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LES FONTAINES

Pendant des siècles, Toulouse n'eut pour s'abreuver que l'eau de son fleuve prise par les habitants sur des bateaux longeant les rives du pont Vieux et de la Daurade, et celle des puits creusés sur les places et les carrefours. Les noms de Puits -Verts, de Puits- Greusés, de Puits-Clos et de Perchepeinte gardent le souvenir de ces réservoirs naturels que la science actuelle déclare très dangereux pour la santé publique.

Seule la fontaine de la place Saint-Elienne donnait de l'eau de source dans les quartiers de la rive droite, et, au quartier Saint- Cyprien descendait aussi à la fontaine dite de Sainte-Marie l'eau venue du plateau de l'Ardenne filtrée naturellement par les cailloux et les sables diluviens.

La fontaine de la place Saint-Etienne était due aux chanoines de la cathédrale qui avaient amené l'eau des coteaux qui se dressent à l'est de ce quartier dans leur enclos et en avaient f'ail bénéficier les habitants. I^a première des réparations fréquentes qui soit mentionnée fut entreprise par le prévôt Bernard de Rousergue et exécutée par .b'an Drltil. L'eau, mal dirigée dans des tuyaux de terre cuite ou ummiic siuq)leui(Mit ci'cusés dans le \\[[\ laï'issail souvent.

Elle arrivait seulement dans la cour de la prévôté. Le 29 août i523j un arrêt du Parlement terminant un long- procès ordonnait que l'eau du g-rifFon serait amenée devant la porte principale de Saint-Étienne, en lieu propice pour Tusage des chanoines et des

habitants et aux frais de la ville.

Mais les travaux pour ce nouvel ouvrage ne furent entrepris qu^en i5/i6.

Pierre de Naves construisit la voûte au-dessus du bassin de réception des eaux de Guilheméry, dont on voit encore le reg-ard, reconstruit depuis, devant la porte du Caousou. Guiraud Mellot établit un

second bassin de réception hors la porte Saint- Etienne. Antoine Castel posa les voûtes au-dessus des canaux de conduite, et Nicolas Bachelier avec Laurent Glary , après avoir vérifié ces travaux, présentèrent un rapport favorable le 7 tlécembre i548.

Jean Raincy, dit Feuiihète, s'était charg-é de

FiG. 188. — Fontaine de la place Saint-Etienne.

transporter la vasque de marbre de la prévôté jusqu'au-devant des Gordeliers pour la mettre à l'abri pendant l'exécution des travaux. Le recteur de Saint-Pierre-des-Guisines donna deux colonnes de marbre pour soutenir la vasque. Raincy construisit d^abord la voûte au-dessous de la vasque de marbre posée ensuite au milieu de la place, sur quatre colonnes, et reçut pour ce travail 1.698 livres 2 sols tournois dont le payement fut ter-

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miné le ii mars i549. Claude Peillot, fondeur, plaça les tuyaux de conduite.

Mais la décoration de la fonlaine telle que nous la voyons aujourd'hui ne fut disposée qu'en iSqS. Antoine Bachelier, d'après un contrat passé avec le syndic de la ville le 20 septembre, éleva, au milieu de la fontaine, le piédestal avec les quatre niches où des populos de bronze tenaient des vases par où l'eau s'échappait et, au-dessus, quatre boules de bronze. Sur les boules de bronze se dressa la pyramide en marbre blanc et rouge, probablement de Sarrancolin.

Les populos que d'autres contrais appellent aussi marmoyets^ ou marmousets, ou cupidons, furent fondus par Pierre Chevenet, qui fournit aussi toutes les pièces de bronze et reçut pour son travail, terminé à la Saint-Marlin, la somme de 60 écus.

Enfin, Pierre Lacande, maître fontainier de la ville, reçut, le 12 décembre, 5oo écus pour fin de paye de 600 écus convenus pour tous les travaux exécutés par lui.

La disposition de la fontaine Saint-Etienne est imitée des fontaines de Rome.

Mais de nouvelles réparations furent souvent nécessaires. En 1627^ les tuyaux de bronze furent réparés par Etienne Boulous. Benoît Galaberl, fontainier de Saverdun, reprit toutes les conduites en i63o.

Bientôt une nouvelle réparation s'imposa ; elle fut dirigée par Horatio Ferrari, maître fontainier du roi. Il fit refondre les marmousets de bronze ou, du moins, fit poser sur le thorax de l'un d'eux la date de 1649. L'un de leurs pieds s'appuie sur une tête de tortue, en souvenir aussi peut-être de la fontaine des Tarterughes élevée à Rome en rSgo par Porta. Le réservoir avec porte de fer, à l'entrée du Gaousou, fut aussi reconstruit à ce moment.

