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CHAPELLE NAZARETH

Une statue de la Vierge fut trouvée dans les fossés de la porte Montgaillard lorsqu'on les creusait à nouveau après la guerre albigeoise. Une pieuse femme donna sa maison hors des murs pour la transformer en oratoire et y abriter la sainte image. Au moment des guerres anglaises, l'oratoire fut transféré dans une petite rue du capitoulat Saint-Barthélémy.

Jean-Georg-es d'Olmières, président au Parlement, le fit reconstruire vers i520 et fut aidé dans cette œuvre par Michel de Vabres, seigneur de Gastelnau-d'Estrétefonds, conseiller au Parlement, dont la demeure était voisine, rue Bernard-Parayre, plus tard du Vieux-Raisin, aujourd'hui de Languedoc, n°3o, et dont le tombeau fut érigé au milieu de la nef. Ses armes, d'azur au chevron d'or accompagné de trois roues d'argent^ figurent sur le vitrail du sanctuaire, côté de l'Evangile. Elles ont été martelées sur la porte de la tourelle d'escalier de son hôtel.

Georges d'Olmières tenta de faire érig-er en collégiale la chapelle dite de Nazareth. Six chanoines avec le doyen Biaise Auriol, l'un des humanistes toulousains de cette époque, y furent même installés par Jean de Pins, évoque de Rieux, et Barthélémy de Gatellan, archidiacre d'Avignon, le 17 mars 1626. Mais sur une opposition du chapitre de Saint-Etienne à l'établissement d'un troisième chapitre collégial dans la paroisse, qui comprenait déjà ceux de Saint-Barthélémy et de Saint-Géraud, un arrêt du Grand Conseil du 3o décembre 1^29 mit fin à cette entreprise.

Biaise Aiiriol se remit exclusivement à l'étude des lettres et à l'enseig-nement du droit, obtint, après sa harangue à François I" lors de son entrée à Toulouse, le i®'" août i533, le titre de chevalier es lois avec le droit jDour l'Université de conférer des titres nobiliaires dont elle a usé jusqu'à la Révolution.

La chapelle de Nazareth, voisine du Parlement, fut adoptée par la magistrature et le barreau. Les avocats y célébraient la fête de saint Yves.

La statue de la Vierge fut conservée dans la chapelle jusqu'en 1793. La chapelle fut vendue cà ce moment à l'avocat Roucoule, jurisconsulte de mérite, qui la rendit au culte en 1800 en se réservant l'usage d'une tribune grillée établie à la place d'une ancienne chapelle. Elle fut autorisée légalement en i8o3. L'ancienne confrérie des Pénitents noirs, reconstituée en 181 2, qui se réunit d'abord à la Visitation, la prit en location en i83o, mais s'éteignit dix ans après. La chapelle courait le risque d'être fermée; M™*' de Gardouch l'acheta 16.000 francs; l'archevêque David d'Astros nomma un chapelain pour la desservir, mais bientôt la sauva d'une ruine imminente en la confiant, en i843, aux missionnaires diocésains qu'il venait de réunir en communauté à l'ancien couvent des Recollets sous le nom de Pères du Sacré-Cœur.

La chapelle est, dans ses dimensions modestes, un des monuments religieux de Toulouse qui ont conservé le plus d'unité et de caractère. Elle se compose d'un sanctuaire et de deux travées dont la seconde plus large paraît avoir été ajoutée, mais bientôt après la construction de la première. La voûte qui la recouvre, à liernes et à tiercerons, plus compliquée que la voûte en arcs d'ogive do sa voisine, semble l'indiquer. Les deux ont été ornées, vers i85o, de rinceauxblancs sur fond bleu. Des fleurs de lis de forme loui-de avaient remplacé, en 1820, sur les clefs, les armoiries des donateurs g-rattées par la Révolution.

Quatre chapelles s'ouvraient sur les travées, mais les deux sur le liane méridional furent supprimées lorsque le culte cessa d'être célébré et prises par la maison voisine,

Nulle trace de la Renaissance n'apparaît dans la conslructlon.

