‹ Les monuments de Rome après la chute de l'empire: le Colisée, le Panthéon, le mausolée d'Auguste, basilique de Constantin, théâtres, arènesChapitre 37 sur 83 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ORIGINE DU PANTHÉON. — ÉNIGMES QUE PRÉSENTENT SES PREMIERS TEMPS. — LE PANTHÉON TRANSFORMÉ EN ÉGLISE. — TRAVAUX D'ENTRETIEN. — DÉPENSES CONS- TANTES OCCASIONNÉES PAR LA TOITURE.— ENSEVELISSEMENT DE RAPHAËL.— AUTRES PERSONNAGES CÉLÈBRES ENTERRÉS AU PANTHÉON. — DÉBATS ENTRE LE CONSEIL COMMUNAL ET LE SAINT-SIÈGE SUR LES DÉPENSES D'ENTRETIEN. — RÔLE DE L'OU- VERTURE DU DÔME DANS CERTAINES FÊTES. — CHARLES-QUINT FAILLIT Y ÊTRE PRÉCIPITÉ. — ENLÈVEMENT DES BRONZES DU PORTIQUE PAR BENOÎT XIV. — AUTRES DÉPRÉDATIONS. — LES OFFICIERS FRANÇAIS RÉVOLTÉS CONTRE LEURS GÉNÉRAUX S'ASSEMBLENT AU PANTHÉON EN 1798.

ON a beaucoup discuté et l'on discutera encore beaucoup sur l'origine du Panthéon actuel et sur ses premières destinées *. Il est certain qu'un édifice fut construit en ce lieu sous le règne d'Auguste par son gendre M. Vipsanius Agrippa ; achevé en l'an 27 avant notre ère et peut-être dédié deux ans plus tard, en 25, il fut voué à Vénus 2 et à Mars, ancêtres de la Gens Julia, et d'aucuns disent aussi à Jupiter Ultor et à d'autres dieux 3. De là lui serait venu, par amplification, le nom de Panthéon, à moins qu'il ne faille y voir une allusion à la coupole, dont la forme semi-sphérique rappelait la calotte des cieux. Agrippa avait voulu placer la statue d'Auguste à l'intérieur du temple, mais il se refusa à cet honneur ; sa statue et

1. D'une façon générale: Lanciani, Notizie degli Scavi avec d'une perle qui avait appartenu, disait-on, à Cléopâtre ; lorsqu'elle bibliographie, Rome, i88r, p. 257. Storia degli Scavi, vol. I et II. engagea, avec Pompée, le fameux pari de lui servir un repas de dix Bull'. 1 no délia Corn. Arch. Com., an. XXIX, Rome, 1901, p. 3. millions de sesterces (deux millions de francs), elle fit, comme on Guillaume, Le Panthéon d' Agrippa, dans Revue des Deux Mondes, sait, fondre une perle dans du vinaigre, mais cette perle ne valait 1892. Homo, p. 391. Otto Richter, Topographie der Stadt Rom, que la moitié de la somme ; elle s'apprêtait donc à en fondre une Munich, 1901, p. 233. Henry Middleton, The Remains of Ancient seconde quand un des convives intervint. C'est cette perle sauvée Rome, Londres, 1892, vol. II, p. 126. Samuel Ball Platner, par lui qui fut ensuite portée à Rome et sciée. Pline, Histoire nalu- The Topography... of Ancient Rome, Boston, 1911, p. 351, avec relle,\iv. IX, § 58. Le vinaigre ne dissout pas les perles, bibliographie. G. Erol:, RaccoUa epigrafica, storica, bibliografica 3. Il ne paraît guère admissible qu'au lieu d'avoir été dès l'abord del Panthéon, Narni, 1895. Henry de Geymuller, Documents un temple, le Panthéon ait servi de Caldarium ou de Laconicum inédits sur les Thermes d' Agrippa et le Panthéon, Rome-Lausanne, pour les thermes voisins d' Agrippa ; cependant il y avait peut-être 1883. Neralco, Descrizione del Colosseo e del Panteo, Ancone, 1763. un rapport entre les deux édifices. Voir Middleton, p. 126, qui ne Guattani, Roma..., Rome, 1805, part. II, p. 78. Antoine Des- le pense pas. L'abbé Uggieri décide sans hésitation que « c'était une godetz, Les Edifices antiques de Rome, Paris, 1682, avec nom- piscine, un bain public, une natation froide où les soldats du Champ breuses planches, coupes, élévations, plans. Aussi Andréa Pal- de Mars s'exerçaient à la nage. Dans la suite, ajoute-t-il, pour lui ladi ', / Quattro Libri dell' Architetlura, Venise, 1570, liv. IV. donner plus de noblesse, on y ajouta l'avant-corps carré. »

2. Cette statue portait, comme boucles d'ordlles, les deux moitiés Journées pittoresques des Edifices de Rome, vol. I, Rome, 1800.

