‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 24 sur 83 · LE CONSEIL COMMUNAL · texte numérisé non relu

LE CONSEIL COMMUNAL

d'art le Conseil communal décida, dans sa séance du 10 mars 1520, d'intervenir pour empêcher cette profanation car, est-il dit dans le texte de la délibération : « s'il est impossible au Peuple romain, à cause de la modicité de ses ressources, de maintenir en bon état les thermes, les arcs de triomphe, les temples, les palais, les théâtres, les amphithéâtres et les latrines qui conservent le souvenir de la gloire de Rome, il incombe toutefois au Conseil d'en empêcher la destruction volontaire». Le sénateur Pietro Squarcialupi obtint, il est vrai, le droit de prendre les pierres qui gisaient autour de l'arc de Septime-Sévère ou qui étaient enfouis à sa base, mais à la condition qu'en les enlevant on ne nuirait pas à la stabilité du monument ; huit surveillants étaient chargés de suivre ces travaux. Au surplus, Squarcialupi devait employer ces pierres à la construction d'une loggia qu'il élevait à ses frais au Capitole (22 septembre 1520). De semblables autorisations étaient d'ailleurs exceptionnelles l. Trois mois après, le Conseil, ayant appris que le cardinal Trivulzio avait envoyé des ouvriers dans le forum de Nerva pour y creuser le sol autour de l'arc de triomphe dit alors de Noé (arc de Nerva) 2, donna ordre d'emprisonner les ouvriers. Le pape les fit mettre en liberté ; sur quoi le Conseil décida que les trois conservateurs, le chancelier et le prieur des Caporioni feraient une démarche auprès de lui pour le supplier « d'empêcher par des peines sévères que ce qui faisait l'ornement de la ville ne fût saccagé par des goths et des vandales»3.

Du même coup le Conseil revendiquait comme appartenant au Peuple romain tous les anciens édifices qui n'étaient pas propriété privée, et même sur ceux-ci il prétendait exercer un droit de surveillance. Il en fut ainsi, par exemple, du mausolée d'Auguste que l'architecte du Conseil alla inspecter, bien qu'il appartînt à la famille Soderini. Dans la séance du 3 mars 1526, le premier des conservateurs déclare que le caporione du quartier Monti a reçu la garde de l'arc de Trajan 4 que les Magistri Viarum avaient entrepris de démolir. Cette décision fut renforcée, le 20 mars suivant, par une résolution portant que, « afin qu'à l'avenir on n'osât plus porter atteinte aux antiquités de la ville», il devait être pourvu au rétablissement de l'arc dans son état primitif et qu'il serait fait une recherche exacte et minutieuse des pierres enlevées, lesquelles seraient replacées à la place qu'elles occupaient 5.

Plus tard, en 1560, le Conseil se plaint que le nombre des antiquités et des objets d'art aille toujours en diminuant parce que, sous divers prétextes, il en était envoyé quantité à l'étranger; en conséquence, le premier des conservateurs fut chargé d'aller, avec quelques-uns de ses collègues, prier le pape d'interdire l'exportation des antiquités à moins d'autorisation particulière, et lui demander qu'en cas de vente de statues, le Conseil eût un droit de préemption6. En 1573, parmi les faveurs que le Conseil se proposait de solliciter du pape nouvellement élu, Grégoire XIII, figure le droit d'interdire la sortie

1. Arch. Stor. Capit., Cred. I, vol. 36, fol. 83. autre arc, peut-être de celui qui est dénommél'arc de Gallien et qui

2. Nibby, Roma antica, part. II, p. 227, 236. est situé dans le quartier Monti, sur l'Esquilin ; il était appelé au

3. Arch. Stor. Capit., Cred. I, vol. 36, fol. 89. xvme siècle et auparavant Arco di S. Vito. Voir pi. 7.

4. L'arc de Trajan, sur le forum de Trajan, n'existait plus alors. 5. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 36, fol. loo-ror. Vacca, Memorie, § 9. Lanciani, vol. I, p. 223. Il s'agit donc d'un 6. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 37, fol. 65.

b4 MONUMENTS DE ROME.

des statues sans la permission expresse du peuple et du Conseil réuni à cet effet x.

Le 17 mai 1585, juste au lendemain de l'élection de Sixte V2, le Conseil, qui n'était pas apparemment sans pressentir ses intentions touchant les ruines romaines, envoya une députation pour le détourner d'y porter atteinte3. Le pape ne s'attaqua pas, en effet, tout de suite à ces ruines, mais fit activer les fouilles que l'on pratiquait à Ostie et à Porto, d'où il tira les premiers matériaux dont il avait besoin.

