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EGLISE DES MINIMES

Après la béatification du languedocien saint Roch, plusieurs oratoires, humbles et retirés comme avait été sa vie, furent élevés dans la province, le plus souvent hors des portes des villes, en l'honneur de ce protecteur invoqué par les malades, surtout dans les temps de contagion. Toulouse en eut deux, l'un au sud qui s'établit dans l'ancienne chapelle Notre-Dame-du-Férétra, l'autre au nord construit en 1892;, au delà de la porte Arnaud-Bernard.

François de Paule, appelé desCalabres par Louis XI qui espérait obtenir par les soins et les prières du religieux, déjà en renom de sainteté, la guérison de ses maux, fonda en France quelques couvents de l'ordre des Minimes qu'il venait de créer dans son pays.

Il obtint du roi Louis XII des lettres patentes, datées du 4 '^^ril i5o2, Fautorisant à établir un couvent à Toulouse à la chapelle Saint-Roch qui lui avait été donnée par Laurent Alleman, évéque de Grenoble et abbé de Saint-Sernin, avec le consentement des chanoines propriétaires de la chapelle située dans leur domaine.

Les nouveaux religieux en prirent possession le 18 mai i5o3.

Une nouvelle ég-lisc fut commencée aussitôt et consacrée en 1609 sans qu'elle fût encore terminée. Les libéralités de l'abbé de Saint- Sernin et celles du prêtre Démons, curé de Miradoux, permirent de la compléter.

Elle conq^rend une nef spacieuse de quatre travées voûtées d'og-ives dont les retombées portent sur des culots en pierre avec blasons et ornements divers, et une abside pentagonalc écourtée plus tard par l'élargissement de la route de Paris. Les arcs ogives de son panneau central sont ainsi coupés et se heurtent au mur à moitié de leur cours.

Au midi, un collatéral avec chapelles fut construit de lOaS à i644- 11 s'ouvre sur la nef par quatre larges arcades au-dessus desquelles est percée une petite fenêtre.

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Le mur extérieur de ce collatéral vint à boucler. 11 fut consolidé par un tirant de fer ingénieusement dissimulé par une frobes surmontée d'un crucifix rappelant une diposition fréquente dans les anciennes églises, montrant ainsi l'image du Christ en croix à la fois aux prêtres dans le sanctuaire et aux fidèles dans la nef.

Deux chapelles, celles des fonts baptismaux et de saint Joseph, ont été ouvertes au nord, vers 1860, lorsque l'église eut été rendue au culte. Elles furent prises sur l'ancien cloître qui n'avait pas permis la construction d'un collatéral de ce côté.

La façade est percée d'une porte gothique avec un arc en anse de panier sous le tympan. Un oculus a été récemment ouvert audessus d'elle et il est surmonté par le blason de Laurens Alleman, de gueules aux fleurs de lis sans nombre et à la bande d'argent, timbré de la mitre et des deux crosses d'évêque et d'abbé.

A côté de la porte centrale s'ouvre, sur le collatéral, une petite porte carrée.

Le clocher, sur base carrée,, a été surélevé récemment par deux étages octog'ones et une flèche en briques.

Le monument ne montre pas la moindre trace de la Renaissance qui bientôt allait inspirer à Toulouse de si belles œuvres.

Le cloître, au nord de l'église, a conservé ses arcades et sur un côté ses petites fenêtres monacales. Il était entouré, suivant le plan traditionnel^ par les bâtiments conventuels qui s'étendent surtout au nord-ouest.

Le couvent était clos de murailles qui ne furent pas inutiles pour le prolég-er pendant les guerres de religion et qu'un bataillon du 80" de ligne utilisa encore, le 10 avi'il 18 i4, pour repousser les attaques des Anglais.

Lorsque les rois de France venaient à Toulouse, ils s'arrêtaient à la chapelle Saint-Roch et plus lard chez les Minimes, (ju'en souvcnii' on ap|>rl;iil encore Les Ro({uets, où le Parhmient venait les saluer, tandis ([ue les capilouls les attendaient à la porte Arnaud- Bernard.

Louis Xi\ , revenant à T(jul(jnse en HWio, Noulut visiter dans

sa cellule le père Maignan qu'il trouva au milieu de ses instrumeuts de physique et qu'il désirait emmener à Paris. Mais le savant mathématicien, dont la renommée était européenne, car il avait professé au couvent de la Trinité de Mont, à Rome, demanda à demeurer à Toulouse où il était né, dans la retraite où il poursuivait ses recherches. Il y mourut le 29 octobre 1676.

Le couvent abritait à ce moment une quarantaine de relig-ieux. Ils étaient encore vingt-cinq à trente au milieu du dix-huitième siècle. Ils vivaient péniblement dans leur solitude si éloig-née du centre de la ville. Ils furent obhg-és, en 1773, de vendre une de leurs principales ressources, un uchau du moulin du Châleau- Narbonnais, mais il jouirent jusqu'à la Révolution de celui du Bazacle qu'ils avaient acheté au sieur de Bernuy, en i533, avec le droit de pèche qui en dépendait. En 1780, ils vendirent encore à l'archevêque Loménie de Brienne, pour l'agrandissement du collège de l'Esquile, une maison qu'ils possédaient dans la rue de ce nom. Après l'expulsion des religieux en 1 791 , l'église devint un oratoire de la paroisse Saint-Sernin^ mais il fut bientôt fermé. Lès bâtiments conventuels furent vendus comme propriété nationale en 1793, convertis en minoterie, puis en caserne. Les habitants du quartier demandaient instamment la réouverture de l'église, qui fut rachetée à l'Etat en i85i par le Conseil municipal aidé presque pour moitié par les nouveaux paroissiens, puis ouverte et bénite par l'archevêque Mioland le i3 août i852, sous le vocable de saint François de Paule.

C'est dans la sacristie actuelle que se concentre l'intérêt artistique de l'église. Elle fut d'abord une chapelle construite en l'honneur de saint François de Paule, aussitôt après que sa canonisation eut été proclamée en i5i9. Sa voûte fut décorée dans le milieu du dix-septième siècle parle peintre rémois François Fayet, qui avait été attiré à Toulouse et qui représenta l'apothéose du saint dans un dessin facile et larg-e et une chaude coloration.

