‹ Les monuments de ToulouseChapitre 61 sur 84 · JARDINS · texte numérisé non relu

JARDINS

Tandis que s'élevaient les beaux hôtels de la seconde moitié du dix-huitième siècle, Toulouse brisait la ceinture emprisonnante de ses remparts pour demander à ses entours air et lumière.

Des terrains vagues s'étendaient au midi de la ville jusqu'au canal. Les jeunes gens y venaient jouer aux boules et un espace réservé avait reçu le nom d'origine anglaise de « boulingrin ». La disette amenée par le rude hiver de 1752 ht aboulir le pi-ojel de g-rands travaux pour soulager le peuple.

Un homme de grand goût (jui consacra son intelligence et sa vie au développement de l'art à Toulouse, M. de Mondiaii, neveu de Guilhaume de Mondran, le lanterniste et l'un des l'ondaleurs de l'Académie des sciences, exposa dans une brocluuc |)Ml)li(''e en

iy54, chez le libraire Guilhemelte, des vues très judicieuses sur les améliorations à introduire : nianufaclures, promenades, quais^ fontaines, écoles d'art, mais les capitouls ne voulurent exécuter d'abord que le plan des promenades qui lut mis en œuvre par l'ingénieur Garipuy.

Le Boulingrin fut transformé en un vaste ovale devenu « le Grand-Rond », éloilé de six rayons : l'allée Saint-Michel, qui n'a atteint la Garonne que dans ces dernières années; la Grande- Allée, les allées des Soupirs et des Zéphirs, datées par leur nom, rappelant la sentimentalité de l'époque; l'allée Saint-Etienne, longeant en dehors le rempart, et une sixième qui devait aboutir à la place Saintes-Carbes et dont l'amorce seule se dirige vers l'ancienne porte Montoulieu. On aurait dû la continuer en ligne droite jusqu'à l'angle de la place des Carmes, au lieu de percer la rue Ozenne qui a détruit trois beaux hôtels, et supprimer ainsi l'étroite rue Neuve, nauséabonde et périlleuse, travail qui eût d'ailleurs été moins coûteux.

Trois allées d'ormeaux s'arrondirent autour de l'ovale et long-èrent les rayons. Les ormeaux du Grand-Rond ont été replantés en 1825 et, peu après, le jet d'eau fut inauguré au moment du passage à Toulouse de la duchesse de Berry.

L'allée des Soupirs devait être continuée par une avenue traversant le canal élarg-i en un bassin entouré d'ormeaux, conduisant sur un plateau d'où la vue aurait plongé sur la ville, la plaine et les Pyrénées.

Des galeries avec arcades et pilastres dessinées par le chevalier Rivais étaient projetées autour de l'ovale, et aussi des ronds-points avec arbres autour et tapis verts interrompant les six allées.

M. de Mondran contribua généreusement lui-même à l'exécution de ses plans et transforma à ses frais la demi-lune qui couvrait les portes Montgaillard et Montoulieu dont il fit le Jardin-Royal.

Après la Révolution, l'ancien enclos des Carmes déchaussés fut converti en jardin des plantes par les soins du botaniste Picot de Lapeyrouse, maire de roulouse. Mais le superbe ensemble qu'au-

ÉDIFICES d'utilité PUBLIQUE. 34l

raient formé ces diverses promenades réunies a été brutalement détruit par le lourd massif des Facultés des sciences et de médecine, projetant au milieu leur ombre brutale, landis que leur place était indiquée dans le quartier latin de Toulouse, sur la place de la Daurade ou sur l'espace qu'a laissé libre la démolition de l'église des Cordeliers.

Les marbres de quelques statues égaient les verts ombrag-es du Jardin-des-Planles ; il en est qui ne conviennent guère à une promenade chère entre toutes aux familles et aux enfants. Au-dessus d'un bassin, un groupe sculpté par Laporle montre la Garonne soulevant d'un beau geste les rochers d'où sa source s'échappe, mais l'Ariège, qui joint ses eaux aux siennes, paraît ne savoir que faire de ses jambes.

