‹ Les monuments de ToulouseChapitre 69 sur 84 · REVUE DE L'ART A TOULOUSE · texte numérisé non relu

REVUE DE L'ART A TOULOUSE

Les diverses formes de Tart dans la structure et roriiemeiitatioQ se transmettent d'onc région à l'antre et se continuent par des transitions incessantes. Elles établissent, plus que les institutions, la vraie fraternité des peuples et l'on peut suivre leur marche successive à travers le globe depuis les lointaines origines orientales. Les jjouleversements eux-mêmes cpii transfoivinent les nations n'intenompent j)as leur course et leurs progrès continus qui se poui'suÎAent sans secousse et sans changements brusques.

LA SCULPTURE UOMANE

Les cjiri'licns ne songèrcnl pas à rojupre a\ec la cixilisalion loniainc. Lcins picniirics ('gliscs lincnl les dcnicnics mêmes (les n(M)|)|i\|('s (loni elles gai'dèrenl les disposil i( »ns principales, pnis les l);isili(pies pii\(''es des grandes laniilles gallo-romaines à [)eine I ranslornK'es, |>lns rarenieni d'anciens lenq)les, an\(piels

V|b LES MOM >rE>TS nE TOLLOISE.

ils lie inaiiquaienl pas cepeiulaiit (remprunter les colonnes et les diverses ornenieiitations. Ils étaient inhabiles à sculpter des bases et des chapiteaux, et, au lieu de colonnes, ils élevèient les piliers sur lesquels ils faisaient reposer directement l'arcade sans Fintermédiaire inutile de l'architrave, de la frise et de la corniche, première marque de la logique avec laquelle l'art fiançais procédera sans cesse, l.a construction des voûtes dépassait encore leurs; forces et ils se contentèrent de charpentes.

Dès les dernières années du cinquième siècle, les ^\isig•otlls, lidèles imitateurs aussi des Romains, élèvent la superbe église de la Daurade.

Les églises mérovingiennes, si elles étaient maladroitement construites, étaient richement ornées par les marbres, les mosaïques et les peintures. Les entrelacs, peints ou sculptés, sont seuls introduits par les conquérants du Nord. A Toulouse, Lan nebolde, duc de la pro^ince, au nom de Chilpéric, roi de iXeustrie, fit construire, vers 56o, une église somptueusement décorée sur le point où le premier évèque de la ville avait été enseveli après que le taureau l'eut abandonné.

Si le texte de Fortunat, l'illustre évèque de Poitiers, vante sa décoration, il ne dit pas quelle était sa forme. Les églises mérovingiennes adoptèrent tantôt le plan basilical, tantôt le plan polygonal, que les AVisigoths avaient déjà choisi pour la Daurade.

De même, les murailles de la cathédrale Saint-Etienne, remplacée par celle que l'évèque Izarn Qt reconstruire en 1080, resplendissaient de marbres et de mosaïques, d'après le texte de l'acte de fondation de la nouvelle église.

Les invasions, les gueiTes féodales, les incendies détruisiient un grand nombre de ces premières églises chrétiennes. On \oulut les reconstruire plus solidement et surtout les mettre à l'abri du feu en remplaçant les charpentes par les voûtes. L'effort nouveau se manifeste autour de l'an 1000. Les églises nouvelles surgissent dans toutes les provinces. A Toulouse, vers 1080, s'élève, en même temps que la cathédrale de l'évèque Izarn,

l'abbatiale de Sainl-Sernin. Elle imite les églises auvergnates, leurs voûtes en berceau soutenues par des doubleaux, leurs voûtes lalérales en quart de cercle contrebutant la poussée delà grand'voûte. Mais ses proportions plus amples, ses doubles collatéraux et leurs retours d'équerre sur les croisillons, ses hautes tribiuies permettant l'ouverture des grandes fenêtres éclairant la nef avec celles du second collatéral, rélancement de la grand'voûle, ses neuf chapelles entoTu*ant le chevet et son hardi clocher la transforment en un édifice original et puissant.

L'éo-lise et le cloître de Saint-Sernin montrent aussi Téclosion de Fart sculptural dont le centre, à Toulouse, fut Tun de ceux qui ont créé la sculpture monumentale française. Les statues et les chapiteaux de l'époque romane sont, avec Sainl-Sernin, la gloire artistique de Toulouse, qui rayonna de nouveau plus tard avec les hôtels de la Renaissance.

Toulouse était, au douzième siècle, le foyer intellectuel des provinces du Midi bien avant que Paris le fut de celles du Nord.

