‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 14 sur 83 · Fontana, p. 9. F. augusti · texte numérisé non relu

Fontana, p. 9. F. augusti

2. L'ouvrage de Hermann Egger, Rômische Veduten, Leipzig, sacrum.

1913, fournit une abondante et très curieuse série de reproductions 4. Cracas, 15 juill.1894, an 1 1, n. 25, p. 385 et n. 192, avril i8gi,p. 45.

de gravures représentant l'obélisque avant et après la translation. 5.» Ubi splendide cinis ejus in suo sarcofago id est aureo malo

3. divi caesari divi juLii requiescit. » Page 15, ligne 3. « E una pall' in cima e César dentro»,

p. augusto dit Prospectivo Milanese, cité par P. Adinolfi, Rotna...,

tib. caesari divi augusti vol. II, p. 371. Cf. Urlichs, Codex Urbis, p. 105, 110, 11S.

de hauteur. Une croix que l'on découvrit, grossièrement marquée sur la sphère, intrigua beaucoup, mais on finit par reconnaître que ce n'était qu'un point de repère; toutefois, beaucoup y virent un présage du sort qui était réservé à l'obélisque l.

L'étoile qui la surmontait rappelait, disait-on, la comète qui apparut au ciel au moment de la mort de César et qui était son âme montant vers l'empyrée 2.

Le mercredi 30 avril commença l'opération. Fontana ne l'abordait pas sans appréhension ; il savait que, si le pape l'avait choisi et encouragé, il ne se ferait pas faute de lui faire payer cher un échec ; aussi a-t-on raconté qu'à toute aventure des chevaux attendaient tout sellés à la porte Angelica.

Fontana et ses auxiliaires se préparèrent pieusement à la tâche qu'ils allaient accomplir, ils entendirent la messe, puis se confessèrent et communièrent ; le pape donna sa bénédiction à l'opération. Neuf cents hommes et soixante-cinq chevaux devaient faire mouvoir les cabestans ; au centre de la manœuvre se tenait le chef des charretiers avec vingt gros chevaux de renfort et vingt hommes ; dix surveillants généraux avaient la direction des opérations ; vingt estafettes étaient chargées de transmettre les ordres ; à proximité se tenait un corps d'ouvriers de réserve avec des cordes, des poulies, des cabestans, des ustensiles de toute espèce ; eux seuls pouvaient porter secours aux ouvriers dans l'embarras, car il était fait défense expresse à tous de quitter leur poste. Fontana s'était posté avec son état-major sur une estrade, afin de dominer la manœuvre et d'en suivre le détail.

Une foule innombrable, que contenaient des barrières, était accourue ; les rues « ondoyaient de monde », dit Fontana dans son rapport ; les toits étaient surchargés de curieux, ainsi que les échafaudages qui entouraient la basilique encore en construction. Afin que les ouvriers ne fussent pas dérangés, il avait été interdit, sous peine de mort, de parler et même de tousser ou de cracher pendant l'opération. Le barigel et ses hommes se tenaient prêts à exécuter sur l'heure les contrevenants. Dans des tribunes spéciales avaient pris place cardinaux, prélats, grands seigneurs et magistrats.

Avant de commencer, Fontana invita tous ses hommes à faire une courte oraison et à réciter un Pater et un Ave, puis la trompette sonna. « Ce fut, dit-il, comme un bruit de tonnerre » ; le château trembla, les ais crièrent, les treuils grincèrent, mais rien ne se rompit si ce n'est un des cercles de fer qui entouraient le monolithe ; il fallut, du reste, les remplacer tous successivement par des cordes, le poids qu'ils avaient à supporter les avait tordus.

