MARIAGE (EXHORTATION AU
Romains, si nous pouvions nous passer d'épouses, assurément aucun de nous ne voudrait se charger d'un tel ennui ; mais, puisque la nature a arrangé les choses de telle sorte qu'on ne peut ni bien vivre avec une femme, ni vivre sans femme, assurons la perpétuité de notre nation plutôt que le bonheur de notre courte vie. (Métellus Numidicus)
Ois errât ions. — Quelques personnes, raisonnant sur ce discours, trouvaient que le censeur Métellus, puisqu'il adressait au peuple une exhortation à telle fin, n'aurait pas dû convenir des embarras et des soucis auxquels on s'expose en prenant une compagne, et qu'en parlant ainsi, il détournait ses auditeurs du mariage plus qu'il ne leur en donnait le goût. Les mêmes personnes ajoutaient qu'il aurait fallu, dans ce discours, en se plaçant au point de vue opposé, affirmer que, d'ordinaire, le mariage était loin d'être une source d'ennui, et que, si quelques nuages s'élevaient parfois entre les époux, ces chagrins étaient légers, sans conséquence, faciles à supporter, et plus que compensés par une foule d'avantages et de jouissances ; qu'ils n'étaient point un mal universel et ne devaient pas être mis sur le compte de
la nature, mais imputés à l'injustice et à la dureté de quelques maris. Mais Titus Castricius soutenait que Métellus avait tenu le langage le plus juste et le plus convenable. « Un censeur, disait-il, doit parler autrement qu'un rhéteur ; un rhéteur peut employer des raisonnements faux ou hasardés, ou captieux et trompeurs ; toutes les ruses lui sont permises, pourvu qu'il leur donne un air de vérité et qu'il s'en serve avec succès pour s'insinuer dans les esprits et s'emparer de son auditoire. Pour un rhéteur, ce serait une chosehonteuse, même dans une mauvaise cause, de laisser quelque point ouvert aux objections ; mais Métellus est un homme irréprochable, rempli de gravité et de sincérité, non moins illustre par la pureté de sa vie que par l'éclat de ses honneurs. Métellus, s'adressant au peuple romain, ne devait dire que ce qui était la vérité pour lui et pour les autres, d'autant plus qu'il traitait un sujet sur lequel l'observation de tous les jours et l'expérience ordinaire de la vie ne laissaient aucun doute à ses auditeurs. Il a donc commencé par avouer devant tout le monde les inconvénients du mariage; puis, après s'être réconcilié les esprits par sa conscience et sa bonne foi, il est arrivé naturellement et sans peine à leur faire admettre cette vérité parfaitement évidente, que la République ne peut subsister si le mariage n'y est en vigueur. (Aulu-Gelle, Nuits attiques, i, 6)