L'ancienne porte du Capitole a été transportée au Jardin-des- Plantes et de même un fragment de mur de briques, percé de fenêtres romanes, d'un grenier du moulin du Château, qui se dressait sur la rue des Menuisiers.

Les crues de la Garonne qui inondèrent le quartier Saint- Gyprien pendant le dix-huitième siècle inspirèrent l'idée d'établir une levée préservatrice. Elle fut dressée par les soins de Richard de Dillon, archevêque de Toulouse de 1758 à 1762, et elle devint une promenade qui a conservé le nom du prélat. Elle a remplacé l'ancienne allée des Ormeaux qui se prolongeait sur le bord du fleuve.

Les prélats, à cette époque, prenaient à cœur de susciter les travaux d'utilité publicjue. Sur les instances de Loniénie de Brienne, successeur sur le siège de Toulouse de Richard de Dillon, les Etats de Languedoc décidèrent, en 1782, l'exécution des quais de la rive droite du pont du Bazacle. Le plan en fut dressé par l'ingénieur de Saget. On se mit aussitôt à l'œuvre. Des façades monumentales étaient projetées sur toute la longueur des (|uais; la iiévolution les arrêta au-dessus des arcades du rez-de-chaussée. Seules trois uuiisoiis couiplètes arrivèrent à leur sommet sur les places de la Dauiatle cl de Saint-Pierre. Le <piai, de cette place

au Bazacle, ne fut terminé que dans le premier quart du dernier siècle.

Les belles avenues du faubourg- Saint-Gjprien s'ouvrirent en même temps, offrant une g-randiose entrée de ville. Une grille artistique de Bosc fut dressée entre les deux pylônes portant les statues, par Lucas, de la province et de la ville, qui semblent accueillir les arrivants et les inviter.

Sous la Restauration, dans les terrains vagues au delà de la porte Villeneuve fut tracée l'allée aujourd'hui bordée de maisons, appelée, suivant les transformations politiques, allée du Petit- Versailles, d'Ang-oulême, Lafayette, Louis-Napoléon, et redevenue allée Lafayette. Le projet de la continuer après un déplacement de rÉcole vétérinaire jusqu'au plateau du Calvinet, où se dresse la colonne commémorative de la dernière bataille de l'empire en t8i4, offrira enfin aux promeneurs toulousains un point culminant d'où ils puissent contempler l'horizon.

Si le projet de démolition s'exécute, le bâtiment de l'Ecole n'aura pas duré un siècle. La première pierre fut posée le 8 février 1882 et il fut construit d'après les plans de l'architecte Laffon. Aux côtés de la porte sont assises les deux statues en terre cuite moulées par Griffoul-Dorval, d'Olivier de Serres et de Burgalat. Deux cours d'une froide ordonnance sont entourées par les divers services et suivies des salles de clinique, de la forg-e et d'un jardin botanique.

L'Ecole fut la troisième de France après celles d'Alfort et de Lyon.

Auprès de l'Embouchure, le parc du Bazacle renferme entre ses ombrag-es un stand, un vélodrome et l'arène des combats de taureaux récemment importés d'au delà des Pyrénées.

A l'autre extrémité de la ville en amont, un autre parc plus vaste et plus ag-reste s'étend entre les deux bras de la Garonne et prend le nom légendaire à Toulouse de parc du Ramier. C'est un vrai Bois de Boulog-ne avec des eaux plus abondantes et surtout nullement artificielles.

ÉDIFICES d'utilité PUBLIQUE. 3^3

Enfin, des squares épandant, au milieu des habitations, air, ombrages et fleurs, qu'égayent les jeux des enfants, ont été ouverts en 1860 au milieu de la place Lafayette, en 1880 sur l'espace laissé libre par les démolitions du Gapitole, et, plus tard, sur la place Saint-Georges, l'ancienne place Montaygou, sur laquelle se dressait jadis un g"ibet, qu'avait remplacé, pendant quelques années, la statue protectrice de sainte Germaine, par Falguières, aujourd'hui à l'église sous son invocation.

Page 1