G. Maspero, Egypte (Ars una), p
2. J.-E. Quibell, Hiéraconpolis, t. II, pi. xlvIi. — Voir mes Débuts de l'Art en Egypte fig. 187.
dans le Guide du Musée du Caire, précise encore la provenance en disant que les tables proviennent d'un grand tombeau archaïque à proximité de la pyramide à degré de Saqqarah i. Il suffit d'un examen rapide pour se convaincre que la crinière des lions d'Hiéraconpolis et de Saqqarah est comprise exactement de la même manière que celle des sphinx de Tanis (tig. 26 et 27), Elle se décompose en deux parties : tout d'abord une barbe qui descend depuis les oreilles et qui encadre véritablement la face d'une série de poils rayonnants; ensuite une sorte de vaste manteau qui recouvre le dessus de la tête, le cou, la poitrine et se prolonge, en pointe, à quelque distance sur l'échiné. C'est le rendu fidèle de la crinière des lions. Sur les sphinx de Tanis, les différentes mèches
Fig. 22. DÉCOUVERTE DU LION A HiÉRACONPOLIS.
(D'après Quibell.)
sont dessinées ; sur les lions archaïques, on a seulement indiqué les contours généraux des grandes masses. On peut croire que le détail était marqué par la couleur : c'est le même procédé que je signalais tout à l'heure pour la coiffure et la barbe de la figurine de la collection Mac Gregor. Dans les sphinx de Tanis, on a donc simplement découpé le masque du lion pour y substituer un masque humain; les oreilles d'homme n'apparaissent point, tandis que la barbe dépasse l'ouverture ovale faite dans la peau de lion et descend sur la poitrine où elle cache, en partie, le grand manteau de poils. L'examen de la
I. A. Mariette, Les Mastabas de l'Ancien Empire. Paris, 1889, pp. 83-86. Guide to the Cairo Muséum, 4^ édition. Le Caire, 1908, n"« 63-64, p. 41.
— G. Maspero.
barbe montre clairement qu'elle se rattache au type des monuments antérieurs : barbe entière et étalée sur le buste Ludovisi et les porteurs de Tanis ; entière encore, mais déjà rétrécie du bas, chez le roi du Fayoum; enfin, ici, réduite à une sorte de gaine régulière où les ondulations ont été remplacées par des lignes parallèles. Cependant, cette barbe n'est pas limitée au menton, comme dans beaucoup de spécimens de la IV^ dynastie : on en voit la trace sur les joues depuis le niveau des oreilles. Ce qu'on appelle parfois, sur les monuments classiques, le bandeau qui retient la barbe postiche n'est que le résidu de la barbe pleine des plus anciennes sculptures. Dans certains cas, il y a une solution de continuité nette entre les cheveux naturels sortant de dessous la perruque et le commencement du soi-disant bandeau. Je citerai, par exemple, la tête du colosse usurpé par Amenophis III et qui est conservé au Louvre : A 18-19 1. On voit aisément que la barbe humaine du sphinx posait sur le fond de mèches de la crinière du lion et que la surface lisse, sur laquelle se trouve gravée la légende du roi Psioukhanou, a été obtenue en effaçant plusieurs mèches.
Il serait intéressant de pouvoir citer ici des sphinx de l'ancien empire, afin d'examiner de quelle manière la crinière de lion y était traitée ; malheureusement, si l'on possède quelques fragments de sphinx de l'ancien empire, ceux-ci
Fig. 23. — Oxford. Ashmolean Muséum Lion de Hiéraconpolis.
I. Voir Th. Dévéria, Lettre à M. Auguste Mariette, sur quelques monuments relatifs aux Hycsos ou antérieurs à leur domination, dans la Revue archéologique, nouvelle série, 1861, t. IV, pp. 249- 261 et pi. xvi-xvii. — Reproduit dans Th. Dévéria, Mémoires et fragments (Bibliothèque égyptologique), t. I, pp. 209-222. Le passage relatif au colosse A 18-19 est à la page 212.
sont extrêmement mutilés et n'ont du reste pas encore été publiés. Le grand sphinx de Gizeh est trop abîmé pour pouvoir servir de point de comparaison. Il nous permet, cependant, de constater que le type est conçu d'une manière différente : ce n'est plus un lion à masque humain, c'est un lion à tête humaine,
Fig. 24. — Oxford. Ashmolean Muséum. Lion de Hiéraconpolis.
ce qui est une conception, je dirais volontiers, plus moderne. La tête est couverte de la coiffure royale, au menton pendait la barbe ^.
I. C'est par erreur que Fr. von Bissing dit que le grand sphinx était sans barbe (Denkmâler âgyptischer Sciilptur, notice des planches 25 et 26). Des fragments de la barbe du grand sphinx sont au British Muséum. Voir Guide to the Egyptian Galleries (Sculpture). Londres, British Muséum, 1909, p. 7, no 21.
Fig. 25. — Musée du Caire.