‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 17 sur 83 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

PONTIFICAT DE SIXTE V (i 585-1 590)

{Suite)

ÉRECTION DE TROIS AUTRES OBÉLISQUES : OBÉLISQUES DE SAINTE-MARIE-MAJEURE, DULATRAN ET DE LA PLACE DU PEUPLE. - RESTAURATION DE LA COLONNE TRAJANE ET DE LA COLONNE ANTONINE. - DESTRUCTION DU SEPTIZONIUM.

E succès de cette première opération poussa le pape à en tenter d'autres du même genre. On savait qu'il existait à Rome quantité d'obélisques renversés et enfouis 1; sur l'ordre de Sixte V, Fontana s'enquit de ceux qui pourraient être redressés. Or, des deux obélisques qui décoraient jadis l'entrée du mausolée d'Auguste, l'un paraissait assez facilement accessible.

Ni Pline dans son énumération générale des obélisques, ni Strabon dans sa description du mausolée, ne mentionnent ces deux obélisques ; ce fut donc plus tard, peut-être au temps de Domitien, c'est-à-dire vers la fin du Ier siècle, que l'entrée du monument, qui était tournée vers le sud, en fut ornée 2. Des fouilles entreprises de ce côté en 1519, avaient fait découvrir celui qui fut signalé à Sixte V ; Fulvio, qui écrivait en 1527, en parle comme d'une trouvaille récente 3 ; il était brisé en trois ; la partie inférieure était encore debout sur un piédestal formé de deux gros blocs de marbre et d'une dalle de travertin ; les deux autres fragments étaient couchés 4.

Sixte V ordonna donc à Fontana de les exhumer, de les réunir et de les superposer; l'opération, bien qu'il s'agît d'un monolithe de moindre dimension que celui du Vatican, puisqu'il ne mesure que 14 mètres, ne laissait pas d'être compliquée ; les travaux furent néanmoins commencés presque aussitôt, avant même que ceux de la place Saint-Pierre fussent complètement achevés. Il fallait, en outre, transformer la place où le pape voulait que l'obélisque fût érigé; or ce n'était pas devant l'église que l'aiguille devait être dressée, mais derrière la tribune, parce que de ce

1. Voir plus loin le chapitre relatif aux obélisques. 3- " Nuperrime ielecium.»

t C'est là qu'on les retrouva près du port de Ripetta, sous le 4- Lanc^ni, Bull. Arch. Cnm., 188», p. i5a. " P»bl» un dess.n

marché au bois. Voir plus loin le chapitre consacré à ce mausolée. de Peruizi représentant l'obélisque en cet état, pi. XVI.

côté se trouvait la chapelle de la Crèche que Sixte V avait commencée étant cardinal et cette place, qui porte aujourd'hui le nom de Piazza dch" Esquilino, était fortement inclinée et coupée de fondrières; Fontana dut l'aplanir et la mettre de niveau ; en même temps il faisait équarrir les fragments de l'obélisque, consolider les angles en y insérant des coins de pierre, boucher les crevasses, et il imaginait un nouveau système de charpente pour amener les fragments perpendiculairement les uns sur les autres 1.

La pointe de l'obélisque manquait ; Fontana dut inventer un dispositif pour placer au sommet, comme on l'avait fait pour l'obélisque du Vatican, les armes du pape et l'étoile a.

Dépenses pour le transport de l'obélisque :

Au chevalier Fontana, frais divers écus i 490

A Lorenzo Bassani tailleur de pierre, y compris la construction du piédestal .... 692

A Antonio Mambrilla, ferron 78

A Budino de Stabia pour le transport de San Rocco à Sainte-Marie-Majeure .... 450 A Giacomo Tranquillo, chaudronnier, pour le cuivre doré de la croix, des coupeaux

et de l'étoile 227

Total 2 937

Le frère du chevalier Fontana, Marsilio, fut chargé de contrôler cette dernière fourniture ; il trouva que le métal pesait en tout 808 livres à savoir :

la croix 280 livres.

les coupeaux 223 —

les ornements 305 —

Soit, à raison de 25 b. la livre écus 201

La dorure fut estimée 25

Total 226

On n'avait pas encore fini de dégager l'obélisque de Saint-Pierre des échafaudages qui l'enveloppaient et la translation de l'obélisque de Sainte-Marie-Majeure était en cours lorsque le pape, se promenant, après l'audience, dans les jardins du Vatican, y rencontra l'architecte Fontana venu pour lui rendre compte de l'état des travaux.