Les chapiteaux de la grande église, au nombre de près de cinq cents, imitent surtout la corbeille corinthienne. L'unité d'inspiration n'amène pas l'uniformité. La fantaisie des ciseleurs uiodifie l'aspect des feuillages de la corbeille, allonge les uns, enroule les autres, les creuse de damasquinages, les entremêle de boules ou de pomuies de pin. Elle vaiie les combinaisons des ramures, accentue les profils, accuse la vigueur des ombres et doinie ainsi à racanlhe romaine im caraclère ])lns architectural.

Entie CCS chapiteanx, les plus nombreux manifeslent l'in- Ihience continue (\o l'arl romain dont jihisicnrs monumenis se inontraienl encore dans la prox ince. Des animaux alTronlés venus de rOrieul, animés d'une puissance étrange par l'art méridional, apparaisseul sur lui de ceii\ de l'ahside, sur (piehpies-uns de ceux des I ribuues hautes, (réside l'( )rienl aussi qu'arri\('nl les feuuues coilVées de bounels plnvgi<'us assises sur des lions à la porle des luuoceuls, les greccpies cl les rubans [)lissés des (ail-

loirs, les figurines ou les animaux dans des enroulements de leuillages remplaçant les palmettes antiques et introduites par rimitation des broderies sur les tissus de Perse et de Byzance.

Mais le corinthien domine à la cathédrale de l'évèque Izarn, comme a Saint-Sernin et dans les nombreuses églises romanes de la province ou des vallées jiyrénéennes dans lesquelles l'influence de Saint-Sernin est très manifeste.

Ce fut sur les chapiteaux de leurs cloîtres que les monastères et les chapitres de chanoines déployèrent le plus de luxe artistique.

Ceux qui ont pu échapper à la destruction, aux dégâts qui suiAirent la Révolution, furent recueillis par le très zélé antiquaire Dumège au Musée, oii ils offrent encore un incomparable ensemble d'études.

Le cloître de Saint-Etienne, qui s'étendait, selon la coutume la plus fréquente, au sud de la cathédrale, fut démoli en t8i9 ]iour le percement de la rue Sainte-Anne, dont les habitants du quartier avaient demandé Fouverture dès 1800 et que Napoléon accorda lors de son passage à Toulouse en juillet 1808. 11 ne reste, hélas ! au Musée que cinq de ses chapiteaux.

Sur l'un est représentée la légende de sainte Marie Egyptienne. La pécheresse, vêtue du costume des premières années du douzième siècle, le pélissou et le bliaud ajusté à la taille, les cheveux séparés en deux longues tresses, est repoussée par un ange de l'église OLi elle veut entrer. Elle s'agenouille devant la Vierge, joignant les mains pour implorer sa miséricorde. La Vierge assise, couronnée, tient de sa main gauche un sceptre qui s'épanouit en Heur d'arum. Un nimbe, rayonnant de feuilles lancéolées, s'arrondit derrière sa tète qu'entoure le voile. La robe aux plis élégants multipliés, souples et naturels, est ornée d'un collet brodé et son manteau est largement ouvert. L'Enfant-Jésus est assis sur son genou droit, et, si sa tète a été mutilée, le nimbe crucifère s'est maintenu. Il appuie sa main gauche sur son genou et tenti vers sa mère sa droite ouverte ; ses petits pieds nus chevauchent l'un sur l'autre, mouvement enfantin qui annonce l'appro-

SCULPTURE ROMANE. /[/'iQ

che des recherches de la réalité. De même, la figaire de la Vierge, fme, attentive, longue et un peu moutonnée, semble reproduire les tètes toulousaines.

Le chapiteau célèbre ainsi Tun des nombreux miracles dus à la Vierge, chers au Moyen âge, parce qu'ils la rapprochaient des hommes. Il fait suivre la scène de la supplication devant la Vierge par celle qui représente la courtisane devenue pénitente dans le désert, recevant d'un inconnu les trois deniers avec lesquels elle achètera trois pains, puis par celle de ses ablutions purificatrices dans le torrent représenté comme une cascade, où elle lave sa longue chevelure, et quand elle Ta coupée, jDar sa rencontre avec Termite Zozyme, devant lequel elle cache sa nudité, dont il paraît offensé ; enfin, par sa sépulture dans la fosse creusée par un lion venant au secours de Fimpuissance du Solitaire.

Le caractère des têtes moutonnées reparaît sur le chapiteau double représentant les Vierges sages tenant un sceptre terminé en fleur de lotus. Les jambes de deux d'entre elles sont croisées, l'un des signes caractéristiques aussi de la statuaire romane toulousaine, mais que toutefois on retrouve ailleurs, même dans l'art antique. Leurs robes et leurs manteaux sont ornés de perles et de gemmes. Sur l'un des côtés, l'Epoux, sous la figure du Christ, leur tend une couronne, et l'Eglise est assise auprès de lui, tenant un sceptre. Leurs nimbes sont formés d'une étoile de feuilles lancéolées, comme celui de la Merge du chapiteau précédent, et leurs vêtements aux petits plis suivent les membres a\ ec la même élégante souplesse. Ln olivier se dresse sur Fangle.

