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PREFACE

Malafosse, l'autre que sa haute dignité dans l'Église éloigne de nous, Monseigneur Douais.

Il m'est doux d'exprimer ma reconnaissance cordiale au Secrétaire g'énéral de la Société, à mon ami M. Emile Cartailhac, qui a bien voulu diriger l'illustration de ce volume avec l'aimable et habile collaboration photographique de M. A. Couzi, secrétaire adjoint, et de M. E. Harot qui a relevé divers plans.

Bien que les monuments éclairent et tracent même la vie d'une ville à travers les temps, ce livre n'est pas une histoire de Toulouse. Les événements n'y sont rappelés que dans leurs rapports avec l'église ou l'hôtel, la maison ou la fontaine. L'ordre chronologique qui s'impose de lui-même est d'ailleurs observé par les antiquités romaines, les constructions du Moyen âge, celles de la Renaissance, enfin celles des temps plus proches de nous ou même actuels. Les indications successives sont ainsi rattachées par le lien d'un mouvement continu, indiqué d'ailleurs dans notre premier chapitre, qui dans le cours des siècles a édifié, transformé et renouvelé l'architecture toulousaine en suivant des influences multiples, particulièrement celles qui entraînaient la marche de l'art dans l'ensemble du territoire français. C'est pourquoi il a paru juste de parler, après les pag-es consacrées aux antiquités romaines, d'abord des ég-liscs, non seulement parce qu'elles demeui'ent les ])lus belles et les plus originales œuvres de l'art toulousain, mais aussi parce (ju'elles sont les phis anciemies.

On pourra suivi'C ainsi le couranl IVm'oikI, les (r-iitislornialious

Les aiONUMENTS bE îoulôùsë.

et les progrès de l'art qui constitue la personnalité de Toulouse. C'est par les créations de ses architectes, de ses peintres^ surtout, de ses sculpteurs qu'elle s'impose à l'attention, qu'elle exerça, dès le Moyen âge, et parliculièrement au douzième siècle, puis à la Renaissance, une influence reconnue aujourd'hui par tous et qu'elle continue de garder, grâce à ses artistes contemporains, une place éminente dans le chœur glorieux des villes françaises.

FiG. 2. — Médaillon de la Pienaissance (au Musée)

FiG. 3. — Bracelet d'or de Lasgraisses, près Gaillac (Tarn); Musée de Toulouse.

LES ORIGINES, TOULOUSE ROMAINE ET CHRÉTIENNE

Les Ibères peuplèrent aux temps historiques les vallées pyrénéennes et les plaines ({ui les continuent. C'est à une de leurs tribus que l'on M peut attribuer les sépultures ^ et les poteries récemment découvertes au nord du plateau de Vieille-Toulouse et à l'ancien cimetière Saint -Roch.

Elle aurait ainsi occupé à la fois le promontoire dominant le confluent de TArièg-e et de la Garonne et le quartier le plus en amont de Toulouse actuelle.

Mais les Ibères fixèrent leur principal établissement sur le plateau où le viWage de Vieille-Toulouse conserve le souvenir de cette occupation [jrcmière. 11 était nalurellement dél^ndii, au cou-

FiG. 4- — Collier d'or, Fenouillet près Toulouse ; Musée.

chant par les falaises abruptes tombant sur le fleuve, au sud par la crête de la colline bordée de ravins escarpés, au nord par une série d'ondulations et de paliers plus accessibles qui furent plus tard munis de levées de terre s'opposant aux attaques.

Vers la fin du quatrième siècle avant notre ère, il fut pris par les Volkes qui complétèrent sa force défensive par ces ouvrages s'étendant sur une superficie de 200 hectares. Les nouveaux envahisseurs donnèrent au pays un commencement d'organisation politique. Les monnaies diverses, constamment retrouvées sur le plateau, indiquent un commerce qui attirait les peuplades du littoral méditerranéen autant que ceux des plaines voisines et des vallées des Pyrénées. La ville berceau de la future Toulouse eut alors 5 ou 6.000 habitants. Le plateau supérieur paraît avoir été habité par la population aisée, la pente inférieure par les pauvres gens.

Les Romains s'avançaient par deg-rés dans la Gaule méridionale. Ils comprirent l'importance de la situation, au milieu d'une contrée prospère, d'un point intermédiaire entre les deux mers, à l'arrivée des voies descendant des montagnes. Ils attachèrent habilement à leur domination, en 118, la nouvelle ville de Toulouse par le titre de ville fédérée, et elle passa ainsi sans secousse dans l'orbite des maîtres du monde qu'elle ne devait abandonner qu'à la chute de l'empire.