Le rétable du sanctuaire, dont les colonnades encadrent dans une niche les statues de la Vierge et de Tang-e de l'Annonciation, ceux des deux chapelles conservées, de style Louis XIII comme le premier, complètent l'harmonie de l'ensemble. Le vitrail du sanctuaire, d'une belle intensité de tons^ représentant la Nativité et au-dessus le transport par les anges de la maison de Nazareth à Lorette, fut donné par l'avocat Cazeneuve, dont le père avait été capitoul en i573. Son blason capitulaire, d'or au griffon de gueules, figure aux deux côtés du vitrail.

Plusieurs personnages de marque reçurent la sépulture dans la chapelle : Michel de Vabres, Gabriel de Minut, sénéchal deRouergue, l'auteur de la Paiilégraphie écrite en l'honneur de la belle Paule, frère du premier président Jacques de Minut, mort avant lui, en i536, qui reposa avec sa femme dans l'église Saint-Barlhélemy, aujourd'hui disparue; Dadin de Hauteserre, savant jurisconsulte, mort en J682, dont on voit le buste sur le pilier^ entre les deux chapelles de la nef, avec son épilaphe sur marbre noir et les armes au-dessous, encadrées par une robuste moulure feuillagée; le père Sérane, jésuite mort en odeur de sainteté, en 1784.

La chapelle ne s'annonce sur la rue que par une porte latérale dont le cintre est entouré d'un arc en accolade. On y voyait autrefois une statuette de la Vierge, au-dessus, dans une niche dont il ne reste que le culot de forme gothique, montrant un oiseau becquetant une grappe de raisin.

CHAPELLE DES CARMELITES

La première moitié du dix-septième siècle, époque féconde de relèvement moral après les luttes de la Réforme, vit plusieurs maisons religieuses se fonder à Toulouse.

En 1609, plusieurs femmes de haute piété voulurent se réunir

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SOUS la règ-le du liers ordre de saint François et firent construire une maison sur la place qui a conservé le nom des Tiercerettes. Mais quelques-unes d'entre elles, et parmi elles les cinq fdies du président de Rességuier, qui donna 20.000 livres pour leur nouvelle fondation, aspirèrent bientôt à une vie plus parfaite encore et appelèrent des Carmélites de Bordeaux pour établir sous leur direction un couvent de leur ordre. La mère Isabelle des Anges arriva avec cinq religieuses de chœur dans les premiers jours de juin iGiG, se mit aussitôt à organiser la communauté, puis acheta sur la paroisse Saint-Sernin quatorze petites maisons ou jardins pour construire un couvent plus vaste et la chapelle. Le 10 août 1^20, les Carmélites furent conduites processionnellement dans leur nouvelle demeure par l'évoque de Pamiers, Joseph d'Esparbès de Lussan, que la prise de possession de sa ville épiscopale par les huguenots avait oblig'é de se retirer à Toulouse.

La première pierre de la chapelle avait déjà été posée par Louis XIII, accompag-né de la reine et de hauts seigneurs, le I*"' juillet 1622. Mais la construction ne put élre terminée que plus de vingt ans après, en juillet i6l\?).

C'est une nef de quatre travées prolongée par une abside à trois pans. Une élégante porte en assises de pierres et de briques, surmontée d'une niche et d'un oculus, est le seul ornement de la façade.

Celui de l'intérieur, fort riche^ est dû aux boiseries et aux peintures. La voûte de chêne est en cintre surbaissé avec nervures divisant chaque travée en huit voûtains qui se réunissent au centre sur des clefs pendantes et s'appuient contre les murs, sur des consoles où les têtes d'anges s'entourent de feuillages. Les l)oiseries étendent sni' les côtés les pilastres ioniques cannelés et l'entablement d'un lin profil.

Jean-Piei-re Privais peii^nil, sur les côlés des fenêtres, des figures alléi^or-iijucs des Nci'tns encadrées d'architectures, en se souvenant de la cliiqx'lle Sixtnie, Mais la série de cette décoration

sur les dernières travées du fond de Téglise ne fut terminée que longtemps après lui.