Sur le revers inachevé du chapiteau, les Vierges folles, simplement épannelées, tiennent leur hunpe renversée et se dirigent vainenaent vers la porte fennéo de la maison nuptiale sculptée s m- le coté.

Ln autic chapiteau du Afusée, don! la provenance est inconiuie, représente la même scène, Tune de celles que le Mon en âge a le plus soiiM'iil re[)i(i(iiiiles, coninie par exemple, et a\(M- (juelle

'\ûO LES ]N[0\UMENTS DE TOULOUSE.

élégance, sur la porto latérale de la cathédrale de Strasbourg, et, en peinture, jusqu'à la fin du quinzième siècle, comme ?i la voûte de Sainte-Cécile d'Albi.

Avec plus de finesse encore sont figurées, sur un autre chapiteau, les péripéties de la uiort de saint Jean- Baptiste. L'essor naissant de mouvement et de vie individuelle s'y uianifeste davantage avec la grâce déjà même un peu maniérée des attitudes, la liberté des gestes, Texpression des physionomies, La svelte allure de Salomé dansant en s'accompagnant de clochettes, la tendresse d'IIérode caressant le menton de sa fille, d\m geste naturel, saisi sur le vif; puis sa surprise douloureuse, quand elle apporte sur un plat à Ilérodiade, assise auprès de lui, la tète du précurseur, que le bourreau vient de couper, indiquent Télan qui entraînait les artistes vers Texpression de la vie, eu même temps que la richesse délicate des étoffes brodées et ornées d'orfèvrerie les rattachait à Byzance. Les costumes reproduisent ceux du temps, et les chaussures à bout pointu d'un personnage Aoisin d'Hérodiade à la table du festin, annoncent la mode prochaine des souliers à la poulaine, mode naissante contre laquelle tonnaient déjà les sermonn aires.

Enfin un autre chapiteau, qui surmontait aussi deux colonnettes jumelles, représente avec encore plus de distinction l'Adoration des mages. Les trois rois s'avancent vers la Vierge, assise sous une arcature, tenant sur son genou gauche l'Enfant divin, royalement couronné. Le voile, qui recouvre sa tète couronnée de même, est agité par le vent. Elle tient un sceptre de la main droite, et ses pieds reposent sur un lion. Le sentiment de la nature s'unit en symbolisme hiératique.

Le premier roi met un genou en teiTC en olïVant son présent enveloppé dans les plis de son manteau. Le second, debout, mais à demi-incliné, commence aussi à courber son genou en faisant le même geste d'offrande, répété par le troisième qui demeure droit. Le mouvement, vivement accusé par le jet des vêtements, anin^e les personnages de taille svelte et élancée. L'exécution fine

et minutieuse rappelle les ivoires byzantins, mais le naturel et la souplesse des attitudes, Fagitation de la scène introduisent le caractère nouveau de Fart occidental.

Sur le revers et les côtés du cliapiteau, les rois cheminent vers Bethléem, montés sur des chevaux à croupe rebondie. Ils sont vêtus d'une robe et d\m long- manteau qui Hotte derrière eux, indiquant leur marche rapide, et Fun d'eux, tenant de la main gauche la bride de son cheval, indique de l'autre la route à prendre à celui qui le suit repliant son bras sur la hanche. Les détails du costume et du harnachement sont traités avec une précision qui les rend utiles pour l'étude du vêtement et de l'outillage de l'époque. Les persoimages s'encadrent dans des ramures. Le tailloir est orné de fruits d'ariiin entre des tiges rubannées.

Les trois mages s'avançant ainsi l'un derrière l'autre se rattachent à l'ancienne formule, malgré leur mouvement plus accentué. Bientôt la représentation du royal cortège s'animera davantage. Sur la frise de Saint-Trophyme d'Arles, sculptée vers 1180, le premier roi s'agenouille, le second se retourne vers celui c[ui le suit et lui montre l'étoile conductrice. Le troisième exprime son admiration en leva'nt les mains. Feu après, à Saint-Gilles, les trois rois et la ^ ierge sont groupés avec phis d'art encore.

Les artistes ne négligeaient pas de s'inspirer du drame liturgique qu'ils voyaient représenté dans l'église et même parfois sur la place publique, le jour de l'Epiphanie.

