‹ Les moralistes latinsChapitre 211 sur 253 · SOUPER D'AMI · texte numérisé non relu

SOUPER D'AMI

S'il vous fâche et vous ennuie de souper chez vous, venez chez moi rester sur votre faim. Yous n'y manquerez, si vous aimez à boire, ni de laitues communes de Cappadoce, ni de poireaux à l'odeur forte ; vous y trouverez en outre du thon recouvert de tranches u'œufs, de jeunes choux verts, récemment cueillis dans un frais potager, mais qu'on ne peut prendre sur leur plat fumeux sans se graisser les doigts, du boudin écrasant de son poids une bouillie blanche comme la neige, et de pâles fèves accommodées avec du lard rosé. Si vous voulez du dessert, vous aurez des raisins secs, des poires de Syrie, des châtaignes récoltées dans les champs de la docte Naples et rôties à petit feu ; pour le vin, vous lai ferez honneur en en buvant. Si ces mets excitent encore votre appétit , de nobles olives, nouvellement apportées du Picénum, viendront à votre aide, accompagnées de pois bouillants et de lu-

LA MORALE LATINE 29o

pins légèrement chauds. Un pareil repas est modeste : qui dirait le contraire? Mais, du moins, vous y jaserez avec abandon ; vous n'y entendrez pas de mensonges et n'y composerez pas votre visage. Le maître du logis n'y lira pas quelque sale manuscrit, et de jeunes et lubriques danseuses de la cité corrompue de Cadix n'y agiteront point devant vous leurs reins lascifs, aux tremblements continuels et habilement ménagés. En revanche, vous entendrez ce qui ne peut offenser personne, et ce qui n'est pas non plus sans attrait, la flûte du jeune Condylus. Tel est mon petit souper. Claudia vous y précédera, et vous serez charmé, je pense, qu'elle préside, plutôt que vous, à nos plaisirs. (Martial, É ingrammes, v, 78)

Page 1