‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 38 sur 83 · Dion Cassius, liv. XVI, 24. exact · texte numérisé non relu

Dion Cassius, liv. XVI, 24. exact

pas celui que bâtit Agrippa et c'est à tort qu'on l'appelle le Panthéon d' Agrippa ; le nom d'Agrippa, qui figure en lettres récemment dorées au frontispice, n'y aurait été laissé que par déférence et comme souvenir.

Un autre problème se pose. Les travaux ordonnés par Hadrien furent accomplis entre les années 120 et 124 1 ; comment admettre que moins de cent ans après, en 202, on pouvait déjà dire que le Panthéon était «croulant de vieillesse», comme le porte l'inscription que Septime-Sévère et Caracalla y apposèrent pour commémorer une restauration faite par leur ordre 2? Il est difficile de trancher la question. Ce qu'on voit de façon indiscutable, c'est que le portique actuel n'a pas dû faire partie du plan primitif; il ne semble pas avoir été conçu en même temps ; les lignes des deux portions de l'édifice ne se raccordent pas ; il y a lieu de supposer que le portique primitif était décastyle, le portique actuel est octostyle. A l'intérieur, des colonnes furent ajoutées devant les grandes niches, ainsi que des colonnettes.

Quant aux colonnes portant des cariatides dont parle Pline, il est tout à fait impossible, dans l'état actuel du monument, d'imaginer où elles pouvaient se trouver, preuve que l'édifice a été très sensiblement modifié.

On accédait au portique par cinq degrés que l'enfouissement de l'édifice a fait disparaître ; cet enfouissement dut commencer de bonne heure, car on a retrouvé deux pavages antiques superposés, à 2 m. 50 l'un au-dessus de l'autre.

Le dôme était recouvert de lames de bronze doré dont il ne reste plus que ce qui entoure l'ouverture centrale ; on y peut constater le soin avec lequel ces bronzes étaient ciselés d'oves, de feuillages et de fleurons malgré la hauteur où ils se trouvaient et qui rendait invisible le détail de l'ornementation.

Le temple était fermé, comme on a dit, par une porte de bronze massif que Genséric enleva pour la transporter en Afrique en 455, mais le navire qui en était chargé sombra. Elle fut remplacée par une porte de bois garnie d'ornements de bronze. Le seuil de la porte est formé d'une immense dalle de marbre.

Les Frères Arvales se réunissaient au Panthéon avant de se rendre au temple de la Concorde 3.

En l'année 39g, le culte païen fut supprimé par décret de l'empereur Honorius dans le Panthéon, de même que dans tous les autres lieux de culte 4. En 608, le pape Boniface IV obtint de l'empereur byzantin Phocas de le consacrer au culte chrétien. Une fresque placée à droite de la tribune et qui subsista jusqu'à l'époque de Valloni, c'est-àdire jusqu'à la fin du xvie siècle, représentait le pape Boniface IV tenant l'église dans sa main 5.

Cette nouvelle destination n'empêcha pas l'empereur d'Orient Constant II de

i. Lanciani, Ruins and Excavations, p. 478. p. 693. Corp. Insc. Lai., vol. VI, part I, p. 159, n.

2. Imp. Caes. M. Aurelius Antoninus Pius Félix Aug. Trib. 3. Middleton, p. 128.

Potestat. V. Cos. Procos. Pantheum vetustate corruptum 4. Nibby, Roma anlica, vol. II, p. 701.

cum omni cultu restituerunt. A. Nibby, Roma antica, vol. II, 5. Lanciani, Notizit degli Scavi, p. 282.

io8 MONUMENTS DE ROME.

s'emparer en 663 des tuiles de bronze qui recouvraient le dôme 1. Le pape Grégoire III les remplaça, en 735, par des lames de plomb, et ce devint par la suite une des préoccupations du pouvoir pontifical que d'entretenir la toiture du Panthéon. Déjà, vers l'an 800, le pape Léon III y fit entreprendre des réparations.

Il avait été apporté au Panthéon quantité de reliques, des « charretées », disent certains auteurs se méprenant sur le mot de carrettata, lequel signifie, comme on l'a dit, une mesure de capacité (30 centimètres cubes) ; l'église reçut, en conséquence, le nom de Ad Martyres 2, mais le peuple lui donna celui de Rotonda ou Rotonna à cause de sa forme et, en fait, c'est ce nom qui a prévalu. Déjà au XIIe siècle, c'était sous cette dénomination qu'on la connaissait surtout3.