Le Alusée conserve un plus grand nombre de chapiteaux du cloître de la Daurade démoli en 1810. ils ne sont pas absolument contemporains. Les quatre côtés d'un cloître se construisaient pai'fois successivement suixaul les ressouices. Les dilTérences indiquent le |)r()giès lapidc de Farl. I ne preuiière série piéseule des scènes inscrites dans une forme triangulaire, traitées ])ius lourdement et surtout juoins mou\enientées que celles de la seconde. La facture des peisonnages se rapproche de celles des ligures représentant les péchés aux portes jumelles méridionales

!\0-2 LES :\[ONLMENTS DE TOULOLSE.

de Saiiil-SL'iiiiii el paraît les dalei" des premières années du douzième siècle.

Les sujets sont empruntés à TAncien et au >ou\eau Testament.

On voit ainsi : i" les musiciens du roi David jouant de la trompe semblal)le aux oliphants, de la viole à cinq cordes, de la harpe et du iNuipanon, accompagnaid un danseur, scène figurée trois siècles auparavant dans ime miniature du livre d'heures de Charles le Chauve; i'' Daniel entre des lions l'ort conventiomiels, et, au revers, les bourreaux dévorés, ainsi que Findique Tinscription très utile, car la sculpture est mutilée; 3" des rameurs dans des barques, dirigés par un garde, qui les menace du fouet, mais rien n'indique le miracle de Jouas, réservé peut-être pour une quatrième lace absente ; 4' hi mort de saint Jean-i3aptiste, scènes absolument dépourvues de la finesse et de la vie qui caractérisent celles du chapiteau postérieur de Saint-Etienne; 5" la Transfiguration et l'incrédulité de saint Thomas; 6° l'entrée de Jésus à Jérusalem et le baiser de Judas; la séi'ie des chapiteaux étant incomplète, on ne peut suivre l'enchaînement des scènes qui, peut-être, sur l'une des galeries du cloître, représentaient la vie du Christ et, sur l'autre, sa Passion; 7" la résurrection des morts soulevant le couvercle de leurs sarcophages, réveillés par les cors d'ivoire des anges, et le Christ dans une auréole, dont la croix se dresse portée par deux anges; 8° enlin le pèsement des âmes par le grand justicier saint Michel, tenant la balance, accosté par deux démons, dont l'un tient im phylactère sur lequel sont tracés les mots : In igiiein elerntiin.

Si peu délicat que soit encore l'artiste qui a sculpté ces scènes, il a su du moins se dégager, ainsi que le fait remar([uer M. Emile Maie, de la servitude byzantine, par la façon nouvelle selon laquelle il a représenté la Transfiguration, par l'imitation du costume contemporain, et cette liberté nouvelle se manileste avec des allures beaucoup plus vivantes encore dans les chapiteaux de la seconde série.

Mais les inspirations orientales apparaissent dans deux chapi-

teauN^ placés entre les premiers, Yun inoiitraiit des lions cambrés et affrontés entre des rinceaux', Tautre des aigles étendant leurs longues ailes et s'enlaçant par le cou. L'Orient se retrouve surtout encore dans les ornements des tailloirs, enroulements de feuillages entre lesquels s'agitent des oiseaux ou des animaux fantastiques, fms entrelacs, cercles ou losanges entrelacés, rubans perlés, grecques en rubans rappelant les passementeries byzantines.

Les treize chapiteaux représentant les scènes de la Passion du Christ avec un sentiment si dramatique, s'inspirent de la vie même, de la traduction directe de l'évangile de saint Jean, des souvenirs des sarcophages latins, des fragments de monuments, de la réalité des Aetements contemporains.

Ils montrent : i" le lavement des pieds; sous deux arcatures séparées par une colonnette, le Christ entre deux rideaux relevés, saint Pierre exprimant sa confusion par le geste de sa main relevée, tandis qu'un autre apôtre s'empresse de se déchausser, avec un mouvement plein de naturel, et que les quatre autres s'apprêtent ; '2- la Cène, Jésus au milieu de la table, saint Jean appuyant sa tète sur la poitrine de son maître, quatre apôtres vêtus de riches tuniques brodées, assis du même côté de la table. Judas plus petit, sans nimbe, assis sur un escabeau, recevant le pain de la main du Sauveur et posant sa main dans le plat, un serviteur nimbé, saint Catien, selon la légende, plus tard évêque de Tours, portant un plat; 3" Jésus priant h genoux dans le jardin des Oliviers, et, au re^ers, renversant par l'allirmation de sa divinité les soldats et les juifs ([ui viennent le saisir; enfin Jésus s'adressant à un homme chargé d'un faisceau de pic^ues et de l)Atons, filadiis cl fnslihus : sur le tailloir, courent chiens et chasseurs ; .hidas baisant son maître avec emportement, les soldats se précipitant vers lui avec furie, Jésus avertissant les saintes Ici 11 mes, Jésus condamné, flagellé, puis s'apprêtant à porter sa croix, menacé par ses bouri'eanv; scènes traitées sur ce chapiicaii lii[)le avec un sentiment (lrainatic[ue d'une vi\aiile énergie; 5" Jésus descendu de la croix gemmée, croix triompliale, tandis

lioA LES MOXLMENTS DE TOULOLSE.

