‹ Les moralistes latinsChapitre 182 sur 253 · PLAISANTERIES MALSÉANTES · texte numérisé non relu

PLAISANTERIES MALSÉANTES

P. Scipion Nasica, la lumière et l'honneur de la magistrature romaine ; lui qui, étant consul, déclara la guerre à Jugurtha ; lui qui reçut dans ses mains pures et saintes la mère des dieux, quand elle quitta le séjour de la Phrygie et de l'Ida pour nos temples et nos autels; lui qui étouffa, par la seule force de son autorité , de nombreuses et épouvantables séditions ; lui, enfin, que le sénat se glorifia d'avoir pour chef pendant plusieurs années, s'était mis, bien jeune encore, sur les rangs pour l'édilité curule. Comme, selon l'usage des candidats, il serrait fortement la main d'un citoyen, sentant cette main endurcie par le travail des champs, il lui demanda en plaisantant s'il avait coutume de marcher sur les mains. Ce mot, entendu de ceux qui étaient près de lui, circula dans les rangs du peuple, et valut un refus à Scipion. Toutes les tribus de la campagne, croyant qu'il se moquait de leur pauvreté, s'ameutèrent, indignées de sa plaisanterie injurieuse. Ainsi, c'est en réprimant l'insolent orgueil des jeunes nobles que Rome en fit de grands et utiles citoyens; c'est en ne leur permettant pas de se croire assurés du succès de leur candidature, qu'elle donna aux honneurs la considération et l'éclat qui doivent les entourer. (Valère Maxime, vu, 5)

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