‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 2 sur 83 · I ÉGLISE S. MARIA SOPRA MINERVA ET LOBKLISQUE DU BERNIN · texte numérisé non relu

I ÉGLISE S. MARIA SOPRA MINERVA ET LOBKLISQUE DU BERNIN

Derrière l'obélisque, plaques de marbre indiquant le niveau des inondations. (Phot. Moscioni.)

la porte san lorenzo. (Phot. Moscioni

Monuments de Rome.

est sur le sol, reconstruit l.» C'est là une réflexion que l'on est porté volontiei h faire encore aujourd'hui. Ce qui tout d'abord étonne et ce qu'on admire quand on erre parmi les restes grandioses de la Rome d'autrefois, dans cet énorme entassement de débri qui couvre le mont Palatin, sous les voûtes massives du Colisée, dans l'immensité des thermes d'Antonin, à travers les longs couloirs et les hautes salles de la Maison dorée de Néron et des thermes de Trajan, c'est l'importance et le nombre de ces ruines; mais si l'on se prend à réfléchir à ce qu'était la capitale de l'Empire sousDioclétien, Théodose, Odoacre et Théodoric, avec ses innombrables et splendides édifices, on s'étonne qu'il en reste si peu2. Rome comptait alors environ onze forums, dix basiliques, quatorze thermes, deux amphithéâtres, deux cirques, quinze nymphées, vingt-sept bibliothèques publiques, cinq naumachies, trente-six arcs de triomphe, plus de mille fontaines publiques, deux colosses3. L'immense enceinte d'Aurélien était à proprement parler pleine d'édifices.

Dans l'énumération des monuments de Rome de Publius Victor, qui vivait au IVe siècle, il est parlé de : deux amphithéâtres, deux colosses, deux marchés, trois théâtres, cinq naumachies, cinq nymphées, vingt-deux chevaux de bronze doré, quarante-quatre chevaux d'ivoire, trente-quatre chevaux de marbre.

Dans le Curiosiim Urbis, de : onze forums, dix basiliques, dix thermes.

Dans les Mirabilia, de : vingt-cinq chevaux dorés, quatre-vingts chevaux d'or, soixante-quatorze chevaux d'ivoire.

Le poète Claudien décrivait l'aspect de Rome en ces termes à l'empereur Honorius à l'occasion de son sixième consulat : « Voyez le mont Palatin ;... il n'y a pas de colline qui puisse mieux révéler la grandeur et l'étendue du pouvoir des empereurs. Le palais, de son faîte sublime, domine la tribune; des temples nombreux l'entourent; un cercle d'immortels veille à sa garde ; on aime à voir à ses pieds le sanctuaire de Jupiter, les géants suspendus à la roche Tarpéienne, les portes ciselées du Capitole, nos aigles fendant la nue, les demeures des dieux se pressant dans les airs, des colonnes tapissées de l'airain d'innombrables vaisseaux, des édifices appuyés sur des monts ajoutés de la main de l'homme à l'ouvrage de la nature, et des arcs de triomphe chargés d'abondantes dépouilles ; mais l'éclat des métaux éblouit les regards et l'or partout répandu les affaiblit et les fatigue 4. »

Or de la plupart de ces monuments il n'est rien resté. A peine peut-on fixer l'emplacement des temples capitolins ; il ne subsiste rien du cirque Maxime qui était immense ; on disait qu'il pouvait contenir quatre cent mille spectateurs assis sur des bancs de pierre ou de marbre ; à supposer que ce chiffre soit exagéré de moitié, il faudrait encore

i. Gregorovius, trad. ital., 1900, vol. II, p. 349. Les itinéraires monuments dont on ne peut que malaisément se faite une idée,

que devaient suivre les processions et les cortèges étant indiqués Auguste se vante dans son testament d'avoir construit seize

par les monuments devant lequels on passait, sont une source pré- temples, une curie, la basilique Julia, un forum, le théâtre de

cieuse de renseignements sur ceux qui existaient encore à cette Marcellus, une naumachie et deux portiques. Ses successeurs

époque. Voir Mus. Italie, Paris, 1727, vol. II, p. 118. Ordo embellirent Rome à l'envi et, sans construire autant d'édifices, en

Romanus XI Benedicli Bcaii Pclri Canonici. Broughton, Italy, accrurent cependant sensiblement le nombre,

vol. I, p. 396, a relevé les noms de ces monuments. Cf. Uruchs, 3. Lanciani, Sulle Vicenie edilizie di Romz, Rome, 1878,

Code» Urbis Romœ. p. 31.

2. Les régionnaires du iv siècle montrent une abondance de 4. Trad. Nisard, Paris, 1837, p. 662.

admettre que les degrés avaient un développement de 10 kilomètres au moins. De même, le stade qui occupait remplacement de la place Navona actuelle et lui a donné sa forme a disparu sans laisser de traces ; il contenait trente mille spectateurs ; de même le cirque Flaminius qui contenait, dit-on, cent cinquante mille places, le théâtre de Balbo qui en contenait onze mille, l'Odéon du Monte Giordano,... de même l'admirable ensemble de monuments construits par Pompée et qui comprenait un théâtre de quarante mille places, la Curie où César fut assassiné, le Portique et ses deux jardins qu'a célébrés Martial \ le cirque qu'a chanté Catulle 2. Près du Panthéon dit d' Agrippa, sur les bords de la pièce d'eau où Néron et Tigellinus festoyaient dans des barques somptueusement décorées, se dressait un portique auquel on avait donné le nom de Eventus Bonus ; il mesurait ioo mètres de long, ses colonnes avaient 15 mètres de haut et leurs chapiteaux 4 mètres de côté. On n'en a trouvé que de rares fragments.

Des cent quarante ou cent cinquante temples de la Rome impériale combien ont entièrement disparu ? De ceux qui subsistent, il ne reste, à bien peu d'exceptions près, que d'insignifiants débris. Il en est de même pour les cirques de Flaminius, de Néron, d'Hadrien, de Maxence, dont il demeurait encore des ruines imposantes au xvie siècle. Des thermes dont on connaît une quinzaine, on ne voit plus guère de traces que dans ceux de Dioclétien et de Caracalla ; seuls les soubassements des thermes de Titus et de Trajan ont été conservés. Mais les thermes de Commode, de Vespasien, de Maxime, de Varus (Elogabal), de Septime-Sévère, de Sura, les thermes étrusques, ont complètement disparu. De ceux d' Agrippa, de Néron, de Décius, de Philippe, d'Olimpiades ou de Novato et de Constantin, dont Du Pérac et Giovannoli ont donné des représentations au XVIe siècle et dont Palladio a tracé le plan, il n'existe plus rien actuellement, ou presque rien.

Puisque les barbares et Robert Guiscard lui-même, le dernier des envahisseurs de Rome, n'ont eu qu'une part relativement limitée dans la disparition de ces admirables monuments, comment, à quelle époque et pourquoi ont-ils été anéantis et que sont devenus ces formidables entassements de matériaux?

L'histoire de leur déchéance, qu'il est possible de suivre de si près, n'est-elle pas aussi celle de la plupart des édifices que les Romains édifièrent partout où ils ont passé, et ne doit-on pas, en conséquence, tirer de cette étude des conséquences générales ?

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