que iMcodènie décloue le bras gauche, que la Vierge se peuche tendrement sur Tautre bras soutenu par Joseph dWrimathie, et que saint Jean exprime sa douleur par le geste traditionnel de la main appuyée sur la joue ; Jésus déposé par les deux disciples en présence de deux saintes femmes dans un sarcophage à s trigilles; scènes en relief sur le fond de quadrillages gaufrés du chapiteau unique; 6" Jésus descendant aux limbes, selon la première épître de saint Pierre, la quatrième de saint Paul aux Ephésiens et l'évangile apocryphe de Nicodème, terrassant Satan d'une main aACC la pointe de sa croix, et de l'autre attirant à lui Adam et Eve : Adam que Satan s'efforce de retenir en lui saisissant la jambe et qu'un autre démon saisit par la taille, Eve sur la tête de laquelle une bête monstrueuse appuie lourdement la patte ; scène représentée avec plus d'art et d'unité que sur le chapiteau de Saint-Pierre-des-Guisines; à côté, l'enfer, l'Hadès après le Séol, figuré par une chaudière léchée par les llammes, dans laquelle un démon précipite les damnés avec les pointes de sa fourche; enfui, sur le revers, deux anges d'une noble allure conduisent Adam et Eve dans le paradis, figuré par un donjon crénelé ', sur le tailloir de ce chapiteau unique, des jongleurs cabriolent, des enfants jouent aux échecs et au trictrac, scènes familières A ues journellement par l'artiste ; 7' Jésus sort du tombeau enjambant le bord du sarcophage d'un mouvement résolu, naïvement réaliste; deux anges d'une belle envolée l'assistent, et l'un d'eux l'aide en le soutenant par le bras, encore un trait de nature d'autant plus audacieux que cette scène de la résurrection est une des premières, la première peut-être qui ait été représentée, les chrétiens des premiers siècles ayant hésité à la montrer, parce que l'Évangile ne la décrit pas ; sur l'autre face, deux saintes femmes arrivent devant le tombeau, Madeleine, portant le vase de parfums, s'incline et touche le suaire; 8' saint Pierre et saint Jean accourent au tombeau; saint Jean, empressé, empoilé par le mouvement qui fait flotter sa tuniqne, s'appuie sur une colonne et semble s'étonner de voir le tombeau vide ; sur le revers, l'ap-

SCULPTURE Ro:\r\>E. 455

parition de Jésus à Madeleine, encore une des premières représentations du Noli me iangerc : un palmier s'élève à côté d'eux, localisant la rencontre dans un jaixlin, mais le Sauveur n'est pas représenté en jardinier, comme les artistes le montreront dans les derniei's temps gothiques; 9" Jésus arrête dans leur marche les pèlerins d'Emmatis, couverts de riches vêtements brodés, portant bâton et panetière; il est assis au milieu d'eux, la tête entourée du niml)0 crucifère, et se fait reconnaître à la table du repas par la fraction du pain, scène si émouvante dans le récit de saint Luc interpi'étée aussi pour la première fois; 10" Jésus se penche avec tendresse vers saint Thomas et relève son bras pour lui permettre d'introduire son doigt dans la plaie* sur l'autre face, Jésus confie ses brebis à saint Pierre ; la noblesse des attitudes s'unit au naturel des mouvements; Jésus monte au ciel, les pieds déjà sur les nues; il est vêtu d'une robe ornée d'un riche orfroi et d'un manteau relevé sur l'épaule gauche; figure pleine de majesté et vraiment de grand style dans ses dimensions minimes ; deux anges, les duo viri du texte des Actes, le montrent du doigt, dans un mouvement superbe, à trois apôti^es qui s'élancent vers lui dans une ahure accentuée par les plis agités de la robe et du manteau flottant derrière eux; à la droite du Christ, la Vierge se reconnaît à ses pieds chaussés ; les figures sur ce cha]iiteau triple s'enlèvent aussi sur un quadrillage gaufré ; lîV'les flammes de la Pentecôte descendent en serpenlanl et frappent le front de six apôtres assis sur un escabeau ; leur main droite se dirige vers le ciel et ils lienneid de la gauche un livre .-i riche couverture. Une série d'arcatures, surmontées de créueaux, domine leurs têtes nimbées, fja scène représentée sur co chapiteau double se \oit plus rarement que celle de F Vscension. On ne la rencontre d'ailleurs que sur les partieei accessoires des monuments, chapiteaux ou voussures des portails, f^e célèbre lNnq)aii de \ ézclay nionhc |)liil(')l le ( IhrisI rcuicl lanl aux a|)(Mres la gi àce divine pour hanslornici- le nioiidc liguri' par les sept groupes qui les entourent.

