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;{ oi -i-Ji. — 1
'orsonnajios inconmis du cloîlio de la Daiii'ado
:Miis(V (le Touldiisc.
France, on l'imitation de la nalnic s'alliait àTidéalisme traditionnel, un vide douloureux se produit tout à coup. La guerre albigeoise écrasa la |)ro\ince et la sléiilisa pour de loniiiies années.
r'jci. i-J}. — La \ icrgc cl lAiigf de l'Aiiiioncialioii. des ( ioidclicrs.
Le pays, iLiiiié, ne fut plus en état de produire des œuvres d'art, ce ne lut qu'aux dernières années du treizième siècle que les cathédrales de Toulouse et de Narbonne purent élever leurs chœurs demeurés sans leur conq)lément attendu, et la cathédrale d'Albi sa vaste net' enclose dans les murs d'une véritable forteresse.
Mais la puissance de Fart sculptural toulousain s'était affirmée avec éclat et fécondité. L'imagination des artistes s'était exercée librement, leur sentiment dramatique et leur émotion d'àme avaient imprimé une vie intense sur les figures jaillies de leur ciseau. Elle s'était dégagée du hiératisme traditionnel en s'inspirant de la nature. La recherche du mouvement, du geste expressif, caractérise surtout l'art toulousain à ses débuts et se transmettra à travers les temps à venir. Sans doute il avait puisé à des sources diverses, à l'antiquité romaine toujours prépondérante, aux ornementations byzantines, aux figurations symboliques de l'Orient, aux primitives traceries mérovingiennes et carlovingiennes, transmises par les manuscrits. Mais il avait fait surgir des figures originales et personnelles très caractérisées. Aussi avait-il rayonné sur les provinces environnantes.
L'inspiration Aenue de lui s'était même étendue au delà. La parole autorisée de M. André Michel le constate en des termes que nous n'aurions peut-être pas osé employer nous-même : c( Dans cette région lanouedocienne où s'exerçaient tant d'inlluences, depuis celle de l'art barbare jusqu'à celle des ivoires byzantins les plus délicats, ce qui caractérisa la production des ateliei's du douzième siècle, ce fut dans le foyer toulousain un don incomparable de transporter flans des œuvres originales et vivantes qu'on peut dire inventées de toutes pièces, les éléments empruntés de tous côtés aux modèles étrangers... Ce fut de Toulouse que partit la giande initiation. C'est à Toulouse que l'art d'outremont du c()té de l'Espagne et l'art français du ^ord, au même moment où à Saint-Deiùs l'architecture prenait aussi son orientation délinilive vers des destinées nouvelles, vinrent chercher des collaljoraleui's et des conseils. »
LA SCULPTURE ET LA PEINTURE GOTHIQUES, i/aRT FRANÇAIS
La sculpture romane venait de produire à Toulouse d'admirables œuvres. La sève créatrice de la race comixiençait à se manifester aussi en ouvrant une voie nouvelle à rarcliitecture religieuse par la première construction, à la cathédrale de Saint-Etienne, de ces vastes nefs uniques, robustes et solides par leurs contreforts massifs, aux formes simples convenant à remploi de la brique, aux voûtes bombées qui abritent la grande famille chrétienne dans Tunité de la prière, du chant et de la parole sainte écoutée.
L'orage qui s'abattit sur la province, au moment même où la voiite de Saint-Etieung commençait à s'éle\er, tarit cet essor pour de longues années. Phis d'un siècle s'écoule avant que Ton Aoie reparaître une création nouNclle des inaîties de la |)ierre.
Mais Ncrs la iiioilic' (hi ((iialorzième siècle ap[)arait un groupe de slalucs allcslanl (|ue l(^ goùt de la ia((,' pour les loi mes puissantes
l'ic. 271'). — J^a \ ici'i;!' de l;i cliaiti'llc (!<' IThmix. cxilrc à HaNo'i'"'-
et pleines de vie n'était pas atteint.
Jean Tessandier, religieux cordelier, évêque de Rieux de iSa^ à 1828, fit construire contre Tabside de la grande église de son ordre la chapelle qu'il destinait à la sépulture de ses frères en religion comme à la sienne et qui conserva le nom de son siège épiscopal.
Il disposa autour d'elle, comme à la Sainte-Chapelle de Paris, et ainsi que Pierre de Rochefort Aenait d'orner le chœur de sa cathédrale carcassonnaise, \ingt statues représentant le Christ, la Vierge, les douze apôtres et les saints franciscains.
Le Christ et la Vierge sont au musée Donnât, à Rayonne, après avoir figuré dans celui que le peintre verrier Gesta avait créé à l'avenue des Minimes; la ville n'aurait pas dû se laisser enlever ces œuvres admirables. Elles sont empreintes de plus de finesse et de distinction que les dix-sept qui sont au musée, oi^i un apôtre manque.
Elles expriment un sentiment de la réalité qui se manifeste par l'imitation plus directe de la nature, dans les traits détaillés dii visage et dans les articulations énergiques des mains. Si elles ne montrent déjà plus un calme superbe, elles conservent dans leur vérité saisissante une expression d'austérité et de bonté, i.cs chevelures et les barbes abondantes s'enroulent en tire-bouclioii, indice déjà de manière et de préciosité. Mais
ViG. ■>.--. - Le Chrisl de la cliapellc de Uieux.
sculpture: et PTirNTURE GOTHfQUES, ART FRAA^ÇAIS.
FAmc intérieure anime les graves visages, leur regard profond, leur compatissant sourire. Leur robustesse, qui Trappe dès le premier abord, s'attendrit dans l'expression de quelques-unes des figures, celle de saint Jean l'évangéliste , celle de saint Louis d'Anjou, évêque de Toulouse, celle de saint François inclinant humblement sa tète recueillie. D'autres, comme celles de saint Pierre et de saint Paul, sont empreintes de noblesse et de majesté. Le visage méditatif et grave de saint Antoine de Padoue, le pénitent austère, le prédicateur à la parole puissante entraînant les foules, le courageux défenseur des humbles et des petits devant les podestats tyranniques devrait faire abandonner aux fabricants de statues pieuses la figure mignarde et fade qui apparaît maintenant à Tentrée de toutes les églises.
Les fronts sont, en général, découverts; ceux des religieux s'encadrent des toufîes isolées de la couronne monastique.
Les yeux à fleur de tête, les
lèvres sérieuses complètent l'expression de pensée gra\e. L'émolioii iiiliiue, se révéhuil par les traits et l'attitude, remplace dans la statuaire du Mon en Age In rcclierclie de l;i beau lé de la loi'nic clie/ les (Irccs.
Mais la beauté raNonnc aussi [)ar relVcl de grandeur sé\ère
Frc. 278. — L'(''\è([uc Jean Tcssandicr oirre sa cliapollo à t^ieii.
IMiisre tle 'roiiloiiSL'.
/j/jâ LES MONUMENTS DE TOULOUSE-
que produit raspecl de ces figures vraiment aii-dcssiis de la conimuiae humanité. Les vêtements à plis verticaux simples et iarfî-es suivent et accentuent Tattilude calme sans laideur, uiou-
FiG. 979 et 280. — Saint Jean révangviislo. — Saint Jacques Jo Maj(Mir,
Sliilucs lie la clinpc)le de lUeiix. "\Iiiscc de Toulouse.
vementée même déjà par un commencement de légère inflexion. Seuls deux apôtres indéterminés relèvent leur manteau, qui interrompt fâcheusement par des plis horizontaux les plis droits de la robe; disposition qui deviendra bientôt générale dans les statues, celles de la Yiei-j^e parlicidièreuient. Tous, excepté saint Jean-
SCULPTURE ET PEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS. ll'jO
Baptiste, qui présente l'aoneau de Dieu clans un nimbe, et saint François d'Assise montrant ses mains percées parles stigmates, tiennent un livre ricliement relié, avec un texte de TEcriture, qui n'esl souvent que le début (Tun psaume. Tous les
Fie. 'iSi ri o8m. • Sailli Aiilniiio do Paddiu». — liichMoriniiu'.
Mllsrc (I,; Tdllldilse.
détails du coslinne soiil liaih's a\ec une précision délieale cl liuc : rnorafc de cli;q)c de saini Louis d' Vnjou, sa crosse aeeouipagnée du siidaiiiiiii cl de la cordelière à glands, son anneau pastoral, Tépée de ,sainl Paid, le bàlon de sainI .laccpies, les milres si pr(''cieusenienl on\ rag(''es des deux elligies des é\è(pies.
hk
"les monuments be tôllôuse.
Le fondateur de la chapelle s'était fait représenter a genoux, niitré, sa crosse avec la cordelière inclinée sur la poitrine, présentant à Dieu sa chapelle, édifice à hautes fenêtres sous des arcs
FiG. .'283 ol 38'i. — Saint Jeau-Baplisle. — Saiiil Paul.
Mnst'o de Toulouse.
de mâchicoulis séparés par des coidroforts, à la Ijaliistrade on pierre sculptée et aux has-c(')tés éclairés par des cpiatrefeuilles.
Sa statue tombale, conservée aussi au Musée, le montre coucJié, endormi, ses yeux fermés ne regardant plus le ciel comme ceux des statues idéalistes du Ireizièine siècle, la tète légèi'ement iiicii-
SCILI'TLIU': ET PEIMIHE GOTHIQUES, AUT EUANÇAIS. /j^S
liée sur un coussin timbré de ses armes, revêtu de l'aube, laissant apparaître les extrémités étroites de l'étole, et de la chasuble avec laquelle les évèques étaient ensevelis, portant sur son bras gauche le manipule en bande mince et sous son bras droit la crosse à volute en feuillages munie du sudarium à plis enroulés symétriques et retombants. La face large, comme celles de toutes les statues de la chapelle qui ne reproduisent plus l'ovale fin des apôtres de Saint-Nazaire, porte le caractère manifeste d'un portrait, de même que celle de l'évêque à genoux. C'est par les effigies tombales que le sentiment du portrait s'était introduit dans l'art sculptural.
Le lion sur lequel Févèque appuie ses pieds a été retrouvé récemment dans un parc près de Saint-Martiii~du-Touch.
La superbe figure est en marbre gris, tandis que les autres statues sont en pierre calcaire de Roquefort. Elles étaient peintes comme toutes les statues du Moyen âge, et l'on voit encore des traces de peinture dans les creux des plis des vêtements.
Des socles avec le blason de l'évêque, un parti avec trois croissants et trois coquilles surmontées d'une croix, trois dais à arcades redentées arrondies dans des gables sont aussi déposés au Musée auprès de la statue tombale.
L'apparition soudaine de ces statues à Toulouse, après plus d'un siècle de stérilité, surprend et déconcerte. De quelles œuvres se sont-elles inspirées? Le réalisme des maîtres de Bourgogne, ([ui commençait à influencer l'ait français, parait tléjà péuélivr en elles. La vigueur de l'exécution, l'accentuation énergique des visages et des mains révèlent un souffle nouveau de vérité venu de l'imitation des réalités. A quel artiste sont dues ces œuvres précoces ? 11 était peut-être venu d'Avignon, où l'on sait ([iie si les peinli'es appelés par les papes étaient italiens, les arcliilecles et les sculpteurs étaient Français. Toutefois, leur (iliatioii resie ()l)sciii-e, dil M. Aii(lr(' Miciici, et leur éclosioii à la date de i.Tio ciixii'oii en r.iil iiiirdcs en riosilc's de lliisloire de la sculpture dans le midi de l.i j'Vaiicc.
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FiG. 280. — Staluc tombale de CioonVoy de Vayrols.
Si la statue tombale de Jean Tessandier est la plus remarquable de toLites celles que conserA e le Musée, d'autres, sculptées à Toulouse ou dans la région, sont dignes aussi d'être mentionnées.