Lorsque l'ég-lise eut été rendue au culte^ cette chapelle reçut plusieurs toiles qui n'avaient pu trouver place au musée : La

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iVaissance du Dauphin, fils de Louis XV, par AnLoinc Rivais; La Résurrection, peinture claire et d'une composition personnelle, par Claude Vig-non ; L' Apothéose de saint Saturnin, par le chevalier Rivais; mais surtout Juda prosterné devant Joseph, par Tournier, ordonnance originale sans banalités ni souvenirs^ d'une exécution vigoureuse.

La Visitation, par Houasse, a été g-àtée par une restauration barbare, et Saint Augustin prosterné deoant la Vierge, par Ambroise Frédeau, n'est qu'une œuvre commune reléguée dans un couloir.

On voit aussi au fond de l'ég-lise deux curieux tableaux représentant les pèlerinages des Pénitents blancs à Garaison en 1748 et en 1759. Ils décoraient la chapelle des Pénitents et après avoir été recueillis au Musée ils furent remis à l'église des Minimes, lorsqu'elle eut été rouverte.

L'ag-randissement de la ville, qui s'est étendue sur son périmètre entier au point que sa population a presque triplé depuis uu siècle, a nécessité la construction de sept nouvelles ég-lises paroissiales.

Elles sont en briques avec une seule nef entourée de chapelles, mais toutes encore inachevées. L'ég-lise Saint-Joseph, au Pont-des- Demoiselles, dont la première pierre fut posée le 3o novembre 18G2, construite d'après les plans de l'architecte Delort, a pu élever sa voûte gothique et son clocher pyramidal hexag-one en étages en retrait avec flèclie, mais elle est encore privée de ses compléments. Le curé actuel, M. l'abbé Gouzi, vient de faire élever le collatéi'al méridional. L'aiilro est pié|)afé.

L'ég-lise de l'Immaculée-Conception, au faubourg- Bonnefoy, dont le plan fut tracé par M. Raynaud, mais d'après les indications du curé Ravary, présente le modèle parfait d'une église paroissiale où tous les services du culte sont assurés, et aussi

d'une église entièrement conslruile avec les matériaux du pays, car les arcalures, les colonnes, les bases et les meneaux même des fenêtres sont en briques. Elle est constituée par une nef avec vastes collatéraux el chapelles, un transept et croisillons occupés au midi par la sacristie, au nord par le buffet d'orgues, un déambulatoire entouré de quatre chapelles penlag-onales et d'une cinquième heptagonale à l'abside, dédiée à la Vierge selon la tradition. Elle attend encore sa voûte.

L'église Saint-Sylve, au milieu de la montée de la rue du Dix- Avril, l'attend de même. Sa nef, spacieuse et largement éclairée, n^a pas de collatéraux, mais elle est munie de trois chapelles de chaque côté, d'un transept et d'un déambulatoire sur lequel une seule chapelle s'ouvre au chevet.

L'ég-lise du Sacré-Cœur, à la Patte-d'Oic de Saint-Cyprien, construite aussi par l'architecte Raynaud, mais sous la direction de M. l'abbé Chamayon, est caractérisée par la hauteur de ses quatre chapelles montant jusqu'à la voiHe^ disposition qui allège l'édifice et lui donne une belle allure d'élancement. La nef est précédée par un porche sous le clocher inachevé, et le porche par un parvis ombragé. Comme à l'Immaculée-Conception, les moulures sont en briques. La diversité des plans montre les ressources que l'on peut trouver dans l'exécution d'un prog-ramme analog"uc.

L'ég-lise Saint-François-d'Assise s'élève au bord de la route de Castres sur un point culminant d'où l'on jouit d'une belle vue, surtout si l'on prolong-e la promenade après le chevet. Elle présentera dans la simplicité de sa nef unique une sobre et juste ordonnance lorsqu'elle sera complète.

L'église Saint-François-Xavicr, à l'avenue de Muret, avait été commencée dans des formes romanes par M. Raynaud. La terrible inondation du 28 juin [875 renversa les premières assises. Les dons g-énércux arrivèrent de toutes parts. M. Dieulafoy voulut alors élever une église selon les beaux modèles du treizième siècle. La haute nef, les collatéraux et Tabside purent être voûtés.

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les chapiteaux à crochets sculptés, mais le porche avec le clocher sont encore à bâlir.

Enfin^ l'église Sainte-Germaine, à l'extrémité de la Grande-Rue Saint-Michel, la plus récente, a de même élevé sa voûte gothique, grâce à la prompte g'énérosité des habitants du quartier. Son clocher seul, au-dessus du porche, n'est pas encore surmonté de sa flèche. Elle est construite avec recherche d'art d'après les plans de M. Thillet. Le porche est ouvert sur trois côtés. La nef se compose de sept travées, la première formant un narthex, la septième une travée de chœur suivie d'une abside à cinq pans. Sur les collatéraux s'ouvrent, à chaque travée, des chapelles peu profondes éclairées par le haut. Les arcs de la grande voûte reposent sur trois colonettes qui s'appuient sur un culot; la colonnette centrale supportant le doubleau est entourée d'une bague qui se continue en bandeau sur toute la longueur de la nef. Les profils et les chapiteaux s^inspirent ég-alement de l'art du treizième siècle. L'église présente un aspect d'ampleur lumineuse qui s'accroîtra lorsque les larg-es fenêtres projetées entre les piles remplaceront les étroites baies provisoires.

La statue de sainte Germaine montant au ciel, par Falg-uière, qui fut dressée d'abord dans une niche monumentale au milieu de la place Saint-Georg-es, semble maintenant prendre son élan au delà du maître autel.

CaTEL, p. 208; p. 220.

Abbé Gaussette, Histoire du cardinal d'Astros.

DuMÈGE, Histoire des institutions de Toulouse, t. IV, p. 483.

Massif, La sépulture d Olivier Maillard (JixxWeùn (le l'Acad. des sciences de Toulouse, 1897-98, p. i23).

De Crazânnes, Notice sur le couvent des Minimes (Mémoires de la Société archéologique du Midi, t. XI,

Comte Bégouen, Les pèlerinages des Pénitents blancs à Garaison (Bulletin de la Société archéologique du Midi, 191 2).

