HISTORIQUE DES DÉCOUVERTES
I. Etat (les connaissances que l’on avait sur la Chaldéc (*t l'Assyrie avant Tt^poquo des rouilles de M. Bolla. — 11. Premières fouilles A Kliorsabiid.— III. Les explorateurs anglais. — IV. Heprise par M. Place dos fouilles de Kliorsabaü.
Le Tigre et l’Euphrate, voilà deux noms que nous cite la Bible quand elle nous raconte les origines de l’humanité. « Et le troisième fleuve est Hiddékel qui coule vers l’Assyrie ; et le quatrième est l’Euphrate *. »»
' Gaièse, cil. 2, 14-
A ces deux noms s’attachera toujours une célébrité impérissable, car ils nous rappellent Ninive et Babylone, l’Assyrie et la Clialdée, — les deux plus vastes cités dont l’histoire ait jamais fait mention, deux des plus grands empires du monde.
Dans la plaine que l’eau do ces fleuves entoiire, l’humanité, dans toute la fougue de la jeunesse, voulut se dresser jusqu’au ciel pour y surprendre le secret des lois qui régissent l’univers, pour y défier le Tout-Puissant ‘ ; et Babel ce monument inter- . rompu de l’orgueil humain, commencé vingt-sept
• Genèse, ch. 11, jÿ. 1 ù 9. — Cf.: Une inscriplion de Nabu- ' chodonosor : «... Les hommes l’avaient abandonnée, en désordre, proférant leurs paroles. « — Un fiafîmcnt d’Abydôno, cité par Syncclle et Kusèbe, Chronor — Un fragment d'IiuiM)lèmc, cité per Alexandre l’olybistor, hes Juifs. — Un fragmentée Bérose, cité par Syncelle, Chronog.
- Le mol S 33 Dabcl de la Bible dérive de l’hébrcuSS^ balai, confusion. En assyrien, [label, Babylone, ou mieux, Bab-ilou voulait dire porte d'Ilou, ou, porte de Dieu-, mois la tour it étages était située, sur la rive occidentale delT.uphrate, dans une ville du nom de Bor^ippa, ville qui fut réunie h Babylone par Nabuchodono.sor, puis séparée do nouveau par Darius, fils d'Hyslaspe ; une inscriiition de Nabuchodonosor nous dit :
« ... le temple des sept lumières de la terre, Bit-zi-da, auquel so rattache le plus ancien souvenir do Borsippo...,» et c’est ce mol Borsippa (Barzippav), qui, d’après le Talmud, en accord avec le vocabulaire assyrien, signifiait i Confusion deslangues.
siècles avant notre ère nous étonne encore en ses débris
C’est dans cette plaine que science, richesse, commerce, puissance et gloire ont longtemps vécu. C'est là que, dans tout son éclat, a régné une civi-
' Telle est rimpression que le Birs-Nemrod (chitoau de Ncinrod), — c'est le nom que les habitants donnent i\ la colline formée par les ruines de la Tour i étages, — produisit sur sir Kerr Porter et sur M Uich ; « J'ai visité, ditM.Ricb, le Birs- Nemrod dans unmomentqui répondait loutàfaitàla grandeur deson oITet. La mutinée était d’abord orageuse et nous menaeaii d'une grande chute do pluie. Mais comme nous nous approchions du but de notre voyage, les nuages qui s'étaient accumulés se séparèrent; ils nous laissèrent entrevoir le Birs dominant sur la plaine, présentant l'apparenco d'une montagne rondo couronnée d’une tour, avec un rideau élevé qui s'étend le long de son pied. Comme pendant lu première partie de notre promenade nous fûmes enlièroment privés de la vue do cette ruine, cela nous empêcha d'en acquérir par gradation l’idée, en général si nuisible à l’ofTet et si particulièrement regrettée de tous ceux qui visitc«t les pyramides d’Kgypte. A peine fûmes-nous parvenus à une distance convenable, qu'elle s'offrit tout il coup à la vue, au milieu do masses roulantes do nuages noirs et épais, obscurcies on quelques endroits par cette espèce de brouillard dont la confusion produit quelque chose de sublime, tandis que des traits do lumière vive, présageant l'orage, étaient répondus dans le désert au delà, et servaient à donner quelque idée de l’étendue immense et de la triste solitude du pays désol’! où so trouve située cotte respectable- ruine. » Hich, Fiysl Manoir., pp. 35, 30. — Comp. encore avec ce ipio dit M. Opperi. Exp. tn Môsop. tome I,
kaUo :
lisation dont les vestiges chaque jour retrouvés plus nombreux, nous remplissent d’étonnement tant ils dépassent l’idée que nous avions pu nous former d’une époque si lointaine. C’est là enfin qu’une population active, pleine d’industrie et de vigueur, a passé, et, comme nous passerons, après avoir subi toutes les alternatives de joie et de douleur, de splendeur et de honte, de victoire et de défaite, de magnificence et de misère.