Le Conseil toutefois autorisa, en 1574, l'entrepreneur qui restaurait le pont Santa Maria à s'approvisionner de pierres au Colisée 4 et, en 1582, il décida que deux colonnes qui gisaient sur la place du Capitole seraient employées à la construction de l'église de la Madonna dei Monti que le pape Grégoire XIII venait de fonder 5.

En cette même année, comme on l'a vu, le Conseil avait permis l'enlèvement du petit obélisque du Capitole. Il fit bien plus en 1590. Entre la Porta Maggiore et la Porta San Lorenzo, près de l'église Sant'Eusebio qui existe encoreet l'église San Giuliano détruite il y a une trentaine d'années, se trouvait un château d'eau où se réunissaient les trois eaux Marcia, Giulia et Claudia (Tepula). On l'appelait au Moyen âge Castello deh" Acqua Marcia ou, plus communément, Trofei de Mario, parce qu'on supposait que les deux panoplies qui ornaient les niches extérieures y avaient été placées en souvenir des triomphes de Marius. Le lieu prit même quelque temps le nom de Ad Cimbrum 6. La nef centrale, plus élevée que les deux autres, était à demi écroulée 7. Or, en 1590, le Conseil fit enlever et transporter au Capitole les deux trophées pour en orner la balustrade de la place qui venait d'être achevée; ils y figurent actuellement à droite et à gauche des groupes de Castor et Pollux 8. Cette spoliation en entraîna d'autres, en sorte qu'il ne resta bientôt plus du monument que quelques pans de mur que le marquis Orazio Savelli demanda l'autorisation d'abattre pour en utiliser les matériaux dans sa villa Palombara qui était voisine, et le Conseil le lui permit 9.

Il est vrai que le souci du Conseil de protéger les vestiges de l'ancienne Rome se manifestait surtout à l'égard de ceux qui restaient intacts. En 1609, les Jésuites, auxquels le pape Grégoire XIII avait récemment cédé l'église Santa Saba, voisine des thermes Antonins (de Caracalla) 10, s'emparèrent de ces ruines immenses, en murèrent les portes

1. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 38, fol. 429. ment ancien et qu'il n'était que temps de les entraver.

2. Élu le 24 avril 1585. 4. Arch. St. Capit., Decreti di Consiglio, Cred. I, vol. 3S, fol. 548.

3. Arch. St. Capit., Cred. I, vol. 28, fol. 36. Séance du 17 mai 1580 : 5. Ibid., vol. 28, fol. 103.

« Ex S. C. una omnium sententia Decretum est quoi Illmi Dni 6. B. Marliani, Vrb. Rom. Topog., Venise, 1588, fol. 910. Cf.

Cons.etPrior adeant S. D. N. illique humiliter supplicent, pro con- A. Donati, Roma, Amsterdam, 1695, p. 260. A l'époque de la

servatione et manutentio publicarum œdificiorum et antiquitatum Renaissance, ou les nommait Le Ochs arntate. Fr. Lenormant,

Urbts conleniam esse Sanct. Suam revocare et annullare omnes licen- Mémoire sur la véritable désignation du monument connu sous le

tias, concessiones et facilitâtes quibusvis personis tribulas effodiendi, nom de Trophées de Marius dans Revue Num, 1849.

et caveas sive fossas faciendi ad perquirendum lapides marmoreos 7. Du Pérac, pi. 27. Dessin de Heemskerck dans Bartoli,

et tyburtinos aliosque cujusvis eeneris existentes, quavis de causa vel Cento Vedute, pi. LXXIII. Cf. Lafreri. Voir pi.

occasione, etiam pro usu jabricœ Capitolinœ Ecclesiœ principis 8. Forcella, vol. I, n. 90.

Apostolorum ei aliarum quarumeumque ecclesiarum, in publias 9. Archiv. Stor. Capit., Cred. I, vol. 30, fol. 90. Séance du 19 sep-

adificiis vel prope ea, quin immo expresse. tembre 1592. Ibid., fol. 52. Séance du 22 septembre, nomination de

« Prohibere et vetare ne quisvaleat quovis sub prelextu in œdificiis deux commissaires. Actuellement les débris de ces ruines se trouvent

publias vel prope ea per cannas 50 cavare vel effodere, pœna adiecta dans le jardin de la place Vittorio Emanuele. Voir aussi le cha-

arbitrio Suce Stis explicanda et declaranda. » pitre relatif aux thermes de Dioclétien.

Le Conseil venait de constater dans son procès-verbal que chaque 10. Grégoire XIII avait établi dans les dépendances de cette

jour les fouilles amenaient la destruction de quelque monu- église le collège allemand et en avait confié la direction aux Jésuites.

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