Celle de Guillaume Durant, ne- \eu et successeur à Mende, de 1297 à 1328, de son oncle du même nom, l'auteur du RaliuiicU des divins offices, est taillée dans un bloc de marbre par un ciseau robuste et fin poursuivant son œuvre avec un soin délicat de détail. La tête reproduit évidemment la nature ] les mains sont croisées sur la poitrine dans l'attitude du recueillement et du suprême repos. Désormais, les gisants sont représentés morts et non plus animés d'une vie surnaturelle comme encore dans le siècle précédent. Les beaux plis de la chasuble, réguliers et calmes, conservent l'allure de ceux des costumes des nobles statues du grand treizième. La crosse reste droite sous le bras droit ; un dais un peu lourd à trèfles surmontés de gables abrite la tête mitrée.
La statue de GeolTroy de Vayrols, archevêque de Toulouse de [3G2 à 13-9, un ]i('u postérieure,
SCLLPTURE ET PEIMLRE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS. ^']']
présente dans le costume épiscopal des plis plus agités. Le collect de raniict est très large. La mitre est ornée simplement de quadrilobes, et les gants portent au dos une plaque également quadrilobée, avec un fleuron au centre. Le visage plein et gras est un peu vulgaire.
Le coussin à treillis de losanges et à glands, sur lequel repose la tête, montre encore quatre écussons à trois bandes chargés de lambels à trois pendants brochant sur une croix trèflée, semblables à un sceau de l'évêque conservé aux archives de la Haute- Garonne. Les vairs, armes parlantes sur ce tombeau, étaient représentés à cette époque par ces sortes de lambels.
Le tombeau ornait à la cathédrale la chapelle Sainte-Anne et Saint-Joachim, aujourd'hui des Reliques, appelée souvent dans le registre des délibérations du chapitre, chapelle de \ayrols.
La cathédrale de Narbonne a conservé le magnifique tombeau de Farchevêque Guillaume Briçonnet, mort en i5i4. Ce monument, encadrant six pleurants qui rappellent ceux de Bourgogne, montre déjà l'influence de la Renaissance. Il est peut-être l'œuvre de Jean Juste. Il fut mutilé par le vandalisme de la Révolution. La statue avait été enlevée, jetée au dehors, abandonnée aux marbriers. Dumège la sauva en Fachetant pour le Musée de Toulouse.
La figure austère et ridée indique une volonté énergique. La chasuble est richement ornée de perles, la mitre de pierreries et composée de cabochons entre les orfrois. Les pieds chaussés de sandales unies, à bouts arrondis, reposent sur un lion assis, relevant la tête et tenant le chapeau cardinalice. Sur le chapeau, s'appuie le blason à la bande composée de cinq pièces avec deux étoiles en chef.
Dumège sau\a aussi chez un marbrier de Narbonne deux séries d'arcatures superposées, arrachées au superbe tombeau de Pierre de la Jiigie, F un des prédécesseurs de Rriçonnet de i3/i7 à 1376- Elles abritent, sous des trèfles gables, douze (igurines d'évêcpies en niurjjre Ijlancd'un merveilleux travail, tlans le(piel les élégances
478 LI'S ^lOMlMIÎNTS Di: TOULOUSE.
de kl Renaissance semblent s'ainiuiicei' éyalenient à lra\ers les formes du Moyen âge.
Le Musée conserve aussi trois statues de chevaliers; celle de Bernard, comte de Comminges, mort en loia, imposante et grave, taillée avec une large Adgueur dans le calcaire de Belbèze, et d'ailleurs plus grande que nature. Elle garde le caractère de l'époque antérieure, surtout i)av ses yeux ouverts contemplant le ciel. Les détails précis du costume, le haubert de mailles couvert de la cotte d'armes, l'épée dont la poignée est animée d'une tète aboyante, les bullletteries ornées et les boucles donnent de plus à cette statue la valeur d'un document précieux. Elle est venue de l'abbaye de Bonnetbnt.
Deux autres statues datant du seizième siècle, celle de Roger de Sarrieu, seigneur de Martres, en marbre blanc de Saint-Béat, jadis dans l'église de Martres-Tolosane, et celle de Denys de Belbèze, en marbre gris de la même carrière, et qui se trouvait dans l'église des Cordeliers de Toulouse, sont revêtues d'armures de plates, lamelles articulées du corselet, des brassards et cuissards, du tonnelet et des jambières. Les trois chevaliers attendent aussi la résurrection clélînitive dans l'attitude calme de la prière symbolisée par leurs mains. jointes.
Toutes les autres statues tombales érigées dans les églises des monastères de Toulouse ont disparu *, une seule a échappé à la destruction par la destinée singulière qui l'a couverte d'une protection privilégiée. Elle était dressée autrefois dans la première des trois chapelles du cloître de la Daurade. Lorsqu'au seizième siècle, les humanistes toulousains voulurent transformer en réalité historique la légende de dame Clémence, qu'ils appelèrent Clémence Isaure, ils s'empressèrent de retrouver son image et son tombeau, allèrent droit à la Daurade, où l'imagination méridionale avait logé l'empereur Tliéodose, la princesse Austris et la reine Pedanque ; ils y remarquèrent une statue de femme droile au-dessns de sa pierre sépulcrale, sur laquelle trois Heurs d'iris, d'izalgue, comme on disait alors, étaient gravées. Comment
SCULPTURE ET PEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS
douter que ce fussent la Adolette , l'églantine et le souci des fêtes de mai ?
Mais la statue est très antérieure aux dernières années du quinzième siècle, regardées dès lors comme celles qui avaient \u la prétendue restauration de la Compagnie du Gai Savoir par la généreuse poétesse.
Elle présente une ressemblance très marquée par le costume et l'attitude avec celle de Marguerite d'Artois, femme de Louis, comte d'Evreux, morte en i3ii, que l'on voit à Saint- Denis.
Les membres de la puissante famille des Izalguiers, qui possédait un vaste liôtel à l'angle de la rue Peyro-^ Hères et de celle qui avait pris lenr nom, aujourd'hui rue Clémence Isaure, dormaient pour leur dernier sommeil dans la première chapelle du cloître de la Daurade, oii leurs armes parlantes à trois fleurs étaient figurées. Un manuscrit de la r)ihh()lliè(|ue iialionale, signalé |)ai' I'. Iloschach, donne le Icsiainciil de (l;ini(> llci livuide Halcna, rciinuc de Pierre
FiG. :>M.
Slatuo dite do f;iénionco Isaiiro.
Ilùlel d'Assé/al.
'iSo LES MONUMENTS DE TOULOUSE.
Izalguier, damoiseau, morte en i348, qui choisit pour sa sépulture le cloître de la Daurade. C'est son image sans doute qu'a usurpée dame Clémence.
La statue est debout, s'appuie sur la jambe droite et était dressée contre le mur. Cette attitude était adoptée parfois pour prendre moins de place, comme on le voit, par exemple, aux deux statues de Radulph et de Pierre de Rocliefort à Saint-Nazaire de Carcassonne. Dans ce cas, le personnage était représenté vivant.
Le marbre est taillé avec finesse, mais, pour l'apprécier avec justesse, il convient de rétablir par la pensée les deux bras jadis réunis pour la prière, par les mains croisées sur la poitrine, sciés en 1637 par les sculpteurs Claude Pacot et Pierre Affre et remplacés par ceux que l'on voit aujourd'hui tenant un bouquet de fleurs et un parchemin. Leur facture épaisse et lourde contraste avec l'élégance des plis de la robe et les mains de paysanne qui les terminent ne s'accordent nullement avec les nobles traits du visage.
La coiffure fixe surtout la date de la statue. La guimpe enveloppant le cou et le menton ne laisse apparaître qu'une petite natte de cheveux autour des tempes et par-dessus le voile retombant sur les côtés. C'est absolument celle de Marguerite d'Artois. Encore les sermonnaires trouvaient-ils insuffisantes les enveloppes de lin de cette coiffure pudique et sévère et ne manquaient pas de tonner contre les cheveux qui apparaissaient comme des cornes. Aussi furent-ils bientôt entièrement cachés comme on le voit sur la statue de Jeanne d'Evreux, femme de Charles IV, morte en 1327. Mais le retard des modes en province, surtout à cette époque, peut très bien avoir maintenu les cornes coquettes jusqu'au milieu du siècle.
La statue fut transportée au Grand-Consistoire en i557, puis en 177/i à la Salle des Illustres. Elle s'abrite aujourd'hui dans le portique de l'hôtel d'Assézat, le superbe logis de l'Académie des Jeux Floraux et des Sociétés savantes.
SCULPTURE ET TEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS. 'l\Sï
Les statues de la Merge traduisent les transformations de la statuaire ainsi que les modifications diverses du sentiment çhrér tien envers la mère du Christ. Il est plus facile de suivre ces nuances successives sur une même figure, et les statues de la A iei'ge sont si nombreuses que les éléments de comparaison se présentent, pour ainsi dire, presque d'une année à rautre.
l'^ic. ^87. — La \ iiMuo sur \\\\ cliapilcaii de Saiiil-Poiis i llc'-innll).
l.c \fii-('M' (les Viigiislins icMuiil, npirs les aNoir saii\('('s de la dcslniclioii, pliisiciiis de ces slaliics (|iii, nialgii'' de legicl lablcs IjK'inics, ])erm('ll('nl d'(''hi(li('r le nioiiNcnicnl (l(^ Tail.
L.i plus ;inci('nn(' de ces images, la i('|)i(''S('nlali()n lii('i'alique la |)lii^ coiiroiinc aii\ irgics priniilixcs de riconogiapliic chrétienne, csl (•clic (l'un cliapilcau du cloîlre de ral)l)a\e de Sainl-
Pons-de-Tliomières. La \ierge présente l'Enfaiil Dieu, (|iii
bénit, à l'adoialion (lu monde', elle nest vrainienl que le tronc où il s'assied. SurTautre lace est le Christ en croix encensé par deux anges.
Un pilier carré de Tancien cloître Saint- Just, de Narbonne, montre une image 1 1 iérat ique encore , mais où apparaît déjà un sentiment plus humain : la Vierge, assise, soutient son fils sur son genou gauche ; il apparaît cependant encore de face et bénissant. Sur Tautre l'ace, un roi coui'onné assis sur un siège analogue est probablement Charlemagne, que la cathédrale de Narbon ne regardait comme son fondateur. La sculpture paraît dater de la iin du douzième siècle.
La Vierge d'un ancien chapiteau de rancien cloître de Saint- Etienne de Toulouse, consacré à Marie Egyptienne, peut être
Fie. -îSS. — La \ iorjjo, de Sainl-,Tust, Naibonno.
^fii^rc i\c 'l'oiilonsL'.
SCLLPTLUE ET PEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS
rappioclioe de cellu-ci. L'Enfant est assis de même sur son genou droit et ses petits pieds nus chevauchent l'un sur l'autre, comme dans la représentation précédente, mouvement eiit'antin qui aimonce l'approche des recherches de la réalité.
Après lesMerges de l'époque romane, qui semblaient s'effacer elles-mêmes pour présenter au monde leur di\iLi fils , celles du treizième siècle prennent un caractère plus personnel , plus humain aussi. C'est nue scène tendie de tamille qui apparaît.
La Vierge de Saint- Nazaire sourit à son fds comme celle d'Amiens, l/ciilaiit à (lar('ass( Hiiic caresse le ineiih m de
sa mère diiii i;-esle \ I aiiiieiil 1 1( »|) raiiiilier. \ii Mailinet de liiDin, il lorlille son licliii ; ;i Téglise de Monexille, en iNormandie, il
Fk:. 2^ij.
(^hiirleniaj^nc, Sairil-Jusl, Narhoiirio
.Mum'c (le TouIcMise.
LIi;S MONUMENTS DE TOULOUSE.
suce son lait. Mais ces Vierges admirables coiiserveiit un caractère suprême de dislinclion et de noblesse.