Une réparation plus impoilante encore, puisqu'elle coûta 35.000 livres, fut exécutée en 1720 par l'ingénieur Ferrary, fils de celui du siècle précédent. Il lit lailler une nouv<^lle vasque sur le rebord de laquelle sou iioui est inscrit avec la date en chiffres

SaS LES MONUMENTS DE TOULOUSE.

romains et en chiffres arabes. La pyramide fui relevée sur un coussinet qui devait être en bronze mais qui est resté simplement en briques recouvertes, en 1771, de plaques de fonte. La partie supérieure de la pyramide qui avait été rompue dut se contenter d'être reproduite en pierre. Un des marmousets qui avait disparu fut refondu^ celui de l'ouest faisant jaillir l'eau par la g-ueule d'un dragon enroulé autour de son bras. Enfin, on remit les quatre dans de nouvelles niches de marbre.

Les armoiries des capitouls de l'aimée, aujourd'hui mutilées, furent sculptées sur les pans du bassin octogone inférieur.

La cuve octogone fut ainsi taillée à nouveau. Le parvis autour d'elle fut dallé en pierre avec de nouvelles marches. La pierre vint du carrellement de Forangerie de M. de Cambon, à Lespinet, à qui elle fut payée, le 21 janvier 1721, 267 livres 10 sols.

La dépression en contre-bas mettait à l'abri des charrettes ou carrosses les femmes qui venaient puiser l'eau.

C'est pendant la réparation des conduites que l'on découvrit, au-dessous du réservoir du Gaousou, une pierre sur laquelle était inscrit le mot Tholus. Les antiquaires crurent aussitôt avoir retrouvé la révélation de la fondation de Toulouse par le fils d'Enée, mais des esprits avisés dissipèrent l'illusion patriotique en faisant observer que le mot toliis sig-nifiait simplement une clef de voûte.

Lorsque le canal du Languedoc eut été creusé, un syphon dut être établi au-dessous de son lit.

En 1691, la source d'un puits situé sur le chemin de Montaudran et celles des fontaines de la Chicane et de la Béarnaise furent réunies au bassin de Guilheméry pour en aug-menter le débit. Mais le bassin s'embourbait souvent et de même les conduites. Les propriétaires des terrains traversés par elles se plaig-naient parfois des dég-ats occasionnés par les fuites. Ainsi, François de Cambon, évêque de Mirepoix, en 1777, pour son jardin de plaisance de Guilheméry, appelé aujourd'hui le Gaousou.

L'état des aqueducs nécessita d'autres réparations fort coûteuses

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en 1770, pour lesquelles le roi fit remise à la ville de plus de 53.000 livres.

On tenta parfois d'utiliser les sources des coteaux de l'est et du sud pour ouvrir des fontaines sur divers points de la ville : en 1606, sur la place Saint-Sernin, et Antoinette Delboscq, femme de Jean Massonnier, adressa une plainte aux capitouls pour les dommages portés à son champ de Terre-Gavade, puis à la place Matabiau; en 1702, sur la place du Salin, d'après la demande, très bien acueillie par les capitouls, des habitants de la Dalbade et de Saint-Barthélémy. Une fontaine sur la place Saint-Michel fut réédifiée en 1754. L'eau venait du coteau de Pouvourville et une partie, se joignant à l'ancien ruisseau du Sauzat, s'écoulait à découvert sur un des côtés de la rue appelée des Vingt-six, puis des Trente-six ponts, parce que chacune des maisons était munie d'un poncelet afin que les habitants pussent y pénétrer. Cette fontaine avait été placée auparavant contre le rempart, auprès de la porte du château Narbonnais. Lorsque l'eau de la Garonne arriva dans la ville, une fontaine et un abreuvoir furent établis sur la place en 1820. Le lavoir a été supprimé en 1860.

Mais la quantité d'eau diminuait sans cesse, à la fontaine Saint- Etienne comme à toutes les autres. Ainsi une fontaine à la place Montgaillard, pour laquelle les capitouls avaient capté les sources de la Béarnaise et de la Baraquette et projeté une disposition monumentale dont le plan est aux archives, avait cessé de couler depuis longtemps.

Seule la fontaine Sainte-Marie, à Saint-Gyprien^ fournissait une eau vraiment pure, filtrée par les sables.

Le capitoul Laganne légua à la ville une somme de 5o.ooo livres pour l'établissement de ses fontaines. Mais Toulouse n'entra en jouissance de ce legs qu'en 181 7, après la mort de la veuve du donateur.

On se mit aussitôt à l'œuvre. L'eau fut prise dans la Garonne avec filtres naturels dans la prairie qui porte leur nom. Un château d'eau, fort admiré alors comme une des merveilles de Tou-

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louse, mais devenu depuis insuffisant, fut construit sur les plans de l'architecte Raynaud par l'entrepreneur Maurel. L'eau du fleuve arriva enfin dans la ville en 1825, et quand la fontaine de la place Saint-Etienne reçut d'elle ses six pouces, il y avait plus d'un an qu'elle n'en donnait plus une goutte.

Dès que l'on eut la certitude que l'eau filtrée de la Garonne arriverait bientôt dans la ville, on se préoccupa de l'utiliser pour l'embellissement des places publiques et des jardins. La place de la Trinité fut la première où l'on vit jaillir les g-erbes ornementales. Un concours avait été ouvert et le projet du jeune Urbain Vitry, envoyé en 1824, fut admis, approuvé par le Conseil municipal avec les devis le 27 septembre 1824 et par le préfet le i^'^ mars 1825.

