RESPECT POUR LE PUBLIC
Avant de paraître en public, ajuste-toi. (Dionysius Cato)
retraite
Il faut éloigner de la foule une ànie tendre et chancelante encore dans le bien : on se range trop aisément au goût de la majorité. (Sénèque, Lettres)
Quand j'ai été parmi les hommes, j'en reviens toujours plus inhumain (1). (Le ^fême)
Quand on fréquente le monde, il faut ou l'imiter ou
(1) Sénèque dit cela à propos d'un combat de gladiateurs dont il avait été le spectateur involontaire : il condamne énergiquement, dans la même lettre, ces spectacles si chers aux Romains de l'époque impériale.
le haïr : triste alternative que d'imiter les méchants, parce que c'est le grand nombre, ou de les haïr, parce qu'ils ne nous ressemblent point. (Séxèque, Lettres)
Dans la retraite, les vices, dont la récompense est de se montrer, s'amortissent peu à peu. Ce qui irrite le plus nos maladies morales, c'est d'avoir des admirateurs et des complices. Otez à l'homme la montre, vous lui ôtez les désirs. L'ambition, le luxe, la prodigalité, veulent un théâtre : les cacher, c'est les guérir. (Le même)
Embrassons par la pensée les deux républiques dont nous sommes citoyens : Tune, la grande, la vraie, qui contient les dieux et tous les hommes, qui n'est pas simplement un misérable coin du monde, mais dont l'étendue est celle que parcourt le soleil ; l'autre, celle où le hasard de notre naissance nous a fait inscrire : ce sera Athènes, Carthage, ou toute autre cité; celle-là embrasse, non le genre humain, mais une société particulière. Il en est qui peuvent servir à la fois ces deux républiques, la grande et la petite, d'autres seulement la petite, d'autres la grande, et c'est celle-là qu'on peut encore servir loin des affaires. Peut-être est-ce précisément dans la retraite qu'on la sert le mieux, en recherchant en quoi consiste la vertu.
Pourquoi le sage cherche-t-il la retraite? C'est qu'il sait que, même seul, il peut être utile à la postérité.
Oui, Proledice, Zenon et Chrysippe ont plus fait que s'ils eussent commandé des armées, rempli des fonctions, porté des lois. Des lois ! Ils en ont écrit, non pour une seule ville, mais pour l'humanité tout entière. Pourquoi donc la retraite serait-elle indigne de l'homme de cœur, si de là il agit sur les siècles à venir, si ses paroles s'adressent, non plus à une assemblée restreinte, mais aux hommes de toutes les nations, à ceux qui vivent aujourd'hui, à ceux qui vivront un jour. (Sénèque, Lettres)