La Vierge du Musée de Toulouse, autrefois à la chapelle de Aotre-Dame des '^"' I Bonnes-Nouvelles du cloître de Saint-Sernin, olTre une certaine ressemblance par son visage large et ses cheveux très bouclés avec les statues de la chapelle de llieux. Elle n'a pas cependant la thstinction de celle (|ue Ton ^oyait au milieu du groupe des apôtres et des saints et qui est maintenant exilée au musée de Bayonne.
Le déhanchement est déjà beaucoup plus accentué. Le jiianteau coupe les plis calmes et Acrlicaux de la robe, Irai tés toutefois encore très largement.
jC visage est empreint (Fune gra\ilé douce et pensive. T^a main droite a dis|)arii ; le l)ras gauche porte TEnfant divin dont le torse est mi et tpii se tourne à demi acis sa mère en étirant l'aile d'un oiseau, pin- jouet sans iidenlion S}ndjoliqué à ce momerd. ' ^ ; .
Une autre Merge, i)lus j)etile, en bas-relief du quinzième siècle, d'un travail plus lourd, lient un liNre ouvert de la main droite, et, sur le bras gauche, FEufant-Jésus bénissant et portant la pomme ou le globe. Le visage, sans distinction, présente du moins une expression attendrie et les plis souples de la robe et
FiG. 290. — La Vierge sur un (liapilcaii de Saiiil-l']liemio de 'roulniise.
Jln^t'e do Toulouse.
SCULPTLU12 ET PEINTURE GOTHIQUES, AUT FRAAÇAIS.
du manteau, élégaul;? et lai<^e:>, ne dessinant pas un déhanchement excessif semblent de même annoncer une influence nouvelle venue de l'art de la Touraine. Au-dessous, une petite figure nue sort à demi d'un linge soutenu par deux mains. Elle représente Fàme du donateur de ce bas-relief qui devait figurer sm^ un tombeau.
. Deux groupes d'une allure naïve et ffimilière terminent au Musée la série des A ierges du Moyen âge.
Auprès de l'escalier qui conduit à la salle des tableaux toulousains une \ ierge seinl)le \ouloir retenii" un instant le visiteur en se tournant veis lui. Elle entoure de sa main giuiche ri^] niant di-
\\\i assis siu' son geiKju et le rclieni encore ])ai' le pM de sa robe, monxemeni d'anlaid |)his nalinc! (|iril se lonine a\ee xixaeib' du côté oppos('. Illle serre sons son bras ini li\re à fermoir à denn-
FlG.
Nolrc-Dame-tlo ( iràcc. liriiguièrcs (ll'"'-G"''. j
MusiV' (le 'rouloiisc
'^8C) LES MOXMiiMS DE TOLLOISK.
échappé (ruii iGLirreau crétoffe dorée. Elle est re\ètue crime robe (l\iii bleu deveiiLi verdàtre avec collet orné d\ni yaloii d'or à double rang de perles et de pierreries et d'un manteau d'un rouge etracé descendant sous la couronne et l'enveloppant jusqu'aux pieds. Les étoffes épaisses et souples produisent un eflet pittoreique par le large relief de leurs plis aisés et leurs creux d'un noir profond. Le manteau est doublé de fourrures.
La ligure est Aivante par le mouvement d'un aimable abandon et son expression pénétrante et fine. Elle est presque enfantine encore et les boucles de cheveux qui descendent jusque sur l'épaule complètent l'aspect juvénile.
On lit dans le creux des moulures du socle orné de feuilles découpées et à côté de blasons martelés : Aoslre Dame de Grasse. Les Dominicains possédaient à Bruguières, village à trois lieues au nord de Toulouse, une chapelle de pèlerinage dédiée à Notre-Dame-de-Gràce.
La A'iergc est absolument analogue à celle de l'Adoration des mages sculptée sur le tympan du portail de Saint- iXicolas.
L'autre groupe est une Annonciation. L'ange est agenouillé avec les ailes abaissées suivant la tradition iconographique, mais sa figure d'adolescent n'est plus que d'une réalité pleine de vie purement humaine. 11 est vêtu d'une dalmatique de diacre frangée de fourrures. La Vierge, debout, dessine de la main droite relevant le manteau le geste consacré d'étonnement. Sa main gauche s'appuie sur un livre ouvert dont le fourreau est déployé, posé sur un pupitre à tige en spirale et à base en arcature trilobée et ileuronnée. Elle est vêtue d'une robe collante, comme on les portait déjà dans les dernières années du quinzième siècle, retenue par une cordelière, car le groupe était dans une église franciscaine, l ne guimpe cou\re le cou et lui uiauleau Irèsouxeil encadre la robe de ses longs plis:
Une branche de lis à plusieurs fleurs s'échajipe enh-e la \ ierge et l'ange d'un vase de Heurs sur lequel repose le l)las()n varié d'or et de gueules des Fourquevaux. La sculplui'e se voyait en elTet
SCULPTURE ET PEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS
dans la chapelle funéraire que la famille de Fourquevaux possédait dans l'église des Récollets, à la droite du sanctuaire. Le blason figure encore sur les culots supportant la voûte et aussi entre des
Fro. 9.ç)9.. — Tj' \rinnn(i;ili(iii. do In clmpolle des Fourqiiovaux. oglise dos Rôcollols.
>1u.-(V lie ■rcmloiise.
feuillages liardiincnl iiicisc's de la IVise Coiiserxée au Musée* (|iii supportait le giouix'.
Mais la léte de la \ ierge avait disparu ci on Ta renq)lacé(' pai' un njoulage insigiiiliant et fade en terre ciiih* (|iii |)(miI iiidiiiic en erreur un xisilcin- inatlenlil'. La perte estd'aiilaiil plus icgicllable
que très probablement la tète virginale aurait montré le sentiment idéaliste qui se maintenait sur le visage cle la^ ierge au milieu des réalités fougueuses inspirées par fart de la Bourgogne. Le respeet
religieux conservail au même juoment à la \ ieig\' du elwenr de Saiide-Cécile d' Allji un calme noble et pur à C(Mé de ligures des prophètes et des apôli'es d'un réalisme saisissant et parfois brutal.
SCULPTURE ET PEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS. ^8q
Les deux groupes s'inspirent en effet du même sentiment qui anime les impressionnantes figures de la cathédrale albigeoise et qui avait été inauguré à la Chartreuse de Dijon.
Il se manifeste encore dans les cinq statues d'une Descente de croix venue de Saint-Etienne. L'émotion profonde s'unit à la réalité des Aisages expressifs et des costumes de l'époque. Ce n'est plus qu'une partie d'un ensemble remarquable. Les personnages, de grandeur naturelle, se dressaient sur une tablette horizontale en avant de laquelle se trouvaient le sépulcre et le cadavre de Jésus. Ils ne sont plus qu'au nombre de cinq, et le temps ne les a pas épargnés ! Il faut louer et remercier l'habile artiste, conservateur de notre musée, qui a su les retrouver, les grouper en bonne place, les décrire et attirer l'attention sur eux.
Vers la fin du quinzième siècle s'était répandue la dévotion attendrie envers les souffrances du Christ et les douleurs de sa mère. Les groupes de Notre-Dame-de-Pitié se multiplièrent. Le Musée possède plusieurs représentations de la mère désolée soutenant le corps inanimé de son fils. Dans l'une, exprimant une émotion intense dans une exécution souple et ferme à la fois, venue des Récollets, la Vierge est accompagnée de saint Jean et de sainte Madeleine avec le vase de parfums déposé à côté d'elle ; dans l'autre, plus petite, les trois mêmes personnages, d'allure plus mouvementée, tournent leur visage vers la tête du Christ.
Des retables offerts par des donateurs figurèrent aussi souvent la scène de la déposition de croix. Deux d'entre eux sont conservés au Musée. Le plus grand montre sous une arcature trilobée la Vierge debout, nimbée de rayons, soutenant le corps de son fils ; à sa droite, sainte Catherine présentant la roue de son supplice, saint Jean le livre et l'agneau ; à sa gauche, sainte Madeleine, saint Michel abritant un petit enfant dans les plis de sa robe, représentent sans doute l'àme de la donatrice et portent un écu blasonné d'rme croix d'or sur un champ de gueules ; puis, le donateur et la donatrice plus petits, à genoux. Les iustruments de la Passion sont appendus à une croix au-dessus des persou-
^gO LES MONUMENTS DE TOULOUSE.
nages, comme dans les représentations de la messe de saint Grégoire.
Un autre retable moins important, venu de Saint-Sernin, avait été donné par un forgeron représenté vêtu d'un manteau à capuchon rabattu, devant son enclume, avec sa femme encapuchonnée tenant un chapelet, La Vierge s'incline sur le corps de son fils, qu'elle soutient tendrement sous le bras. Les saints, à ses côtés, expriment leur douleur par leurs mains croisées en prière ou leurs bras étendus dans l'angoisse. On voit dans les cryptes de Saint-Sernin un bas-relief assez analogue donné aussi par un forgeron.
Enfin, un long bas-relief en pierre venu récemment au Musée sans qu'on en connaisse la provenance, datant, d'après les costumes, de la première moitié du quinzième siècle, abrite dans une gorge ornée de feuillages plusieurs scènes de la Passion du Christ, empreintes d'un sentiment profondément pathétique et exécutées sans minutie, malgré les petites dimensions des figures.
L'art sculptural toulousain du Moyen âge créa comme un témoignage dernier de son expression de vie intense et de a igoureuse facture un groupe de statues étranges, autrefois dans le déambulatoire de Saint-Sernin, reléguées longtemps dans les réduits obscurs des galeries supérieures, recherchées, retrouvées et groupées, naguère, sur une bonne planche photographique de l'Album des monuments du Midi, aujourd'hui abritées au Musée des Augustins. Elles représentent six personnes de grandeur naturelle et furent jadis badigeonnées à plusieurs reprises. Mais elles ont eu la bonne fortune d'arriver entre les mains d'un véritable ami. Le directeur du Musée, M. Henri Uachou, les a patiemment délivrées de l'enduit plâtreux qui les emprisonnait, il a pu alors les étudier et les décrire dans une luxueuse publication avec le sentiment de l'artiste et la spécialité du technicien.
SCULPTURE ET PEINTURE GoTtllOLES, ART ER A.NÇAIS.
Elles étaient peintes. 11 a fait reparaître les traces parfois assez conservées des couleurs. 11 leur a rendu la vie en les présentant dans les galeries du cloître que nul ne peut traverser sans être saisi par leur aspect inattendu.
I'k;. m()'i cl Mi)5. — Lrs i)ro|)lK'l(>s (.') do Saiiil-Scniiti.
(Sliiliics (le Iciie iiiilc |hiI\(1iiiiiiii't, aiijiinrd'liui au Musre.)
(icsoiil (les sl.'iliicsdc Ici rc, ciiilcs en 1 1( »is iik »iccaii\ l'ajiislés. Sur le niodch' du corps {\r ces lioinmcs cl i\t' ces lemmcs iiii hiillciir (rii.ihils scinhic ;i\()ir place cvacleiiieiit l'un a[)i'ès l'autre tous les xèleiiieiils. Des couches en Icire glaise; découpées conurie
LES MO^■UjME^TS DE TOULOUSE.
des pièces de toile ou de drap, superposées une à une, ont reru de fines relouches ponr la llgviralion des détails, l'addition des boutons, la passementerie, les ajustements superficiels. Knfin la
FiG. ar)6 cl 397. — Les prophètes {'}) de Saiiil-Seriiin.
polychromie ajoutait sa valeur à ce réalisme habile qui n'est pas sans élég-ance ni sans caractère.