Babylone et Ninive, deux mots pour nous.
Mais, deux mots qui ont le privilège de nous émouvoir, de nous faire songer, de nous rappeler d’imposants souvenirs.
Et pourquoi?
Pour nous, ces cités d’autrefois sont perdues, et perdues dans des perspectives si lointaines, quelles sont, pour ainsi dire, passées à l’état de légendes.
Est-ce la ville turque de Hillah ‘ qui saurait nous faire reconnaître l’antique Babylone ? — Et
' La villo do Ilillnli ocluclle est sur l’emplacomenl de l’ancien quarliur do Babylone, Ilalalat, la cité profane, habitée alors par la population industrielle et ouvrière; c'est dans ce
de Ninive, que reste-t-il ? Un nom qui surnage à travers les siècles.
Dès les temps reculés, c’est à peine si l’on en a gardé le souvenir. Consultez les anciens. Demandez-leur où a été placée cette reine dé l’Asie ?
Et vous serez surpris de leur silence, ou plutôt do l’ambiguité de leurs renseignements.
Hérodote, lui qui, dans ses récits, s’est presque toujours montré si clair et si exact, se contentera de vous répondre que Ninive était située sur le Tigre *. Vous verrez Xénophon *, Alexandre ® pas-
quartier que s'établirent les Hébreux emmenés captifs de Jé- ^ rusalem par Nabuchodonosor. Ualalal ne paraît pas avoir x jamais été comprise dans l'enceinte de Babylonc. Voyez M. J. Oppert, Expédition en Mésopotamie, tome I, au ch. HiUah.
’ Hérodote, I, 193 ; «... au Tigre sur lequel Ninive est bâtie :»«... Tov Ttypty, Ttap’ Nivoç iroXt; oÏx£to. » Et ailleurs, II, 150 : «... dans le Tigre qui coule h côté de Ninive : » c . . . TOV Tlyptv TroTajAOv irapappiovra NTvov. »
* Vérifiez dans VAnabase le tracé do l'itinéraire do Xénophon sur le bord oriental du Tigre, lors de la Retraite des Dix-Mille. Et cependant Xénophon indique avec soin toutes les villes, mémo les villes on ruines près desquelles il a passé.
® Parmi les historiens d'Ale.\andre, Diodore, XVII, 53, nous dit que Darius, « dans sa marche, avait le Tigre à sa droite et l'Euphrate à sa gauche..., car il avait h&te de livrer
ser tout près d’elle, sans se douter qu’ils la côtoient. Ctésias, cité par Diodore, vous la montrera inondée par l’Euphrate * ; et le même, cité par Nicolas Damascène, vous dira que le Tigre coule dans ses murs*. Strabon, sans vous indiquer à quelle distance, la placera sur la rive orientale de ce fleuve ® ; Pline
bataille dans les plaines du Ninive, si propres au déploiement d’une grande armée. i — Ici, Ninive est donc placée dans la Mésopotamie. — Quinlc-Curce, IV, dit do môme : « A parie dexlra erat Tigris,..^ lævam tegebal Euphrales, agmen Mesopolamiæ campos impleverat. * — Arrien enfin, Indica, 42. parlant du Tigre, dit que t venant do l’Arménie, il coule près do Ninive, ville ja iis grande et riche... »
’ Diodore II, 3, suivant Ctésias, parlant du siégo de Ninive, rapporte que : « ...l’Euphrale, dans une crue, inonda une partie delà ville ; » « ... tÎ>v EùipcÎTrjv ix£y«v y£vo]xevov xotraXucxi ts pi/so; xr,; 7tô)i£U)i;. » Ninive sur l'Euphrate, ce dire est encore répété, II, 7.
® D’après le fragment do Nicolas Damascéne, découvert à la bibliothèque do l’Escurial par M. Ch. Muller, et dans lequel se trouve reproduit un passage de Ctésias, Ninive aurait ôté située sur le Tigre ; «... tov TiYftv 'Ttorajxôv ^Eovra ■xXt.oIov tt;ç Ni'vou ...» Lequel maintenant fut le meilleur copiste do Nicolas Damascèno ou de Diodore ?