C'est la première œuvre de l'habile et fécond architecte, et peut-être la plus heureuse.

Le monument se compose de trois marches circulaires en pierre de Carcassonne, prise aux carrières de Villegly, supportant une vasque circulaire en marbre gris de 5 mètres de diamètre qui a remplacé récemment une première vasque en pierre. Du milieu du bassin s'élève un socle triangulaire aux pans incurvés en marbre blanc de Saint-Béat sur lequel se dressent Irois sirènes ailées en bronze supportant, avec un balustre central, une coupe du même marbre d'une seule pièce de 2 '"10 de diamètre et de o'"4o d'épaisseur. Un jet d'eau à ressauts s'élance du bassin, y retombe, et l'eau est ensuite rejetée dans le bassin inférieur par trois têtes de lion de bronze. Trois bornes-fontaines au-dessous livrent ensuite Teau aux habitants du quartier.

D'après le projet initial, les sirènes devaient être en marbre blanc et rejeter l'eau par leurs lèvres. On redouta l'altération du marbre par les eaux et les g-elées, et les statues furent fondues en bronze à Paris par Romagnesi. Elles arrivèrent à Toulouse en mars 182G. Douze bornes devaient d'abord aussi entourer le grand bassin.

Outre le dang-er évitée l'alliance du marbre et du bronze pro-

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duit une harmonie séduisante dans la riche et pure élégance de lig-nes du monument.

Les bronzes étaient, selon le projet, de couleur vert antique. La dorure dont on les a récemment revêtus se marie moins bien avec la blancheur des marbres.

L'ensemble de la construction, qui s'élève à 5 mètres au-dessus du sol, repose sur une voûte puissante en briques avec clef en pierre de Villegly, ménagée au centre d'un massif de maçonnerie qui s'enfonce à plus de 9 mètres dans le sol.

Maurel, entrepreneur des aqueducs des nouvelles fontaines, se rendit adjudicataire des travaux le 21 avril 1826 et s'engagea à les livrer en trois mois.

Le socle et la coupe en marbre blanc furent taillés par Layerle Capel.

La dépense avait été évaluée à 1 5.253 francs : 9-493 francs pour les maçonneries et les pierres de taille, 3.950 francs pour les bronzes, 1.780 francs pour le socle et la coupe en marbre blanc.

Mais Layerle Gapel demanda 3. 000 francs, l'extraction du marbre et l'élargissement du chemin de la carrière sur une longueur de 5oo mètres ayant dépassé de beaucoup ses prévisions. Des infiltrations se produisirent dans la voûte inférieure dès l'année suivante, et l'entrepreneur dut construire un larmier circulaire autour de la maçonnerie pour les éviter. La dépense fut ainsi augmentée d^une somme de 1.486 francs.

L'architecte Raynaud, qui avait été le rival malheureux de Urbain Vitry dans le concours pour la fontaine de la Trinité, se consola bientôt après en construisant la fontaine voisine de la place Rouaix. Mais cette place, qui conserve le nom assourdi de l'antique famille des Roaix et qui s'ouvre sur le point le plus élevé de la ville (i46 mètres), méritait mieux que ce petit monument de formes mesquines et d'aspect presque funéraire. Un cippe carré revêtu de plaques de marbre blanc, abrité {)ar un toit à deux versants avec frontons aux deux extrémités et ornements imités de l'antique, s'élève au milieu d'un bassin circulaire en marbre gris

décoré de cannelures. L'eau s'échappe de deux têtes de lion de bronze et huit socles pour l'appui des cruches entourent le bassin.

La fontaine de la place Dupuy fut élevée en l'honneur du général, fds de Toulouse.

Dominique Dupuy fut d'abord l'un des chefs du premier bataillon des volontaires de la Haute-Garonne et prit part aux campagnes du Piémont. Gomme il tenta ensuite d'arracher la province à Tanarchie révolutionnaire, il fut emprisonné et sauvé seulement par le 9 thermidor. C'est surtout dans les guerres d'Italie qu'il s'illustra : à Lonato, à Arcole, à Rivoli. Il suivit Bonaparte en Egypte et fut tué le jour de la révolte du Gaire, le 2 1 octobre 1 799.

Les Toulousains célébrèrent une fête funèbre en son honneur le 1 1 novembre 1800. Un arrêté des consuls ordonna qu'un monument lui serait dédié à Toulouse, et une première pierre fut posée au Bouling-rin. Mais il fut décidé plus tard qu'une colonne commémorative serait élevée sur la place qu'avaient laissée libre la démolition de l'église Saint-Sauveur et la suppression du cimetière qui l'entourait. Elle ne fut dressée qu'en 1829, d'après le plan d'Urbain Vitry.

La colonne, en fonte, s'élève à 19™ 20 sur un piédestal carré en marbre blanc, au-dessus d'un bassin circulaire dans lequel quatre g-riffons de bronze, d'après le sculpteur Griffoul-Dorval, projettent l'eau par leur bec. Le buste du général, sculpté aussi par Griffoul-Dorval, se montre sur la face ouest du piédestal, et, sur les trois autres faces, se lisent les inscriptions :

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