On les appelait (( les bienfaiteurs » depuis le bon Daydé qui les avait ainsi interprétées en i6Ci dans son Ilisloire de Sainl- Sernin, parce qu'il fallait bien leur donner un nom, mais cette
SCULPTURE ET PEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS
vague désignation ne peut satisl'aire. Même à la fin du quinzième siècle, on avait trop le respect des convenances liturgiques pour placer des statues antres que celles de [ji-isou nages sacrés
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FiG. 398 el agy. — Mriiic srric de Iciios ciiiles : l(>s doux siliyl!cs.
autour de Tautel dans la |)aili(' la plus Nénéiahle de la basilique, (( le tour des corps saints » connue l'appelaient nos pères.
Une première pensée se [)i'ésenlail. ( k's slatues ne pioviendiaient-elles pas d'nne de ces nond)i'enses mises au tombeau que
lanl ({'(''glises (''ligèrenl à eel le (''po(pie ? Mais jnslenient la > ierge
/|C)/4 LliS MOM.MENTS DE TOLLOLSli.
manque ; puis, comment les aurait-on dissociées? Et, d'ailleurs, elles ne présentent nullement l'expression unique, si elle est diversement rendue, de la douleur profonde et recueillie qui domine dans cette scène suprême de la passion du Christ, comme on le voit à côté dans celle de Saint-Etienne.
Elles sont au contraire vivement animées, non seulement par la vérité prenante des traits individuels, mais par leur attitude mouvementée et leur geste expressif. Toutes lancent une parole, au point que Ton voit leurs dents et leur langue même, qui paraît s'agiter. Nous comprendrions peut-être mieux ce qu'elles disent si les mains qui auraient complété nettement le geste n'avaient pas disparu.
Ces ligures ne représentent pas des saints comme leurs voisines de Rieux. Les plus familiers avec l'iconographie et les caractéristiques des saints ne sauraient en reconnaître aucun.
Il est beaucoup plus probable qu'elles montrent des prophètes et des sibylles dont les images se multiplièrent dans les éghses aux dernières années du quinzième siècle et les premières du siècle suivant. Déjà la sibylle Erythrée, la plus divinement inspirée, qui avait prédit le jugement dernier, teste David ciim sibylla, s'était montrée à Laon, à Auxerre, dès le treizième siècle ; mais au temps extrême du Moyen âge les sibylles apparaissent plus nombreuses, dix au croisillon nord de la cathédrale de Beauvais, en face des dix prophètes de l'ancienne loi, parfois douze. On les voit avec leur jeune visage et leur brillant costume sur les vitraux d'Auch, dont le dernier est daté de i5i3. Trente ans après, le cardinal de Tournon les fit tailler en demirehef sur les dossiers des stalles. A la voûte de Sainte-Cécile d'Albi, la Phrygienne, la Libyque et la Persique ligurent avec Anne la prophétesse qui, la première salua le Christ dans le temple; d'autres, plus nombreuses, sur la clôture de chœur de Saint-Bertrand-de-Comminges.
A Toulouse on n'en verrait que deux avec quatre prophètes, mais leur nombre varie souvent. L'une est souriante, jeune
SCULPTURE ET PEINTURE GOTHrOUES, ART FRANÇAIS.
encore ; sur ses cheveux s'enroule une orfèvrerie en forme de corne ; elle est vêtue d'une robe constellée de perles et de galons. L'autre vieillie, rigide, abritant ses traits dans l'ombre d'un capuchon qui en accroît l'expression lragi(jne, serait la Tiburtine
Fir,. 3oo. — Mrino srrie de slahios : IjusIc (Tiiiio dos sibvllcs.
qui a\ail prrdil les soiiflrances et 1(^ sonlllet de la PassicMi, landis que l'aulrc, la ( '-inuiH'iicniic, a\ail pioplu-lisé awc l'allaileinent (hi Sanxcin' ligiirc pai" un rli\l(»ii ou une corne d'ahondancc les joies (|iril apporicrail au monde. Ainsi les deux sibylles de Tonlonse résinnani toules les prédiclions de leurs
compagnes annonceraient Tenfance et la Passion dn Christ, les mystères joyeux et les mystères douloureux.
Les statues venues de Saint -Sernin marquent la limite extrême, l'exagération même de Tart réaliste introduit par les sculpteurs de Bourgogne, manifesté avec une puissance saisissante à
FiG. Soi. — Peut-être l'un des gardes d'un tombeau du (îlirisl
(Musée des A\igiislins.)
la clôtme du chœur de la cathédrale d'Albi, où se retrouvent des figures semblant provenir du jiuits de Moïse. Les traits des statues de Toulouse atteignent une réalité telle (|u''ils paraissent à plusieurs spécialistes copiés sur des moulages pris sur le vil', ou peut-être sur le niorl, comme rusage s'en élait inti-odttit pour les figures des tondieaux.
Au même art naturaliste appartient une tête de reitre aux traits d'un caractère vraiment bestial, celle peut-être d'un des
SCULPTURE ET PEIMUHE GOrHiOUES, ART FRANÇAIS. liÇ)']
gardes d'un tombeau du Christ. Le camail de maille et le bacinet à crête à vantails pivotant sur des charnières datent cette face si vivante qui ne peut manquer d'arrêter au passage le visiteur du Musée.
L'Italie, dont il serait coupable de nier rinfluence, si résolu que l'on soit à défendre l'originalité de Tart français, vint ramener l'imitation de la nature, devenue violente jusqu'à l'excès et la vulgarité, vers la pureté des lignes, vers la beauté vraie.
Le sentiment chrétien s'était exprimé par d'autres sculptures que celles des statues dans les églises. Des croix, souvent très artistiques, s'élevaient sur plusieurs places de la ville ou sur un angle des carrefours. Il n'en reste que quelques noms, comme celui de la rue Croix-Baragnon, dû à la croix que fit ériger le riche marchand Pons Baragnon à l'angle de la rue actuelle de ce nom, autrefois rue des Faurès, et de la rue des Arts, jadis Croix-Baragnon, plus tard des Augustins.
Si la croix de la Sérène a disparu, sa description détaillée est conservée par le traité conclu le 3 juillet i5o8 entre l'hôtelier de l'auberge de la Sérène, Henri Boysson, et le sculpteur Mérigon- Tailhan, le même qui sculpta les ornementations délicates du portail de la Dalbade. Elle ^tait fort analogue à celle que l'on voit à l'angle des deux rues de la petite ville du Mas-Cabardès dans la montagne Noire.
La petite place triangulaire de la Sirène ou de la Sérène, comme on disait alors, nom pris de l'enseigne de l'auberge d'Henri Boysson, s'appelle aujourd'hui place des Tiercerettes, souvenir des religieuses du tiers-ordre franciscain qui s'y établirent en 1625. Elle s'appelait dans le haut Moyen âge rue de l'Olm den Barte, sans doute parce qu'un ormeau s'élevait sur le point où la croix le remplaça plus tard. Les rues voisiues ont conserA'é leur direction, leur étroitesse et leui- uom même d'autrefois. L'auberge est remplacée aussi, daus la nièuie maison reconstruite, par TIkMcI du (Mieval-HIanc. Ainsi à ccMé de lians-
formations qui les défigurent, les anciennes villes conservent encore de vieux quartiers où tout le passé se retrouve.
Quelques niches de Vierges ou de saints, jadis si multipliées, s'aperçoivent à l'angle d'anciennes rues. Une seule a conservé son personnage, celle de la maison de Pierre Prohenque, aux quatre coins des Changes, abritant sous des arcatures gothiques une statuette de saint Pierre. Une niche analogue très élégante, peut-être un peu antérieure, des dernières années du quinzième siècle, décore au-dessus de la porte la tourelle d'escalier de la maison de Pierre del Fan, rue de la Bourse. La Renaissance se déclare sur celle qu'érigea Pierre de Subernes, capitoul en i53/i, à l'angle de sa maison de la rue Valade, devenue plus tard celle OLi M"" de Mondonville établit son institut de l'Enfance, puis reconstruite par le prêtre Galvet pour un séminaire, de nos jours devenue caserne. Plusieurs niches moins artistiques apparaissent encore dans les rues anciennes.
Ffg. 3o2. — Monogramme du logis de Piei're del Fau. Jésus Homiaum Salvator.
Avec les niches, les monogrammes du Christ, accompagnés de l'A. M., s'étaient déployés au-dessus d'un grand nombre de portes et de fenêtres. C'est encore sur la porte de la maison de Pierre del Fau qu'on Aoit le plus ancien, de forme gothique. La double invocation prit un plus grand développement à la suite
SCULPTURE ET REINTUHE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS. /jgg-,
des prédications du cordelier Thomas lUyricus en i5i8. Il obtint des capitouls qu'ils la fissent placer sur les cinq portes de la ville. 11 ne reste au Musée que celle qui suriTionta en iSig la porte Matabiau. Les belles majuscules romaines et les deux pilastres qui les encadrent, sur lesquels les instruments de la Passion figurent entre des rinceaux et des banderoles, sont la première manifestation de la Renaissance si précoce à Toulouse. Un des derniers monogrammes, cerclé delà couronne d'épines et daté de 1611, apparaît à la rue de Fllomme-Armé, n" 3. Yis-à-vis se trouve la statuette de Flionime sauNage portant un bâton, qui fut représenté souA^ent et jusque dans les supports des blasons après les grandes découvertes de contrées nouvelles des quinzième et seizième siècles.
Le plus grand nombre des fresques (pii décoraient les églises du Moyen âge ont disparu. Seules sont encore a isibles, la figure de saint Augustin, peinte a ers la fin du douzième siècle, abritée des pluies de l'ouest par une porte de fer au croisillon septentrional de Saint-Sernin*, le crucifiement, dans la sacristie de la même église, que le blason de Jean de Gomminges, premier archeAeque de Toulouse, date de i32o emiroii ; les scènes de la légende de sainte Catherine, à la même place et du même temps, mais altérées aussi par des restaurations ; enfin la grande fresque du fond de l'abside, représentant le Christ entouré des symboles évangéliques, reprise au seizième siècle, et celles des piliers Aoisins paraissant dues aux peintres qui, peu après i5oo, ornèrent les murailles et la voûte de la cathédrale d'Albi.
On voit aussi à la chapelle Saint-An tonin, du cloître des Jacobins, les peintures de la voûte, œuvre de peintres italiens amenés d'Avig-non vers iSlio par Dominique Grima, évêque de Pamiers.
Au Taur, existe encore la fresque (tu même temps, mais dissimulée par ini banc d'œuvre, très altérée d'ailleurs par l'humidité, dont on voit une copie au Musée Saint-Uaymond. Elle
5oo
représente des ancêtres du Christ et des prophètes tenant dans des attitudes mouvementées des phylactères sur lesquels se lisent les annonces de lavenue du Messie; nous l'avons figurée plus haut.
FiG. 3o3. — Fresque du cloîtie de Saint-Sernin : saint Augustin, de la fin du douzième siècle.
Au musée Saint-Raymond est conservée, aussi, la fresque fragmentée de I^b^, venue de la Dalbade, montrant un pape et un personnage nimbé avec des pèlerins se rendant au monastère de Sainte-Catherine, sur le mont Sinaï. Le modelé des figures du pape et de Fange, l'allure naturelle des pèlerins en marche, les fonds du paysage indiquent la sincérité de l'artiste attaché à reproduire ce qu'il voyait autour de lui.
Enfin, le musée Saint-Raymond a recueilh an tableau du Crucifiement qui, de i/|/io environ jusqu'en 1798, était demeuré
SCULPTURE ET PEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS
5oi
(Imiis la i'Taiurcliambro tlu Parlement. Au réalisme émouvant
l'K;. '.\(>'\. — Le (jiuiliciiiciil. sacrislie de Saiiit-Serniii ; IVescjue peu poslérieurc
à i39o, restaurée.