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celle d' Agrippa furent donc dressées dans deux niches de chaque côté de l'entrée, dans le pronaos, et seule la statue de César figura à l'intérieur l.

Pline l'Ancien, qui vit le monument au temps de l'empereur Vespasien, vers l'an 70 de notre ère, parle des cariatides, dues au sculpteur Diogènc d'Athènes, qui surmontaient, ce semble 2, les colonnes et que l'on considérait comme des merveilles ; il en était de même des statues qui dominaient le faîte, mais pour celles-ci on les admirait, paraît-il, de confiance, car elles étaient si haut qu'à peine pouvait-on les voir.

Le portique qui précédait la rotonde était orné de lames de bronze doré 3 ; les poutres étaient également de bronze doré, ainsi qu'une porte monumentale. On pense que Virgile y fait allusion quand il dit, au premier chant de YÊncidc 4 : « La Sidonienne Didon élevait là un temple immense, splendide par les offrandes et par la grandeur de la divinité; des degrés d'airain y conduisaient, et les poutres étaient aussi d'airain ; sur des gonds d'airain grinçaient les portes.»

Environ cent ans après, lors de l'incendie qui, sous Titus, en l'an 80, ravagea une grande partie de la ville, le Panthéon fut brûlé, si tant est qu'un édifice comme le Panthéon, bâti presque uniquement en pierres et en briques, puisse être détruit par le feu 5. Domitien, quelque vingt ans plus tard, le restaura, mais il fut frappé de la foudre en no sous Trajan et de nouveau incendié6,

La reconstruction de cet édifice tenta Hadrien, qui aimait les œuvres architecturales et en orna la ville avec tant d'abondance. Reprit-il les murs depuis les fondations, modifia-t-il le plan primitif d' Agrippa, c'est ce dont on discute ; partout où l'on a sondé les murailles depuis le sol jusqu'au sommet, dans les escaliers, dans les niches, dans la voûte du dôme, on a trouvé des briques portant la marque de Trajan. Si donc il n'a pas refait le Panthéon de fond en comble, il en a du moins remanié ou reconstruit en partie toutes les parties. Son nom n'y figure pas pourtant, car ce n'était point sa coutume de le faire inscrire sur les édifices élevés par ses soins ; il ne fit exception que pour le temple de Trajan 7. Ainsi ce monument qu'Ammien Marcellin plaçait au nombre des merveilles de Rome, dont Michel-Ange disait que le dessin en était « angélique et plus qu'humain », qu'Urbain VIII déclarait dans une inscription le plus fameux de toute la terre8 et que nous contemplons aujourd'hui avec émotion, bien que ce que nous en voyons n'en soit plus que la carcasse comme pour les autres monuments de Rome 9, ne serait

1. Dion Cassius, Hist. Rom., 11b. LUI, 27. II existe au Museo 6. Ibid., liv. LIV, I, LXIX, 7. Homo, p. 395. Platner, p. 351. Civico de Venise une statue d' Agrippa, trouvée à Rome et envoyée 7. American Journal of Archœology, 1905, p. 425-449.

à Venise en 1505 par le cardinal Domenico Grimani, qui est peut- 8. < Panthéon aedificium toto terrarum orbe celeber-

être celle-là. rimum...» Forcella, Isc, vol. I, p. 299, n. 1137.

2. Le texte dit: « In columnis lempli». Histoire naturelle, 9. Au point de vue de la structure architecturale, le Panthéon est liv. XXXVI, §4. Il y a, au Vatican, une cariatide de marbre qui est aussi une merveille ; c'est avec une habileté ou plutôt un art peut-être une de celles-ci ou une copie antique. Middleton, extrême que les murs ont été bâtis de façon à répartir convenablep I2g, ment les charges énormes qu'ils avaient à supporter, sans qu'on ait

3. Le monument se compose de trois parties distinctes : la eu recours à l'expédient si souvent disgracieux des contreforts, rotonde, le vestibule et le pronaos. L'épaisseur des murs à la base est Voir à ce sujet les explications techniques de Platner et de de 6 m. 20 en certains endroits. Lanciani. Ce qu'en dit Viollet-le-Duc, dans le Dictionnaire

4. Vers 446. d'Architecture, article Voûte, vol. IX, p. 470, ne se trouve plus

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