* .Strabon, XVI, 1 ; « Ninus fonda Ninive dans l’Aturie. » — Et encore : « ...Les plaines de l’Aturio qui entourent Ninive... » — Et Lucien, m Charon, fora dire par Mercure à Charon qui lui demande où sont les fameuses cités comme Dabylone, Ninive la ville do Sardanapalo -. « Ninive, ô nuutonuior. est déji détruite, il n’en reste pas même de vestiges,
rAncien, sur la rive occidentale *. Rome enfin logera ses légionnaires sur ses débris, et pas un ne soupçonnera qu’il foule aux pieds la capitale d’un immense empire
Pourquoi encore les noms si étrangers à nos idiômes de Teglath-Phalasar, de Nabuchodonosor, de Sennachérib, nous restent-ils en mémoire?
tu no dirais pas où eile a été jadis. — *11 NTvo; tilv (o itofOjxty ctTroXtoXev v;ori, xa\ o15e i/,voç hi Xo'.tzÔv’ o'jo'av eiTTOtç Stoo iroT ’Jv. >
‘ IMino i’Ancien, //ist. Nat., VI, 13 : « Fuit Ninus imposila Tiijri, ad solis occasum spectans. » — Tacito, Annal. XII, 13; — Plolomée, Géog. VI, I; — Tluîophano, Chronoj.; — OMrénus et autres, ont encore cité le nom d’une Ninivo située entre lo Zabatas (Lycus) et le Tigre; mais comme lu ville dont ils parlent cxittail de leur temps, elle no peut avoir qu'un rapport d'appellation avec l’ancienne Ninive. — Enlln, riiilostrale, dans la Vie d’Apollonius de Tyane, dit quo Hiérapolis était l’ancienne Ninive. — Ammien-Marcellin, de son côté, cite deu.\ Ninive. Selon lui, XIV, 8, l'ancienne Ninivo serait Hiérapolis : «... Ilierapoli velere Nino... •; et lu seconde, XXIII, G, serait bien au delà du Tigre, dans l'Adiabéno.
• Nous aurions, sans doute, trouvé des éclaircissements sur co qui a rapporté Ninive dans les ouvrages d’Hérodote, Histoire d’Assyrie; — de Bérose ou do Juba, qui l’a suivi; — de Dino. Histoire d’Afsyrie, de Médie et de Perse; — do Tliallus. Mémoires (do la prise d’Ilion à la clxvu olympiade); — d’Abydène, Histoire d'Assyrie et de Médie; malheureusement tous ces travaux ne nous sont point parvenus. — Nous avons
Nous avons, il est vrai, quelque peu suivi dans la Bible ces rois exterminateurs dont les prophètes de Juda se servaient comme d’épouvantails pour inspirer la frayeur au peuple qui s’éloignait de Dieu et rendre leurs menaces plus terribles. Mais enfin, à part quelques hommes qui, à force de science et d’étude, sont parvenus à revivifier pour eux le
h regretter encore les œuvres de Bæton, de Diognète et d'Amyntas. — Bæton et Diognftlc avaient tracé l’itinéraire do l’armée macédonienne lors de l'expédition d'Alexandre; comme arpenteurs, ils avaient mesuré les marches et les contrées que cette armée avait parcourues, et par conséquent, dans leurs ouvrages, on devait retrouver d'exacts renseignements sur la géographie do l'Orient. — Quant à Amyntas, on sup- }K)so qu’il avait fait aussi partie do la mémo expédition, cl un fragment de son livro^^paOuol ’Aaiaç, conservé par Athénée, /)«üprjosop/»wt«, XII, ^nous apprend qu’il avait parcouru les contrées de Ninive : « Amyntas, au livre III de ses Sialhmes, dit qu’il y avait dans le territoire de Ninive un tertre élevé que Cyrus, (lisez Cyaxarc,) lit démolir pendant le siège pour s’en faire un rempart contre cette ville. On raconte que ce tertre était le tombeau de Sardanapalc, roi de Ninive, et qu’il y avait sur une colonne en pierre, nue inscription gravée en lettres chaldéennes, que le poète Chœrile a rendue par ces vers : ■ J*ai régné, et tant que je voyais la lumière du soleil, je buvais, je mangeais, je me livrais à l’amour, sachant que la vie est courte, que la fortune est changeante, que si je no jouissais de cos biens, d'autres après moi en jouiraient. C’est poun]uoi pas un moment de ma vie n’a été employé autrement. •
passé, l’image d'un assyrien ne s’offre à nous sous aucune forme saisissable.