On raconta qu'il y avait été baptisé plus de cent Juifs qui s'étaient laissés convertir en même temps à la suite d'un miracle dont ils avaient été témoins : la guérison d'un aveugle, attribuée à une image de la Vierge que l'on conservait dans le monument.

En 830, Grégoire IV consacra le monument à tous les saints comme il l'avait été à tous les dieux 4.

Des légendes s'étaient formées à son endroit 5 ; une version allemande des Mirabilia y plaça la Salvatio, mais dans la plupart des autres textes, elle est mise dans le Capitole ; et cette version est plus conforme à la légende qui courait alors relativement à l'origine du monument. La Salvatio, racontait-on, ayant prévenu les Romains qu'un danger les menaçait du côté de la Perse, Agrippa, « qui était consul », fut chargé d'aller rétablir l'ordre sur ces confins ; se sentant inégal à cette tâche, il demanda trois jours pour réfléchir; or comme, accablé de fatigue et de préoccupations, il s'était endormi, une femme lui apparut qui lui dit : « Que fais-tu, Agrippa ? tu es dans un grand trouble. Aie bon courage ; promets-moi d'édifier un temple tel que je te le commanderai, et tu seras vainqueur. » Et elle lui montra l'image du monument. « Qui es-tu? » demanda Agrippa. « Je suis Cybèle, la mère des dieux. Fais des libations à Neptune qui est un puissant dieu, il t'aidera, et tu dédieras le temple à lui et à moi; nous serons avec toi.» Agrippa, s'étant levé, révéla au Sénat cette vision ; il alla au-devant des Perses avec cinq légions et beaucoup de navires et les défit. A son retour à Rome, il éleva un temple tel qu'il l'avait vu en rêve, et le nom de Panthéon lui fut donné. Agrippa fit placer tout au sommet une statue dorée de Cybèle ; la coupole fut recouverte d'airain doré 6.

Dans un autre passage des Mirabilia1 , toutefois, il rapporte que sur le sommet du Panthéon, «c'est-à-dire de Santa Maria Rotonda», se trouvait la pomme de pin dorée qui se voit actuellement au Vatican.

En 1270, au mois de juin, un petit campanile avec des cloches fut élevé au milieu

1. Excerpta a Pomponio Leto, dans Studi e Doc. di Storia e Di- de Rome, Rome, 1761, p. 3.

ritlo, Rome, 18S2, vol. III, p. 59. « Ubinunc est EcclesiaS. Maria 3. Duchesne, Liber Pontif., vol. II, p. 388. Forcella, Isc,

Rotundce ibi fuit Panthéon dicatum Jovi Victori : cujus tegmen vol. I, p. 289, n. 1098, année 1270, n. 1099, an. 1326....

fuit e laminis argrnleis. Illas laminas substulit Conslans nepos 4. La Lande, Voyage d'un Français en Italie..., vol. III, p. 641.

Eraclei veniens ad urbem. Antipantheon appellatur prothyrion, 5. A. Graf, Roma nella Memoria del Medio Evo, vol. I, p. 132.

It.nis ante portant templi. M. Agrippa fecit illud.t 6. Mirabilia, éd. Parthey, p. 39.

2. Adivoi.fi, Roma, vol. II, p. 407. Barbault, Les Monuments 7. Ibid., p. 15, ligne 20.

/./•: i'A \ ruf.ox.

LE PANTHÉON AVEC LE CAMPANILE CENTRAL ET LES ÉCHOPPES SOUS LE PÉRISTYLE. Gravure de Giovannoli Alô (1619).

LE PANTHÉON AVEC LES DEUX CAMPANILES. GrœvillS, VOl. IV (17J2

Monuments de ROMEi

PI. 27, page :

LU l'A M IIIOX. t0g

de la façade, Pandolfo délia Suburra étant archiprêtre de l'église l. Le Panthéon appartenait alors au Saint-Siège ; il était au nombre des lieux que le sénateur s'engageait par serment à défendre quand il recevait l'investiture pontificale2. Cependant le Peuple romain en revendiquait, à ce qu'il semble, la propriété ou l'avait pris sous sa protection comme d'autres monuments de la ville, car Pogge raconte que, s'étant écarté de ses compagnons pour se diriger vers le Panthéon, il aperçut tout auprès une petite colonne sur laquelle étaient gravées les armes du Peuple3.