Or le pape voulait ériger d'autres obélisques, mais il ne savait où en trouver ; le protonotaire apostolique Michèle Mercati, qui assistait à l'entretien et l'a raconté, lui signala que sûrement il existait deux obélisques dans le cirque Maxime, l'un amené par l'empereur Auguste, qui ne pouvait être plus petit que celui de Caligula que l'on venait d'élever sur la place Saint-Pierre, l'autre amené par Constantin II, fils de Constantin le Grand, qui, d'après Ammien Marcellin, devait être bien plus haut 3. Mercati faisait observer que ces deux obélisques ne pouvaient manquer de se trouver sur place, puis-

1. Diario de Gian Pietro MaffeidansCANCELLiERi, Mercalo,p. 170. 0. Marucchi, Bull. Arch. Corn., Rome, 1897, p. 224. AbbéP.DEANGELis,BflS»7»V«S. A/.Ma/onsZ)t'SC,Rome,i62i.P1.2o. 3. Mercati, p. 377. Cet obélisque, comme l'indiquent les hiéro-

2. D. Fontana, Délia Trasportazione..., Rome, 1590, p. 67, 71. glyphes latéraux, avait été commandé par Sétoui Ier pour célébrer Michèle Mercati, Degli Obelischi di Roma, Rome, 15S9, p. 372. ses victoires sur les Syriens ; après qu'il fat demeuré trente-cinq ans

qu'on n'avait jamais entendu dire qu'ils eussent été transportés ailleurs. Sixte V approuva ces judicieuses paroles et proposa une récompense à celui qui découvrirait les obélisques. Fontana et peut-être Mercati s'armèrent d'une tige de fer pointue d'un bout, percée d'un trou de l'autre, et se mirent à explorer le cirque surtout vers la partie médiane, où se trouvait jadis la Spina que décoraient les deux obélisques; effectivement, après quelques journées de sondages, le 15 février 1587, ils rencontrèrent l'un des deux monolithes qui était celui de Constantin II; il était enseveli à vingt-quatre pieds sous terre et rompu en trois fragments \ Quelques jours après on rencontra, un peu à l'est, l'obélisque d'Auguste, également en trois morceaux 2. Au temps de Grégoire XIII on en avait découvert le piédestal en fort mauvais état. Le pape donna aussitôt l'ordre de déterrer les deux obélisques ; ce ne fut pas sans peine qu'on y parvint, car l'eau envahissait constamment les fouilles ; sur les cinq cents hommes qu'on employa, trois cents étaient sans cesse occupés à manœuvrer des pompes ; en outre, le sol était spongieux, tant à cause de l'eau qui ruisselait des deux collines voisines3 que du fumier dont depuis des siècles on fumait les jardins établis sur l'emplacement du cirque. Enfin, après beaucoup d'efforts, les deux obélisques furent déposés sur le chemin qui menait du Palatin au cirque; l'opération du transport de l'obélisque de Constantin jusqu'au Latran fut des plus laborieuse ; il mesurait, même après qu'on eut retranché une partie de la base, 32 m. 50 de hauteur4; en outre, il y avait près de 2 kilomètres (1 050 cannes) à franchir par des rues étroites et toujours montantes.

Si le pape fit dresser cet obélisque, non pas devant la façade principale de la basilique, mais en face du baptistère et d'une porte latérale, c'est, paraît-il, parce que les fidèles venant de la ville arrivaient de ce côté et que la loggia de bénédiction se trouvait là5. En outre, quatre voies aboutissaient sur la place où il s'élèverait. On établit un nouveau socle, l'ancien, qui était de granit rose, se trouvant inutilisable ; ce socle fut formé de travertin6; de même que pour l'obélisque de Sainte-Marie-Majeure, Fontana dut établir, en vue de l'érection, un dispositif nouveau ; une difficulté l'arrêta longtemps ; le raccordement des fragments qui étaient brisés de telle façon qu'ils ne s'appliquaient pas exactement les uns sur les autres ; enfin, une nuit, il trouva un procédé de jointoiement qui devait donner tant d'adhérence qu'on aurait pu, dit Mercati, soulever l'obélisque

sur le chantier, lefils de Sétouîl", Ramsès II, le fit ériger devant le demie ; le troisième, y compris la pointe, 39 ; l'obélisque entier

temple d'Ammon-Ra à Thébes. L'Auguste avait désiré l'amener à avait donc 147 palmes de haut, soit 39 mètres environ.