Pourquoi donc nous souvenir? — Ne saurionsnous en trouver la raison dans ce sentiment d’intérêt mêlé de tristesse, dans cette curiosité mélancolique que font naître en nous toutes ces choses du passé ? — N’est'Ce pas en effet avec une tristesse profonde que l’on se dit que tout cela est maintenant comme si cela n’avait pas été ; qu’à la splendeur d’autrefois a succédé la pauvreté hideuse ; aux rumeurs des places publiques, le calme effrayant des tombeaux; que là on a pensé, on a vécu, et « que la poudre est retournée à la terre comme elle y avait été, et que l’esprit est revenu à Dieu qui l’avait donné *. »
I. — Jusqu’à l’époque où M. Botta entreprit des fouilles aux environs de Mossoul, les connaissances que l’on avait de la vie Chaldéo-Assyrienne étaient nulles pour ainsi dire.
On savait bien que des ruines existaient dans les
' Le livre de l' Ecclfiiasle, c/i. 12, 9.
plaines mésopotamiques, que les indigènes les exploitaient depuis une longue suite de siècles, comme des carrières, d’où ils tiraient tous les matériaux, nécessaires à la construction de leurs villes et villages \ sans rechercher quelle en pouvait être la provenance.
Grâce à la Bible, grâce aux auteurs anciens, on n’ignorait pas qu’un peuple puissant avait vécu dans ces contrées.
• « Bagdad, Cufa, Hillah, Mesched-Ali et autres, ont été bâties avec les briques retirées des ruines de lîabylone.
La plupart dos voyageurs ont coiisigné ces extractions do matériaux dans leurs relations. — « A Ilillah, dit Pietro-della- Valle, les maisons sont b&lies comme à Bagdad et faites do bonnes briques anciennes. » - Niébubr Ta constaté aussi.— «I>es restes du temple deBélus, d’où les Arabes retirent de grondes briques cuites, liées les unes aux autres par le bitume, » dit Olivier. — M. Rich parle de cos fouilles et dans l'intérét de la science, les déplore, • la méthode, dit-il, que l’on emploie pour déterrer ces briques a causé beaucoup de confusion, et rendu bien plus diflicile la reconst.tution du dessin primitif, car les ouvriers pénètrent et creusent en tous sens et répandent ensuite les décombres à la surface du sol. i» Etc. — Cette particularité lit dire ùRennell, Geog. sysiem of Ilerodolus, et à Beauchamp (1782), Mémoires sur les anlig. Dabyl., que la colline de Moudjelibeh ne renfermait que les débris d’une ville mahométane du temps des Califes. — Ces exploitations de matériaux n’étaient pus possibles à Ninive, nous le verrons dans la suite.
Toutefois, quelques inscriptions que Ion ne comprenait point’ ; quelques cachets qui prouvaient que ce peuple avait su travailler les matières les plus dures; quelques débris de poteries que l'on rangeait dans les musées; quelques statues ou bas-reliefs enfin c’était là tout ce que l’on avait retrouvé de la vieille société Chaldéo-Assyrienne.
De savants voyageurs avaient cependant exploré ces régions.
Dès le dixième siècle, Benjamin de Tudèle avait donné un aperçu des ruines de Babel, et même des dimensions qui se trouvent presque d’accord avec
’ La plupart du ccs inscriptions étaient gravées sur des bri<iues ; quelques légendes sur des cylindres, Tragmenls insigniliants; et en fait d'inscriptions plus complètes, le caillou de Michau^ conservé au Cabinet des Antiques de la Bibliothè- [ i c/v ^;t{ OX, que Impériale de Paris, cette inscription est do Nabuchodonosor, elle a été traduite par M. Oppert. Exp. en Mé$op.\ cl l'inscription gravée sur la pierre envoyée par sir Ilarford Jones au musée do la Compagnie des Indes à Londres.
* Un lion de granit gris reconnu à Babylone par M. Rich.
Boauchamp l’avait vu imparfaitement, le prenant d'après les dires des habitants pour une idole -, — Fraser dit que ce lion n’était autre qu’un éléphant dont la trompe avait été brisée ;
— Cliesnoy, Exped. to the Euph. tome II, p. 630, en donne le dessin. — Un fragment de statue ù Kalah — Schorghal; et un bas-relief à l’emboucliure du Nahr-el-Kelb près do Beyrouth.
celles des explorateurs modernes ' . Maundeville * en avait aussi parlé, mais par ouï-dire; Rauwolf avait fait erreur en prenant quelques ruines des environs de Féloudjé pour celles de Babylone mais Pietrodella-Valle, au dix- septième siècle, était venu confirmer les données de Benjamin de Tudèle *.