FiG. i/jô. — Sceau de RaimoQcl VI, comte de Toulouse (1222).

FiG. il\(). — Le Capilole, hôtel de ville.

LE GAPITOLE, HOTEL DE VILLE

Le Capitole romain de Toulouse est mentionné dans les actes de Saint-Sernin qui datent de l'an 3oo et par Salvien, Fortunat et Grégoire de Tours. De tous les points où l'on a été tenté de fixer son emplacement, le plus vraisemblable est celui qu'indique l'historien Catel. Il dit que Téglisc Saint-Quentin fut construite sur les fondements de l'édifice antique. L'église s'élevait sur le point de la place du Capitole où se dresse aujourd'hui le kiosque des tramways.

Cette hypothèse est plus vraisemblable que celle du curé Chabanel, Lhistoriographe de Notre-Dame la Daurade, qui croyait à l'exactitude d'une tradition plaçant le Capitole à côté du temple qui avait précédé ce sanctuaire; des auteurs avaient songé aussi au Palais Narbonnais, mais il est vraiiiicnl (rop éloigné du Taur, église édifiée sur le terrain où s'arrèla le C(3rps de TéN r(|ue uiarlyr après la riiphire de la corde rallachanl au lani'cau (|iii le Iraitiait (l(M)uis les (lr<^r(''S du nioMMUienl où si(''i;'eait le niai^isl rai romain.

FiG. i/j7. — Les constructions diverses de l'ancien Capitole.

LE CAPITULE, HÔTEL DE VILLE. 289

L'église Saint-Quentin était, au contraire, très voisine du Taur et, en outre, elle fut parfois, dans les premiers temps, le siège des assemblées communales qui s'étaient tenues aussi en divers lieux. Les comtes convoquèrent parfois les habitants dans un pré au-devant des portes, plus souvent à l'église Saint-Pierre-des- Cuisines, au milieu des gens de métier qu'ils avaient favorisés par des privilèges, et où ils i/avaient pas à partager l'influence avec l'évêque comme à Saint-Etienne, avec l'abbé comme à Saint- Sernin. Des textes, rappelés par Catel, indiquent de telles réunions à Saint-Quentin. Il parle d'images d'anciens capitouls peintes sur les murailles joignant l'église et des fragments de vieilles fortifications qu'on voyait encore de son temps tout auprès.

Dans les dernières années du douzième siècle, les capitouls établirent leur maison de ville vis-à-vis l'ég'lise Saint-Quentin, sur le point de jonction entre la ville et le bourg-. Ils acquirent sans cesse^ pendant le Moyen âge, maisons et jardins pour en augmenter l'étendue, sans plan d'ensemble, et y loger les divers services qui s'y pressèrent : le corps de garde; la prison; l'arsenal ; le grand et le petit consistoire ; la tour des Archives ; la chapelle; le poids commun, établi en i499; le poids de l'huile, installé en i53o; le log-is de l'écu, où se réunissaient les baylcs des corps de métier et où, très probablement, JMolière a joué la comédie en mai 1649; ^^ forg-e pour l'artillerie de la ville.

La salle fondamentale de la maison commune, décorée au seizième siècle du nom pompeux de Capitole, était celle du g-rand consistoire, où se tenaient les Conseils g'énéraux et l'audience pour les affaires criminelles et de police.

Elle est remplacée par le bureau de police actuel.

Le grand consistoire était séparé du petit consistoire par la chapelle, à travers laquelle s'est ouvert le passage entre le Capitole et le Donjon. Cette rue vient de recevoir, et c'est justice, le nom d'Ernest Roschach, (|iii, avec un espril criti(|ue rigoui-eux et un charme rare de style, a mis au jour et exposé les origines des institutions, des monuments et des œuvres d'art de la ville.

Le petit consistoire occupait le rez-dc-cliaussée de la tour des Archives, appelée aujourd'hui le Donjon.

Les chartes et les titres précieux constituant l'organisation communale étaient autrefois conservés dans une ancienne tour qui se dressait à la même place. Mais elle était peu élevée, de construc-

FiG. i48. — Miniature de i64o : saint Michel archange, saint Sernin et les Capitouls.

tion défectueuse^ manquant d'air et de lumière, et les capitouls de 1625 décidèrent de la reconstruire entièrement.

La g-uerre entre François I*" et Gharles-Ouiut était à ce moment activement pressée. Elle menaçait la frontière méridionale et les provinces voisines. Les capitouls demandèrent au maréchal de Lautrec, lieutenant du roi, de leur envoyer un ingénieur militaire, et Anchise de Bologne, que l'ancien g-ouverneur du Milanais avait attaché au service du roi, arriva à Toulouse le 28 mars. Il fit

LE CAPITULE, HOTEL DE VILLE

dégager et réparer les fortifications de la ville et ordonna que la nouvelle tour des Archives, dominant à cette époque un point important de renceinte sur l'angle rentrant que formait la jonction

FiG. il\Ç). — INIinititure des Annales, i/i/jT) : entrée de la reine iMarie d'Anjou

et du Dauphin.

des remparts de la cité et du hoiirg, fut munie d'un appareil de défense. Pierre de Naves conimenra aussitôt la démolition de l'ancienne tour et la conslruction de la nouvelle; mais il ne put la continuer aux conditions qu'il avait d'abord acceptées, et Laurent Clary termina l'édifice en loaS.

Les capitouls de iSao ne nég-lig-èrent pas de faire placer, audessus de la porte encadrée par deux colonnes corinthiennes, aujourd'hui bouchée, leurs noms et leurs armoiries, avec l'inscription qui, seule, a résisté aux marlelag-es de la Révolution :

FIEBAT ANNO CHRISTIAN /E SALVTIS MDXXV- IDIBS NOVËBR NOBILIBVS PRENSIGNITIS CAPITOLINIS DECVRIONIBVS

Le moment de la construction et les alarmes des capitouls expliquent les mâchicoulis et les créneaux qui donnèrent à la nouvelle tour des Archives un aspect de forteresse.