Le Panthéon passait pour un refuge assuré ; on y avait établi des défenses. Au cours d'un tumulte populaire, en 1409, ce fut là qu'on déposa provisoirement la relique la plus vénérée des Romains, la Véronique, avant de la porter au château Saint-Ange 4.

De même qu'à Santa Maria Aracceli, certains magistrats y siégeaient, magistrats ecclésiastiques bien entendu ; le 27 mai 1428, l'auditeur des causes du Palais pontifical y rendit une sentence relative à une maison du quartier Ponte 5.

Le Ier septembre 1405, une terrible tempête de vent et de pluie s'abattit sur Rome, et la couverture du Panthéon fut en partie arrachée 6 ; le 30 novembre 1422, une inondation submergea tout le Champ de Mars ; le Panthéon fut envahi par les eaux jusqu'à la hauteur du maître-autel, à près de 2 mètres7. Martin V venait de rentrer dans Rome; il avait trouvé la ville dans un état lamentable, elle était à refaire 8 ; néanmoins, il voulut qu'avant toute chose on réparât la toiture du Panthéon, et il y fit placer de nouvelles lames de plomb9. Elles tinrent peu apparemment, car vingt ans après, en 1442, le pape Eugène IV dut faire recouvrir de nouveau l'édifice en même temps qu'il débarrassait les abords des échoppes qui s'y trouvaient 10. L'historien Flavio Biondo l'en loua dans sa description de Rome : « Cette église, dit-il, la plus belle de toutes, a des colonnes qui sont plus belles aussi que toutes les autres, mais elles étaient à moitié cachées par des boutiques d'espèces diverses ; maintenant on les voit nettes et propres du haut en bas. En outre, la place entière et la rue qui mène au Champ de Mars ont été pavées u. » Ces travaux mirent au jour plusieurs antiquités dont une grande cuve de porphyre qui, après avoir figuré longtemps sur la place du Panthéon, devant le parvis, servit ensuite de sarcophage au pape Clément XII et se trouve aujourd'hui dans la chapelle Corsini au Latran 12; deux lions en basalte égyptien, découverts en même temps, furent placés de chaque côté de l'urne, comme on le voit dans mainte gravure du xvie siècle ; Sixte V

1. Forcella, Isc. di Roma, Rome, 1869, vol. I, p. 289, n. 1098. 9. Duchesne, Liber Pontificalis, liv. II, p. 544.

2. Mabillon, Mus. Italie, Paris, 1689, vol. II, p. 215. 10. S. Infessura, Diario, p. 42.

3. Pogge, De Varidate Fortunœ, lib. III, p. 86. Cf. LANCiANr, 11. Flavio Biondo, Roma inslauraia, éd. 1543, liv. III, Notizie, p. 284. c. 63, p. 56.

4. F. Cancellieri, Descrizione délia Setlimana Sanla, Rome, 1818, 12. « On voyait aussi sous le Portique, dit de Brosses, le tombeau p. 146. d'Agrippa, d'un seul morceau de porphyre tout uni sur quatre pieds,

5. Coppi, Dissertazione délia Ponlif. Accad. di Archeolog. di avec son couvercle du goût le plus simple, le plus noble, le plus Roma, Rome, 1864, vol. XV, p. 320. élégant qu'il soit possible. Cette pièce n'a pas non plus sa pareille.

6. S. Infessura, DiaMo, éd. Tommasini, p. 13. Notre pape Corsini (Clémeut XII) vient de le faire transporter à

7. S. Infessura, p. 24. Carcani, Il Tevere, Rome, 1875, p. 40. Saint- Jean de Latran pour lui servir de tombeau dans sa chapelL- que Duchesne, Liber Ponlif., vol. II, p. 520. l'on décore àgrands frais.» Lettres familières, éd. 1836, vol. II, p. 61.

8. Duchesne, Liber Ponlif., vol. II, p. 520. Cf. Bartoli, Cento Vedule, pi. 47, et Nieby, Roma antica, II, 703.

no MONUMENTS DE ROME.

les fit transporter sur la fontaine de l'Acqua Felice, près des thermes de Dioclétien 1 ; ils ont été depuis quelque temps déposés dans le musée du Vatican. Rucccllai vit la place ainsi décorée lorsqu'il visita Rome en 1450 : « Sur la place, devant l'église, on a disposé un sépulcre de porphyre sur deux lions 2 et de chaque côté deux vases de porphyre 3. » Milanese en célébra la beauté en vers 4.

A son tour, Nicolas V, après que le jubilé de 1450 eut regarni le trésor du Saint-Siège, fit réparer la toiture du Panthéon 5.