Au reste, il fallait un certain courage pour se hasarder au milieu de ces ruines. Outre que la tradition, d’accord avec la Bible, les remplissait d’animaux malfaisants et dangereux ^ on avait bien plus à redouter encore des indigènes eux-mêmes,
* Jlineranum Uenjameni TtiUdemis ; Anlvorpiæ 1575, in- 12, pp. 70 cl seq.
‘ — John Maundeville. The voxage and travaile which treatelh of lhe way of Hiei'usalem, and of marvay les of Inde, ivilh other islands and countnjes ; London, 1725, in-8*. — Jean do Maundeville entreprit son voyage vers le milieu du xiv* siticlo.
* Rauwoir nomme ces ruines Elugo. — Berschreilxtng der /?et/55 Leon hardi RauwolfTen, io in die Morgenlander, fiimemlich Syriam , Judxam, Arabiam, Moesopolamiam , Babyloniam, Assyriam, Artneniam.. . Frankfurlh am Mayn 1582.
* Les fameux wyages de Pielro-dolla-Valle, gcnlühomme romain, etc. : Paris, 1616, in-4*, 2“* part., p. 42.
* « A trente milles de R^sen, dit Benjamin do Tudèle, est située Babel, détruite de fond en comble. On y voit encore les ruines du palais de Nabuchodonosor; mais elles sont inaccessibles aux hommes à cause des nombreuses cl malfaisantes espèces de dragons et de serpents qui les visitent.»
des habitants de Hilla dont la mauvaise réputation était connue, et surtout des Arabes. « On n’allait point aux ruines de Babel, dit Pietro-della-Valle ', parce que c’était le bruit commun qu’en tous ces quartiers-là on ne voyait que voleries et meurtres, à cause des courses qu’y faisaient plusieurs Arabes, vassaux ou sujets d’un certain Mubarek qui commande absolument dans les déserts de Babylone et d’Arabie, aux lieux les plus proches de la mer, sur le golfe Persique. Ce Mubarek reconnaît le roi de Perse pour son souverain. ^
Et soit que les recherches aient été entravées par ces obstacles, soit que d’autres difficultés les
' Piütro-della-Valle, op. cil , loc. cil.
* Niebuhr nous dil qu’il n'a pu donner la descriplion du Birs-Nemrod qu’il croit, (et qu’il croit avec raison,) ôlrc la Tour à étages, parce que : • je Ils ce voyage seul avec mon guide : or, à peine avais-je jeté les yeux sur ces monceaux de décombres que je vis quelques Arabes à cheval à mes côtés, et je crus que le plus sûr pour moi était de retourner à la ville. Si j’avais pensé alors que je me trouvais près de la tour de Babylone, » — ce n’est en effet, qu’après avoir relu Hérodote que NMebuhr y songea, — o je me serais peut-être risqué davantage ; mais comme je n’y voyais que des tas do pierres, je n’ai point cru prudent de me laisser piller pour eux. » — Niebuhr, Voyage en Arabie et en d’autres pays circonvoisins ; Amsterdam, 1776, 2 vol. in-i”, tome II, p. 235.
aient rendues stériles, Niebuhr en 1766, Olivier * en 1794, Rich’ en 1811, Buckingham ^ en 1816, Kerr Porter ‘ en 1818, Fraser ® en 1834, Chesney ° en 1838, comme Benjamin de Tudèle et Pietro délia Valle, n’avaient pu donner que des descriptions de localités, et les observateurs les plus sérieux, parmi ceux que nous venons de citer, Niebuhr, Kerr Porter et Rich, n’avaient su distinguer d’autres tra-
’ Guil.-Anl. Olivier, Voyage dans l'empire Othoman ;
Paris, 1804, 3 vol. in-4*, atlas. Voyez tome II, pp. 436 et segq.
* nich, First memoiron Habylon... ; — Second Memoir... ; —
Voyage de M. Rich aux ruines de Dabylone, traduit et enrichi d'observations par M. Raimond, ancien consul de Bassora;
Paris, 1818, in-4*. Voyez pp. ISOeticçç.
* Buckingham, Travels in Mesopolaniia,including a joumey |
to lhe Ur of the Chàldees and the ruins of Nineveh and
Dabylon; London, 1827, in-4*, planches, carte. Voyez pp. 417 et seqg. — Du même, Travels in Assyria, Media and Peritia,
including a journey fi om Bagdad across mounl Zagros, by Vie ’
pass of Alexander lo llamadan; London, 1828, in-4% Ug. \
* Robert Kerr Porter, Travels in Georgia, Persia, ancient !
