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LES PONTS

Toulouse n'eut pendant de longs siècles que des ponts de bois ou des ponls avec piles en maçonnerie et tabliers de charpente ; le pont de Gommlngrs, enire la rive gauche et la rue des Moulins, où les comles de Coniininges avaient leur maison, un peu en aval du pont actuel de Saint- Michel ; le pont vieux, qui donna son nom à un capiloulat et qui s'écroula, la veille de l'Ascension 1281, sous le poids de la i"ouIe entassée pour voir la cérémonie annuelle de l'immersion de la croix dans la Garonne, mais dont on voit encore une pile rongée par les eaux près de la prairie des Filtres; il fut détruit une seconde fois par l'inondation du 5 avril lôaS, et on ne tenta plus de le relever. Le pont de la Daurade, fondé en 1192, mais dont l'arche en maçonnerie joignant aujourd'hui l'hôpiLal ne fut consiruile qu'en i48o, en même temps que la pile émergeant du fleuve, préparée aussi pour recevoir une voûte vers l'hôpital , mais une charpente seulement de l'autre côté. On l'appelait le pont neuf par rapport au précédent, et aussi le pont couvert, parce qu'une double rangée de maisons et de boutiques en pans de bois couvrait toute sa longueur. Il fut emporté par l'inondation de 1606. Il offrait la principale entrée dans la ville aux arrivants de la Gascogne qui venaient de pénétrer par la porte de l'isle, près du couA^ent des Clarisses de la Porte, aujourd'hui dépendance de l'hôpital de la Grave, et de longer la rue Réclusane et la rue Saint-Nicolas, les plus passag'ères du faubourg- avant la construction du grand pont et l'ouverture de la large avenue. On voit très bien que la travée au devant de l'arche surmontée d'un fronton a été construite postérieurement entre les deux g-rands bàtinu^nts de l'hôpital et a fermé le passage.

La pile isolée au milieu du fleuve peut servir de fémoin |)()uii;i Irrr-ibic inondai Ion du :i?) juin 1X7.") : l<' niveau de la criu' alMeurail son somrnel f|U(' l'on vovail ù pcme.

Enfin, un pont nouvellement consirull, dit la Chanson delà Croisade, lorsque le prince Louis vini allacpier la ville au printemps de 12 19, sur les roches marneuses entre le château du Bazacle et le lieu où, plus tard, « on tuait les bœufs pour la provision de la

FiG. 184. — Les baies du pont; projet de Loniercicr, non réalisé.

ville ». Le pont des Amidonniers se construit actuellement un peu en aval. En i4i^^5 une crue emporta cinq ponts sur la Garonne. Les habitants se lassaient de réparer sans cesse les ponts que les crues fréquentes ébranlaient ou détruisaient même. Ils résolurent, en i5o4, de construire un grand pont de pierre. Le roi les autorisa à lever 3o.ooo livres sur les diocèses voisins; Tarchevêqiie, le chapitre de Saint-Etienne et le clergé contribuèrent à

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cette grande entreprise, et, après les travaux préparatoires, la première pierre du pont, appelé toujours le Pont-Neuf, fut posée en grande pompe, pour le pilier du côté de la ville, le 7 janvier 1544? ptir le premier président de Mansencal, et bénite par le religieux dominicain Guillaume de Prat, évêque de Tarse,

FiG. 180. — L'arc de triomphe avec la slaliie de Louis XIII, détruit en i8a8 et 1807.

sufi'ragant de l'archevêque de Toulouse. Une seconde pile joig-nant le faubourg- fut construite l'année suivante. Elle ne monta que fort difficilement, contrariée par les courants d'eaux vives qui descendaient du plaleau de l'Ardenne et aussi par d'anciennes assises que l'on trouva en creusant les fondements.

Les autres |)iles se succédèrent à d'assez longs intervalles. Kn lOai), il ne restait plus qu'une arche à dresser et le pont fut livré au public en i().*^)2.

Nicolas Bachelier avait dirigé les premières constructions. Pierre SoufFron reprit ce bel ouvrage en 1602, éleva les piles en pierre de taille jusqu'au niveau des éperons, mais, douze ans après, un traité fut conclu, le 7 mai i6i4, avec Jacques Lemercier, architecte du roi, qui termina les sept arches en briques avec chaînages de pierre, donna le dessin des profds supérieurs, ainsi que de l'encadrement des g-randes baies ouvertes entre les piles pour livrer passage aux courants des grandes crues. Leurs dentelures singulières, d'aspect fort maigre, traduisent mal le projet conçu et publié par une belle planche gravée, mais toujours inexécuté, de les transformer en mufles de lion avec pattes soutenant les peaux retombantes de chaque côté, ornementation fréquente en pierre ou en bois au temps de Louis XilL

Lemercier complète l'aspect monumental du pont par un arc de triomphe élevé à l'entrée du faubourg- Saint-Cyprien, analogue aux pavillons qu'il construisit au château de Richelieu. La statue équestre de Louis XIII en bas-relief décorait le dessus de la porte du côlé de la ville et, en 1667, les capitouls firent tracer au revers une inscription en l'honneur du duc de Verneuil qui venait d'être nommé gouverneur de la province.

L'entrée dans la ville fut décorée par les deux statues, dressées dans des niches, du Christ, copie par Guépin de celui de Michel- Ange à l'ég-lise de la Minerve, et de la Vierge foulant aux pieds l'hérésie, dont l'auteur est inconnu, érig-ée, le 17 mai 1G62, à l'occasion du premier centenaire de la défaite des huguenots. Deux trophées de drapeaux entourant les bustes de Louis XIII et de Louis XIV furent posés sur les deux premières maisons de la place élégamment décorées.