S^Î.Vj^PI^IMél^'i^^^n^!^-].^

I X \~^ %^ \^ I» %^ %^ ft» C«- ^»> *" ^ iLï- %c~ Srf' W^ %ei »-• 1L^

FiG. i5o. — Le sommet du Donjon, d'après les textes contemporains.

En i535, Nicolas Bachelier sculpta, au prix de 60 livres, la cheminée du petit consistoire.

La tour des Archives^ le Donjon, a été reprise presque entièrement, sauf les quatre murs, en 1877, par Viollet-le-Duc. Les voûtes furent refaites, les parties supérieures reconstituées, les niTichicoulis prolongés et les quatre tourelles de guet rehaussées. La nouvelle toiture en ardoises, à pentes aig-uës, surmontée d'un beffroi lancé en flèche, imitée de celles des Flandres, détonne sous notre ciel méridional. Celle du seizième siècle, en ardoises aussi, mais en forme barlongue et beaucoup moins élevée, était cou-

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ronnée sur le faîte par une élégante et haute crête fleurdelisée en fer forgé, exécutée en iSaS par le serrurier Catherin Marchand. Deux groupes de petits g-énies demi-nus, drapés à l'antique, l'interrompaient en portant les armes du roi et de la ville. Aux deux extrémités rayonnaient deux soleils portés sur des tiges élancées, et, au milieu, une statue de saint Michel, en bois de noyer, avec les ailes et l'épée de fer, sculptée par Jean Raincy, dit Feuillette, fut d'abord posée sur un pivot pour servir de g-irouette et tourner à tous vents.

Mais les bourrasques de vent et de pluie mirent en piètre état, au bout de peu d'années, la statue de bois. En i544? on dut la remplacer et, sur la proposition du capitoul de la Daurade, de Boscredon, une statue en bronze représentant Toulouse et tenant dans ses mains un guidon aux armes municipales pour girouette fut commandée au même sculpteur Jean Raincy. Diaprés le modèle qu'il liyra en septembre, Claude Peillot, maître artilleur de la ville, créateur d'une fonderie établie en i536 près de la forg-e des Cordeliers, coula la fig'ure dans ses fourneaux. Elle fut posée dans l'automne de i55o. Son bras droit, levé vers le ciel, portait le g-uidon girouette et son bras gauche soutenait le blason de la ville. On lisait, sur le socle, les lettres initiales de la formule : Capitoliiim, popuhisqiie Tolosaniis, MDL.

Depuis quelques années déjà, Pierre Salamon, greffier et secrétaire du consistoire en 1622, fasciné, comme les historiens contemporains de la ville, par l'illusion de retrouver dans la maison commune les institutions et le nom même du Capitole romain, avait substitué, sur le sceau municipal, le mot GapitoUiim au vieux mot capiiiihimy chapitre, réunion des conseillers de la ville.

Dame Tholose trôna pendant près de trois siècles sur la tour des Archives. En 1829, l'état de la toiture de la tour obligea à une réfection totale. L'architecte Virebent remplaça les ardoises par des luilettes, et dame Tholose alla figiirci- une Picuomiuée Icnant une coiM'oMMc au lieu du guidon, sur le sonnuel de la colonne éleN'(''e eu rh(jiui('iii' (lu gc^MUM'al I )iq)u\', (ju'cllc douinie lou jours liî'reuu'ul.

La tour des Archives ireut d'abord qu'un escalier de bois qui ne répondait pas au caractère de l'édifice. En i532, une tour d'escalier fut commandée à maître Sébastien Bouguereau pour desservir, à gauche, le log-ement des officiers du g'uet, suivi de la tour barlongue de la prison, ainsi que la trésorerie, et, à droite, la chambre des archives par un pont sur voûte lancé entre les deux.

FiG. i5i. — La salle dite le Petit Consistoire; gravure contemporaine de sa démolition.

L'escalier de la tour de la Vis, plus tard tour de l'Horlog-c, monté par Guillaume Norman en i558, élait une merveille de coupe de pierre, à pente si douce que Ton pouvait hisser sur le sommet l'artillerie de la ville. Tous les tailleurs de pierre venaient la visiter à leur passage à Toulouse. Lorsque la tour fut démolie, en 1878, ces degrés célèbres furent déposés, pour être replacés dans une autre construction, sur le sol d'une arrière-cour du Lycée, d'où ils ont fini par être enlevés, probablement pour servir de moellons. Un monument déplacé est un monument perdu.

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FiG. 152. — riii'iniiiéc, |);ir lîaclielicr, ;ui l'clit Cdiisisloirc.

246 LES aïONUMENTS DE TOULOUSE.

Une étroite et raicle vis en fonte, comme celle des magasins, relie les étages du Donjon et oblige à des exercices d'équilibre lés travailleurs qui la gravissent charg-és de pièces à consulter.

Les registres et liasses des archives toulousaines furent enfin abrités au Donjon en 1887, après avoir subi plusieurs transferts.

La tour des Archives conservait les allures gothiques. La Renaissance ne signalait sa venue que sur la porte.

Mais la g-lorieuse époque toulousaine laissa bientôt à l'hôtel de ville deux œuvres remarquables.

En i554, Guiraud Mellot sculpta la porte du grand consistoire, qui présente une fine et riche ornementation entre des proportions heureuses. Une frise, supportée par des g-aines revêtues d'enroulements et de larges feuillages que surmontent deux têtes énergiquement taillées dans la pierre, s'orne des blasons des capitouls de l'année encadrés dans des cartouches aux bords découpés et relevés. Au-dessus, les armes royales s'entourent du collier de Saint-Michel sous un fronton terminant l'ordonnance.

Les blasons capitulaires étaient presque les seuls qui eussent traversé sans péril la Révolution , grâce à la flatterie envers Richelieu qui les avait recouverts de bas-reliefs en plâtre représentant la prise de La Rochelle, lors du passag-e du cardinal en 1632.

Lorsque le consistoire fut démoli, en 1880, la municipalité négligea de se réserver la porte dans le traité avec l'entrepreneur, et elle lui fut adjugée, après un procès trop tardif, par un jugement du tribunal qui ne la considéra pas comme une œuvre d'art. Elle fut vendue à un amateur bordelais, dont elle orna le parc pendant quelques années.