Ce qui était surtout à redouter, c'était que les cordes ne se tendissent pas également ; Fontana pensait avoir inventé un procédé pour éviter ce péril, et l'on s'arrêtait en outre souvent pour vérifier la tension des câbles et le travail des treuils ; mais les Romains

1. Cette sphère fut entreposée dans le palais du Belvédère, puis dans le palais des conservateurs, dans la salle des bronzes,

cédée par le pape au Musée du Capitole.il est probable que c'est Pigafetti, Historia délia Aguglia..., Rome, 1586. Nibbv, Roma

elle qui a été placée sur une des colonnes milliaires qui décorent le moderna, vol. II, p. 608 II Cracas, Notizie e Curiositd romane,

parapet de la place capitoline et qui furent érigées en ce lieu pré- avril-juillet i8or, n. 192 et suivants, et II Cracas, Roma anedot-

cisément vers cette époque (1584) ; plus tard on la replaça au tica, 1894, fasc. IV, 18-23.

musée ; ainsi ce serait la boule de cuivre qu'où voit actuellement 2. Urlichs, p. 159. Anouimus Magliabecchianus.

doutaient qu'on parvînt à faire concorder exactement les efforts de tant d'hommes et de tant de machines. Et quelle catastrophe c'eût été si l'énorme masse était retombée au milieu d'une telle foule d'ouvriers ! Or il advint précisément qu'à un moment donné, certains câbles restant lâches, les autres se trouvèrent surchargés, on put craindre qu'ils se rompissent; c'est alors qu'au dire de certains auteurs un des assistants poussa, au péril de sa vie, le cri fameux : « De l'eau aux cordes ! » Les câbles mouillés se raidirent en effet, et l'opération continua sans autre incident 1. Celui qui avait eu cette hardiesse était un habitant de San Remo, de la famille Bresca ; le pape le fit venir et lui remit une somme d'argent en lui demandant s'il ne souhaitait pas d'autre faveur ; Bresca répondit en sollicitant pour ses compatriotes le privilège de fournir Rome de palmes le dimanche des Rameaux 2. A vrai dire, il n'y a guère que la Rivière du Ponent qui en produise en Italie.

Enfin l'obélisque fut soulevé et redressé ; on avait, en effet, constaté qu'il penchait du côté de la basilique de cinquante centimètres ; à mesure qu'il était hissé, trente charpentiers enfonçaient au-dessous des coins pour décharger les câbles ; par précaution, pour qu'ils ne fussent pas blessés par des morceaux de charpente, Fontana leur avait donné des casques. Quand l'obélisque se trouva soulevé de soixante centimètres, la manœuvre fut suspendue et l'on considéra que la première phase de l'opération avait pleinement réussi. Le public fit éclater une joie débordante, tandis que les canons tonnaient et que les cloches sonnaient à toute volée.

Cependant le plus difficile était à faire ; il restait à coucher l'obélisque, à le faire glisser sur une longueur de près de 250 mètres pour atteindre son nouvel emplacement, et à le redresser. Au bout de huit jours, le 7 mai (1586), les opérations reprirent ; grâce à une ingénieuse combinaison de câbles, Fontana arriva à ce résultat que les cordes qui soutinrent l'obélisque pendant qu'il s'inclinait de plus en plus demeurèrent constamment perpendiculaires ; au bout de quelques heures, il gisait sur le berceau qui avait été préparé ; ce berceau était placé sur un remblai de terre soutenu par une palissade de bois renforcée d'arcs-boutants3. On fit glisser de quelques mètres l'obélisque afin de pouvoir démolir le « château» qu'on reconstruisit aussitôt sur la place Saint- Pierre et, en même temps, on se mit à dégager le piédestal ; il était profondément enseveli et, comme le montrent les gravures, on n'en voyait plus que la partie haute ; dans certaines représentations, l'obélisque semble même reposer directement sur le sol 4. On remarqua que les deux parties qui formaient ce piédestal étaient d'un travail différent ; la partie inférieure paraissait plus soignée que la partie supérieure, laquelle débordait d'ailleurs l'autre, ce qui conduisit Fontana à supposer qu'elle avait été prise dans un autre monument et placée là avec quelque hâte. Au surplus force lui fut, à lui aussi, d'employer tel quel ce piédestal, car il ne put trouver dans toute la ville de blocs suffisamment grands et suffisamment résistants pour remplacer les anciens.

