MOULINS DU CHATEAU ET DU BAZAGLE
A son entrée dans la ville et à sa sortie, la Garonne faisait tourner les meules de deux moulins célèbres depuis le douzième siècle. Entre les deux^ les Bénédictins de la Daurade, auxquels le rivag-e appartenait, avaient établi un moulin flottant auprès de la berge sur laquelle s'élevaient leur église et leur abbaye.
Toulouse n'eut d'abord, en effet, que des moulins flottants sur le fleuve. Ils devenaient insuffisants au moment des basses eaux et étaient souvent emportés par les grandes crues. Par une charte d'un des vendredis de janvier 1 183, Raymond V accorda d'abord aux pariers du moulin du château Narbonnais le terrain sur le bord de la Garonne auprès du château comtal pour y appuyer une chaussée, et les meules s'activèrent par le courant ainsi accéléré qui s'échappait ensuite par la petite Garonne. Dix ans après, en décembre 1192, une nouvelle charte de Raymond VI autorisa la
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construction d'un moulin avec seize meules, et plus s'il était nécessaire, assis sur les deux rives de la Garonnette.
L'inondation de i346 emporta le moulin et la chaussée. Les propriétaires ne purent entreprendre les frais de reconstruction et préférèrent abandonner leurs droits au roi qui se hâta de donner le moulin à cens à dix nouveaux bourgeois. Les forces du courant furent encore utilisées par des fouleurs et pareurs de drap, le commerce des draps étant alors florissant à Toulouse, des fabricants de papier, des rémouleurs d'instruments tranchants, des scieurs de bois à qui elles étaient cédées sous accenseinent. Le tournement pittoresque des grandes roues établies en aval anima dès lors sous les ombrages les eaux rapides qui séparent la ville de l'île de Tounis.
Les pariers du moulin avaient le droit de prélever une partie des g-rains sur les moutures, droit qui, dans les dernières années du quatorzième siècle, prit le nom d'uchau (d'oe/o), parce que la part la plus répandue fut celle d'un huitième. Elle pouvait être nég-ociée. En i4o5, l'uchau fut vendu 67 livres 7 sous; en i433, 70 écus d'or; en i523, 224 écus; dix ans plus tard, 966 écus ou 2.900 livres tournoises. Les dernières années du seizième siècle furent marquées par un énorme accroissement de tous les prix et de la cherté de la vie.
En 1900, le moulin du Château est devenu la propriété de la ville.
Le moulin avait eu à soutenir plusieurs contestations, entr'autres avec les moines de la Daurade qui avaient établi une chaussée près du pont vieux amoindrissant le courant de la petite Garonne et la force du moulin. Une sentence arbitrale de 1278 régla les droits des deux moulins, la position et la hauteur de la chaussée. On voit encore parfois aux basses eaux, auprès de la pointe de Tounis, les pieux de la chaussée de la Daurade. Le moulin de la Daurade disparut dès le commencement du quatorzième siècle. Les moiiKîs de l'abbaye bénédictine j)ossédaient d'ailleurs à cette épocjue la suzeraineté sur le moulin du Bazacle.
Les Bénédictins de la Daurade possédaient le port de la Garonne depuis la Motbe-Saint-Hilaire , place du Pont actuelle, jusqu'à Saint-Michel-du-Touch, et la charte de Charles le Chauve, en 843, confirma leur possession. Le 6 avril 1 177, par le plus ancien titre connu , le prieur Guillaume et son chapitre concédèrent aux pariers qui tenaient le moulin du Bazacle la chaussée qu'ils construisaient pour le fonctionnement des moulins. Les pariers devaient leur donner chaque année pour chacune des meules, alors au nombre de vingt-quatre, un carton de blé.
Le comte Raymond confirma la possession des moines de la Daurade et la concéda à perpétuité par une charte du 6 septembre 1 190.
Des chartes postérieures en 1248^ en 1379, accordèrent l'aug-mentation du nombre des meules et établirent les droits de pêche.
A côté du moulin du Bazacle un château du même nom protégeait l'entrée de la ville par le fleuve. Les capitouls l'achetèrent, en i2o4, à Arnaud Guilabert et à sa femme Gentille.
Le moulin du Bazacle g-arda une g-rande importance pendant tout le Moyen âge. 11 fut presque entièrement ruiné par une inondation en 1427 et les capitouls donnèrent 260 livres au prieur de la Daurade pour l'aider à le rebâtir. Lorsqu'au moment des guerres de la Réforme plusieurs domaines ecclésiastiques furent vendus, avec la permission du pape et du roi, les pariers achetèrent le moulin du Bazacle et depuis il n'a cessé d'appartenir à une réunion d'actionnaires.
Lorsqu'en i542 on i-edouta une invasion de Charles-Ouint, les capitouls firent construire un grand bastion qui couvrit en aval le moulin du Bazacle, alors encore en pans de bois, connue on le voit sur la gravure de Collignon, burinée en 1642. On y aperçoit aussi une tour ronde avec créneaux accolée à une tour carrée. Elles sont remplacées aujourd'hui par le pavillon élevé qui se dresse à l'est de la longue construction du moulin. A l'extrémité de l'ouest, un autre pavillon carré moins haut et plus large tient
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la place de la tour, carrée aussi, qui, avec les deux autres, flanquait la construction de bois.
Le moulin du Bazacle a été reconstruit de nos jours en belle maçonnerie. Une usine d'électricité et une fabrique de glace artificielle empruntent leur force avec le moulin à la chaussée hardie qui coupe le fleuve en biais et qui passa longtemps pour la plus belle de TEurope.
Le nom de Bazacle vient de vadaciihim, a petit gué ». Ce gué, établi sur des bancs de marne, visible aux basses eaux, pouvait faciliter aux assaillants Feutrée dans la ville. C'est pour se défendre contre ce dang-er que le château avait été construit et, plus tard, le moulin fortifié. Le comte Raymond \ I était rentré dans sa ville, alors possédée par Simon de Montfort, par ce gué, le soir du i3 septembre 12 17.
CaTEL, pp. 2 12, 233.
(j. Mot, Le Moulin du château Narhonnais, Carcassonne, 19 10.
Colonel DE Bourdes, Le Moulin du Bazacle^ charte de 11 77 et autres (Bulletin de la Société archéologique, 19 II, p. 75).