(les visages douloureux, à la vérilé humaine des attitudes, aux (lélails du roslnme des persomia^es se rendant de Jérusalem au
Calvaire, se joint l'attrait offert par le portrait de Charles VIT, qui venait d'installer le Parlement à Toulouse, et par celui du dauphin, le futur Louis XI, agenouillés aux pieds de la croix.
De même que celles des églises, les fresques d'autres monuments ont disparu, telles que Y Entrée de lu reine Marie cV Anjou et du dauphin, le Couronnement de Louis AI peints au Consistoire par Antoine Contarini, ou le Vœu de Charles VI, que Ton voyait au cloître des Carmes, et dont nous n'axons qu'un dessin relevé par Antoine Rivais, et malheureusement tant d'autres.
Les vitraux de quatre chapelles de Saint-Etienne, avec quelques fragments épars entre les meneaux des fenêtres, caractérisés par la teinte brique uniforme des visages, rappellent que les peintres-verriers étaient nombreux à Toulouse, bien que les autres églises n'aient rien gardé de leur œuvre. Ils renouvelèrent leurs statuts en i5o6 en se plaignant que les anciens se fussent perdus par l'omnipotence absorbante qu'avait acquise un maître fameux du siècle précédent, Guillaume Viguier dit Papillon, dont la réputation était si grande qu'il exécutait ou dirigeait à son g-ré tous les travaux de la province.
Mais les registres du conseil de xille gardent le nom (Tun grand nombre de peintres. Les treize grands volumes des Annales, échappés au feu allumé au milieu de la place le lo août Ï79I, conservent mieux encore une partie du trésor précieux des miniatures signées presque toutes de noms français et même de noms de notre terroir. L'art de l'enluminure des manuscrits est un art essentiellement français et Dante l'appelle l'art de Paris.
Les miniatures, trésor du donjon capitolin, révèlent la marche progressive de cet art et les caractères nouxeaux qui lapidemenl apparaissent. Les capitouls du milieu du quatorzième siècle, rigides et grêles, se désignent l'un à l'autre d'un doigt démesurément long, puis se parlent deux à deux, |)eu à peu s'animent davantage sous des arcatures trilobées, connue on en voit sur un manuscrit de Charles V à la Bibliothèque nationale. Dès les
SCULPTURE ET PEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS. 5o3
premières années du quinzième siècle, les figures des magistrats municipaux prennent un caractère de personnalité. L'intention du portrait se manifeste. Les groupes se complètent, forment un tableau oi^i apparaissent des personnages surnaturels, des anges d'abord; puis, en i4t9, c'est, dans une composition qui paraît imprégnée d'une influence italienne, la Vierge bénissant les capitouls; en i/i/iG, une Descente de croix avec les douze capitouls à genoux. Mais déjà aussi, l'année précédente, ce n'est plus une scène mystique, mais l'attaque d'une Adlle; en id47, l'entrée du dauphin à Toulouse avec sa mère en croupe. Puis apparaissent encore des impressions de choses vues, une porte de ville cintrée avec mâchicoulis et créneaux.
Les scènes historiques s'entremêlent dès lors avec les sujets l'eligienx ; les entrées royales aACC l'Annonciation ou avec les langues de feu que la colombe envoie, comme jadis sur les apôtres, sur la tète des capitouls agenouillés. Une curieuse page termine le quinzième siècle : Diverses scènes figurent les événements de l'année; le roi Louis Xll recevant la soumission du duc de Milan, la reddition d'une ville, une flotte de guerre sur une mer que des montagnes bleues bornent à l'horizon, les réconciliations et les aumônes du jubilé séculaire.
Le paysage apparaît ainsi pour la première fois, en i5o2, avec le siège d'une place forte par des assiégeants rangés sur le bord d'une rivière qui serpente dans la campagne. Le paysage, en France, n'était-il pas né dans les Très riches Heures du duc de Berry, par Paul de Limbourg-, pour prendre un superbe développement dans le manuscrit d'Etienne Chevalier que peignit Jean Fouquet !*
Sur la même page, la Renaissance proclame déjà sa prochaine venue avec des colonnes et des arcades d'imitation italienne inspirée elle-même de l'ait antique. De charmantes petites scènes, d'un gOLit encore golhique, viennent toutefois encore^ séduire le regard comme, en loiy, celle de l'entrée des repenties dans le couvent de la Madeleine, d'un sentiment exquis par l'expression
5o4 LES MONUMENTS DE TOULOUSE.
émue et recueillie des pénitentes, le geste des capitouls et les figures des assistants qui expriment leur ravissement. Ainsi, dans le manuscrit de Chantilly voit-on la Vierge tenant son divin lîls sous les arcatures d\m portail ogival, tandis cpi'Etieime Chevalier implore sa protection agenouillé dans un portiqne renaissance.
Mais la Renaissance l'emporte de plus en plus. Elle s'impose par le grand portique doré d'architecture classique encadraid l'entrée de François 1" et du dauphin en i533.
Les premières miniatures des Annales expriment ainsi l'essor d'un art qui se renouvelle, interprétant peu à peu avec plus de pénétration la nature et la vie. 11 séduit comme une aurore parce qu'il fait espérer. Les essais ingénieux, ses gaucheries naïves elles-mêiTies plaisent ainsi que les élans de l'enfance vers l'existence qui s'ouvre.
Les orfèvres toulousains produisirent aussi de belles œuvres artistiques dans les trois derniers siècles du Moyen âge. M. Maïquet de Vasselot a publié en 1897, dans la Gazette des Beaux-Arts , une étude sur la Vierge de Roncevaux, en bois recouvert d'argent, assise sur un tronc oii trois arcatures abritent saint Pierre, saint Paul et saint Michel, œuvre d'un beau travail fabriquée à Toulouse aux environs de i3oo. M. l'abbé Pottier a signalé aux congrès de la Sorbonne, en 1891 et en 1897, des œuvres d'orfèvrerie toulousaine. On doit à M. Portai, le savant archiviste de l'Albigeois, de semblables renseignements.
En 190/i, M. Macary publia dans le Baltetin archéologique, d'après les registres des notaires, un grand nombre d'actes donnant le nom d'orfèvres, la description des croix, calices, reliquaires, statuettes ou images, crosses, encensoirs, lampes qui leur étaient commandées, leur poids en or ou en argent et leur prix.
Le Christ en croix est toujours accompagné de la Vierge et de saint Jean, souvent du pélican au-dessus, de Lazare sous ses pieds ; au revers, se montrait la Vierge avec les quatre évangélistes.
La valeur du métal a fait disparaître ces œuvres qui attestaient
SCULPTUr.K ET PEFNTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS. 5o5
le mérite artistique des orfèvres, à la fois architectes pour ordonner la disposition de leurs ouvrages, peintres et émailleuis pour marier les couleurs et les harmoniser avec les divers métaux, les nielles et les pierreries.
Les noms des artistes en orfèvrerie tirés de l'oubli par M. Macary sont ceuv de Glusel, Clément, de Bosco, Brucelles, Bloteau, Favier (un Favier était encore orfèvre à Toulouse dans la seconde moitié du dernier siècle), Maitre, Maynard, Blanc, Grolo, Mercadier, Lacroix, Lézat, Colomb, Diversoire, Blasru, Cheners, Alex, Las vignes, Dauriolle et Fournier, noms tous français et presque tous même de la région toulousaine.
Les orfèvres avaient donné leur nom à la rue qu'ils habitaient, rue des Argentiers, plus tard rue des Balances, aujourd'hui rue Gambetta. Ce n'est qu'au dix-huitième siècle qu'ils vinrent s'établir à la rue des Filatiers, qui prit aussi pendant quelque temps le nom de rue des Orfèvres, mais qui a repris son antique appellation due aux préparateurs des étoffes, comme plusieurs autres de ce quartier : rue des Paradoux, paraclors, des Polinaires.
L'art de la tapisserie n'était nullement négligé. Notre savant archiviste, M. Pasquier, signalait, en 1900, une série de baux à besogne dans les actes notariés du quinzième siècle et suivants. Les tapissiers à Toulouse ou aux environs, par exemple à Revel, devaient avoir de très bons artisans, des ateliers perfectionnés. Leurs tapis étaient faits tantôt avec verdures, tantôt avec parsonnages, par exemple toute la généalogie de Madone sainte Anne pour la confrérie de l'église Notre-Dame du Taur. L'année suivante iSSg, le même artiste Peschaut doit en fournir une autre plus ample avec « nativité et figure de la même sainte ». En i56/i Pierre Ariste doit « faire et parfaire deux pièces à champ d'azur et fleurs de lis avec le bord de hault de IVnitage et fulliages au milieu duquel y aura l'ordre du Roy et aux deux bouts ses devises ». Les baux insistent sur les qualités des laines, « des soyes et des couleurs fines et vives, boncs et souffisantes ».
5o6 LES MONUMENTS DE TOULOUSE.
M. l'abbé Lestrade découvrait récemment que Jean Dumazet, maître tapissier, natif de Montauban, a exécuté à Toulouse la double série des tapisseries de la catbédrale « TJiistoire de saint Etienne » entre 1609 et 16 13, sur Tordre de Jean Daffîs, prévôt du chapitre de Téglise. Mais en dehors de cette collection remarquable, qu'a-t-on conservé en ville de ces tapisseries qui paraient, il y a cinquante ans, les façades des rues quand circulaient nos processions !
Toulouse, à peine remise des épreuves de la croisade, vit s'épanouir, dès la fin du treizième siècle et les premières années du siècle suivant, un fécond essor littéraire à côté de ses créations artistiques. Elle fut une capitale d'enseignement par son université qui attirait des écoliers de toutes les provinces de France et même des pays étrangers, par les nombreux collèges, fondés surtout par les dignitaires de l'Eglise pour leur servir de logis.
Une institution demeurée célèbre date de cette époque.
Diverses compagnies dans lesquelles les poètes se réunissaient pour réciter leurs vers et ouvrir des concoLu^s, se formèrent dans plusieurs villes au moment de la grande floraison artistique du Moyen âge, les nombreux puys de Notre-Dame, les palinods de Rouen et d'autres.
Tandis qu'elles se midtipliaient, sept troubadours à Toulouse s'assemblèrent en mai 182 3, dans un jardin près du verger des Augustines, hors des murailles, pour fonder la Compagnie du Gai Savoir et la fête de la Violette.
La première Violette d'or fut décernée l'année suivante, le 3 mai, à Arnaud Vidal, de Castelnaudary, pour un poème en l'honneur de la Vierge.
Les fondateurs de la Compagnie toulousaine joignaient au but commun de leurs confrères en poésie dans le royaume le dessein manifeste de conserver la langue sonore et chaude des anciens troubadours qui s'altérait déjà et que menaçait surtout l'arrivée incessante des officiers rovaux.
SCULPTURE ET PEINTURE GOTHIQUES, ART FRANÇAIS. 607
I-'k;. 00."). — Miniiil ii|i' l'ii-lric des Lcvs d' \iii<irs, io,j(),
008 LES MOM ME.MS DE TOULOlSIi.
Deu\ beaux manuscrits conservent les règles du Gai Savoir : las Levs (rAmors, écrites par Guillaume Molinier, signalées dès i34o, mais « promulguées » seulement en i356, tracent les loiâ de la poésie romane, donnent l'histoire de la fondation de la Compagnie; las Flors del Gay S«6er traitent le même sujet avec des vues d'ensemble plus vastes sur la rhétorique et la philosophie et les règles à suivre pour le jugement des vers envoyés au concours de mai.
Les prix, lasjoyas, comme on les appelait, les joyaux, furent d'abord la Violette, à laquelle ou joignit l'Églantine dès i349, ^^ le gauch ou le Soiilcie, le Souci en i35i.
