Cilla di Roma, trad. ital., éd. 1900, 3. Astrorum fiammce rénovent occasibus ortus vol. I, p. 114. Cf. S. Augustin, De Urbis Excidio, vol. VI, p. 716. Lunam finiri cernis ut incipiat, Pietro Angelo de Barga, De Privatorum Publicorumque Mdiji- dit Rutilius.

ciorum Almce Urbis eversuribus Epistola..., dans Gr^evius, Antiq. 4. Voir plus bas.

Rom., vol. IV, p. 1870. 5. Carlo Fea, Nuova Descrizione de' Monumenti anlichi..

2. Orose (VII, cap. 40) dit : « Irruplio Urbis per Alaricum facta Rome, 1819, p. 285.

est ; cujus rei quamvis recens memoria sit, tum si quis ipsius populi 6. Evagrius est le seul à prétendre que Genséric brûla la ville

Romani et mullitudinem videal et vocem audial, nihil jactum, sicut Hist. Eccles., lib. II, cap. 7.

eliam ipsi /atentur, arbitrabilur, nisi aliquantis adhuc existentibus 7. Cassiodore, Vat., lib. X, ep. 30, p. 317, Lettre au préfet de

ex incendia ruinis forte docentur.o Cf. Calliste Nicépiiore, Eccles. la ville, fait mention de ces éléphants : « Rcladoms vestre tenore

Hisl., liv. XIII, cap. 35; Migne, vol. I, 46, p. 1046, n. 424, et comperimus in via sacra, quam mullis superstilionibus dicavit

Philostorgios, liv. XII, % 5. antiquitus elephantos aeneos vicina omnimodis ruina titubare, t

1 »ar sa magnificence 1 1 ras ceux qui le contemplaient. Seul, semble-t-il, le théâtre de Pompée, le plus grand des théâtres de Rome et qui pouvait contenir quarante mille spectateurs, commençait à s'écrouler faute d'entretien, et Cassiodore s'écriait à ce spectacle : « Que ne peut le temps s'il rend caduc un tel édifice!» Il ajoutait qu'il se serait attendu plutôt à voir crouler des montagnes que cet amas de marbres. Le poète Fortunat, évêque de Poitiers, raconte qu'on tenait des sortes de cours poétiques sous les portiques du forum de Trajan ; les auteurs en vogue y venaient lire leurs vers au milieu d'une foule curieuse et complaisante 1. Vers le même temps, en 552, Procope parle avec enthousiasme des merveilles de Rome; on lui montra des statues de Phidias et de Lysippe, la célèbre génisse de Myron qu'avait chantée Ausone, l'Elephas Herbarius près du Capitole du côté du Tibre, le forum de la Paix encore presque entièrement intact. On lui fit contempler près du Tibre, en un lieu où on le conservait précieusement, le navire dans lequel Énée « le premier aborda aux champs de Lavinie ». Il vit au Forum, en face de la descente du Capitole, une statue équestre de Domitien en bronze, la seule, dit-il, qui existât encore de cet empereur 2.

De fait, Rome possédait encore de nombreux et superbes monuments, onze forums, dix basiliques, vingt-huit bibliothèques, deux colosses, vingt-deux statues équestres, quatre-vingts statues de dieux entièrement dorées, trente-six arcs de triomphe, plus de trois mille sept cents statues représentant des empereurs ou d'illustres citoyens, « un peuple de statues », dit un auteur contemporain.

Les Goths de Vitigès, qui assiégèrent la ville en 537, coupèrent les aqueducs ; c'est alors que le mausolée d'Hadrien (le château Saint-Ange) perdit en partie ses ornements, car ceux qui le défendaient précipitèrent sur les assaillants les statues de marbre qui en décoraient le pourtour, mais le château ne fut ni pris ni endommagé ; le reste de la ville non plus 3 ; Bélisaire réussit à éloigner l'armée ennemie. Neuf ans après, le 17 décembre 546, Totila entra dans Rome que Bélisaire n'avait pu, cette fois, protéger et que quatre soldats livrèrent à l'ennemi, à ce qu'affirment certains chroniqueurs. Le pillage fut général ; la croyance prévalut que rien de précieux ne demeura ; plusieurs statues de bronze furent enlevées ou fondues ; l'incendie détruisit quelques maisons dans le quartier du Transtévère, mais cette région était pauvre en édifices, en sorte qu'à ce point de vue le dommage fut restreint. Il est certain que les Goths n'en abattirent volontairement aucun. Cependant il ne fut bruit au dehors que de la destruction de

qm soient in carnali subslantia supra millenos annos vivere, occasutn la mort de cet empereur quand le Sénat eut condamné sa mémoire.

videantur proximumin simulacris aeris suslinere; his providentia Peut-être Proc >pe prit-il la statue de l'empereur Marc-Aurèle

vestra reddi facial propriam longevitalem uncis ferreis hiantia (supposée si longtemps celle de Constantin) actuellement au Capi-

membra solidando : alvuin quoque demissam subdito pariele corro- tôle pour celle de l'empereur Domitien. Voir Henry Thédenat.

boret ne Ma magnitude mirabilis solvatur turpiter in ruinant...' Le Forum romain, Paris, 1904, p. 166, 267...