En i555, Nicolas Bachelier éleva, sur la façade de l'hôtel de ville, qui s'ouvrait alors sur une rue étroite, la porte dont le cintre se développe entre deux étag-es de colonnettes et se surmonte d'un oculus sous un fronton dominé par trois croissants. La frise portait les blasons des capitouls, martelés en 1793. La porte fut transférée, en 1O71, par l'architecte Pierre Mercier, sur la façade

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de Tarsenal, plus lard la Commu talion, à la rue Villeneuve. Mais son élég-ance fut fort, alourdie par l'inscription dans un cartouche

FiG. ij3. — Porte du s-rand consistoire, enlevée en i885.

carré et les nouvcanx blasons des capitouls de ccLle année, telle qu'on la voit aujourd'hui au Jardin des Plantes, avec, au i-evers, le hàlinienl du tenij»s d'Henri IV, rpii, perdu dans le vide, ne pré-

sente plus les ressauts pitloresques qu'il profilait autrefois sur la rue Lafayetle.

Mais il n'en faut pas moins se féliciter que cette œuvre d'art, la seule parmi les nombreuses destructions des dernières années, ait été sauvée par les soins de M. Gartailhac, alors conseiller municipal, et par l'habileté de M. Grinda, membre aussi de la Société archéologique, à ce moment architecte de la ville, qui ne se serait pas senti le cœur assez dur aux choses de son art pour voir périr entre ses mains une création aussi exquise.

Si, en 1771, la porte de Bachelier fut transférée de la façade principale à celle de l'arsenal, c'est qu'en même temps la porte de l'arsenal, construite en 1G20 avec une statue de Louis Xlll à cheval, un bas-relief et les statues de la Force et de la Justice, le tout en bronze, vint prendre sa place sur la façade.

Lorsque Cammas éleva la façade monumentale du Capitole, en 1751, ces bronzes furent placés, en 1755, à la place Mage, sur le pan coupé qui montrait la face nue, après la démolition d'une maison entre les rues Tolosane et Bouquières. Ils y sont restés jusqu'en [875, sauf la statue équestre du roi qui avait été détruite pendant la Révolution.

La belle ordonnance, encore anonyme, qui décore le fond de la cour est une œuvre de la Renaissance dans sa partie inférieure et des dernières années du règ-ne d'Henri IV dans celle qui la surmonte avec la statue du roi placée en 1G07 dans la niche ornementée qui l'encadre. Mais Antoine Guépin sculpta, vers 1680, au-dessus des courbes de la porte les deux génies ailés tenant de la main droite, l'un la croix aux douze perles, l'autre une couronne, et une branche fleurie de la gauclie, figures d'une élégante et belle envolée. Une troisième, sur le cintre, presse sur sa poitrine l'agneau qui figure sur le blason toulousain.

Les arcades et l'étage de la cour, en assises de pierres et de briques, furent commencés en i()o3 et terminés en iGoG. Les armoiries des capîtouls, qui marquaient ces dates au-dessus des cintres des arcades, entre les pilastres et autour des fenêtres en

LE CAPITULE, HOTEL DE TILLE

l"i(.. j.'i/i. — l'oilc (le Ikiclielier, lr;iiis|toi'léc du (Ijipilolc iiu .Ijinlin-dcs-l'l.inlos.

200 LEâ MONUMENTS t>É TOÛLOLÎSË.

croix, avaient été grattées pendant la Révolution. Ernest Roscliacli les fit rétablir, en 1878, par le sculpteur Azibert, qui eut le tort d'indiquer les couleurs et les émaux par des traits et des points qui n'étaient pas encore usités au temps d'Henri IV. La restitution de toutes les armoiries n'ayant pas été toujours possible, celles qui manquaient ont été remplacées par le cachet du quartier auquel appartenait le capitoul dont on n'avait pu retrouver le signe héraldique.

Les armoiries des capitouls de 1607 furent rétablies de même autour de la statue d'Henri IV, mais sans une rigoureuse précision.

En i6i3, Pierre Levesville, qui venait de construire la voûte du chœur de Saint-Etienne, dressa, dans la troisième cour, la porte du nouvel arsenal que l'on voyait, il y a une trentaine d'années encore, entre les deux canons en guise de colonnes.

La porte vis-à-vis la statue d'Henri IV, porte intérieure du corps de garde, fut surmontée, de 1676 à 1679, d'un balcon avec architrave, frise et corniche aux armes de la ville et des capitouls, par Pierre Jalbert et Jean Verdillac. Philibert Ghaillon sculpta les deux statues de Minerve, inspiratrice de la cité palladienne, portant l'une une chouette, l'autre un agneau.

La Salle des Illustres fut ouverte en 1694, sous la direction du syndic Germain de Lafaille, l'auteur des Annales de Toulouse. Le monumental escalier, construit par Ayries en 1680, dont le larg-e emmarchement à pente douce semblait inviter à monter, a disparu dans les récentes et déplorables restaurations, ainsi que sa rampe artistique en fer forgé^ due à Bourguignon, pour être remplacé par des deg-rés raides et des balustres en marbre qui ne relèvent que du métier de tourneur.

La façade extérieure était demeurée fort simple, malgré sa longueur. Elle ne s'ouvrait que par de petites fenêtres. Deux écliaug-uettes aux extrémités et la porte avec la statue de Louis XIII en étaient les seuls ornements.

L'architecte Guillaume Gammas dessina le plan de la façade

|'"i<;. I ;")."). I<';ic;i(l(' de l;i coui' Henri l\'

somptueuse avec colonnes et pilastres ioniques, trois avant-corps

FiG. i56. — Fronton central de l'hôtel de ville; gravure de l'architecte Guillaume Cammas.

et mariag-e coloré de la binque toulousaine avec la pierre. La première pierre fut posée le 26 août 1750. a Beau, mais bas », dit

FiG. 167. — Fronton du pavillon nord; gravure de Cammas.

devant cet ouvrag-e Napoléon, qui se plaisait aux jugements péremptoires. Des mesures d'économie et l'obligation de maintenir

LE CAPITULE, HOTEL DE VILLE

les proportions de la Salle des Illustres amenèrent à ne pas hausser l'ordonnance. D'après le premier projet, les colonnes sur le corps

FiG. i58. — Fronton du pavillon sud; gravure de Camnias.

central ne devaient être qu'au nombre de six et seulement en pierre. Elles furent portées à huit et décidées en marbre pour représenter dignement les huit capitouls.