La poésie romane parut seule dans les concours pendant près de deux siècles. Elle remplit d'abord le manuscrit de Raymond Cornet qui contient les plus anciennes poésies couronnées, et dans le nombre même l'une est du père de Raymond Cornet antérieure à la fondation du Gai Savoir, puisqu'elle est datée de i3o3; ensuite le manuscrit de Gaillac qui s'arrête à I^g^. Le Livre rouge^ commencé en i5t3, mentionne encore dans ses premières pages quelques poésies romanes, mais ne contient plus ensuite que des vers français.
C'est à ce moment que surgit des lueurs incertaines de l'horizon la figure idéale dans laquelle Toulouse se plaît à personnifier ses aspirations de poésie et d'art. Un compte de l'hôtel de ville constate le paiement en i/iSg, au peintre Jacques Mortier, pour avoir peint le pilajle de la porte du Consistoire et de dame Clémence, en préparation à la fête du 3 mai.
La critique actuelle ne voit en dame Clémence, devenue plus tard Clémence Isaure par l'imagination fertile des humanistes de la Renaissance, qu'une persoimification de la vertu suprême de la Vierge et la Vierge elle-même. Sur la miniature en tête des Leys d'Amors, la Vierge est représentée tenant l'enfant divin qui remet les fleurs à l'auteur agenouillé ou les reçoit en hommage. Les têtes féminines au commencement des chapitres ne sont que des figurations de la Philosophie, de la Rhétorique et de la Logique,
FiG. 3o6. — Tympan de bois sculpté; portail de l'hôtel G. Molinier.
LA SCULPTURE ET LA PEUNTURE A LA RENAISSANCE ET PLUS TARD SEIZIÈME, DIX-SEPTIÈME ET DIX— HUITIÈME SIÈCLES
Sur les façades des hôtels de la Renaissance, autour de leurs fenêtres, s'agitent de vivantes figures animant de leurs mouvements agiles les élégantes dispositions architecturales. Les angelots ou petits génies sculptés sur la tourelle d'escalier de l'hôtel de Béringuier-Maynier sont encore un peu lourds; ceux de la tourelle de l'hôtel de Guillaume Molinier, postérieurs d'une trentaine d'années, sont rendus avec des formes pleines de la grâce antique, comme leurs contemporains, encadrant de leurs contours vivants el larges le jeune hlasou de Pierre Delpech, au-dessous des hiis liletages des fenêtres de la cour de son hôtel au coin des Changes.
Les tètes imitées de l'anlique oinciil les ('Icls des arcatles de la cour de Jean de Pins dès i53o.
D'autres surgissent hardinicnl, dès le conmieiicement du
3lO LES MONUMENTS DE TOULOUSE.
seizième siècle, au-dessus des fenêtres de la tourelle de l'hôtel de Bernuy. Celles qui s'élancent des écoinçons de la porte d'entrée montrent le premier et précoce exemple de ces figures hospitalières semblant engager à entrer, bientôt si multipliées à la même place. Plusieurs prennent plus d'importance a ers i5/i5 en faisant jaillir vigoureusement le buste entier au-dessus des fenêtres de la toLu^elle d'Arnaud de Brucelles.
Elle entr'ouvrait sans doute aussi au-dessus d'une porte, ses lèvres plissées d'une tendre mélancolie, la tête ingénue qu'anime un demi-sourire d'une grâce mystérieuse. On la voit avec ses cheveux partagés sur le front, dans un médaillon conservé au Musée venu, dit-on, d'un coin de façade oublié du vieux Capitole démoli.
Les termes engainés encadrant en i538 la porte de la cour de Jean de Bagis s'inspirent directement de l'art de Rome, en même temps que les fenêtres commencent à s'orner de colonnettes aux bases et aux chapiteaux classiques.
L'exubérance méridionale ne sait plus bientôt se satisfaire de la sobriété de cette ornementation. Sur les fenêtres de l'hôtel acheté aux héritiers de Béringuier-Maynier par le greffier Jean Burnet en 16/17, se groupent des figures mouvementées, vivantes, quelques-unes poussant jusqu'au grotesque l'imitation de la nature. Une verve plus folle encore entasse, en i556, sur la porte de l'hôtel de Guillaume Molinier, faunes et nymphes, profds grimaçants tirant la langue.
Au même moment, l'hôtel d'Assézat, fier de ses superbes lignes architecturales, dédaigne le secours de la statLiaire.
Les retables peuplés de statues ont été enlevés et brisés. Mais on voit au Musée deux têtes, l'une de vieillard barbu, d'une facture qui rappelle les cariatides de l'hôtel de pierre, l'autre jeune, celle de saint Jean sans doute, s'appuyant sur un pilier, ciselée avec une énergique sobriété, qui proviennent du retable de l'AssoinptionàSaint-Étienne, sculpté, selon Dupuy-Dugrez, par Bachelier.
La part brillante prise par Toulouse dans l'essor de la Renais-
SCULPTURE ET PEINTURE DANS LES XVl", XVIl'' ET XVIIl" SIECLES. 5l I
sance se manifesta aussi dans la sculpture sur bois. On peut suivre avec elle l'évolution de l'élégance délicate inspirée de l'Italie et allant vers Fexubérance bourguignonne. Des influen-
FxG. 807. — Table toulousaine du cabinet de Latour, vue de côté.
ces diverses se sont toujours exercées dans la région traversée sans cesse par les artistes venus de l'Italie ou de l'Espagne, des pays du Xord et surtout de la Bourgogne. Les prélats les appelaient poiu' orner leurs calhédrales. Les stalles du chœur de Saint-Bertrand-de-Coniminges rappellent celles de hurgos, les
LES M0NU:MENTS de TOULOUSE.
FiG. 3o8. — Le bLifTel du cabinet de Dumège, au Musée Saiul-Uayniond. Sur la façatle ; a) la justice; b) la fui el la fortune; <■) les sauvages du Nouveau-Monde,
SCULPTURE ET PEINTURE DANS LES XV1% XVH" ET XYIIl" SIECLES. 5l3
statues si vivantes de la clôture du chœur de Sainte-Cécile d'Albi sont absolument bourguignonnes et les peintures de la voûte purement italiennes.
Sur les maisons en pans de bois, les fenêtres imitaient la disposition des pilastres surmontés de colonnettes, comme on le A oit encore à l'étage supérieur de la maison de la rue des Changes, au coin de la rue Malcousinat, et à celle de la rue Saint-Jean, derrière le chevet de la Dalbade. Parfois aussi des figures les encadraient hardiment, comme celles qui sont exposées depuis peu au Musée.
Une tradition attribue aux anciens ateliers des ciseleurs du bois dans notre ville une grande activité. Les auteurs des meilleurs livres sur l'art des huchiers la mentionnent.
Mais les œuvres qu'ils signalent ensuite comme toulousaines sont mal choisies et sont plutôt itaUennes ou espagnoles. D'autre part nos archives demeurent silencieuses'. Vers i884 les méthodiques recher-
FiG. 309. — lîoiseric du caijinol du château do Pibrac.
1. Ceci n*est plus tout à fait exact; les aicliives notariales viennent de livrer à M. l'abbé ïournier des renseignements sur un ébéniste originaire de Calais fixé à Toulouse en iC5() et dont les meubles étaient recherchés de son vivant. (^Soc. arch. du Midi, séance du 2 décembre 1919.)
(ia
FiG. 3io. — Meuble toulousain du chàlcau de Fourquevaux.
SCULPTUHK ET PKIMTKI-: DA>S LKS XVl' , WII' Kl WIIl' SIECLES. 5l5
ches de M. Joseph de Malafosse, riiii des plus clairvoyauls amis du vieux Toulouse, ouvrirent la véritable voie. U compara le décor des façades, les sculptures des pierres avec celles des boiseries demeurées en place ici et là. Les analogies sont évidentes et nombreuses. Or elles se retrouvent dans l'ornementation du mobilier que le Musée Saint- Raymond abrite, que gardent encore tels logis, tels châteaux, telles églises. Les maîtres imagiers avaient le même goût, ils semblent avoir eu le même enseignement et utilisé les mêmes albums. L'art était un à cette époque où l'on ne soupçonnait pas notre bizarre distinction entre l'art et Fart décoratif.
Ainsi au château de Pibrac, voisin de notre ville, reconstruit vers i54o, le cabinet du chancelier de France, oii il écrivit ses fameux quatrains, possède encore une bonne partie de sa boiserie en noyer clair relevé d'or discret. Le dessin, les reliefs sont apparentés aux pierres ouvrées des hôtels Molinier, rue de la Dalbade, et Burnet, rue du Vieux-Raisin. Les cariatides étaient le motif dominant d'un côté et de l'autre. Elles seront là et ailleurs plus ou moins vigoureuses, expressives, associées aux mêmes mascarons grimaçants ; griffons et sirènes, guirlandes légères ou touffues joueront aussi leur rôle sur ces tables, ces dressoirs, ces armoires, ces coffres au décor verveux et méridional qu'on ne saurait retrouver en d'autres provinces, et dont les artistes tout en s'inspirant aux mêmes sources que les Bourguignons, surent éviter les excentricités et les lourdeurs qui déparent les œuvres de leurs rivaux.
Ces meubles qui sûrement se retrouvaient chez tous les riches habitants de la province y sont devenus très rares. Au début du dix-neuvième siècle le temps ne les avait pas épargnés, en outre, ils axaiciil cessé de plaire. Dès j Son des artistes, des amateurs Ijicii iiis|)ii('s les rcclieicliaiciil, les gr()U|)ai(Mil dans leurs appartements on lenis ateliers, et la xillc indillerente perdait successivement la colleelion dn !)' Sonlage (|ui est au kensington Muséum, à Londres, et dont le catalogue eut plusieurs
éditions, celles du peintre Latour, de M. de Chastenet, du professeur Edwards Barry, toutes se sont éloignées, ont été dispersées en France et au dehors, tandis que de nouveaux ateliei's
FiG. 3ii. — Heurtoir en fer forgé du porlail d'entrée à riiôlel d'Assézat.
toulousains renommés à leur tour, tburnissent h l'ancien et au nouveau monde d'excellentes copies, habilement faites, acquises à des prix fort élevés et qui vont quelquefois s'étaler dans des galeries fort respectables d'antiquités.
SCULPTUUE ET PEINTURE DANS LE8 XV1% XVII^ ET XVIU'' SIECLES. blf
Les renseignements écrits font encore défaut pour éclairer l'histoire de la ferronnerie à Toulouse pendant que s'élevaient les logis gotliiques et ceux de la Renaissance. Quelques pièces survivent cependant et suffisent à prouver ce que l'on pouvait croire : les artisans du fer se distinguèrent comme les autres et participèrent à la beauté des édifices et du mobilier.
L'Hôtel d'Assézat fort heureusement a gardé les deux superbes heurtoirs du portail de la rue et de la porte de la tour d'escalier dans la cour d'honneur. Que d'artistes et d'amateurs les ont soulevés avec envie !
Le moulin renommé qu'un dicton mettait au rang des principales curiosités de Tholose, Le Bazacle, avait une petite mais fort belle serrure à la porte de son archivaire. Ce chef-d'œuvre du seizième siècle orné de fines ciselures même sur les parties appliquées contre la boiserie et cachées ainsi aux regards de tous, révèle la conscience de l'artiste qui travaillait avec l'amour de Fart, et avait son idéal. Lorsque de récents remaniements ont rajeuni le Bazacle, la serrure et sa clef ont trouvé asile au Musée Saint-Raymond dans une vitrine où étaient déjà quantité de souvenirs analogues et plus anciens, les uns et les autres de notre ville.
M. le baron de Bouglon s'est plu à écrire l'histoire mieux documentée de la ferronnerie toulousaine au dix-huitième siècle, a rechercher « les noms et les œuvres des artistes locaux, entou rés, choyés, poussés à bien faire par leurs concitoyens, et qui à côté du désir de laisser après eux des œuvres durables furent entraînés vers le beau et la grâce par ce mouvement général que subissaient les Français d'alors à confondre dans une égale adnairation tous les chefs-d'œuvie, que ce fut peinture, sculpture, céramique, fers ou meubles )).