Toulouse s'étendait déjà dans la plaine. Les temps moins barbares et moins rudes avaient permis son établissement sur la rive même du fleuve, d'un accès facile de tous côtés, favorable au commerce et à l'échang-e des produits du sol fertile. Il n'est pas douteux que la ville visitée par Posidonius, au second siècle avant Jésus-Christ, dans un momeut d'épreuves dont elle se consolait par le souvenir d'expéditions à Delphes et en Galatie dans lesquelles la lég-ende prenait déjà plus de place que l'histoire, ne soit la ville actuelle. C'est elle qui fut le théâtre des événements des années 107 et 106, et du pillag-e de l'or de Toulouse par Cépion.

Mais le plateau de Vieille-Toulouse n'était pas abandonné. Les

LES ORIGINES, TOULOUSE ROMAINE ET CHRÉTIENNE

monnaies des derniers temps de la république, d'Auguste et de Tibère y foisonnent. Une inscription de l'année 47 avant notre ère mentionne l'érection d'un temple et d'une estrade. Mais les monnaies impériales commencent aussitôt à devenir rares. Un décret d'Auguste avait ordonné aux populations de quitter les stations élevées où elles pouvaient être tentées d'org-aniser des résistances. Seules y restèrent peut-être quelques maisons de

FiG. 0. — Inscription romaine, ^7 av. J.-C, Vieille-Toulouse.

plaisance et aussi des fabriques de poteries qui semblent avoir repris de l'importance dans les derniers temps de l'empire; car les monnaies, qui avaient disparu depuis Néron, reparaissent à ce moment. Leurs produits composés avec Targile du plateau se vendaient aux jours consacrés dans les marchés de la ville basse. Les places Saint-Michel et Sainl-Barthélemy, les premières (jue l'on rencontre en descendant du coteau, voient arriver encore, et peut-être aux mêmes jours, les pots et les terres cuites demeurés fidèles à leur marché traditionnel.

Les ti'aces d'occupalion les plus anciennes sni' les fixes de la Garonne ont été retrouvées à l'ancien cinn-lièi-e Saint-Uocli, le [)remiet- terrain libre (\\\c l'on cencontre en descendant du piatiNui de

Vieille-Toulouse, le rivag-e demeurant très resserré jusque là par le coteau sur le sentier si justement appelé le chemin des Etroits.

La ville s'étendit ensuite sur l'espace actuel du faubourg- Saint- Michel, où l'on reconnaît encore, traversant les rues Saint-Michel et des Récollets, un aqueduc se dirig-eant de l'est à l'ouest et conduisant au fleuve l'un des anciens ruisseaux descendant du coteau. Un groupe demaisons, habitations sans doute de pêcheurs et de bateliers, amorça bientôt la ville actuelle proprement dite sur le point de la rive droite de la Garonne, où elle commence à se détourner vers l'ouest. Les rues actuelles de l'Homme-Armé, des Moulins et du Château, courtes, étroites, tortueuses ont conservé l'aspect d'un petit village.

Les maisons s'acheminèrent peu à peu en descendant le cours du fleuve g-énérateur. Elles dessinèrent d^abord une voie qui lui était parallèle, rues actuelles de la Fonderie, de la Dalbade, des Couteliers et qui se continua jusqu'à une élévation de terrain échappant à ses fréquentes crues entre les ports de la Daurade et de Bidou ou de Saint-Pierre. Puis une autre voie peu distante et parallèle encore se détacha de la première : rues Pharaon, des Filatiers, des Chang-es, Saint-Rome, appelées ensemble la Grand'- Rue. Elle se continua plus tard jusqu'à la basilique vénérée de Saint-Sernin, et c'est depuis quelques années seulement qu'elle cesse d'être l'artère principale du commerce en se défendant encore contre sa brillante rivale d'Alsace-Lorraine, qui a pris la même direction du sud au nord.

La ville naissante, que sa situation même destinait à devenir un centre d'entrepôt de transit, voyait arriver les marchandises que les cours d'eau lui apportaient des Pyrénées et celles qu'échang-eaient les deux mers avec les plaines que d'autres baignaient. Des rues perpendiculaires au fleuve s'ouvrirent pour donner accès à ses produits et dès lors fut dessiné le lacet de voies entrecroisées qui traça le plan log"ique de la TokbiGGx de Strabon.