1. F. Cancellieri, Descrizione délie Funzioni délia Settimana 4. Par exemple dans la représentation de Demontiosus (Louis Santa, Rome, 1818, p. 195. Moroni, Diz., vol. I, p. 194, vol. 35, de Montjosieu) Gallus, Romœ hospes, Rome, 1585, p. 10, faite p. 185 et vol. 48, p. 194. l'année qui précéda la translation, et dans celles de Hecmskerck.

2. Ce privilège s'est perpétué jusqu'à nos jours. Cf. Egger, Romische Veduien, vol. I, Leipzig et Vienne, 1913.

3. Voir pi. 12 et 13. Cf. Cracas, 1894, fasc. IV, 18-23, p. 390.

Monuments de Rome

Au-dessous des deux premières assises, fut mis au jour un lit de traversin ; on ne put aller plus bas à cause des infiltrations d'eau.

Les grandes chaleurs passées et le nouvel échafaudage établi sur la place de Saint- Pierre, l'obélisque, qu'on avait amené graduellement à pied d' œuvre, fut placé de façon à pouvoir être redressé et, le 12 septembre, la troisième phase de l'opération commença. Fontana et ses auxiliaires entendirent deux messes et gagnèrent leurs postes de commandement ; le nombre des chevaux avait été porté à cent quarante, celui des hommes réduit à huit cents. On travailla toute la matinée ; vers midi Fontana fit suspendre la manœuvre, qui ne fut reprise qu'après que les ouvriers eurent mangé ; à ce moment l'ambassadeur de France, qui venait d'arriver à Rome et allait saluer le Saint- Père, vint à passer par hasard, dit Fontana, et il s'arrêta, pris de curiosité, pour assister à deux «temps» de l'opération. En réalité, le marquis de Pisani ou Pisany avait été convié à ce spectacle. Quelques jours auparavant, Sixte V, en tenant chapelle à Santa Maria del Popolo, avait aperçu le marquis qui s'y trouvait incognito1; il voulut que le duc de Luxembourg qui l'accompagnait, et lui, assistassent à ce triomphe de son ingénieur, dont la gloire rejaillissait sur lui, et il fut convenu que, contrairement à l'usage, les deux ambassadeurs feraient leur entrée par la porte Angelica, afin de se trouver présents « au lèvement de l'aiguille 2». Pisani y rencontra une foule énorme qui était accourue de toutes parts comme la première fois, « si bien, dit-il, que par la multitude du peuple qui avait voulu voir mettre debout cette grande et admirable machine et de celui qui avait voulu accompagner notre entrée, je crois qu'il n'y eut personne qui ne sortît ce jour-là ». Ceux qui avaient élevé des estrades firent de merveilleux bénéfices.

Au coucher du soleil, après cinquante-deux temps, l'obélisque était dressé ; le canon tonna, les trompettes sonnèrent, des actions de grâces furent dites. Il fallut sept jours pour débarrasser l'obélisque du revêtement dont on l'avait entouré ; après quoi on songea à en opérer la purification, car cet obélisque était une œuvre profane, élevée à la gloire des faux dieux et commémorant la mémoire de rois et d'empereurs païens, et il allait devenir un monument chrétien dont la vue devait inspirer aux fidèles qui se rendaient à Saint-Pierre de hautes et pieuses pensées et rappeler la puissance de l'Église.