En 1787, la carmélite Marie-Louise de la Miséricorde, auparavant dans le monde Marie-Louise de Montpayroux, confia à Des-

Fui. i/|2. — Ancienne chapelle du Carmel.

pax la décoration picturale complète de la chapelle. Le fécond artiste en dressa aussitôt le plan g-énéral, mais se rendit à Paris dans l'atelier de Restout pour se préparer à cette grande œuvre. II y peignit la Nativité et V Adoration des Mages, qui ornent le sanctuaire. Après son retour il couvrit de ses compositions, de i 747

à lySi, d'abord la voûte en quart de cercle du sanctuaire avec les prophètes et les figures du Christ, puis le mur du fond avec

¥iG. il\?j. — Un des UiIjIl'jiux de Desjiax à la clia|)cllc du (larincl.

l'apothéose de sainte Tli(''r('se. Il orna ensuite les murs, entre les |)ilaslr-es, de grands lahleanx re:présentanl les principaux Irails de l;i vie (Tl^lie el (Th^lisée, termina entin, sur h's (-('jtés des

l'enetres, la série des vertus personnifiées coniniencée par Rivais, et sur ceux de la porte, les deux miracles opérés par Elisée, La multiplication de l'huile de la Veuve et La résurrection du /ils de la Su na mite.

Cet immense travail, exécuté avec la verve, l'adroite l'acLure, Tententc des ordonnances mouvementées, la couleur chaude parfois, mais le plus souvent argentine et nacrée, consacra la juste renommée de Jean-Baplisle Despax.

Sa facilité féconde et son aptitude d'assimilation s'aidaient de réminiscences, h' Elisée dirigeant l'Ecole des Prophètes s'inspire visiblement, par exemple, du Saint Romuald d'Andréa Sacchi, au Vatican. Il est probable, d'ailleurs, que le maître demanda à quelques-uns de ses élèves de prendre part à l'exécution de son travail.

La décoration somptueuse semble ne pas répondre à la règle austère du Garmel. Mais le sentiment religieux de l'adoration peut s'exprimer sous des formes diverses, celle de la splendeur et de l'éclat comme celle de l'intime recueillement. Il reflète aussi le g'oût spécial des g-énérations qui se succèdent.

Deux tableaux, en avant du sanctuaire, sont des copies de Despax, par Faure, très reconnaissables par leur infériorité. Ils ferment les deux anciennes arcades du cliœur des religieuses du côté de l'Épître et vis-à-vis d'une chapelle de Saint-Joseph.

En janvier 1791, les Carmélites furent chassées de leur maison qui devint l)ientot après la prison des condamnés politiques. Elle est aujourd'hui la manutention militaire. La chapelle fut remise en i8o5 à l'arclievéque, qui la réunit, en novembre 1807, au Séminaire diocésain établi à l'ancien collèg-e de Périg-ord qu'il venait d'acheter à la ville, après l'avoir installé d'abord, faute de ressources et faute de mieux, à la rue Dumay et au faubourg- Saint-Gyprien. Aujourd'hui, la chapelle, enlevée de nouveau au culte, n'est plus qu'une dépendance de la Bibliothèque universitaire. Elle est classée au nombre des monuments historiques.

La rue Traversière sans portes, r;ie inhabitée, séparait autrefois

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le couvent des Carmélites du collège de Périg-ord. Elle fut supprimée pour faciliter Taccès de la chapelle par les séminaristes.

Le couvent des Carmélites était contigu au levant à celui des Visitandines, venues à Toulouse en 1647, dépossédées à la Révolution, rentrées en 1807, établies d'abord dans une maison de la rue Nazareth, n" ^4, puis en 1819 à la rue de la Dalbade dans une ancienne dépendance de la maison du Temple, devenue au dix-septième siècle l'iiôtel de Masuyer. Leur chapelle ne présente d'autre intérêt artistique que celui de deux beaux tableaux de Despax représentant le sacre de François de Sales et la prise d'habit de sainte Françoise de Chantai.

Un vaste magasin a pris la place de leur ancien couvent de la rue Matabiau.

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