Trois chapelles existaient alors dans l'église, l'une appartenant à la famille Tedallini, l'autre à la famille des Crescenzi, la troisième à celle des Belliuomini. Les deux premières avaient été fondées depuis quelque temps déjà ; elles reçurent des dotations en 14396 ; la dernière servait de sépulture aux Belliuomini en 1465 7.

Pie II fit peu de réparations au Panthéon ; en 1460, il fut dépensé 72 florins en travaux de maçonnerie et 3 florins en réparation de chenaux ; en 1463, 43 ducats en nettoyages 8. Paul II dépensa, entre 1465 et 1470, une somme de 240 florins environ pour une série de travaux de couverture et d'entretien 9.

Le Panthéon était une des curiosités de la ville ; lorsque le roi Ferdinand de Naples vint à Rome en 1475, on le lui fit visiter entre autres choses10. Le Panthéon servait aussi de place forte ; au cours des mouvements tumultueux qui eurent lieu en août 1484, les Crescenzi, qui y avaient une chapelle comme on l'a vu, s'y établirent en armes u.

On n'avait pas maintenu longtemps l'interdiction d'établir des boutiques sous le péristyle du temple et sur la place ; contrairement à l'avis des Maestri di Strada, Innocent VIII confirma le droit aux chanoines de l'église de tirer profit des étaux, et ceux-ci, forts de cette autorisation, louèrent trois « pierres » sur la place, « propres à vendre des herbes et des feuilles», pour neuf années moyennant 11 ducats et une livre de poivre par an 12.

Ce même Innocent VIII, que la conservation dans son intégrité du monument intéressait peu, ce semble, fit enlever quatre des colonnes de porphyre qui ornaient les niches, pour les placer au centre afin de soutenir le baldaquin qui depuis a disparu ; il les remplaça par des colonnes de granit13. Il fit également transporterie maître-autel, qui se trouvait au fond près de la tribune, à l'emplacement qu'il occupa longtemps 14.

En 1520, Raphaël fut enseveli au Panthéon ; sur l'autel qui était au-dessus de sa sépulture on plaça, comme il l'avait désiré, une statue de la Vierge que sculpta Lorenzo

1. Fl. Vacca, Memorie, § 35. A. Nibby, Roma anlica, vol. II, Clément VIII, du cardinal Pietro Aldobrandini et du Peuple rop y0, main, et la date 1601.

2. Il semble, d'après les gravures, que les lions étaient à côté du 6. P. Adinolfi, Roma, vol. II, p. 412 et 415. cénotaphe. 7- Forcella, Isc, vol. I, p. 292.

3. Archiv. Soc. R. di St. Patria, vol. IV, p. 573- 8- Muntz, Les Arts, vol. I, p. 294.

4. Atti Accad. dei Lincei, Ser. II, vol. 3, Rome, 1876, p. 50. 9. Ibid., vol. II, p. 89.

5. E. Muntz, Les Arts..., vol. I, p. 145 et 294; vol. II, p. 89. 10. S. Infessura, p. 79. En T840, quelques-unes des tuiles employées furent retrouvées; II. Ibid., p. 168.

elles portaient le nom du pape et la date 1451 ; elles furent aussitôt 12. Archivio di Stato, Roma, Atti S. Vannucci, Prot. 1825, fol. 412.

déposées à la Bibliothèque du Vatican. Lanciani, Noiizie, p. 285. Archiv. Soc. Rom. Stor. Patria, vol. VIII, p. 586.

Archiv. di Stato, Roma, Arch., Camerlengato, fasc. 2545. D'autres 13. Lanciani, Not. Scavi, p. 285.

tuiles trouvées en même temps portaient la triple marque de 14. Lanciani, Scavi, vol. I, p. 88.

LE PANTHÉON. in

Lotti. Le 9 septembre 1833, sous le pontificat de Grégoire XVI, on entreprit de rechercher ses restes pour trancher une furieuse contestation entre deux académies qui prétendaient l'une et l'autre posséder le crâne de Raphaël. Il fallut cinq jours pour retrouver la dalle funéraire à l'endroit désigné par Vasari dans sa Vie de Raphaël; la maçonnerie portait les traces d'un travail hâtif, et ceci concorde bien avec ce que l'on savait des circonstances de l'enterrement. Raphaël mourut dans la nuit du vendredi saint (1520) ; on le porta au Panthéon le jour suivant, et le travail d'ensevelissement ainsi que le mur masquant la pierre tombale durent être achevés en quelques heures, avant le matin du jour de Pâques. On employa dans cette construction toutes sortes de matériaux, briques, tuf, travertin, fragments de porphyre et de serpentine.