Les deux statues sont aujourd'Iiui au Musée. Le trophée de Louis XIII, dépouillé du busto royal par la Révolution, fut placé, vers 1820, sur la partie récemment terminée du quai de la Daurade, à l'entrée de la rue de la Boule, où on le voit encore. Le trophée avec le buste de Louis XIV a disparu.

L'arc de triomphe fui démoli pour faciliter le passage en dé-

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cembrc i858. Les deux pavillons carrés latéraux, conservés pendant quelques années, suivirent, dix ans après, celte première destruction. En 1867, la pente du côté de la place du Pont fut adoucie, le point culminant abaissé de 5o centimètres, tandis que le terrain de la place du Pont fut relevé d'à peu près autant.

Une huitième pile plus petite est enfouie entre le quai Dillon et l'Hôtel-Dieu.

Malgré ces transformations, le pont conserve son allure de noble puissance et de sûre robustesse. Il garde l'empreinte d'une grande époque. II a résisté aux furies impétueuses des inondations, tandis qu'il voyait tomber tant d'autres ponts plus récents, et deux fois déjà, en i854 et en 1875, ses deux voisins, les ponts suspendus de Saint-Michel et de Saint-Pierre.

Le pont Saint-Michel, dressé en i84o, a été reconstruit en maçonnerie après l'inondation de 1876. En même temps fut rétabli, mais avec la même suspension inquiétante, le pont Saint- Pierre.

Le pont des Amidonniers, construit en piles et murs parallèles en maçonnerie entre lesquels sont disposés les arcs soutenant le tablier en ciment armé selon le plan de l'ingénieur Séjourné, vient d'être achevé. Ses formes, d'une élégante légèreté, ne laissent pas que de troubler le regard. Il ne suffit pas qu'un monument soit solide. Il faut qu'il ait l'air de l'être.

Le pont de Tounis, qui relie à la ville l'île populeuse jadis souvent turbulente des moulins et des fabriques, fut construit en briques, remplaçant pour la première fois les charpentes, de i5i4 à i5i6. Une miniature des Annales de cette dernière année montre l'aspect à ce moment de la construction.

Le pont des Demoiselles, sur le canal, ainsi que le quartier où l'on ne voyait il y a un demi-siècle encore que des jardins et des chemins creux, ont remplacé par leur nom galant une appellation populaire moins polie. Le pont a été construit en i()83. Les ponts Saint-Sauveur et (iuilheméry, d'une allure plus architecturale, datent du dix-huitième siècle, ainsi ([ue ceux de Matabiau et des

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Minimes. Le pont élégant de TEcole vétérinaire avait remplacé, vers 18A0, d'après les plans de l'ingénieur Mag-uès, un ancien pont de bateaux.

Lorsque le canal de Brienne eut été creusé par les Etats de Languedoc, sous la direction de l'ingénieur Garipuj, mais d'après l'impulsion de l'archevêque dont il garde le nom, pour faciliter la communication entre le canal de Languedoc et le cours supérieur de la Garonne et éviter la chaussée du Bazacle, deux ponts furent jetés sur les deux canaux au point où ils se rencontraient. Ils furent appelés les Ponts-Jumeaux. Entre eux, sur la courbe de l'hémicycle qui les joint, Lucas sculpta, en 1776, un basrelief.

La province de Languedoc, l'Occitanie, abritée par une draperie, porte la couronne comtale sous la figure d'une jeune femme drapée à l'antique^, tenant le sceptre surmonté de la croix aux douze perles, tendant un bras uni impératif vers un personnage viril, barbu, coiffé d'herbes aquatiques, qui représente le canal. 11 appuie son bras gauche sur une urne d'où l'eau s'échappe, et de la main droite montre les richesses qu'il apportera. Un petit g'énie armé d'un pic fend les rochers pour lui livrer passage, et un autre ouvre une écluse d'où l'eau abondante tombe en cascade. De l'autre côté, la Garonne, nonchalamment assise et à demi allong-ée, tenant une corne d'abondance, commande un petit g-énie nu qui se retourne vers elle sans cesser de conduire au travail une paire de bœufs, symbolisant la prospérité de sa vallée, qu'augmentera la nouvelle voie d'eau. Les crêtes des Pyrénées, où elle prend sa source, se profilent derrière elle. Les principaux monuments de Toulouse apparaissent au-dessus du canal personnifié qui leur amène une barque enflée d'une voile.

Aujourd'hui un troisième canal, le canal lal/'ral à la Garoime, se dirig-eant vers Agcn el Bordeaux, ouvert dans le milieu du dernier siècle, s'est ajoul('' aux deux autres, et un iiouNcau cirilre de muraille intermédiaire allerid un second bas-relief.

Au-dessus du pont des iMinimes, les deux colonnes élevées en

FiG. 187. — Partie du bas-relief de Lucas, aux Ponts-Jumeaux. — La Garonne.

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1882 par Urbain Vitry, sur un point culminant, offrent une élég-ante et pittoresque entrée à l'arrivée de Paris.

En amont sur le canal de Brienne, on construit en ce moment un pont dans l'axe du pont des Amidonniers. On lui a donné le nom de pont des Catalans en souvenir de la visite à Toulouse des Barcelonais, en 1908.

Gatel, p. ig4.

P. -G. Berthault, Elévation du pont

de Toulouse, grav. de 1788, Paris.

DuMÈGE, Institutions, t. IV, p. i63.

MAzzoLi,iye vieux Toulouse disparu, p. 65 et planche.

E. RoscHACH, Archives communales, pp. 336, 346, 496, 546.

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