1. Fortunati Italici, Carminum, Mayence, 1603, liv. III, 18, 3. «... Quod audiens Vitiges, ut leo furibtindus, omnem Gothorum v.7, n. 21 ad Bertechramnum, p. 80. Cf. p. 169, liv. VIII, n. 8 ad exercitum... » Jornandes, De Rébus Gothorum, Leyde, 1597, cap. ix, Lupum ducem. p. 178. Procope dit qu'il brûla une grande partie de la ville, surtout

Si sibi forte fuit benenotus Homerus Athenis « au delà du Tibre». Lib. IV, cap. 22 et 23. Broughton, llalv,

Aul Maro Trajano lectus in Urbe foro. Reinarks made in several visits fiom the year 1816 lo 1854, L< m 1res,

2. La statue de Domitien que Stace décrit et dont il indique fort 1861, vol. I, p. 341. Procope rapporte les efforts de Narsès pour exactement l'emplacement avait été détruite probablement après réparer les dégâts causés par Totila. Cap. 34.

Rome par Totila ; on répéta que la ville avait été entièrement dévorée par les flammes. Bélisaire en informa même la Cour de Byzance.

Leonardo Bruni, dit Aretino, donne une description terrifiante de F incendie de Rome ; il dépeint le Capitole en flammes ; toute la région du Forum, de la Suburra et de la Voie Sacrée dévastée par le feu, le fracas des maisons croulant et, au milieu de ces incendies, des familles entières, des femmes, des enfants fuyant éperdus et n'ayant même pas la liberté de pleurer à loisir leur ruine : « Quand ce troupeau, dit-il en terminant, eut été dispersé en Campanie et que l'armée ennemie fut partie, il ne resta dans Rome ni un homme ni une femme l. »

Cette description n'indique que la façon dont on s'imaginait les choses au temps où Leonardo Bruni écrivait, c'est-à-dire au XVe siècle.

Il est certain que Rome, même après ces catastrophes, restait encore une cité riche en monuments, en statues, en objets d'art, telle que Procope et Fortunat l'ont décrite. Elle conservait son titre de Aurea ; les chroniqueurs qui parlent, par exemple, du couronnement de Justinien et de son successeur Justin II (527 et 565) disent qu'ils furei t élus dans la Rome nouvelle (Constantinople) et couronnés dans la Rome d'or, Aurea Roma 2.

Une dernière fois, en 663, Rome eut à subir un pillage, mais ce fut par la volonté de son souverain ; de même que Constantin avait fait transporter à Byzance une grande quantité de statues 3, de même Constant II s'en appropria le plus qu'il put durant les douze jours qu'il résida à Rome 4.

En 755, le roi des Lombards, Astolphe, vint mettre le siège devant la ville ; ses habitants firent cette fois preuve de quelque énergie ; une milice, que de précédentes rencontres avait aguerrie, sut défendre l'enceinte récemment restaurée par le pape Grégoire III, et seuls les couvents et les églises situés hors des murs eurent à souffrir. Il en fut de même lors de l'incursion des Sarrasins en 846 ; ils durent se borner à dévaster et à piller la campagne romaine; la cité Léonine, à vrai dire, fut prise, la basilique de Saint-Pierre mise à sac, ses portes d'argent devinrent la proie des envahisseurs, et l'on a prétendu que les restes des apôtres Pierre et Paul furent dispersés au vent, mais la ville résista et ne subit aucun dégât 5.

En 896, l'empereur Arnolphe s'empara de vive force de la cité Léonine, mais échoua devant le reste de l'enceinte.

Ainsi, après tant d'assauts et de sacs, Rome, du moins dans ses monuments, n'avait que relativement peu pâti.

Ce que les barbares n'avaient pas fait, les soldats de Robert Guiscard l'accomplirent en partie. Venus pour délivrer le pape Grégoire VII de l'empereur d'Allemagne

1. Zozimi Comitis... Historice Nova... Adiecimus et Leonardi 4. «Constantin le Barbu, dit Deseine, dépouilla la ville de Arelini rerum gothicarum commentarios. Bâle, s. d., p. 686. Il dit toutes ses richesses et ornements et fit transporter le tout à Constanencore que le tiers des murailles fut renversé. Fulvio, Délie Anti- tinople, ayant fait plus de dégâts à Rome, à lui seul, que tous les chilà délia Ciltà di Roma, parle aussi avec horreur et détails delà barbares qui l'avaient saccagée tant de fois. » Rome moderne, destruction de Rome par les barbares ; il écrivait au xvie siècle. Leyde, 1713, p. 140.