Fifi. I .")(). — Balcon.

Les groupes sur les pavillons en saillie l'urent sculptés par PjirniiL. L'ciiscKible ne iiiiuirpic ni de ninjeslé ni d'harmonie. J^es iU'iiKjir'ics d(^s cjipilouls coiilcniporains lii^uraient sur les

balcons en fer, forgés par Ortet. Elles avaient été enlevées pendant la Révolution et elles furent remplacées au hasard, sous le règne de Charles X, par d'autres, prises dans les dépôts de l'hôlel de ville. Quelques-unes furent vendues.

La reconstruction du Capitole, entreprise en 1882, a fait disparaître la plupart des divers bâtiments anciens. Construits à des époques successives , ils étaient les témoins de l'histoire de la ville en même temps que de la marche de l'art tou-

lousain. Ils auraient dû être conservés à ce double titre, et le nouveau square eût été animé par eux de précieux souvenirs comme de profils accidentés plus propres à réjouir les yeux que la nouvelle façade banale, éle- V vée par l'architecte Lecleic ^1, C'était le vœu qu'avait exprimé, en 1868, lors des premiers projets connus, la Société aicheologique, qu'on avait du moins daigne consullei

FiG, iGo. — Plafund du théâtre, pur Bénézet. — La belle Paule

LE CAPITULE, HOTEL DE VILLE

Ce fut mémo aussi celui de Viollet-le-Duc, au moment t^^ où les travaux furent entrepris. Les archéolog-ues sont, il est vrai, des gens importuns et de peu de poids, mais ils ne sont pas cependant si attachés au passé qu'ils n'aient quelques vues justes sur le présent !

La masse du Donjon a seule résisté, mais dépouillée de son :^^.^^^^\ indispensable annexe la tour ^è^V\ de la Vis ou de l'Horloge. Dans son isolement, elle coupe désagréablement les lignes de la façade nouvelle, si bien qu'il fut aussi question de la transporter, sur des rouleaux, à l'angle du square!

La Salle des Illustres

elle-même a été prolong-ée

outre mesure, transformée

en une interminable galerie

^/ impropre à toute réunion, tandis qu'elle se terminait ans l'élargissement du paon central et par une décotion fort ornementale où trô- , enlouré de trophées, le buste

Llis XIV.

lupart des bustes des personiges loiiloiisains (jui avaieni l'ait donner nom à la salle ont disparu, même celui de son fondalcni", Germain de Lafjiille.

Fkj. iOi. — l'hii'oiiil ilii iIkn'iIit, piir liriH'zcl. — Clomencc Isaure.

Mais la galerie est devenue une des belles de l'Europe par les œuvres des artistes toulousains, qui sont une des gloires de l'art contemporain.

Le théâtre s'est logé depuis longtemps sur le pavillon méridional. Les dangers d'incendie qu'il fait courir ont amené des projets de déplacement encore loin de leur réalisation, à la place

FiG. 1G2 — Le Donjon et l'Hôtel de Ville (façade au levant, moderne).

Esquirol, par exemple, qui semble attendre un monument. La salle a été reconstituée en 1880, avec une médiocre entente de l'art monumental. Les colonnes gigantesques, les statues colossales des frises, qui semblent menacer les spectateurs de leur chute, font paraître la salle plus petite qu'elle n'est, conirairement à l'effet que doit viser l'architecte. Les reliefs, multipliés, produisent entre eux des creux noirs où se perd la lumière.

Un beau plafond de Bernard Bénézet, symbolisant les gloires littéraires et artistiques de Toulouse autour de Clémence Isaure et de la belle Paule, aurait mieux trouvé sa vraie place à la Salle des Illustres.

LE CAPITULE, HOTEL DE VILLE

Catel, p. 181.

Lafaille, passim.

Barthès , Heures perdues, année

Taylor et Ch. Nodier, Voyage pittoresque en Languedoc, i833, t. I, p. 21, 3 planches.

Mosaïque du Midi, iSSg, t. II, p. 47-

Cléobiile Paul et Cayla, Toulouse monumentale et pittoresque , 1842, p. 21.

DuMÈGE, Institutions de la ville de Toulouse, 1846, t. IV, p. 277.

E. RoscHAcii, Catalogue ... du Musée de Toulouse, Introduction, i865 ; — Inventaire des ArcJiives communales. In ti^od action, 1891; — Histoire graphique du Languedoc, 1905.

Baron du Périer et Edward Barry, Rapport de la Commission nommée par la Société arcliéologique à l'occasion du projet de reconstruction du Capitole (Mé-

moires de la Société archéolog'ique, t. IX, p. i85).

Armieux, La prison du Capitole (Mémoires de l'Académie des sciences, i885, p. 55).

Mazzoli, Le Vieux Toulouse disparu, 1882, Autour du Capitole, p. 59, 5 planches.

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J. de Lahondès, La porte du Consistoire (Mémoires de la Société archéolog'ique du Midi de la France, t. XIV, p. 169).

E. Galabert, Les nouvelles miniatures des Annales capilulaires de Toulouse, Blasons (Id., t. XVI, p. 317).

Baron Desazars de Montgailiiard, L'art de la ferronnerie martelée à Toulouse (Id., p. 289).

J. Chalande, Les armoiries capilulaires au Capitole (Mémoires de l'Académie des sciences, lo'^ série, t. XII, p. io5).

Armes de Toulouse (if)!.!).

FiG. i63. — La justice présentant le Château Narbonnais; sceau de Raymond^, comte de Toulouse.

FiG. i6/|. — Miniature des Annales : Louis XIII entre à Toulouse par la porte du château Narbonnais.