Dabylonia; London, 1821, 2 vol. in-4®.— Voyez tome II, pp. 300 I
et seqq. ■
* Baillie Fraser, Travels in Koordislan and Mesopolamia ; ^
London, 1840, 2 vol. in-S", fig.— Voyez tome II, in princip. "
* Chesney (le colonel), The Expédition for the survey of .
the rivers Euphrates and Tigris; London, 1850, 2 vol. in-8*, ’
atlas. — Voyez tome II, pp. 605 elseqq.
ces d édifices que quelques pans de muraille, ne présentant aucune ornementation, et dont il était impossible de comprendre l’ensemble.
C’était là tout ce que l’on avait de Babylone
On en savait bien moins encore sur Ninive. Nous avons vu déjà tout ce qu’il y avait d’indécision, chez les auteurs anciens, sur la place qu’elle avait occupée. Benjamin de Tudôle devait la fixer :
“ Mutsal, qui s’appelait autrefois Assur-la-Grande, j
est peuplée de sept mille Juifs. Elle est maintenant sur les confins du royaume de Perse, elle a encore conservé son importance et son ancienne grandeur; elle est située sur le fleuve Hhidekel , et un pont — ^
seul la sépare de l’antique Ninive. Mais Ninive a été détruite de fond en comble, on voit cependant encore beaucoup de villages et de castels au dedans
' En 1851, uneexpjdition scionlili jun fui e.ivoyco en M(';sopotamie, elle était composée do MM. Ercsnel, Oppcri et Thomas. M. Fresnel est mort à l’œuvre, M. Üppert n réiligô le compte-rendu dos recherches et du voyage, et son ouvrage intitulé Exi)édilion scienlifique en Mésopolaniie, est le plus coniidet, le plus savant, le plus conscion:ioux de tontes les relations faites jusqu'alors sur la Babylonie. 2 vol. in-4“, atlas in-folio, lmp. lmp'* 1850. — Nous verrons plus loin le résultat des rechorchrs de MM. Loflas et Taylor en ClnMée.
de rancienne enceinte, d’où il y a la distance d’un parasange jusqu’à la ville Adbael. Ninive avait été bâtie au bord du fleuve Hhidekel *... »*
Niebuhr, ne fit que répéter au sujet des ruines de Ninive, le dire des habitants du pays, mais cita le village de Kouïo- Djouk'^. Tavernier® et Kinnéir * mentionnèrent à leur tour les monticules
’ Benjamin de ïudèle, op. cil., page 58 : « Mulsal, cui quondam nomen Assur magna fuit, in quasiplem millia Judæorum sunl. Algue hxc urLs Persùv regni nunc inilium esl, ampliludinem anliquam relinel , ad IJhidt kel {lumen sit a, inter quam Ninivem anliquam pons tanlum inleresl, sed Ninive excisa fundilus esl. Pagi lamenel caslella muHa sunl inlar anliqui amlnlus spalium, aquod Adbael urbem parasanga unius dislanlia esl. Eral aulem Nitiive ad Hhidekel ripam xdificala.i»
* Niebulir, op.cil., tome II, p.28G. — Niebuhr parle encore du village de Nounia. — Il dit ensuite que de Mossoul, où il logeait, on lui montra les remparts do Ninive qu'il avait pris pour une chaîne de collines. — 11 en donne le dessin.
* Tavernior (1G43), Les six voyages ... . Rouen, 1713, tome I, page 250. — Les débris do l'ancienno Ninive sont, dit-il, situés au nord du pont Jeté sur le Tigre, près de Mossoul. — t Ninive n'est ù présent] (lu’uno confusion do vieilles masures qui s’étendent environ une lieuo le long du fleuve. On y voit quantité de voûtes ou cavernes inhabitées, sans qu'on puisse bien juger si cos voûtes servaient de demeura aux habitants, ou s’il y a eu au-dessus quelque chose d'élevé, la plupart des villages do Turquie étant comme enfoncés dans la terre, ou no venant guère qu'au premier étage. »
* John- Macdonald Kinnéir, Journey through Asia-Minor
voisins do Mossoul ; M. Rich en donna le dessin et Ainsworth confirma les données de Benjamin de Tudôle, en s’appuyant sur des citations de Diodore, de Strabon, des propliôtcs Jonas et Nahum, et de nouveau reparla de Koyounjuk'.
II. — Enfin, M. Botta vint inaugurer la période do ces découvertes splendides qui seront à jamais l’honneur de la science contemporaine.
Il est curieu.K do lire dans le grand et magnifique ouvrage de M. Botta ’, tout ce qu’il a fallu de pa-
and Aoordiitan, in lhe years 1813 and 1814, imlh remarchs on lhe marches O f Alexander and retreal of lhe Ten-Thousand \ Tandon, 1818, gr. in-8", carte. — Voyez page 400.