Rome, mais ses ingénieurs n'avaient pas osé se charger du travail. 2. Ces trois fragments mesuraient respectivement 52, 32 et

L'empereur Constantin donna l'ordre de l'y apporter; il mourut 26 palmes, en tout 110 palmes, soit 29 mètres. On verra plus loin,

avant qu'on eût commencé le transport et ce fut son fils qui l'érigea dans le compte des frais d'érection de l'obélisque, qu'un certain

dans le cirque Maxime à côté de l'autre obélisque. Une boule de Matteo di Castello reçut 600 écus en don du pape pour avoir décou-

bronze doré fut placée sur le faîte; frappée de la foudre presque vert ces deux obélisques; le récit de Mercati ne serait donepasexact.

aussitôt, ellf fut remplacée par un foudre avec des éclairs égale- 3. Le ruisseau Marrana (Alnio) traverse la dépression comprise

ment de bronze doré. O. Marucchi, Bull. Arch. Com., 1891, p. 269 entre l'Aventin et le Palatin, où se trouvait le cirque,

et suiv. M. Mercati, Degli Obelischi di Roma, Rome, 1589, 4. D'après Fontana, il pesait 1 322 938 livres. Mercati donne le

cap. xlii. Lanciani, St. degli Scavi, Rome, 1913, vol. IV, p. 144. chiffre de 1 301 094 livres.

Bertolotti, Artisti Lombardi a Roma, Milan, 1881, vol. I, p. 75. 5. Voir pi. 24.

Voir pi. 46. Médaille représentant un cirque avec un obélisque au 6. Quelques fragments du socle primitif sont conservés au

milieu. Musée Borgiano à Rome (Propaganda Fide, Place d'Espagne.)

1. L'un des fragments mesurait 65 palmes ; le deuxième, 43 et G. Fiorelli, vol. I, p. 348.

entierpar la pointe ! Ce procédé consistait à pratiquer dans les faces opposées des sortes de mortaises en forme de queue d'hirondelle. Le 10 août 1588, fête de saint Laurent, l'obélisque fut consacré avec le même cérémonial que celui de Saint-Pierre.

Dépenses faites pour l'érection de l'obélisque du Latran ' :

Payé au chevalier Fontana pour tout le travail et les ornements écus 18 790

Pour le dégagement de l'obélisque 5 410

Pour les ferrements 216

A Matteo di Castcllo, don de Sa Sainteté pour avoir découvert l'obélisque dans

le cirque 300

Total 24 716

La Chambre Apostolique fournit le métal des ornements qui pesaient 2 858 livres ; le fondeur fut Gio Batta Laurenziani.

Détail du compte de Fontana. Payé :

A Lodovico Duca qui coula les quatre lions qui supportent l'obélisque, écus 35

et, pour les trente disques de métal placés sous le monolithe 15

A Tranquillo pour les ornements de cuivre, à savoir la croix pesant 213 livres,

les étoiles pesant 73 livres, les Monts, les coupeaux pesant 204 livres. . . . 164

Pour la dorure de la croix 80

Le travertin du piédestal 1 370

Transport de quatre colonnes de granit du Septizonium pour placer aux coins

de l'obélisque 20

Pour la gravure des 715 lettres des inscriptions 57

Pour avoir transporté l'obélisque, la pointe en avant, puis, la pointe en arrière

depuis la vigne de Lorenzo de Ricchi 350

Pour avoir dressé le premier fragment à l'aide de 120 chevaux à 8 giuli par

cheval et 620 hommes à 25 b 251

Pour avoir amené ce fragment à pied d'œuvre avec 40 chevaux et 120 hommes . 130

Pour l'alimentation des ouvriers le jour de l'érection du premier fragment ... 56

Pour avoir amené le deuxième fragment avec 40 chevaux et 100 hommes. . . 57

Pour avoir dressé ce deuxième fragment avec 120 chevaux et 600 hommes . . . 246 Pour avoir placé ce fragment sur l'autre en deux journées de travail avec

60 chevaux et 110 hommes 152

Pour leur nourriture 40

Pour le troisième fragment avec 40 chevaux et 120 hommes 54

Pour l'avoir posé sur le deuxième avec 75 chevaux et 225 hommes 225

Pour trois journées de travail de 30 chevaux et 110 hommes 154

Alimentation 30

Pour les treuils, ferrures, etc 1 057

Pour six crics nouveaux 18

Transport des cordages, etc... de Saint-Pierre à Saint-Jean, etc 750

Le total de toutes les dépenses s'élevait à 19 781 écus. Fontana affirme que le compte est juste et qu'il en a vérifié le détail. Néanmoins le pape le ramena au total de 18 790 écus.

Les travaux de déblaiement du cirque Maxime et d'exhumation de l'obélisque s'élevèrent à 5 451,48 écus, que Sixte V ramena à la somme de 5 410

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