LE PALAIS DE JUSTICE

Après les lonjo-ues années paisibles qui suivirent la conquête romaine, les invasions barbares obligèrent, vers la fin du troisième siècle, à entourer toutes les villes de murailles. C/est alors que furent construits le château Narbonnais et le circuit entier des remparts, avec leurs trente tours rondes ou demi-circulaires en saillie sur la courtine. Le château s'étendait en carré long-, muni de deux tours, l'une vers la campag-ne, l'autre vers la ville, u Elles étaient, dit Noguier, fabriquées de terre ferme, de terres cuites, de cailloux roulés ensemble joints à force de chaux vive, plus diuque n'est le fer tiré du creux des fiers rochers, et de grosses pierres de taille aïant plutôt apparaissance de dépoilles, reliques et vestiges de ruines d'autres batimens que d'avoir été faites à propos. )) Elles renfermaient donc, dans leurs assises, comme toutes les nmrailles romaines contemporaines, les débris des

monuments, monuments religieux surtout, sacrifiés à la construction hâtive des défenses ou déjà détruits.

FiG. i05. — Porte nord de l'enclos du palais (vue extérieure)

Le château s'adossa à une construction monumentale antérieure, dont une sculpture paraissait dater d'une haute époque,

LE PALAIS DE JUSTICE. 26 1

élevée, pendant les temps de prospérité, en grosses pierres de taille scellées par des crampons de fer. C'était la porte de la ville, à l'arrivée par la route de Narbonne, dressée sur un point correspondant à l'ouverture actuelle de la rue de l'Inquisition, un peu avant la chapelle de ce nom.

Cette belle construction fut utilisée, au Moyen âg-e, pour augmenter la force du château comtal. Mais, au seizième siècle, elle menaçait ruine, et Henri II ordonna, en i549, ^® ^^ démolir. L'ordre fut exécuté en i555, et Noguier prit alors le dessin de la sculpture au-dessus de la porte, gravé dans son livre (reproduit dans le présent volume à la page ii) : un trophée entre deux colonnes corinthiennes cannelées supportant frise, architrave et corniche, auquel deux captifs sont adossés. De robustes assises de pierre furent trouvées sur le prolongement de cette porte et encore, en i845, dans les fondations creusées pour la construction du Tribunal de première instance.

Dès le début des temps rudes des guerres féodales, les comtes de Toulouse vinrent habiter le château Narbonnais, mieux défendu que le palais de Pejrolade, du faubourg- Saint-Cyprien. Ils en aug-mentèrent les dispositions défensives et une barbacane, aux contours arrondis vers le dehors, fut disposée au-devant de la porte.

Les tours romaines furent reprises à diverses époques, toujours montées en assises de briques, particulièrement au quatorzième siècle, au moment des guerres ang-laises. On voit encore l'une d'elles presque complète, voûtée au rez-de-chaussée, dans la prison militaire des Hauts-Murats^ et l'on peut suivre l'ancien rempart double, avec large courtine entre les deux murs, dans un jardin longeant l'allée Saint-Michel, ainsi que d'autres murailles et bases de tours dans les caves de la rue des Fleurs. La lour surélevée au Moyen âge, di(c de l'Aigle, « d'autant qu'à sou couj)oau un aig-le de plomb girouettait à la faveur du vent », précédait à l'ouest le j)assage actuel de la (^our d'appel à la Cour d'assises.

Lue porte gothique en briques, avec mâchicoulis et créneaux,

semblable aux autres portes de la ville, datant de la reconstruction des remparts dans le milieu du quatorzième siècle, donnait entrée, à l'ouest, dans Tenclos du palais. On l'appelait la porte de l'Inquisition, parce qu'elle s'ouvrait devant la chapelle dominicaine. Elle a été démolie vers 1860, et la statue de la Vierg-e, dans une niche qui l'accostait, a été replacée à côté de la porte de la chapelle.

Une miniature de Chaletle, dans les Annales de 1682, représente Louis XIII entrant en carrosse à Toulouse entre la porte de la barbacane, avec sa herse levée, et la grande porte cintrée du château, devenu le palais du Parlement, surmontée aussi de mâchicoulis^ de créneaux, et flanquée de deux tourelles en poivrières.

La tour de l'Aigle apparaît dans la gravure du livre de Nicolas Bertrandi, dans un tableau du dix-septième siècle, conservé à l'église de Seysses, représentant l'entrée des Carmes à Toulouse en 1270, et dans le tableau de Cammas, au Musée, peint lors du rappel du Parlement par Louis XVI. On voit aussi, dans ce tableau, une autre tour célèbre du Parlement, la tour de l'Horloge, la porte du président de Verdun et, de même que dans la miniature de Ghalette, les petites bâtisses inégales et vulgaires qui encombraient l'enceinte.

Le palais des rois de France dans la Cité était devenu celui de leurs cours de justice. Celui des comtes de Toulouse vit transformer de même sa destination. xAprès la mort cLAlphonse de Poitiers^ en 1271, le sénéchal de Carcassonne, Guillaume de Cohardon, y reçut, au nom du roi, les hommages des vassaux de la province dont le nom est conservé dans le Saisi ment a m. Lorsque, dans les deux siècles suivants, les rois de France venaient à Toulouse, ils logeaient dans leur château. Charles VII fut le dernier qui y tint sa cour, mais, à ce moment, les bâtiments tombaient en ruines.

Aussi le Parlement^ s'apprêtant à devenir le souverain de la province, conçut-il, bientôt après son installation définitive, en 1444) le projet, longtemps poursuivi, jamais réalisé, de les

LE PALAIS DE JUSTICE

reconstruire entièrement. Il commença par remplacer l'antique salle neuve consacrée aux diverses cours de justice, où les Templiers avaient comparu en 1807, par une salle monumentale qui

FiG. 166. — Le château Narbonnais sur le tableau de l'église de Seysses.

proclame encore son importance. iW fut la grand'salle, aujoui'd'hui la grand'cliambre, consiruile en i^O^^ aux murs robustes mainlenus par des coulrclorls «Mitce lesquels s'ouvraieni des lenètres golliiques, inaiiilciiaiil Iraiisformées, Ils siq)|)orleiil un plafond à caissons sur lescpiels les fleurs de lis alternent avec la pre- Miirci' icilio (lu nom de r^iarlos Ml, ri, au-dessus, on voyall

encore naguère une charpente , en forme de carène renversée analogue à celles des châteaux de Pinsaguel et de Saint-Elix. Le roi s'asseyait dans un angle lorsqu'il venait tenir un lit de justice, et de même le premier président pendant les audiences.