Le matin, l'évêque Ferratini dit une messe, revêtit un pluvial rouge et, précédé de la croix du Chapitre de Saint-Pierre, de cierges et du clergé en grand costume, il s'avança sur le remblai de terre jusqu'à l'autel établi au pied de l'obélisque; quand on eut chanté plusieurs psaumes et une antienne, la croix fut bénite et embrassée par tous les officiants. Puis l'évêque exorcisa et bénit l'obélisque, l'arrosant d'eau bénite ; il en fit trois fois le tour, allant deux fois à droite et une fois à gauche ; avec un couteau il traça une croix sur chaque face en prononçant les paroles consacrées ; tandis que la croix était hissée, on chantait l'hymne Vexilla Régis jusqu'au verset 0 Crux Ave. Au moment où elle fut au sommet de l'obélisque, tout le monde se mit à genoux et les trompettes sonnèrent.

1. Baron de Hubner, Sixte V, vol. II, p. 131. Lettre du 8 septembre 1586. Fol. 238: Lettre du 9 septembre.

2. Lettres de Pisani à divers. Bibl. Nat., Ms. fr. 16.045, toi. 235: Fol. 240 v. : Lettre du 17 septembre,

1 'évêque encensa la croix, chanta un Te Deum, et le diacre publia une indulgence de quinze années. Finalement la procession retourna à Saint-Pierre pendant qu'arquebuses, mortiers et canons saluaient la croix l. Au-dessous de la croix, Sixte V avait fait placer un ornement rappelant certaines pièces de ses armes : trois coupeaux surmontés d'une

étoile.

L'idée que cette translation était un triomphe de la Croix se rencontre dans toutes les relations qu'on en fit — et elles sont nombreuses, — de même que dans les poèmes composés à cette occasion, dans les relations d'ambassadeurs, dans les correspondances privées 2. Durant longtemps le monde fut occupé de cet événement. Les étrangers qui arrivaient à Rome couraient voir l'obélisque 3. A vrai dire, une telle opération était pour l'époque une merveille.

On se demande parfois, en voyant les hautes colonnes, les blocs énormes qui ont été déplacés à Rome, comment on put réaliser ces travaux en un temps où la mécanique était si peu avancée; or la translation de l'obélisque, qui fut la plus hardie et la plus difficile de ces manœuvres, nous permet d'en connaître admirablement la technique et d'en pénétrer le mystère, puisqu'elle a été décrite et représentée jusque dans ses moindres détails.

Fontana fut récompensé comme il convenait ; le pape le nomma noble romain et chevalier doré, le gratifia d'une chaîne d'or, de dix prébendes rendant 400 écus et d'une rente de 2 000 écus 4 ; il lui fit don, en outre, de tout le matériel qui avait servi au transport et dont la valeur dépassait 100 000 francs. De son côté, le Conseil communal, pour reconnaître « son grand talent à transporter des pyramides », lui décerna une médaille d'or qui devait lui être remise en séance publique (17 novembre 1586)5.

L'opération avait coûté 37 000 écus, plus 10 812 écus en achat de métal 6.

Il y a deux remarques à faire au sujet de cet obélisque. La première, c'est qu'il ne se trouve pas au milieu de la façade de Saint-Pierre ; lorsqu'on se place derrière, sur une ligne perpendiculaire à la façade, on observe qu'il se projette à droite du centre. Cela tient à ce que Maderno étendit la façade nouvelle sur la gauche pour lui donner toute

1. Descrittione délia Processione fatta per purgare et benedire la C'est pourquoi, si maintenant tu abandonnes cette cendre triste guglia e per consecrarvi sopra la Croce. D'après quelques auteurs, [et froide, on aurait plus tard placé dans la croix un morceau de la vraie Tu prends joyeux la Croix bien plus digne et plus noble fardeau. Croix prélevé sur la relique qui existait à Saint- Pierre. Une indul- Le grand Père (le pape) a voulu que tu descendisses à terre ; gence de dix et quarante années fut accordée à ceux qui vénère- De même il a montré le Ciel et c'est un symbole saint laieatiemoaument.BotiAnm, Numis.TempliValicani,Rome,i6g6. Que ce remplacement de celui qui a asservi le monde par celui

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