. Enfin deux chapiteaux doubles d'une forme plus basse, d'une exécution délicate et line, probablement postérieurs aux précédents de quelques années, venus peut-être de la salle capitulaire, représentent, encadrées par des rinceaux, l'un, les diverses scènes de l'histoire de Job et l'autre, des cbasseurs poursuivant de leurs flèches un ours qui s'empare de l'un d'eux et lui mord tes reins, scène rendue avec une vérité de membrure et de mouvement bien rare à cette époque.

Le Crucifiement n'apparaît pas parmi les cliapiteaux de la Passion, mais il est possible, probable même, qu'il ait été perdu. Sous l'inflLience des scrupules qui régnaient parmi les ailistes dans les commencements de l'Eglise, mais qui avaient disparu en Orient dès le quatrième siècle, les premiers imagiers de l'art roman hésitaient à montrer le suprême supplice du Fils de Dieu; néanmoins, ceux de l'art toulousain résolument réaliste le représentèrent sur les chapiteaux de leurs églises ou de leurs cloîtres. On le voit sur un de ceux du portail de Saint-Pierre-des-Guisines et, au Musée, sur un autre venu du cloître de Saint-Pons-de- Tlîomières. Le Christ est attaché par quatre clous sur une croix gemmée, tandis que deux anges encensent sa tête nimbée, mais qui ne porte plus déjà la couronne royale, et que deux soldats lui présentent l'éponge et la lance. La réalité s'unit au symbole.

Le revers de ce chapiteau, d'un aspect fort archaïque, mais offrant la curieuse union d'inspirations byzantines et orientales, montre la Vierge assise sur des nues, tenant son fils entre les bras sur ses genoux et le présentant à l'adoration du monde. Elle n'est que le trône oii il s'assied. L'homme et les trois animanx, personnifiant les quatre évangélist^s, l'entourent.

Un treizième chapiteau de la Daurade appartient à la même série. Il représente, sur un fond de quadrillages gaufrés, (pialre personnages des mains desquels jaillissent en cascades les quatre .fleuves du Paradis, avec leurs noms, symbolisant les qiiatie évang-élistes. Celle figuration est ici bien à sa place après celles des scènes douloureuses décriles sur les auli'es chapiteaux. '

Les beaux chapiteaux de Saint-Etienne et de la Daurade datent du douzième siècle, mais n'ont pas été exécutés tous au même iTioment et parles mêmes mains. Le premier document concernant le cloître de la Daurade mentionne une assemblée tenue par Raymond VI dans le mois de juillet i2o5 (Histoire de Languedoc, t. YIII, col. o\o). L'inscription funéraire la plus ancienne du cloître de Saint-Etienne date de 1 1 17. 11 est évident que l'Adoration des Mages n'est pas due à l'artiste qui a sculpté la Mort de saint Jean et les ^ ierges sages, ni surtout la \ ie de sainte Maiie Egyptienne.

L'ensemble manifeste la marche rapide et progressive de l'art sculptural toulousain pendant le douzième siècle. Après les rudes scènes taillées lourdement dans les chapiteaux de forme triangulaire de la Daurade, ceux de la Passion expriment puissamment la vie réelle, le sentiment pathétique, le mouvement du drame animé par l'accent des physionomies, le geste naturel et famiher que les artistes saisissaient autour d'eux, le costume de leurs contemporains, a peine enjolivé parfois par des ornements venus de Byzance.

Mais l'art byzantin est la continuation de l'art hellénistique. C'est dans l'Asie antérieure qui avait conservé l'art de la Gièce que se sont élaborés, du second siècle avant le Christ au sixième après lui, les formes, les motifs, les styles de l'art du Moyen âge en Orient eteuDccident. L'art byzantin, l'art arabe et Fart roman sont trois branches du même tronc. Notre art roman toulousain se rattache ainsi à celui de la Grèce par de lointaines transmissions.

Dans la statuaire se manifeste aussi la double influence de l'art antique et de l'art orientaL Le Dieu en majesté, les cliérubins et les séraphins encastrés aujourd'hui sur le pourtour de Tabsiile de Saint-Sernin rappellent les ivoires de Byzance et aussi les orfèvreries en argent repoussé. Ces ligures ressemblent an v apoires en bas-relief (hi cloîlre de Moissac, mais soni moins anciennes et paraissent dater du douzième siècle. Le (llnist el les anges de l'Ascension sni- le In mpan de la [)orle des I nnocenls, de même ((ne

les deux saints en bas-relief plaqués à côté présentant les mêmes plis des vêtements, plus soignés dans leui's détails, connue le sont

FiG. 9G4 ol aO,"). — Sailli Paul, sainl Pierre el apôlros iiidc'IcnniiK's.

