‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 13 sur 83 · FONTANA PRÉSENTANT DES PLANS A SIXTE V · texte numérisé non relu

FONTANA PRÉSENTANT DES PLANS A SIXTE V

fresque de la bibliothèque du Vatican (Salle Sixtine). (Phot. Sansaini.)

Monuments de Rome.

PI. io, page 40.

quatre statues colossales représentant les quatre évangélistes; un Christ en bronze en aurait orné le sommet. Par bonheur il ne persévéra pas dans ce dessein, dont la réalisai ion, avec les faibles moyens dont il disposait, aurait amené l'anéantissement du superbe monolithe. Paul II voulut reprendre ce projet, mais il mourut la nuit même du jour où il avait convoqué à cet effet son architecte; Paul III consulta à ce sujet Michel-Ange et Sangallo qui déclarèrent l'opération impraticable ; Grégoire XIII fut sollicité successivement par deux architectes qui prétendaient réussir le transport ; il n'eut pas confiance en eux ; l'un, Camillo Agrippa, construisit un petit modèle en bois représentant l'appareil qu'il avait imaginé et il en expliqua et en fit jouer le mécanisme devant le pape et le protonotaire apostolique Mercati qui s'occupait de mécanique l. Mais le pape était persuadé qu'on devait fatalement échouer, à cause du poids énorme de l'obélisque, en sorte qu'il ne donna pas suite à une idée qui pourtant lui souriait et que Mercati lui représentait comme possible.

De fait, cet obélisque est parmi les plus grands que l'on connaisse ; il a 25 m. 50 de haut, alors que celui de Paris ne mesure que 22 m. 25, et pèse 326 700 kilogrammes contre 230000 pour le nôtre. Seul des obélisques de Rome, celui du Latran l'emporte sur lui, sa hauteur étant de 32 mètres : c'est le plus haut d'Europe. On disait qu'il avait fallu vingt mille hommes jadis pour le dresser 2.

Sixte V n'était pas homme à reculer où ses prédécesseurs avaient hésité ; quand il était encore cardinal, il avait dit à Fontana, en passant avec lui devant l'obélisque, que si jamais il devenait pape, il ne laisserait pas longtemps ce monolithe à sa place.

Aussi, peu de mois s'étaient-ils écoulés depuis son élévation au trône pontifical, quand il réunit une commission composée de quatre cardinaux, de quatre prélats, du sénateur et de quelques ingénieurs, à laquelle il confia le soin d'examiner les projets qui lui seraient envoyés3. Un concours fut ouvert ; plus de cinq cents candidats se présentèrent, dont un certain nombre étaient venus des pays étrangers. Fontana était parmi les concurrents, et l'amitié que le pape lui portait comme aussi sans doute la supériorité de son projet lui firent donner la préférence. Toutefois, redoutant son inexpérience, la commission proposa de confier les travaux à deux architectes qui avaient fait leurs preuves, Giacomo délia Porta et Bartolommeo Ammanati de Florence ; mais Fontana se récria, revendiqua l'honneur de conduire une entreprise dont il avait conçu le plan ; finalement le pape lui donna gain de cause; Ammanati en mourut, dit-on, de chagrin 4. Les Romains trouvèrent que le pape avait bien de la hardiesse et l'on augura mal de l'entreprise 5.

1. Michèle Mercati, Degli Obelischi di Roma..., Rome, 158g, p. 107). Cf. Strabon, lib. XVII. Plus tard, quand on voulut établir p. 341 et suiv. une digue à Ostie, on chargea le bateau de pierres et on le coula.

2. Ammien Marcellin rapporte que, pour amener à Rome cet 3. Baron de Hubner, Sixte-Quint, Paris, 1870, vol. II, p. 128. énorme obélisque, on dut construire à Alexandrie un bateau plus 4. Fontana, Délia Trasportatione delV Obelisco Valicano, Rome, grand qu'aucun de ceux qu'on avait vus précédemment et y mettre 1590, et Cracas, Nolizie e Curiosità Romane, avril-juillet 1892, trois cents rameurs ; le bateau remonta le Tibre jusqu'à la hauteur n. 239, p. 98. Angelo Mazzoni, Sixto Quinto e VInnalsamento derendroitoùs'élèveactuellementl'égliseSan Paolo ; de là on trans- delV Obelisco Valicano, Rome, 1886.

porta le monolithe sur des camions, par la porte d'Ostie, à l'empla- 5. Rapport de Babbi au grand-duc de Toscane, 28 sep-

cement qu'il devait occuper (Ed. Leipzig, 1773, lib. XVII, cap. iv, tembre 1585, rapporté par Hubner, loc. cit.

Il était essentiel de déterminer exactement, avant toute chose, le poids de l'obélisque. Ce calcul parut alors fort difficile car le monolithe n'avait pas une forme régulière et Fontana tira grand honneur de l'avoir établi. Il imagina de le diviser théoriquement en plusieurs sections géométriques ; premièrement il calcula le volume d'un parallélipipèdc rectangle qui aurait eu pour base la section supérieure de l'obélisque et la même hauteur, puis il calcula la valeur des quatre pyramides quadrangulaires ayant même hauteur et pour base l'excédent sur chaque face de la section inférieure sur la section supérieure ; enfin il évalua approximativement le volume des parties restées en dehors des quatre pyramides et du parallélipipèdc et il y ajouta le volume de la pointe. Après quoi il préleva un cube de granit, le pesa et en déduisit le poids total de la colonne 1.

Ce problème résolu, Fontana se mit à l'œuvre vers le mois d'octobre (1585) 2 ; il fit venir des matériaux de toutes parts ; les forêts de Nettuno lui fournirent des madriers épais ; il fallait quatorze buffles pour traîner chacun d'eux ; il fit fabriquer une armature de fer pesant 40 000 kilogrammes, en sorte que le poids total à soulever fut de 1 043 530 livres ; quarante treuils furent préparés, ainsi que quantité de poulies et de câbles. Chaque treuil avait son numéro, qui correspondait à celui des poulies et des câbles qu'il actionnait. Le 28 avril 1586, tous les appareils étaient prêts à fonctionner ; l'obélisque avait été entouré de paillassons pour le protéger, et autour s'éleva un échafaudage, un «château» de charpente solidement renforcé.

On enleva la sphère qui surmontait alors l'obélisque ; elle intriguait les Romains depuis bien des années ; l'inscription qui se trouvait sur le piédestal de l'obélisque3 avait donné à croire qu'elle contenait les cendres de César et l'on avait émis à ce propos de philosophiques pensées.

Caesar tantus erat quantus et orbis, Sed nnnc in modico clauditur antro 4.

« César était grand comme le monde et maintenant une étroite cavité l'enferme. » On pensait même que le nom de Guglia ou Aguglia donné à l'obélisque venait de Giulia et marquait, non qu'elle ressemblait à une aiguille, mais qu'elle commémorait Jules César.

Cette boule était encore dorée au temps des Mirabilia 5 et même à l'époque où Lucio Mauro et Marliano la virent. Quand elle eut été descendue, on s'aperçut qu'elle portait la trace de plusieurs coups d'arquebuse et l'on pensa que les soldats de Charles- Quint s'étaient amusés à tirer dessus pour essayer leur adresse lors du pillage de la ville en 1527. Des attaches et des pieds de métal la maintenaient sur la pointe de l'obélisque ; une flèche la surmontait ; elle était également en bronze doré et mesurait 3 mètres

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