‹ Les moralistes latinsChapitre 130 sur 253 · INTÉRÊT PERSONNEL · texte numérisé non relu

INTÉRÊT PERSONNEL

J'ai honte de le dire, et cependant convenons de la vérité du fait : le commun des hommes n'approuve que les amitiés fondées sur l'intérêt. On s'occupe bien plus de ce qui est utile que de ce qui est honnête, et la fidé-

lité reste ou disparaît avec la fortune ; à peine en est-il un sur mille qui trouve dans la vertu sa propre récompense. L'honneur même ne touche pas s'il est sans profit, et la probité gratuite laisse des remords. L'intérêt seul nous est cher; ôtez à l'a nie cupide l'espérance du profit, et après cela ne demandez à personne qu'il pratique la vertu. Aujourd'hui, chacun aime à se bien pourvoir et compte avec anxiété sur ses doigts ce qui lui rapportera le plus. L'amitié, cette divinité autrefois si respectable, est à vendre et, comme une propriété, attend qu'on vienne l'acheter. Je t'en admire d'autant plus, ô toi qui fus rebelle au torrent et te tins à l'abri de la contagion de ce désordre général. On n'aime que celui que la fortune favorise ; l'orage gronde et soudain met tout en fuite. Autrefois, tant qu'un vent favorable enfla mes voiles, je vis autour de moi un cortège nombreux d'amis; des que la tempête eut soulevé les flots, je fus abandonné au milieu des vagues, sur mon vaisseau déchiré. Quand la plupart ne voulaient même pas paraître m'avoir connu, à peine fûtes-vous deux ou trois qui me secourûtes dans ma détresse. Tu fus le premier, Maxime, et, en effet, tu étais bien digne, non pas de suivre les autres, mais, au contraire, de les attirer par l'autorité de ton nom ; donne l'exemple au lieu de le recevoir. L'unique profit que tu retires d'une action est le sentiment de l'avoir bien faite ; car alors la probité, la conscience du devoir ont été ton seul guide. La vertu, dénuée de tout le cortège des biens étrangers à la nature, n'a point, selon toi, de récompense à attendre, et ne doit être recherchée que pour elle-même. C'est une honte, à tes yeux, qu'un ami soit repousié

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parce qu'il a besoin de commisération, et qu'il cesse d'être un ami parce qu'il est malheureux. Il est plus humain de soutenir la tête fatiguée du nageur que de la replonger dans les flots. (Ovide, Politiques, n, 3)

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