On mit six jours pour dégager la tombe ; dans l'après-midi du 14 septembre, la dernière dalle était déposée, et les assistants convoqués à cette émouvante cérémonie contemplèrent les restes de l'incomparable artiste. Les eaux du Tibre, au cours de ses nombreuses inondations, avaient pénétré dans le tombeau malgré un mur de trois pieds d'épaisseur, en sorte que le cercueil de bois s'était peu à peu détruit et qu'on n'en voyait que des fragments ; le corps avait presque entièrement disparu ; après quelques recherches on retrouva le crâne avec les dents merveilleusement bien conservées, et il devint par conséquent évident que ni l'une ni l'autre des deux académies ne possédait la véritable relique de Raphaël ; les mains avaient été croisées sur la poitrine ; on constata « une grande rudesse du pouce, signe caractéristique des peintres ». La hauteur du corps fut mesurée ; on estima qu'elle avait dû être de 1 m. 664 1. Des lambeaux de broderies, des anneaux et des agrafes furent retrouvés, d'où l'on déduisit que le peintre avait été enseveli dans son costume officiel de cubiculaire pontifical 2.

Après avoir été exposés quelques jours dans une cage de verre, les restes de Raphaël furent replacés où ils avaient été trouvés.

Le buste qui surmonte sa tombe a été sculpté par Naldini aux frais du peintre Carlo Maratta, qui fit également sculpter par Naldini le buste d'Annibale Carracci enterré au Panthéon en 1674 3. A droite de la Madonna del Sasso, près de la tombe de Raphaël, est la tombe de Maria Antonia Bibiena, la nièce du fameux cardinal, qu'on disait avoir été fiancée à Raphaël ; une épitaphe due à Bembo 4, comme celle de Raphaël 5, rappelle ce souvenir.

Au cours du XVIe siècle, plusieurs personnages furent ensevelis au Panthéon, qui commença ainsi à devenir le lieu de sépulture des hommes illustres d'Italie :

En 1547, le peintre Pierino Bonaccorsi del Vaga;

En 1548, Mario Rufini, évêque de Melfi et gouverneur du château Saint-Ange;

En 1554, l'architecte Bartolommeo Baronimo 6 ;

1. Cette précision étonne, étant donné le peu de fragments du 3. R. Venuti, Descrizione di Roma..., Rome, T766, p. 138, squelette qui subsistaient. 4. Forcella, Isc, vol. I, p. 295, n. 1122 (an. incertaine).

2. Lanciani, Ruins..., p. 483, avec une gravure représentant les 5. Forcella, Isc, vol. I, p. 301, n. 1144, an. 1520. ossements de Raphaël tels qu'ils furent retrouvés. 6. Assassiné le 4 septembre 1554.

lia MONUMENTS DE ROM F..

Après 1564, le peintre Jean d'Udine;

En 1566, le peintre Taddeo Zuccari ; son frère Federico, peintre également et sculpteur, sculpta le buste qui surmonte sa tombe1:

Au siècle suivant, Flaminio Vacca, mort en 1600, fut également enterré au Panthéon2, de même qu'Annibal Carrache, mort en 1609, le Poussin, mort à Rome en 1665; au xvmc siècle, Carlo Maratta, mort en 1713, Domenico Bclletti, mort en 1715. Plus tard, on y ensevelit le peintre allemand Mengs, mort en 1779, et son ami, le chevalier Azara, mort en 1804.... Le cardinal Consalvi, le roi Victor-Emmanuel et le roi Umberto Ier y ont aussi leurs sépultures.

Le Panthéon, qui devenait ainsi, à des titres divers, un lieu de plus en plus vénéré des Romains, était aussi l'objet de leurs sollicitudes. En 1524, le Conseil communal vota généreusement 400 ducats pour la réfection du toit ; cette somme se trouva beaucoup trop forte, car la dépense n'atteignit que 100 ducats; le Conseil décida donc, le 29 octobre, d'employer le solde à des travaux entrepris au Capitole et qu'il était d'autant plus urgent d'achever que le jubilé approchait 3.