Mais le groupe initial d'habitation conservait une importance dominatrice. Il se présentait à l'arrivée de Narbonne, la métro-

LES OlUGINES, TOULOUSE ROiMAINE ET CHRETIENNE. 9

pôle de la province et aussi de la vaste et riche vallée de l'Arièg-e. Les gens du comté de F'oix se rendaient à Toulouse, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, par l'étroit chemin tracé entre les hautes berges du fleuve et sa rive droite. C'est sur ce point que les Romains construisirent la forteresse défensive qui prit le nom de la capitale provinciale, le Ghâteau-Narbonnais.

Une voie bordée de tombeaux, la rue des Récollets d'aujourd'hui, se dirigeait de la ville nouvelle vers l'ancienne ville du coteau. Un cimetière à ustion, qui succédait à un autre antérieur à l'occupation romaine, continué jusqu'au commencement du dernier siècle par le cimetière Saint-Roch, terminait au sud ces alignements funèbres. Aux derniers jours de février, oji célébrait sur les tombeaux des solennités de prières et d'olTrandes. De nombreux industriels vendaient des comestibles à la foule et la tradition vivante de ces cérémonies s'est conservée sous le nom caractéristique de fénétra, transformation, par la loi du moindre effort, de celui de fei^etra, civières qui servaient à porter les morts au bûcher. La première de ces promenades, que chaque quartier voulut se donner ensuite, est, en effet, celle du quartier Saint-Michel.

Une voie funéraire semblable, la rue du Taur actuelle, continuait au nord de la ville la grande voie longitudinale, et c'est à l'abri d'un de ses tombeaux que les Saintes Puelles déposèrent en hâte le corps du premier évêque de Toulouse, lorsque la corde qui l'attachait au taureau se fut rompue et l'eut laissé sur le sol.

Des murailles aux larges assises de pierre du Château-Narbonnais partit, vers la fin du troisième siècle après J.-C, l'enceinte de murs et de tours bâtie en cailloux roulés noyés dans le ciment et revêtue de petits cubes de pierres entrecoupés d'une triple rangée en briques, seulement dans les parties supérieures, l'ensemble d'une épaisseur de 2 mètres à la base. Elle décrivit un grand circuit, l'un des plus vastes de la Gaule, autour de la courl)e de la Garonne, selon le cours des boulevards actuels, et rejoignit le fleuve au port de Bidou, après avoir traversé le terrain de la phice du Gapitole.

La ville compléta pins tard ses défenses après qu'elle se fut

lO LES M0NU3IENTS DE TOULOUSE.

accrue des deux faubourgs du nord et de Fouest. Le premier, très populeux depuis de longs siècles, entourait la basilique Saint-Sernin, la protectrice et la gloire de Toulouse, et l'église Saint-Pierredes-Cuisines, dans laquelle les comtes convoquèrent plusieurs fois les habitants. Il fut clos de murs de terre, reconstruits en briques au quatorzième siècle, avec tours et portes de briques qui s'étendaient en demi-cercle de la porte Villeneuve, entrée actuelle de la rue Austerlilz, à celle du Bazacle. On l'appelait le Bourg-. Une longée de cette muraille, la seule qui subsiste, sert encore de clôture à l'Arsenal.

Le second s'était formé sur la rive gauche de la Garonne, où il assurait les communications avec l'Aquitaine et avec le pays des Convènes. Dès le haut Moyen âg-e, il fut appelé le faubourg- Saint-Gyprien, San Sabra. Il constituait une excellente tête de pont et concourait avec le fleuve à protéger la ville, que les assaillants attaquèrent souvent de ce côté depuis le temps de la croisade albigeoise jusqu'à la bataille du lo avril i8i4.

La première construction autour de laquelle les habitations se groupèrent peu à peu dans ce quartier fut peut-être la villa somptueuse où les gouverneurs romains établirent leur résidence pendant les jours de leurs visites à Toulouse ; le château de Peyrolade, muni de thermes, entouré de jardins arrosés d'eaux vives captées dans les terrasses diluviennes qui se succèdent en amphithéâtre à l'ouest. Les rois Visig-oths, désireux de les imiter en tout, leur succédèrent. Mais lorsque la vie devint plus périlleuse et qu'il fallut s'enfermer derrière de hautes murailles aux jours étroits et rares pour résister aux invasions ou aux seigneurs rivaux, les comtes de Toulouse reprirent l'antique forteresse, le Ghâteau-Narbonnais. Ils le munirent de défenses nouvelles au point qu'il devint, dit la Chanson de la Croisade, le plus fort qui se vît en plaine. Le souvenir de la villa romaine se maintient par les noms des rues Peyrolade, de la Laque*, des Arcs, et l'on

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