Les mag-istrats entraient dans la salle par une porte ouverte sur une cour intérieure, vis-à-vis l'entrée actuelle. Elle s'élevait sur un perron à double volée, et le premier président de Verdun fît dresser, au-devant d'elle, un porche avec dôme à quatre pans surmonté d'un vase de plomb doré.

Au-dessus de la porte était gravée sur la pierre, en gothique ang-uleuse, l'inscription, aujourd'hui au Musée :

RÉGNANT LE ROI DE GRÂT RENOM CHARLES HUITIESME DE CE NOM CE LIEU FUT FAIT ET MIS A FIN LORS FUT NÉ LE NOBLE DAUPHIN, VEILHE SAINT DENIS GLORIEUX MIL QUATRE CENS NONANTE DEUX.

Un autel était dressé au fond de la salle et, jusqu'à ces dernières années, la messe y était célébrée le jour de la rentrée des cours de justice. Près de la porte actuelle se dresse une pyramide avec le médaillon de Louis XVI, commémorative de la rentrée triomphale du Parlement en 1777.

On y voyait aussi, autrefois, un tableau datant du milieu du quinzième siècle, conservé au Musée Saint- Raymond, représentant le Christ en croix, avec la Vierge et saint Jean debout à ses côtés, et, au-dessous, Charles VII et le dauphin, plus tard Louis XI, ag-enouillés. Leurs traits sont très reconnaissables, bien qu'ils aient été raclés à la Révolution. Il est à propos de rapprocher cette peinture du vitrail contemporain de la chapelle Saint- Joseph, à Saint-Etienne, qui montre dans la même attitude le roi et son fils.

Les travaux ambitieux ne furent pas continués. Les temps devinrent difficiles. L'édit d'Henri II, en i549, ordonna la démolition complète des bâtisses romaines du château Narbonnais, dont

LE PALAIS DE JUSTICE

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l'iG. iDy. — l"'i'(>iilis[)ic(' (Il's di-shi 'riKilosnnoriim , de .\. IJiTlr.u

une partie s'élaii écroulée, el la levée des somnies nécessaires pour une reconstruction. Nicolas Bachelier fit exécuter la démolition, mais, après les luttes religieuses, et surtout celle de i562, la population toulousaine redouta l'établissement d'une forteresse parlementaire. Une émeute éclata en i563, et les travaux commencés furent définitivement arrêtés.

L'enclos du Parlement demeura un amoncellement confus de constructions diverses^, de couloirs sombres et de préaux humides. La Cour suprême^ dont la juridiction croissait sans cesse en importance, éloigna les cours secondaires d'abord établies autour d'elle. Celle du Sénéchal, près des Hauts-Murats, sur la rue longtemps appelée de la Sénéchaussée, aujourd'hui rue Lavig-ueric, dut émigrer en i554 à la rue de Mirabel, aujourd'hui rue de RémusaL, pour laisser la place à la nouvelle chambre des requêtes, et la viguerie^ qui était logée à l'autre extrémité de l'enceinte, près du château, alla bientôt après s'échouer au port de la Daurade.

Des boutiques privilégiées s'empressaient d'encombrer encore tous les espaces libres. Elles n'avaient pas laissé une place pour une salle des pas perdus, et les cabarets du voisinage en profitaient pendant la suspension des audiences. Les magistrats disposaient seulement d'une salle pour déposer leurs manteaux, sur l'emplacement du vestibule de l'escalier construit sous Louis- Philippe, auprès d'une petite pièce de dégagement précédant l'entrée actuelle de la grand'chambre. Une rue, appelée rue Neuve, fut percée du sud au nord entre le Tribunal et la Cour d'appel d'aujourd'hui, et c'est sur un de ses côtés que s'ouvrait la porte donnant l'accès à la grande cour et à la porte monumentale de la grand'chambre.

La cour de la Table-de-M arbre prenait jour sur la rue des Fleurs, au point où s'ouvre aujourd'hui la porte de la Cour d'assises. Les grefFes accompagnaient les chambres diverses. Les prisons et cachots avaient conservé leur place près de la porte narbonnaise. La chapelle des comtes, qui occupait un des grands

LE PALAIS DE JUSTICE

bâlinienls flanquant la porte à rintôrlcur, était mainlcnue aussi, mais on avait établi tout auprès une chapelle plus petite pour les prisonniers.

Deux ornementations partielles témoignent seules de la pensée constante des parlementaires pour endjellir leur palais. Bernard Lauret, premier président de 1472 à i5o5, fit poser les solives de la cbambre, appelée depuis la Chambre dorée, sur lesquelles on voit encore le laurier de ses armes et les fleurs de lis royales dans leur forme du quinzième siècle. Plus tard, vers i()/i5, le premier président, Berlier de Montrabe, fit tailler entre elles, dans le bois en puissant relief, neuf fîg-ures représentant les vertus du mag-istrat. Au premier étage, la salle de réunion est décorée par un autre plafond monlrant les travaux d'Hercule en sculptures sur bois de la même époque et du même style vigoureux Jusqu'à l'enflure. La cheminée de la salle présente, sur le trumeau sculpté de même en bois, Salomon rendant son jugement célèbre sous les trails du jeune Louis XIV.

La salle est ornée aussi par les portraits des premiers présidents.

Mais les vastes projets de reconstruction demeuraient abandonnés, et les antiques pierres de taille ronuiines laissées en réserve après les démolitions ordonnées par Henri II furent cédées par le Parlement à l'œuvre de la construction de la voûte de la cathédrale Saint-Étienne, après l'incendie du 9 décembre iGoq.

L'Académie d'architecture préseuta, en 1775, un projet de reconstruction totale que la Révolution ne permit pas d'exécuter.

L'architecte Jean-Pierre Lafli'ont, élevé par Percier dans les traditions classi(pies, reçut en 1820, du gouvernement^ la mission de la réaliser. 11 poursuivit pendant de longues années et jusqu'en 1847 la construction de la Cour d'appel^ de la Cour d'assises et du Tribunal, édifices corrects mais d'une froide et inexpressive banalité qui fait regretter vivement qu'on n'ait pas conservé des fragments anciens et surtout que les parlementaires du seizième siècle n'aient pu exécuter le projet qu'ils avaient conçu de

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