‹ Les moralistes latinsChapitre 14 sur 253 · AMOUR (PUISSANCE DE L · texte numérisé non relu

AMOUR (PUISSANCE DE L

N'est-ce pas l'amour qui crée l'homme et les troupeaux, et les oiseaux et les hôtes des forêts, et tout ce qui respire dans l'univers? Sans lui, plus de concorde entre les deux sexes, plus de douceur au sein du mariage. Lui seul réunit deux âmes par des liens si étroits, que deux vies se confondent en un seul corps. Sans lui, la femme la plus belle perd tout son mérite ; sans lui, l'homme lui-même est un objet de mépris. Si cette perle brillante n'éclipse pas l'or le plus pur, tout n'est plus qu'erreur et néant dans la vie. Tu es l'appui de la fidélité et le gage inviolable des secrets, ô trésor inappréciable, ô source abondante de richesses ! Toute chose te cède, même ce qu'il y a de plus élevé. Les sceptres les plus puissants fléchissent sous tes lois ; et, loin d'en gémir, ils sont heureux de te rendre hom-

mage. Les blessures du fer sont moins terribles que ta colère. La sagesse même qui gouverne le monde offre à tes chaînes ses mains rebelles. La vierge tombe sous tes coups si longtemps désirés, et, se sentant blessée, elle aime à voir son sang couler pour la première fois ; elle cache ses larmes, sourit aux douleurs qui la déchirent, et félicite avec amour le vainqueur qui Timmole. L'indolence et la mollesse ne te conviennent pas toujours, et souvent tu mêles à tes jeux le plus grand courage. Tu t'armes tour à tour de prudence et de force, et quelquefois même des maux qui sont ennemis de Vénus. Ce sont mille fatigues qui viennent troubler ton repos : la pluie, les frimas, les pièges, les revers et les querelles. Souvent tu soumets à ton joug le cœur d'un tyran farouche, et tu adoucis les fureurs sanguinaires de Mars. C'est toi qui, après la défaite et la destruction des géants, fis tomber la foudre au triple dard des mains de Jupiter irrité. C'est toi qui forces le tigre sauvage à s'attendrir, et qui rends le lion même caressant. Quelle force invincible, quelle inaltérable patience! Tu chéris ceux que tu as vaincus, et tu cherches sans cesse ou la victoire ou la défaite. Renversé, tu reprends force et courage, et jamais ce n'est assez pour toi d'une seule défaite ou d'une seule victoire. Ta colère est courte, ta tendresse» est durable, tes plaisirs souvent renouvelés, et, quand ta vigueur succombe, ton courage reste inébranlable. (Maximien, Elégies, 5)

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