* Rich, Narrative of a résidence in Koordistan; London, 1830, 2 vol.'iti-8", lig. Voyez tome II, pp. 12G et sefjq. — Mannerl et Richard ont ôté rechercher Ninivo dans la Rabylonie, sur l'Euphrate.
* Ainsworth, /{escarc/iM in Assyria, Babytonia and ChaULva, forminy a pari of lhe labours of lhe Euphrale’s expédition ; London, 1838, gr. in-8", cartes. — Du môme : Travels ami researches in Asia-Minor, Mesopolamia, Chaldxa and Armenia ,* London, 1842, 2 vol. petit in-8", lig. — Voyez tome II, pp. 137 et seqq.
® MonumerU de Ninive, découvert et décrit par P. E. Botta, mesuré et dessiné par E. Flandin, publié aux frais de l’Etat. lmp. nationale, Paris, 1849 ; 5 volumes in-folio, 1 vol. do texte, 4 vol. de planches.
tience et d’énergie pour résister aux ennuis, aux difficultés de toute nature que suscitaient à chaque instant le naauvais vouloir des autorités locales et des habitants. Nous citerons quelques passages de ce livre, pour faire ressortir, à la gloire de son auteur, toutes les difficultés qui s’attachaient à l’entreprise.
“ Le gouvernement français, dit M. Botta, ayant jugé utile d’envoyer il Mossoul un agent consulaire, voulut bien me choisir pour remplir ces fonctions. Avant mon départ, pour cette ville, qui eut lieu au commencement de l’année 1842, M. Moh\ le savant traducteur de Firdousi*, appela mon atten-
^ poêle Ferdoucy-ibn-Ferrouck a ri^uni les traditions éparses du Farsislan, dans son Ifistoiro des Schalis, Schah- Namèh, V livre des rois, » en 9ü9 après J.-C. — Fcrdoucy lit hommage do ce livre son mailre Maiimoud-Gaznevy, le conquérant de la Perse. — M. .1. Mohl a traduit le Schuh-Namèk. — M. Scott- Waring a porté ce jugement sur l’œuvre do Fcrdoucy: • C’est à tort que l’on donne au Schah-Nanièh le nom de poèmo épique, et que sir William Joncs, l'appelle une suite de poèmes épiques. Cet ouvrage renferme l'iiistoiro d’une période de 3,700 ans .. et c’est bien plutôt un poème historique comme le sont la Pharsale de Lucain, VEnôidc et l'Jliade; en un mot, c’est un poèirio historique animé par des fables. » — Le Schah-Namèli, comme on l’a dit plus judicieusement encore, est une « h'sloire en vers. »
tion sur l’intérêt archéologique qu’offrait cette localité, et m’engagea à faire des fouilles dans les environs de ma future résidence....
“ Je promis à M. Mohl de ne point oublier sa recommandation, mais je dus attendre pour tenir ma promesse que l’établissement définitif du consulat de Mossoul me donnAt tout à la fois des ressources pécuniaires plus considérables et des moyens d’action plus puissants. En attendant, je me bornai à recueillir tous les petits objets d’antiquité qui me paraissaient offrir de l'intérêt’, et je pris des ren-
’ M. Hûlla ne fui pas aussi heureux dans ses achats d'anüquitôs qu'il était en droit de le supposer d'après les dires de M. Rich. La cause en est qu'avant M. Botta, M. Rich avait déjà épuisé CO lilon ; qu'outre cela, on trouve très-peu de cos menus objets, cachots, cylindres, etc. dans les ruines assyriennes. M. I3olta le'reconnut bientôt: •« Pour moi, dit-il, à l'exception de quelques fraymenis de briques et do poteries, je n'ai rien pu récolter en fuit d'antiquités certainement indigènes, si je puis m'exprimer ainsi; et comme, pour m'en procurer, Je n'ai é|)argnéni soins, ni dépenses, J'ai quelque raison do croire quelles ne sont pas comrriuncs.
« Les cylindres en particulier, ces reliques assyriennes si curieuses, à cause des emblèmes dont elles sont couvertes, sont fort rares à Mossul ; et do tous ceux qui tombèrent entro mes mains, pas un seul, à ma connaissance, n'avait été trouvé sur le territoire do Niuive. Tous ceux dont J'ai pu suivre la trace, et c'est le plus grand nombre, avaient été apportés de
seignements afin de me déterminer sur le choix d’un lieu favorable à des recherclies sérieuses ’ . . , .