Shilni'5 (lu rloilrc île l'cVli^c Sniril-T'llierinc. coiisiM'vi'es :i(i Mnsco.

toujours les personnages isolés, sont traités par nne facture identique à celle du Christ en uiajesté, du cliérui)in e( du sérapliin, tandis que les apôtres contemplaut le Glrrist monlani au ciel leproduisent la file des personnages qui se succèden t sur les sarcophages.

SCULPTURE UOMAM':.

Les étranges figures des deux femmes portant le lion et le bélier caractérisent un style qu'on peut appeler toulousain par leur

Fiii. yOG cl 2(17. — Sainl Jean (')') cl aix'jlrcs iiidclciiniiics.

ShiLiics du iliiilie de Siiiiil-lOliciiiiC.

Irlc all()iig('(', leur mouvement accentué, leurs jambes croisées, l'union des lignes anti([iies sur les visages avec une agitation l'évélant le souci de repi-ésenter la nature.

/|6o LlilS MONUMENTS DE TOULOUSE.

Sont-elles vraiment deux symboles d'un zodiaque? 11 est ditïicile de comprendre pourquoi elles seraient ainsi unies. Cette disposition ne correspond à aucune série horizontale ou Aerticaledes mois. Bertrandi cite un passage de saint Jérôme, mais passage apocryphe, relatant trois miracles survenus dans le monde au temps de César à Jérusalem, à Rome et à Toulouse, où deux femmes auraient enfanté l'une un agneau, l'autre un lion, prophétisant la douceur et la puissance du Christ qui devait bientôt A'enir.

Les deux figures ne seraient-elles pas la représentation de la légende relatée dans ce texte.^ Les artistes s'inspirèrent souvent de ces récits amplifiant les écrits des Pères de l'Eglise comme les textes évangéliques qui séduisaient leur imagination. L'inscription : IIoc fuit factiim T. tempore Jiilii Cesaris semble confirmer cette interprétation : T. pour Tolosœ.

L'antiquité avait représenté aussi les jambes croisées, comme on le voit sur un des fragments de l'arc admirable d'Arles réunis au théâtre antique. Toulouse adopta fréquemment cette disposition. On la retrouve dans les figures des apôtres qui ornaient autrefois les côtés de la porte de la salle capitulaire au cloître de Saint-Etienne; elles sont maintenant au Musée.

Les douze sont debout, huit, deux à deux sous des arcades cintrées, parmi lesquels on ne peut identifier sûrement que saint Pierre et saint Paul. Saint Pierre porte une large tonsure, il a la barbe crépue et bénit de la main droite. Saint Paul, chauve, porte la longue barbe tressée, il tient un livre et ouvre sur sa poitrine sa main droite redressée comme pour rendre témoignage à la doctrine qu'il prêche. T^es tètes de tous ces Apôtres se détachent sur un nimbe rayonnant orné de perles; quatre sont isolés; deux seulement, désignés par l'inscription gravée sur l'arcade du dais en accolade de la niche, sont rcconnaissables, Aiulreas Apis et Toinas.

Saint André entr'ouvre un livre richement relié, saint Thomas tient un parchemin déroulé. Le bord de leurs robes et leurs cein-

tares sont ornés de fines p:issomenleries. Ils ne croisenl pas lenrs jambes et leur atlitade droite est pleine de dislinetion. Leur tète longue, de noble caractère , semble empreinte de Fart du Nord. Ce n'est plus la physionomie romaine des statues d'Arles et de Saint-Gilles. Ils sont traités avec plus d'élégante finesse que leurs compagnons.

Les deux statues étaient signées par Gilabertus : GUaheiius luc fecit et T ir non inccrhis nie celavit GWiherUis. Mais , depuis une quarantaine d'années, il ne reste plus qu'une lettre initiale G, les socles sur lesquels les inscriptions étaient

gravées avant été

Fk;. '(iiS. ■ Saint Tlioinas — Saint Aiidi(''.

( H'JLVio (le Cilah.Tl,; Cloilic de Siiiiil-Klioniic.

J)ris('s au cours

des l'estaïu'alions et des consiniclions nouNelies du \lus(''e.

La ressemblance de la tète d'un des a jx') très a\ec celle des deux; ieninïes du bas-relief de Sainl-Serniii, les jandies croisées et des identités de détails iuqx^rtants dans les robes, indiquent (]ue les

LIlS monuments DI' toulolsk.