2. Muratori, R. liai. Script., vol. II', col. 353, 354. 5. Duchesne, Liber Pontificalis, vol. II, p. 100 et suiv. Cia-

3. L'hippodrome en reçut soixante, dont une effigie d'Auguste. conio, Vitœ Ponlif., Rome, 1630, vol. I, col. 292.

Henri IV qui le tenait assiégé dans le château Saint-Ange, ils avaient d'abord occupé la ville sans résistance, Le 31 mai 1084, mais, trois jours après, la populace, par un de ces revirements d'humeur soudains qui lui étaient propres, se leva en armes et tenta un massacre général ; dans l'ardeur du combat et ensuite pour se venger, les Normands et les Sarrasins de Guiscard mirent le feu à tout le quartier qui s'étendait entre le Latran et le Capitole ; la région du Ca>lius, qui était encore assez habitée, devint le désert qu'elle est restée ; l'église des Santi Quattro Coronati fut réduite en cendres ainsi que plusieurs autres églises ; la basilique du Latran eut elle-même fort à souffrir ; peut-être l'action dévastatrice de l'armée ennemie atteignit-elle le Champ de Mars \

En tout cas, les monuments qui s'y élevaient eurent à souffrir car, s'ils ne furent pas alors endommagés, l'un des résultats de cette catastrophe fut de faire refluer vers cette région la population romaine ; elle se serra dès lors au pied du Capitole et sur les bords du fleuve, car d'une part les aqueducs ayant été rompus, il lui fallait bien aller prendre l'eau au Tibre2, et d'autre part l'abondance des édifices lui permettait de trouver plus facilement des matériaux de construction pour rétablir les demeures détruites. C'est de ce moment que commença la destruction en grand des vestiges de l'ancienne Rome.

Du haut du château Saint-Ange, le pape avait pu voir l'armée qu'il avait appelée à son aide s'acharner contre sa malheureuse capitale. Un seul auteur, Orderico Vitale 3, dit qu'il intervint auprès de Robert Guiscard pour empêcher cette catastrophe ; toutefois, encore que le pape eût fort à se plaindre des Romains, il est bien évident qu'il dut chercher à s'interposer ; trop d'intérêts lui dictaient cette conduite pour qu'il agît autrement.

Hildeberg le Vénérable, archevêque de Tours, qui vint à Rome en 1106, vingtdeux ans après ce désastre, en vit les traces encore toutes fraîches et pleura en vers latins qui ne manquent pas d'une certaine beauté les ruines amoncelées en si peu de temps4. Que si la détresse de Rome l'affligeait, il trouvait cependant une consolation dans son rôle nouveau : « Quand je me réjouissais de vénérer des idoles, fait-il dire à la sibylle, je mettais mon orgueil dans mes armées, dans mon peuple, dans la magnificence de mes marbres ; à présent mes idoles gisent à terre ainsi que mes palais ; mon peuple et mes armées n'existent plus ou sont réduits en servitude, et c'est à peine si Rome se souvient encore de Rome ; aussi ai-je maintenant changé l'aigle pour la croix, César pour Pierre, la terre pour le Ciel. » Mais ce qui frappa particulièrement Hildeberg, ce fut l'énorme quantité des vestiges de l'ancienne Rome qu'il vit. « Il en subsiste encore tant, dit-il, et tant sont par terre que ce qui reste ne saurait être détruit ni ce qui

1. Muratori, Script. R. liai., vol. IX, col. 885, 919. étaient en même temps une œuvre magnifique et des plus utile à

2. L'empereur Théodoric s'était vainement efforcé de montrer cause de la salubrité des eaux qu'ils amenaient. Cassiodore, aux Romains l'utilité de la conservation de leurs aqueducs. Il leur Var., lib. VII, n. VI, dans Mon. gertn. Hist., vol. XII, p. 201. Forécrivait que contempler le forum de Trajan était assurément une nrnla Comilivce F ormarmn.

grande joie, que monter les degrés du Capitole, c'était se donner 3. Orderic Vital était un contemporain (1075-1142 ?). His-

un spectacle qui surpassait ce que l'esprit humain pouvait imagi- toria Ecclesiaslica, pars III, lib. VII, § 5 dans Migne, Palrol,

ner de plus admirable, mais que tout cela ne les faisait pas vivre lai., vol. 188, col. 523.

et ne procurait pas la santé du corps, tandis que les aqueducs 4. A. de Reumont, Geschichte der Stadt Rom, vol. II, p. 382.

i:f.(,l.lSE S. MANIA SOl'RA MINERVA. PORTE vl.\ LORENZO

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