Bagdad, ot par conséquent de Babylone on des environs, Ia lieu de provenance des autres m'est resté inconnu. Je ne puis qu'en dire autant des cachets assyriens; ils viennent presque tous do Bagdad. Op verra plus lard que celte rareté des petits objets d'antiquité a été confirmée par les recherches que j'ai fuites à Ninive et à Kliorsabad, puisque pendant toute la durée des fouilles on n'a pas rencontré un seul cylindre. Je fais celte remarque parce que l'on pouvait difficilement s'attendre à ce fait, (pû modifiera peut-être les opinions reçues au sujet de la patrie réelle de ces pierres gravées mythologiques. » Ces objets sont surtout d'origine chaldéenne, et par conséquent se rencontraient dans les villes ou villages voisins de Babylone. On en faisait même dans celte contrée un commerce assez étendu, puisque Wellsled, Truvelslo lhe City of Caliphs, tome I, p. 2Î4, nous raconte qu'il a vu un juif employer vingt ouvriers à fouiller le Birs-Nemrod pour en retirer dos objets antiques dont il faisait un commerce très- lucratif. — Beaucoup do ces cylindres, amulettes, etc., sout conservés au Musée Britannique de Londres et au Cabinet des Antiques ù Paris.
* M, Botta avait pensé d'abord au monticule sur lequel estbiUi le village de Niniouah, car avant lui, Niebuhr l'avait remarqué,» A'owm'a et Kalla-NoitniaowciiaAcWc de Ninive; • de même qu'Ainsvorlh qui le nomme A^onia, d’après les indigènes, et Eski Mineveh, d’après les Turcs; enfin, M, Rich y avait observé des restesd’anciennes constructions, des murailles souterraines couvertes d’inscriptions, • mais le nombre et l’importancedes maisons qui couvre fe monticule, dit M. Botta, ne me permettaient pas d'y faire des recherches, repoussées d'ailleurs par les préjugés religieux des habitants. Là, en effet, est bâtie la mosquée do Nabi-ïounès, qui, d’après les traditions locales, renferme, comme son nom l'indique, le tombeau
N’ayant pour me guider dans toutes mes recherches aucune exploitation précédente, et ne pouvant tenter d’ouvrir le monticule de Nabi-Younôs, je choisis, pour y commencer mes opérations, celui de Koyoundjouck, situé au nord du village de Niniouah, auquel il est joint par les restes d’une ancienne muraille de briques crues. Ce vaste monticule est une masse évidemment artificielle, et, selon toute apparence, il a dû supporter autrefois le principal palais des rois d’Assyrie.... Les résultats de ces premiers travaux furent peu importants.... Je no me décourageai pas cependant, et, en dépit do ces apparences défavorables, je conti-
du prophète Jonas, et le sol en est regardé comme sacré. » C'est déjà ce que nous avait appris Tavemier op. cil., p. cil. — « A une demi-lieue du Tigre, il y a une petite colline entourée de plusieurs maisons et au-dessus une assez belle mosquée. C'est où ceux du puïs disent que le Prophète Jonas est enterré, et ce lieu-là leur est en si grande vénération, qu'il n’y a point de chrétien qui puisse y entrer, si ce n'est secrètement, par une faveur particulière, et en donnant do l'argent. » — JA Nobbi-Youna?, une fête annuelle est célébrée par un pèlerinage où se rendent de temps immémorial des milliers de personnes, et par trois jours de Jeûne suivis d'un jour de réjouissance. « C’est, dit M. Place, la commémoration do la pénitence imposée aux Niuivitos. • Voyez le livre de Jonas.
iiuai pendant trois mois des recherches presque infructueuses
“ Dans l’intervalle, mes travaux attirèrent l’attention. Sans se rendre bien compte de leur but, les habitants savaient cependant que je cherchais des pierres portant des inscriptions et que j'achetais toutes celles que l’on m’offrait. C’est ainsi que dès le mois de décembre 1842, un habitant do Khorsabad avait été conduit à m’apporter deux grandes briques à inscriptions cunéiformes trou-
vées auprès de son village, et m’avait promis de m’en procurer autant que je le désirerais. Cet homme était teinturier et construisait ses fourneaux avec les briques que le monticule sur lequel son village est situé lui fournissait. Comptant sur la réussite de mes premières fouilles, je ne suivis pas immédiatement cette faible et unique indication ; mais trois mois plus tard, c’est-à-dire vers le 20 mars 1843, fatigué de ne roicontrer dans le monticule de Koyoundjouk que des débris sans valeur, je me rappelai les briques de Khorsabad, et
* M. Lnyard Xut plusboureux que M. Botta.