Notre confrère a pu établir l'heureuse influence de TImoIc de dessin créée à Toulouse du leni|)s de Louis X\^ sous les auspices de l'Académie royale de j)einlure et de sculpture, el d'un aiilre côté, de l'architecte Labat de Savignac et ses élèves eiicouragcaiil
LES MONUMIiNTS DE [OU LOI SI].
la technique du fev, choisissant, dans hi corporation des serruriers, de vrais artistes tels que Bernard Ortet et Joseph Bosc. Le premier s'est fait connaître par les niagniliques grilles du choeur de la cathédrale Saint-Etienne, Tune des oeuvres les plus remarquahles de la serrurerie toulousaine. M. de Bouglon a pu
FiG. 012. — Balcon de l'aucicn hôlel de Sainl-Jory, rue Cioix-Baragrion, lo.
recueillir les noms d'une douzaine d'artistes contemporains de ces maîtres forgerons et ciseleurs, dont les productions anonymes sont encore nombreuses en ville.
Les pages ci-dessus consacrées aiiv hôtels Louis XV et Louis XVI ont signalé les balcons, les rampes niagniliques d'Ortet et de Bosc. Quelques-uns de ces ouvrages demeurent dans les églises, pour lesquels ils fureid faits, mais la rapacité des collectionneurs exotiques et des enrichis a privé Toulouse des autres. A grand'peine le Musée Saint-Raymond put retenir l'un d'eux ; les jeunes artistes d'aujourd'hui peuvent étudiei* ce modèle, un des meilleurs.
SCULPTURE ET PEINTURE DANS LES XVl", XVIl" ET XVIII*' SIECLES. 5 10
Les jurandes et les maîtrises avaient admirablement sauvegardé rémulation et la perfection dans les arts et métiers. Toulouse, la première, jeta le cri d'alarme contre le décret néfaste mais définitif de l'Assemblée Constituante en 1790.
" ^>a^^■4ÉÉ.^ ^)>|k\ i'w
Vu;. .Si.'î. — Roin|)(', i)ar Bosr, nio des Couleliors, '|G.
La llenaissance empoilc aussi lapidcinciit Tari de la ])einture que les autres. F.llc hioiuphc (lérniiliNcmcnr dans les Annales capiliilaires pai' le l'ioiil ispicc (loiniiialciir et superbe d(^ Charles Piii^aiill .
l)i(Mil(')l appaiMil loiil les scènes liisloiiipics ducs à des artistes (run mérite su[)(''ricin', Servais Coinouailles, \nloine Durand,
Fi(i. 'Si'\. — Los Capitouls on sôancc.
(Peinture de Jean Clialelle piinr le « C.:\\>^lo^e «, Miijiniril'imi au Musée.
SCULPTURE ET PEINTURE DANS LES XVI% XVII^ ET XVIIl'' SIECLES. 521
Jacques Bolvètie et surtout, dans la premièrenioitié du dix-septième siècle, Jean Chalette, dont les portraits de capitouls expriment avec une saisissante maîtrise la personnalité individuelle avec la gravité de mœurs de la magistrature municipale. C'est vraiment une série de chefs-d'œuvre.
Jean Chalette, venu de Troyes à Toulouse en i6[i, y forma des élèves et y laissa des œuvres d'une haute valeur, malgré les longues heures que lui prenait sa charge de peintre de l'Jiôtel de ville. Il releva l'art de la peinture à Toulouse d'un affaiblissement qui paraît l'avoir atteinte dans les dernières années du seizième siècle.
Les deux tableaux allégoriques des devoirs des magistrats, l'un d'un inconnu, l'autre de Jacques Bolvène, peint en iBgS, autrefois à l'hôtel de ville, aujourd'hui au Musée, sont empreints de maniérisme, malgré leur dessin correct et leur goût d'arrangement, pour lequel le dernier surtout semble vouloir imiter les élégances italiennes. Les portraits des capitouls devant le Christ, peints par Chalette, en i633, avec autant de vigueur que de réalité pénétrante, traduisent le caractère intime des personnages ; la Vierge consolant les prisonniers , relève encore par l'intensité du sentiment exprimé les mêmes qualités de facture puissante. La variété des figures de capitouls peints sur le parchemin des Annales est plus séduisante encore et les qualités de la grande peinture se retrouvent dans ces têtes familières si vivantes dans leur exécution délicate. Elles rappellent les meilleurs portraits des Flamands.
Le séjour de Chalette à Toulouse y suscita un fécond mouvement artistique. Le Christ descendu de la croix, de Tournier, est une œuvre absolument supérieure par le sentiment pathétique qui s'en dégage et son exécution vigoureuse et sobre. De même, mais à un moindre degré, Le Christ porté au tombeau et Judas prosterné devant Joseph, conservés aussi au Musée.
Ililaire Pader est plus touffu et moins correct. Le Triomphe de Joseph, venu des Pénitents-Noirs à Saint-Etienne, présente
dans son ordonnance pittoresque et mouA^enientée, à côté d'incohérences et même de ridicules, des morceaux d'une réelle beauté, une facture libre et sincère. Le Passage de la mer Rouge, de même provenance, est confus et sans effet. Le Sacrifice crAbraham et Samson massacrant les Philistins annoncent déjà la convention académique.
Nicolas de Troy, élève de Chalette, est peut-être l'auteur du Songe de saint Joseph, que le catalogue du Musée attribue à son fils François, dont la Madeleine dans le Désert représente dans sa grâce apprêtée si peu religieuse, éclairée d'une séduisante lumière, le goût des élégances mondaines chères à ce portraitiste des dames de la cour de Versailles. La Conception de la Vierge, de Jean de Troy, fils aîné de Nicolas, est empreinte de noblesse malgré sa facture commune. De Jean-François de Troy, fils de François, le plus célèbre de la dynastie, peintre verveux, mais superficiel, le Musée conserve deux tableaux, la Mort de Creuse et la Conquête de la toison d'or, habilement disposés par l'effet pittoresque et séduisants par lem^ brillante coloration.
Jean Michel, de I^uzenac en comté de Foix, élève à Paris de François de Troy, peignit aussi des portraits de capitouls pour les Annales ainsi que dans le tableau des ."Soces de Cana. qui montre au Musée ses tonalités chaudes et gaies.
Il ne reste aucune des peintures par lesquelles le moine augustin Ambroise Frédeau, élève de Simon Vouet, avait orné les quinze chapelles de son église conventuelle, mais seulement une Vierge entre saint Jean et saint Augustin à l'église des Minimes, œuvre facile, convenue, introduisant les imitations de la décadence italienne. Mais dans le groupe d'élèves qu'il avait formés Jean-Pierre Rivais, peintre, architecte et ingénievir, qui devait à l'Italie son érudition artistique, exerça vme grande influence dans la ville et dans la province. La Clémence Isaure, confiée par le Musée à l'hôtel de l'Académie, salle du Conseil, couchée avec grâce sur un fond de paysage ori se profilent les monuments de Toulouse, conserve la noblesse du style dans sa pose abandonnée.
SCULPTURE ET PEINTURE DANS LES XVI% Wll" ET XVIIl'' SIÈCLES. 523
La grande fresque de la Fondation d'Ancyre, qu'il peignit pour la galerie de l'hôtel de ville, est détruite ; mais on peut juger, d'après la copie dii Musée exécutée par son fils, le mérite de son ordonnance habilement balancée, le contraste des mouvements et le complément de la composition par les somptueuses archi-
FiG. 3i5. — Jean-Pierre Rivais, peintre, architecte, ingénieur (16251706).
lectures. Son âme virile consacrée au travail, son caractère vigoureux sont traduits dans son propre portrait par une exécution puissante et grasse.
Jouvenet et Coypel décorèrent avec lui la galerie consacrée à l'histoire de Toulouse, et leurs tableaux tristement exilés, comme les autres sont entrés au Musée.
Son digne fils Antoine, élevé comme lui par Tart de Rome, y laissa cinq compositions, passées de même au Musée, pleines de
mouvement et de vie, empreintes d'ailleurs de l'influence acadé mique qui dominait a Paris comme en Italie. Urbain II consacrant Véglise Saint-Sernin s'en échappe par la grandeur du style et Y Apothicaire pilant des drogues, par un puissant réalisme. Son portrait, d'une facture plus souple que celle du portrait de son père, plus familier, exprime une âme rêveuse unie à une volonté énergique.
Ce n'est que par des dessins que Ton peut juger du talent fougueux jusqu'à l'exubérance, du sens vraiment génial du pittoresque et du grandiose même de Raymond La Fage.
C'est encore un élève de Rivais, Pierre Subleyras — dont on voit au Musée cinq tableaux, jadis dans la chapelle des Pénitents blancs, d'un elTet vigoureux dans leur composition assez banale, auxquels on préférera le portrait sincère et pénétrant du statuaire Lucas et même le tableau de nature morte qui fait penser à Chardin.
Jean-Baptiste Despax (1709-1763) était entré très jeune dans l'atelier de Rivais et n'alla jamais en Italie. Sa production fut très abondante, souvent trop rapide. Le Repas chez Simon, jadis dans le réfectoire des Bénédictins, s'anime d'une vive allure et d'un mouvement agité. Les tableaux à la Visitation, aux Carmélites et à Saint-Nicolas, d'un dessin moins lâché, sont aussi d'une couleur plus intense et plus variée que la tonahté grise qu'il adopta le plus souvent pour sa note harmonique.
Autour de Despax, Cammas dont on voit au Musée le Louis XVF rapjpelant le Parlement, le portraitiste Lassave, le paysagiste \ alenciennes, Lagrenée, Gros le père prolongèrent la vie artistique à Toulouse, tandis que le chevalier Rivais, fds d'Antoine, dirigeait l'École des arts selon les nouvelles inspirations de Raphaël Mengs et de Winckelmann, à la suite des décou- A^ertes d'Herculanum et de Pompéi.
Son élève Jacques Gamelin ne fut pourtant pas un classique. Plein de verve, doué du sentiment dramatique, il composa de superbes dessins sur papier bleu remarquables par leur science
SCULPTURE ET PEINTURE DANS LES XV1% XYIl' ET XVIIl" SIECLES. 525
I'"i(;. '.UC). - I ibaiii II cniisacrniil r(''^liso Saiiil-Scriiiii
(l'ciiihiir il-\nliiiiic Uiv.il-.)
d'ordonnance et d'effet, les seules œuvres de lui que possède le Musée, avec une beuverie de cabaret vulgaire mais vivante, et la lumineuse esquisse d'une scène antique.
Joseph Roques, moins fougueux, mieux équilibré, suivit, après ses études chez Rivais et à Rome, les doctrines de David. L'ampleur sans emphase des tableaux de la Daurade, la dignité et l'émotion de la Cène à Saint-Étienne témoignent de cette influence, et le portrait de sa mère au Musée est un chef-d'œuvre d'intimité attendrie. 11 fut le premier maître d'Ingres et intro- "duisit aussi la peinture toulousaine dans Tart moderne.
Hercule et Diomède, de Gros, œuvre d'un caractère grandiose et d'une savante maîtrise dont l'insuccès entraîna l'artiste ulcéré à se jeter dans une mare à Meudon, clôt dignement la série des anciennes peintures toulousaines. Son portrait par lui-même arrête le regard par la vie qui s'en échappe, celui de sa femme par son exécution caressante.