FiG. 2G().

La ^ icruc du 2)()ilail de la Salle ca[)ilulairc d<' la Daurade. .Mn.src (le Toulouse.

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deux groupes de statues appartiennent à la même école. Mais le marbre a permis, pour les deux figures énigniatiques, plus de finesse dans les traits, plus de liberté dans f agitation des draperies. Leur allure mouvementée est un des caractères particuliers de la sculpture romane toulousaine. On le remarque aussi dans le fragment d'une statue d'une facture vigoureuse et pleine placée à côté d'elles au Musée.

Les statues des apôtres, couvertes de riches vêtements aux plis multipliés, gardent encore l'inlluence des ivoires et des étoiles brodées des Byzantins, mais elles s'en dégagent par le mouvement qui les anime, le caractère personnel des tètes, la clarté du regard, l'élancement et la distinction de l'attitude. L'artiste a regardé autour de lui ; il a donné à ses créations le souffle de la vie.

Le groupe de statues que l'on voit à côté et qui ornait autrefois la porte de la salle capitnlaire de la Daurade sont postérieures, moins originales et moins hardies; leur facture est plus lourde et plus froide. Elles ne datent peut-être que du commencement du treizième siècle. La Vierge reproduit celle de Chartres et celle de la porte Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris, sculptée en i i^o. Elle retient par les plis du manteau l'Enfant-Jésus complètement vêtu. Elle le présente au monde et ne paraît prendre que la seconde place dans le groupe. Toutefois, sa tète ceinte d'une couronne ileuronnée s'incline vers la gauche, esquissant un mouvement naturel plein de bonhomie. 11 semble que le sculpteur a voulu imiter une des figures populaires qu'il avait sous les yeux. L'enfant, dont la tète a été refaite ainsi que la main droite, tient de la gauche la pomme fatale dont la \ ierge est venue conjurer le péril, et que remplacera plus tard le globe du monde.

La niche cinlréc abiilant le groupe s'encadre dans deux chapiteaux corinthiens su[)i)(jrtant deuv édiciiles carrés, ajomvs et crénelés enlie les(|nels s'arrondil le cintre surmonté d'un gable ouvei-l par une rose. (Tesl aussi la re|)ro(liiclion de celle delà porte Saillie- \iiue.

David jouant de la liarpo, assis sur un siège en tbrnie de pliant, conuue le fauteuil dit de Dagoberl, (]ui s'est per]iélué pendant

Fie. 370 et 371. — Le roi David, et personnage indéterminé.

Gloilre de l;i Dauiade: aujouid'hui au Musée de Toulouse.

tout le Moyen âge, les pieds appuyés sur un animal fantastique, faisait pendant à la Vierge, dans une niche semblalDle, aux côlés de la porte. D'aulres |iersonnnges debout, entre autres nue reine

couronnée présentant un long- parchemin, j^araissent représenter des princes donateurs, selon une figuration cou lumière dans les provinces du \ord.

Sur un fragment de bas-reliel' en marbre gris une harpie enfonce ses serres sur le corps d'un crocodile très mutilé. L'inscription incomplète disait : Corpus avis jades hominis volucri manet isii. Le groupe énergique était placé sur la façade occidentale de l'église Saint-Sernin, tandis cpie les deux femmes, tenant le bélier et le lion, se dressaient à côté de la porte des sept péchés capitaux.

La Vierge et Fange de l'Annonciation de grandeur naturelle, en marbre, sont venus de l'église des Cordeliers, mais sont bien antérieurs à sa construction. La Vierge, dont la figure s'anime d'une curiosité attentive, revêt sa taille allongée d'un bliaut aux plis fins et droits que recouvre un manteau soutenu par la main gauche. La droite, relevée, exprime le geste traditionnel de la surprise. La statue rappelle par sa raideur celles de saint Julien du Mans. L'ange est traité avec plus de Aigueur, de souplesse et de vérité. 11 est drapé aussi avec plus de lar- HP|f jn '<^ geur et de science. Le vêtement suit le mou- B--^*^ *«> renient du corps, dont il laisse apparaître les formes. Debout, selon le mode adopté j,„, .,.2 ineomui. par les imagiers du Nord et maintenu jus-

(pi'aux dernières années du licizième siècle, les ailes al)aissé(^s selon les règles iconograj)lii(|ues, il lien! une branche de lis el foule aux pieds le dragon (pii mord farbre de la science.

Au moment oTi répaiioiiissemciil >igoiireii\ el l'écoiid de la

statuaire toulousaine promettait un nouvel essor qui se serait uni à celui qui devait rayonner bientôt superbement sur toute la

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