EGLISE SAINT-NICOLAS
Le faubourg- Saiiil-Cyprien devait son nom à une chapelle qui conservait les reliques de saint Cvprien et celles de sainte Justine, martyrisés, en '^ol^, près de Nicomédie. Plusieurs sanctuaires furent érii^és en Gaule, dans les premiers temps chrétiens, en l'honneur de saints orientaux dont on avait envoyé ou apporté des reliques.
Les inondations (jui affligèrent si souvent le faubourg-, très peuplé depuis répo([ue romaine, amenèrent les habitants à se confier à la protection de saint Nicolas, u patron et saint tutélaire à ceux (|ui vcjnl par eau et craignent le naufrage ». Les pécheurs,
l56 LES MONUMENTS DE TOULOUSE.
nombreux dans le (|uarlier, avaient adopté aussi Tévêque de Myre pour les défendre contre les dangers de leur profession. Dès les dernières années du douzième siècle, une église porta son nom. Peut-être même était-ce l'ancienne chapelle Saint-Gyprien qui changea de vocable. Le 3o septembre 1197, Bernard de Montesquieu, prieur de la Daurade, nomma Etienne de Villeneuve recteur de l'église et chapellenie Saint-Nicolas. Le faubourg- était en effet sous la juridiction spirituelle des bénédictins de la Daurade, mais il était divisé par moitié entre les capitoulats de la Daurade et du Pont- Vieux.
Ce serait dans cette église que, selon Bertrandi, Simon de Montfort aurait entendu la messe et refusé de la quitter avant d'avoir vu l'hostie consacrée, lorsqu'au matin du 26 juin 12 18 on vint l'avertir que le danger était pressant devant la porte Montoulieu, où il devait être tué quelques instants après par la pierre qui « frappa où il fallait ».
L'église actuelle, reconstruite pendant le quinzième siècle, est un vaste quadrilatère composé de cinq travées, avec chapelles érigées entre les contreforts par des congrégations dans les deux siècles suivants. Le porche, précédé du portail méridional qui remplace la porte de l'ouest murée aujourd'hui, occupe la première travée. Vis-à-vis est une chapelle de catéchisme construite plus tard. Deux chapelles suivent ensuite de chaque côté, carrées au midi voûtées d'og-ives en deux travées, pentag-onales au nord, la première voûtée de même, la seconde en liernes et tiercerons. Le vestibule de la sacristie, couvert d'une élégante voûte aux nervures en étoile, continue les chapelles méridionales et précède la sacristie voûtée aussi en liernes et tiercerons. Une chapelle carrée peu profonde s'ouvre en face le vestibule.
L^abside carrée conserve les mêmes formes que les travées de la nef. Les absides carrées furent adoptées parfois afin de prendre plus d'espace en largeur, parce qu'elles ne pouvaient se prolonger et empiéter sur une rue étroite. La construction en était d'ailleurs plus facile et plus économique (|ue celle d'une abside
L EGLISE SAINT-NJCOLAS.
iSy
peniagonale . Une large et liante fenêtre, dissimulée aujonrd'hni par le rétable, s'ouvrait sur le mur droit au levant, connue celles qu'on voit dans les églises anglaises où cette forme de chevet est fréquente. Les fenêtres hautes et étroites de la nef, sans meneaux, contribuent à l'élancement de l'édifice.
L'église fut voûtée sans interruption des travaux. Les doubleaux en briques, carrés et chanfreinés, s'appuient sur des pilastres de même forme avec deux simples filets pour chapiteau. Les arcs ogives semblables reposent sur deux petits pilastres se présentant d'angle pour accompagner le pilastre médian.
FiG. io8. — Clocher et coupe sur la ncl
Fjg. 109. — Une travée.
Les églises méridionales en briques, ne monirant aucune moulure (jui j)récise leur date et présenlanl, [)endant les trois derniers siècles du Moyen âge, les mêmes apparences et les mêmes formes, comme Saint-Nicolas, le Taur et la Dalbade elle-même, sauf sa voûte, ne pourraient giièr-e être altribuées à l'im philot (ju'à l'autre sans la secours des I ex les.
In chemin de l'oiide couverl, (''(•lair('' [>ar (!<> [x'tiles bwKMres
cintrées, se prolonge autour de l'église sur le plein des murs. Il fut établi en même temps que la voûte.
Le clocher repose sur une base carrée plantée contre la première travée au sud-ouest. Elle s'amincit par un amortissement en un second étage carré de même, éclairé par une haute fenêtre, puis par un amortissement moindre en un troisième dont la face méridionale est décorée par trois fausses baies cintrées. Deux étages octogo-
FiG. 110. — Plan de l'église.
FiG. III,
Vue cavalière.
nés s'élèvent ensuite, ajourés par des fenêtres g-éminées en mitre semblables à celles dont le clocher des Jacobins avait donné le modèle. Une balustrade pleine surmonte l'octog-one et une flèche en charpente recouverte de briques plates complète le clocher.
Le clocher parait avoir précédé la nef. Ses assises de briques ne sont pas liées avec celles de la façade. Le dernier contrefort s'appuie résolument sur sa face orientale en suivant toutes ses saillies. Les fenêtres supérieures, ouvertes aujourd'hui sous le comble à l'est, recevaient d'abord évidemment la lumière du dehors.
Peut-être avait-on entrepris, en élevant d'abord le clocher, la reconstruction de l'église, à laquelle on donna plus d'importance qu'il n'avait été projeté.