‹ Les monuments dits HycsosChapitre 1 sur 8 · D'ART ÉGYPTIEN · texte numérisé non relu

D'ART ÉGYPTIEN

N 1860, Mariette-pacha, au cours de ses fouilles de Tanis, découvrit un groupe de sphinx d'un type particulier. (Fig. I.) Dans une lettre écrite d'Egypte à E. de Rougé, l'auteur de la découverte les décrivait de la manière suivante :

« Le ciseau habile qui a sculpté le corps peut sans aucun doute avoir été celui d'un artiste égyptien; mais je n'oserais pas en dire autant de la main qui a modelé la face avec une énergie si particulière. Les sphinx d'origine égyptienne frappent surtout par leur tranquille majesté. Les têtes sont le plus souvent des portraits; et cependant, l'œil est toujours calme et bien ouvert, la bouche toujours souriante, les lignes du visage toujours arrondies ; surtout remarquez que les sphinx égyptiens n'abandonnent presque jamais la grande coiffure aux ailes évasées qui se marie si bien à l'ensemble paisible du monument. Ici, vous êtes loin de reconnaître ce type. La tête des sphinx de San est d'un art auquel je ne saurais véritablement rien comparer. Les yeux sont petits, le nez est vigoureux et arqué en même temps que plat, les joues sont grosses en même temps que creuses, le menton est saillant, et la bouche se fait remarquer par la manière dont elle s'abaisse aux extrémités. L'ensemble du visage se ressent de la rudesse des traits qui le composent, et la crinière touffue qui encadre la tête dans laquelle celle-ci semble s'en-

foncer donne au monument un aspect plus remarquable encore. A voir ces figures étranges, on devine donc qu'on a sous les yeux les produits d'un art qui n'est pas purement égyptien, mais qui n'est pas non plus purement étranger i... »

Une trouvaille faite au même endroit, en 1862, révélait l'existence d'un monument encore qui se rattachait à la série des sphinx. Cette fois, c'est un groupe de deux porteurs de tables d'offrandes garnies de fleurs et chargées de poissons et d'oiseaux. (Fig. 2.)

« La parenté de ces personnages avec les quatre sphinx que la Revue Archéologique a publiés est évidente, écrit Mariette ^. C'est la même figure que les artistes ont reproduite de part et d'autre. On dira sans doute que les têtes du groupe n'ont pas été traitées avec ce sentiment de vive personnalité qui fait de la face de l'un de ces quatre sphinx un modèle accompli de sculpture, modèle certainement digne du beau temps des Osortasen. Mais tous ceux qui verront la double statue, que les fouilles de Tanis viennent de faire sortir des décombres, admireront, dans le torse et dans ce qui reste des jambes, une habileté vraiment surprenante. Quoi qu'il en soit, rien n'est moins contestable que l'unité d'origine du groupe et des sphinx, et c'est ainsi que les investigations, poursuivies dans les ruines d' Avaris (que Mariette identifie avec Tanis) , nous ont rendu cinq monuments de l'art original des Pasteurs. »

Dès 1864, Mariette put ajouter encore une unité à cette série de sculptures. Un fragment important d'une statue, découvert à Mit Farès au Fayoum, fig. 3) se rattachait évidemment aux sphinx comme aux porteurs de Tanis ^ .,

Enfin, en 1877, Fr. Lenormant signalait, dans la collection Ludovisi, à Rome, un monument (fig. 4) qu'il appelait sans hésiter un roi pasteur "*.

On avait cherché en vain les traces des rois Pasteurs, ou Hycsos, qui avaient occupé l'Egypte pendant plusieurs siècles, entre le moyen et le nouvel empire, et l'on croyait trouver, dans cette curieuse série de sculptures, des traces peu douteuses de ces envahisseurs étrangers. « Jusqu'ici l'origine du groupe de San (Tanis) ne serait donc pas douteuse, disait Mariette ^, et notre groupe

1. A. Mariette, Lettre de M. Aug. Mariette à M. le vicomte Rougé, de sur les fouilles de Tanis sans la Revue archéologique, nouvelle série, 2^ année, 3« vol., 1861, pp. 97-1 11 et pi. iv et v. (Voir p. 105.)

2. A. Mariette, Deuxième lettre à M. le vicomte de Rougé, sur les fouilles de Tanis, dans la Revue archéologique, nouvelle série, 38 année, s^ vol., 1862, pp. 297-305 et pi. vi-vii. Le passage reproduit est à la page 299.

3. A. Mariette, Notice des principaux monuments, édit. 1864, P- 54- ^° 9-

4. F. Lenormant, Frammenia di Statua d'uno dei Pastori d'Egitto, dans le Bulletino délia Commissione archaologica comunale di Roma, Rome, 1877, pp. 100-112 et pi. ix.

Page 1