Clément VII aurait voulu décharger la Chambre apostolique de la part qui lui incombait dans l'entretien du Panthéon; il suggéra au Conseil d'y employer un fonds de secours créé par le pape Léon X, mais le Conseil résista ; il semble qu'on accommoda le différend en ne réparant que la toiture (1525) 4. L'année suivante, le pape fit débarrasser la place du Panthéon et les abords du monument des immondices qui les envahissaient, car, ainsi que pour tant d'autres lieux de la ville, les charretiers en avaient fait un dépotoir (1526) 5.

Paul III fit réparer le dallage du portique 6 ; la dépense, soldée en 1538, s'éleva à 257 ducats 7.

Le Panthéon aurait failli de peu être le lieu d'une juste vengeance nationale, s'il en faut croire un récit contemporain 8. C'était le 8 avril de l'année 1536 ; l'empereur Charles-Quint, dont les soldats avaient saccagé Rome huit ans auparavant, venait de faire une entrée solennelle dans la ville, et le peuple de Rome, versatile s'il en fut, l'avait acclamé. Un jeune seigneur de la famille Crescenzi fut chargé de l'accompagner dans la visite des monuments 9. Or, après avoir admiré l'intérieur du Panthéon, il demanda à en examiner la toiture ; son guide le conduisit donc par l'escalier qui se trouve dans l'épaisseur de la paroi, jusqu'au commencement de la coupole et, de là, tous deux s'aventurèrent sur la toiture, par les degrés vertigineux qui y sont pratiqués jusqu'au bord de l'ouverture circulaire qui sert à éclairer la rotonde 10. Tandis que l'empereur se

1. Forcella, Isc, vol. I, n. 1126, 1128, 1129, H35, 1138, H57- 7- Archiv. di Stalo, Roma, Mani. Camer., I537-I541. fol. 88.

2. Son buste est sculpté par lui-même. Forcella, Isc, vol. I, p. 295, u. 1125 (an. incert.).

3. Lanciani, Scavi, vol. I, p. 206. 8. Cancellieri, Sotenni Posscssi, p. 93.

4. Séance du 13 août 1524, du 5 et du 13 janvier 1525. Archiv. 9. Les Crescenzi avaient des habitations contigués au Panthéon Si. Xot. Capit., Cred. I, vol. 36, fol. 161, 173; vol. 15, fol. 36. et une chapelle à l'intérieur, comme on l'a dit; quelques-uns Il s'agit du fonds des biens des Porzionari. d'entre eux y étaient enterrés. Forcella, Isc, vol. I, p. 294,

5. Archiv. Scg. Val., Div. Camer., vol. 76, fol. 147. n. 1118 ; p. 297, n. 1132.

6. Lanciani, Nolizie, p. 286. Une inscription rappelle le fait : 10. Elle a 9 mètres de diamètre, ce dont on ne se doute guère « Paulus papa m de Farnesis instauravit.» quand on la voit d'en bas.

/ E /' INTHÉON,

le panthéon avec l'obélisque et les maisons adossées. Gravure de Barbault (1761).

le tanthéon. Gravure de Parboni (1825).

Monuments de Roue

ii ;

penchait sur le vide pour regarder l'intérieur, le jeune homme se sentit pris d'un furieux désir de le précipiter en avant afin de venger par sa mort les effroyables malheurs et les ruines immenses qu'il avait causés à sa patrie.

Quand le soir il raconta cela à son père, celui-ci fit simplement cette réflexion : « Ce sont choses que l'on exécute, mais qu'on ne dit pas. »

En 1543, Desiderio Auditorio, chanoine de l'église, y fonda la chapelle San Giuseppe

PLAN DU PANTHÉON l.

et institua la confrérie des Virtuosi du Panthéon qui existe encore et tient séance dans une salle dépendant du monument 2.

Le peuple représenté par son Conseil avait, à cette époque, ce semble, un certain droit tout au moins de désignation dans les nominations des membres du chapitre ; témoin une délibération du 29 novembre 1547 par laquelle un candidat est proposé au Souverain Pontife et une expectative demandée en sa faveur 3.

En 1548, l'année de sa mort, Mario Rufini, le gouverneur du château Saint- Ange, restaura un autel qui appartenait à sa famille 4 ; l'architecte Pierîno de Januarii da Caravaggio légua 50 ducats pour qu'il fût dit trois messes par semaine à son intention dans une chapelle lui appartenant, mais le revenu des propriétés sur lesquelles était assise cette rente ayant diminué, on n'en dit plus dans la suite que deux (1564) 5. En 1588, Ottavio Crescenzi rétablit un autel 6.

1. Extrait de l'ouvrage du comm. Lanciani, Thr Ruins, p. 475-

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