L'art sculptural avait animé les monuments de ses vivantes figures aux époques rOmane et gothique et à la Renaissance; il ne se stérilisa pas après ces glorieuses périodes. Ambroise Frédeau, mort en 1678, était sculpteur aussi bien qu'architecte et peintre; les deux bas-reliefs en terre cuite de la Faite en Egypte et du Massacre des Innocents qui décoraient le retable de l'église des Augustins montrent, au Musée, des attitudes expressives, dramatiques même et d'un bel élan, aux mouvements accusés par l'agitation des vêtements. Arthur Legoust a laissé un groupe de haute allure avec la statue du président de Lestang à Saint- Etienne. Il décora plusieurs monuments de la ville et de la province, entre autres une chapelle à Saint-Nicolas par un retable en bois, qui a disparu. Le Musée a recueilli les belles statues des quatre saints de l'ordre des Carmes, traitées avec une superbe ampleur aisée par Marc Arcis (i 655-1739), qui travailla plus tard aux embellissements de Versailles. Antoine Guépin sculpta le Christ de la Minerve pour l'entrée de la place du Pont. Les Lucas formèrent une dynastie comme les Rivais. Pierre fut
SCULPTURE ET PEINTURE DANS LES XVI'\ XVIl'" ET XVIIl" SIÈCLES. 627
l'élève de Marc Arcis. François, séduit par les élégances italiennes, consacra sa célébrité par les anges adorateurs de l'église Saint-Pierre, le tombeau des Puyvert à Saint-Etienne et le basrelief des Ponts-Jumeaux. Son frère, Jean-Paul, fut le créateur du Musée de Toulouse après la Révolution. Un autre élève de Marc Arcis, Parant, surmonta de groupes puissants, se détachant sur le ciel, la façade du Capitole. Lange (i 754-1 889), Vigan (i 786-1 829) sculptèrent des statues selon le goût classique de l'Empire et des bustes auxquels la reproduction obligatoire de la nature donna plus de vie. Griffoul-Dorval, par ses statues historiques et son groupe de la Descente de Croix, relia l'art de l'ancienne sculpture toulousaine à celle qui est devenue de nos jours une des gloires de l'art français.
Les artistes toulousains s'étaient formés chez les maîtres chargés de travaux, mais n'avaient pas encore un centre d'études. Dans les dernières années du dix-septième siècle, un avocat, homme de goût, Dupuy Dugrez, frappé de leur isolement, abandonna les affaires, consacra sa Aie aux arts et, ne pouvant réussir à obtenir de la ville une école publique de dessin, établit à ses frais une école privée où il distribuait chaque année des médailles aux élèves les plus méritants^ Elle devint en 1751, nous l'avons dit, l'Académie royale de peinture, sculpture et architecture.
C'était aussi le moment à Toulouse d'un épanouissement intellectuel. Un groupe de lettrés, dès i64o, s'était »réuni le soir et se rendait avec une petite lanterne — d'où le surnom de (( Lanternistes » qu'ils se donnèrent — chez le doyen du présidial Vendages de Malapeyre, puis chez Pellisson, chez le président Garaud de Donneville, cliez le trésorier de France Nolet; et tandis que Téliide des sciences devenait on faveur, fut formée, en 1729, la Société des Sciences dont les dignitaires (hi Parlement, de Nupces et de Uességuier, furent le président et le viceprésident. Elle se divisa en si vêlasses, s'en adjoignit en 1745 une nouvelle sous le titre d'Histoire et Helles-Leltres qui réunit les
Benjamin Constant.
FiG. 817. — I']nlrée de Mahomet ÎI à Gonslanlinople.
(Musée des Aiifnistins.)
LA CITÉ MAINTIENT SES TRADITIONS. 629
rares survivants des lanternistes. L'année suivante, par lettres patentes du 24 juin, fut créée l'Académie royale des sciences, inscriptions et belles-lettres. Afin de lui assurer une demeure stable, M. de Caraman loua pour elle une maison à la rue des Pénitents-Bleus; mais en 1782, après la mort de Garipuy, l'éminent astronome, l'un de ses fondateurs, elle loua sa maison de la rue des Fleurs où il avait établi un observatoire et y demeura jusqu'à sa dissolution en 1792.
L'antique Compagnie du Gai-Savoir, appelée les Jeux-Floraux depuis le seizième siècle, avait repris une vie nouvelle depuis qu'elle était devenue Académie royale par les lettres patentes signées à Fontainebleau en septembre 1694. Simon de Laloubère, en les obtenant du roi, sauva de la ruine imminente qui s'annonçait la glorieuse fondation des Sept-Troubadours en 1823. Elle eut longtemps son logis au ce Capitole », à la suite de la Salle des Illustres.
Ces diverses Académies offraient des séances publiques à la société toulousaine, mais elles demeurèrent fermées. Le g-oût du bien dire et du savoir se répandait en dehors d'elles et l'archevêque de Loménie de Brienne, à qui la ville doit des embellissements d'importance, fonda en 1774, à l'imitation de celui de Paris, un nouveau groupe plus étendu, celui du (( Musée ». L'élite de la population toulousaine s'y joignait aux lettrés, aux savants, aux érudits, aux jeunes avocats, aux amateurs d'art et de musique. De brillantes réunions se multiplièrent dans la salie de concert de la rue Montardy dont le fond s'illustrait du bas-relief fort décoratif de Marc Arcis, Apollon au milieu des Muses.
Après la tempête qui avait dissous le Musée, quelques-uns de ses membres tentèrent de le reconstituer en décembre 1797, sous le nom de Lycée, toujours à l'imitation de celui de Paris. Des événements nouveaux amenèrent en 1802 la transformation du Lycée en Athénée. Des divisions ne tardèrent pas à y pénéiror. Au milieu de ces temps troublés encore, de mordantes satires
53o LES MONUMENTS DE TOULOUSE.
circulèrent. La chute s'annonçait, lorsque le rétablissement de l'Académie des Jeux-Floraux en 1806, celui de l'Académie des sciences l'année suivante leur rendirent la direction de la vie intellectuelle à Toulouse.
Dans le demi-siècle qui suiAdt, de nouveaux groupes se formèrent dans les diverses branches de l'esprit humain : la Société de médecine en 1801, la Société archéologique du Midi en i83i, l'Académie de législation en i85i, la Société de géographie en i883 (qui sont chez elles à l'hôtel d'Assézat grâce à M. Ozenne, bienfaiteur de Toulouse) et d'autres, et enfin diverses unions artistiques ouvrant leurs salles à des expositions et des concerts. Les jeunes artistes, élevés dans le Conservatoire fondé en 1820, sous le nom d'Ecole gratuite de musique, venaient y recueillir les premiers sourires de la gloire dont plusieurs goûtèrent plus tard toutes les ivresses.
En même temps, les peintres et sculpteurs qui avaient entendu les appels des hautes aspirations dans le cadre inspirateur du cloître des Augustins devenaient les maîtres glorieux de l'art français contemporain. La ville émue et reconnaissante leur a livré son (( Capitole » afin que leurs œuvres y perpétuent les marques du génie plastique de la race et le superbe couronnement de son continuel et fécond labeur.
Au milieu de son développeinent toujours croissant, Toulouse demeure ouverte aux curiosités de l'esprit et aux inspirations artistiques qui, dès le douzième siècle, animèrent les troubadours et les maîtres de la pierre; au treizième, lui firent adopter une forme d'églises appropriées aux convenances du culte chrétien comme à l'emploi de la brique ; à la Renaissance, enflammèrent les humanistes et créèrent les élégants hôtels dus à sa richesse commerciale, et favorisèrent dans les derniers temps de l'ancien régime un brillant essor intellectuel.
Cet essor continue et s'accroît par la rénovation de sa florissante Université qui attire, comme aiix grands jours de la Renais-
LA CITE MAINTIENT SES TRADITIO^S
JF-AÏN-PaI L LALliKiNS.
Fie. 3i8. — La promièie scancc soleiiiiclle clos Joux-Floranx.
(A la grande enlrùe du Cainlole.)
sance, des milliers crétiidiaiits ; et l'étranger, comme autrefois, tlirige sa jeunesse vers la cité palladienne. L'Institut catholique rivalise avec les Facultés de l'Etat, ajoute à leur enseignement, rayonne sur la Province. La plus franche courtoisie anime tous les maîtres, la paix fraternelle règne parmi les étudiants. Le nombre des Sociétés savantes grandit; leurs périodiques se dispersent dans le monde entier et sont partout estimés.
Un auditoire empressé, qu'émaillent de leur note gaie les toilettes féminines, accourt aux leçons et aux conférences publiques. On réclame ici et là de plus Aastes et de plus dignes amphithéâtres. L'attirance de Toulouse se manifeste encore par les avalanches de vers et de discours qui arrivent chaque année à ses concours des Jeux-Floraux. Dans la Aille éternelle, à la Villa Médicis, nos peintres, sculpteurs, architectes, compositeurs, depuis un demi-siècle se succèdent. Ils sont bien connus en France et à l'étranger les noms de Falguière, Mercié, Marqueste, Idrac, Segoffîn, de Benjamin Constant, Bénezet, Gervais, Henri Martin, Jean-Paul Laurens, l'un des plus grands; d'autres encore, leurs émules, leurs disciples, font resplendir l'art toulousain aux Salons des Cliamps-Elysées. C'est à Rome que le devancier des Salvayre, des Vidal et des Kunc, Paul Deffès, dans un éclair de génie, écrivit le chant de La Toulousaine, dont le poète populaire Lucien Meng-aud, non moins bien inspiré, lui avait dicté le texte en langue d'Oc.
Toulouse témoigne d'une activité intellectuelle peut-être plus grande qu'elle ne le fut jamais. Elle est la digne héritière d'un long- et noble passé. L'Histoire révèle ses titres immortels à l'airection de la Patrie française.
François Lucas, démonstrateur du Muséum, Catalogue des tableaux et autres monuments des arts , formant le Muséum provisoire établi à Toulouse l'an III de la République (r795), 35 p. in-12
(première édition suivie de quatre autres, an IV, Y, VIII, XIII, revues et augmentées).
Jean-Paul Lucas, devenu conservateur, a signé la cinquième : Notice
LA CITE MAINTIENT SES TRADITIONS
des tableaux, statues, bustes, dessins, etc., composant le Musée de Toulouse, an A7//(i8o5), 55 p., 170 n°^; autres en 1806, 96 p.
in-i2 ; i8i3 et 1818.
DuMEGE, Notice des monuments antiques et des objets de sculpture moderne conservés dcuis le Musée de Toulouse (1838), i44 p- in-8°, 07011'"; deuxième édition (x835), 262 p.; 8i4 n°\
— Ms. inédit préparé pour une nouvelle édition (i858), 082 p.
in-Zt", 1890 n°% conservé aux archives de l'Hôtel de ville (au Donjon).
Ernest Roschach, Musée de Toulouse. Catalogue des cuitic/uilés et des objets d'art, Toulouse, i865, xx-488 p. y compris « Notice sur le couvent des Augustins occupé par le Musée ». La forme linéaire des inscriptions antiques est reproduite par le texte de l'inventaire.
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« Je ne pense pas qu'il se trouve en France de collection plus originale, plus nationale que celle du Musée de Toulouse. »
Comte de Montalembert,
lettre à Victor Hugo,
Revue des Deux Mondes, 1829.
« Le Musée créé par la Société Archéologique du Midi, et qui prend chaque jour plus d'importance, est le plus complet que l'on puisse trouver en Fiance. On y peut lire l histoire ancienne
^^ ^'«''^- >^ Prosper Mérimée,
Notes de Voyage, 1836.
LA CITÉ MAINTIENT SES TRADITIONS
FiG. 3 19. — Marbre de Falguière.
Don de M. G. Weld, de Boston, « à Toulouse, patrie de Falguière, pour sou Musée ».
Hkkrt Martin.
FiG. 320. — • Les poêles du a Gay Sa])ci' » foiident les Jeiix-Floi-aux en iSaS.
(Salle (les lllnslres au Capilole.)
La Clémence Isaure do Jean-Pierre Rivals ; vue de Toulouse au fond.