‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 23 sur 83 · CONDITIONS IMPOSÉES. - EXPORTATIONS D'ANTIQUITÉS · texte numérisé non relu

CONDITIONS IMPOSÉES. - EXPORTATIONS D'ANTIQUITÉS

f ongtemps deux tendances se manifestèrent à Rome à l'endroit des anciens monu- I / ments. Ceux qui avaient de vastes plans à réaliser, des palais, des églises, des édifices à bâtir, étaient forcément amenés à envisager avec quelque détachement la démolition des ruines qui les gênaient ou dont les matériaux pouvaient leur être utiles, encore qu'ils fussent au demeurant très attachés à la grandeur passée de Rome. Au contraire, le peuple et ses représentants, que de semblables préoccupations ne détournaient pas de leur culte de l'antiquité, avaient fort à cœur d'en préserver les dernières

reliques.

Durant plus de cinq siècles, l'histoire du peuple de Rome fut dominée par le souvenir orgueilleux qu'il avait de son passé. C'est en faisant appel à ce sentiment que Crescentius, Arnaldo de Brescia, Cola di Rienzo, le chevalier Porcari réussirent à armer les Romains contre leurs gouvernants. C'est parce qu'ils se flattaient de faire un moment revivre les jours d'autrefois que leur joie fut si grande quand Pétrarque vint recevoir la couronne poétique au Capitole. Tout ce qui leur rappelait la puissance de Rome leur était cher.

D'ailleurs écrivains et politiques répétaient à l'envi aux Romains qu'ils étaient les héritiers des maîtres du monde ; depuis Pétrarque, Boccace et Pogge, il n'était pas de thème plus fréquemment ni plus éloquemment développé.

Aussi de bonne heure ses magistrats s'appliquèrent-ils à sauver ce qui restait de ce passé glorieux. Les Statuts municipaux de 1363, les plus anciens dont on ait conservé

6a MONUMENTS DE ROME.

le texte, contiennent un article: «De antiquis ccdificiis non diruendis 1» que les huit Magistri cedificiorum furent chargés de faire observer. Les statuts de 1469 le renouvelèrent -. Il semble d'ailleurs certain qu'avant la rédaction des Statuts de 1363 il existait une réglementation destinée à protéger les ruines ; en 1231 il fut procédé par les magistrats communaux contre le sénateur Annibale degli Annibaldi et contre un représentant du Saint-Siège coupables tous deux d'avoir employé des ouvriers à démolir des ruines et des édifices religieux 3.

Ce n'est pas à dire que les rôles ne fussent assez souvent intervertis, carleSaint-Siège se montrait à l'occasion fort soucieux de maintenir dans leur intégrité les anciens monuments, et la municipalité se laissait au contraire entraîner à violer elle-même les règles qu'elle avait édictées. Dans une bulle datée du mois de mai 1462, le pape Pie II, « dans la vue de conserver à Rome sa splendeur et d'empêcher la disparition des témoins admirables de sa grandeur passée», invita les trois conservateurs et les caporioni ou chefs dequartier à châtier conformément aux statuts ceux qui porteraient atteinte aux ruines, à emprisonner les ouvriers, à saisir leurs outils, à confisquer les bêtes de somme4.

Eugène IV auparavant et Pie IV plus tard promulguèrent des ordonnances défendant la destruction des anciens monuments 5.

Ce qui est tout à fait surprenant, c'est que les tailleuis de pierre s'interdirent, dans leur règlement corporatif de 1404, « de rompre le marbre pour en faire de la chaux», à peine de 5 livres d'amende (art. 28), et de détruire ou d'enlever aucune «pierre» existant à Rome ou aux environs (art. 25). Ces dispositions se retrouvent dans la nouvelle rédaction des statuts rédigée en 1598.

Le peuple romain se montrait fort jaloux de ses droits. Certains moines de Santa Maria Nuova ayant, sous le pontificat d'Eugène IV, entouré d'une muraille les ruines du Colisée, les Romains, à la mort du pape, jetèrent bas ce mur et revendiquèrent le Colisée comme leur bien malgré tous les parchemins que les moines purent montrer 6.

Lorsque, dans les premières années du xvie siècle, les magistrats municipaux se furent constitués en Conseil communal, l'un des premiers usages qu'ils firent de leur autorité fut de s'occuper de la protection des ruines et des richesses architecturales de Rome. Comme le cardinal Francesco Armellini avait, en sa qualité de trésorier pontifical, donné l'autorisation à une sorte de bande noire de fouiller les cryptes, les «monticules » et «tout autre lieu» afin d'y rechercher des matières précieuses, des gemmes, des objets

1. Liv. II, art. 191. Ed. Z. Re, p. 188. « Ne ruynis civitas defor- totem Urbis, aliosque excommunicationem promulgenl, si de caetero metur et ut ulla antiqua edificia decorcm Urbis publiée représentent, ad effodiendos tnuros ecclesiarum et domorum suarum excavatores slatuimus quod nullus sit ausus aliquod antiquum edificium Urbis mittant.» A. S. V. Reg. 15, foi. 120*.

diruere vel dirui facere intra Urbem ad penam c. librar. provisin. 4. G. B. Fenzonio, Adnotationes in Stat. Urbis, Rome, 1636,

cujus pêne medietas sit Camere et alia tnedietas sit accusantis. Et p. 667. PU II Litcrce, quod antiqua adificia Urbis et ejus districtus

Senator ienealur ad hoc inquirere nec dominus Senator vel aliquis non dimantur : « Cum almam urben nostram Romam...* RomaB

alius possit dare licentiam contra predicta et si dederit incidat in apud S. Petrum, 1467, IV Kal. Maij.

pena c. fiorenorum auri, Camere applicandorum, et nihilominus 5. « Deputatio in suprastanlem et conservatorem antiquitatum et

licentia data non valeat. * statuarum pro dno. Mario de Fransipanibus. » En date du 20 dé-

2. Liv. II, art. 239. cembre 1556. Archiv. Seg. Va/., Armad. LII, vol. I, p. 127.

3. L. Auvray, Reg. Greg. IX, Paris 1897, p. 450, Riéti, 23 juillet 6. Flaminio Vacca, Memorie dans Nardini, Roma anlica, 1731. « Recloribus urbis mandat qualenus in Annibaldum, sena- vol. III, p. 30, § 72. Voir le chapitre relatif au Colisée.

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