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VANITE

Tu es jolie, on le sait ; jeune, cela est vrai ; riche, qui peut dire le contraire? Mais, lorsque tu t'en vantes avec tant de complaisance, Fabulla, tu n'es ni jeune, ni riche, ni jolie. (Le même, i, 65)

Quand on se vante du bien qu'on a fait, il semble qu'on ne s'en vante pas parce qu'on l'a fait, mais qu'on l'a l'ait pour s'en vanter. (Pline le jeune, Lettres)

L'homme qui se vante outre mesure semble toujours vouloir humilier et déprécier les autres, et nous voyons en lui, non l'envie de se grandir, mais celle de nous rabaisser. (Qltntilien)

Les épanchemeuts d'une vanité naïve sont peut-être plus supportables, après tout, que l'hypocrisie de ceux qui parlent humblement de leur obscurité, et ils sont célèbres ; de leur peu de crédit, et ils sont puissants ; de leur incapacité oratoire, et l'on connaît leur éloquence. C'est une vanité très-révoltante que tout ce persiflage. (Quintilien)

VERIFICATIONS

Il est dangereux de croire, dangereux de ne pas croire ; je puis prouver le pour et le contre, en peu de mots, par deux exemples : Hippolyte périt parce qu'on crut sa belle-mère ; Troie succomba parce qu'on ne crut pas Cassa ndre. Il faut donc rechercher scrupuleusement la vérité avant d'adopter imprudemment une opinion ; mais, de peur de nuire à ma cause en invoquant la fabuleuse antiquité, je vous citerai un fait qui s'est passé de mon temps.

Un homme qui aimait tendrement sa femme, avait un fils auquel il devait donner bientôt la robe virile. Son affranchi, ayant l'espoir d'attirer à lui sa succession, le prit un jour à l'écart, lui raconta mille faussetés sur la conduite du jeune homme, plus encore sur les désordres d'une jeune épouse irréprochable ; et, sentant bien que rien ne serait plus poignant pour un mari aimant sa femme, il finit par dire qu'un amant venait chez elle et que ce honteux commerce déshonorait sa maison. Le maître ne se possède plus en apprenant le crime faussement imputé à son épouse. Il feint

LA MORALE LATINE Mil

de se rendre à la campagne, et reste caché dans la ville. Puis, au milieu de la nuit, il ouvre tout à coup sa porte, et va droit à la chambre de sa femme. La mère avait voulu que son fils dormit près d'elle, redoublant de sollicitude pour un enfant arrivé à cet âge. Tandis qu'on cherche de la lumière, que les esclaves s'empressent de tous cotés, le mari, ne pouvant maîtriser les transports d'une aveugle fureur, marche vers le lit, et, au milieu deï ténèbres, sa main rencontre une tête à cheveux courts. Reconnaissant un homme, il lui plonge son épéc dans la poitrine, assurant d'abord à tout prix sa vengeance. Lorsque, à l'arrivée des flambeaux, il aperçut son fils, sa chaste épouse encore endormie dans sa chambre, et qui, plongée dans le premier sommeil, n'avait rien entendu, il alla au-devant de la peine due à son crime, en se l'infligeant lui-même, et se jeta sur le fer que la crédulité lui avait mis à la main.

Des accusateurs poursuivent cette femme en justice; on la trahie à Home devant les centumvirs. Elle n'est pas coupable, et pourtant de fâcheux soupçons planent sur elle, parce qu'elle va entrer en possession de l'héritage. Des avocats prennent en main sa cause, défendant de tout leur pouvoir une femme innocente. Alors les juges supplièrent Auguste de les aider à ne point violer la religion du serment, se déclarant arrêtés par l'ambiguïté de cette affaire.

Le prince, après avoir percé les ténèbres dont s'enveloppait la calomnie et découvert la véritable explication du mystère, prononça cet arrêt : « Que le châtiment tombe sur l'affranchi, qui est la cause de tous ces malheurs ! Car une femme qui perd à la fois un fil<s et

un époux, je la trouve bien à plaindre, loin de vouloir la condamner. Si le père de famille eût cherché sur quoi se fondaient les dénonciations de l'affranchi, s'il eût vérifié par un examen scrupuleux si elles n'étaient point mensongères, il n'aurait point, par un crime funeste, anéanti sa maison pour jamais. »

Sachez tout écouter, mais ne vous pressez pas de croire ; en effet, des gens qu'on n'aurait jamais soupçonnés peuvent être coupables, et d'autres, vraiment innocents, sont en butte aux traits de la calomnie.

Cet exemple doit aussi apprendre aux hommes trop candides à ne juger de rien d'après le sentiment d'auti'ui ; car les mortels poursuivent tous des buts divers : l'un dira seulement ce qui peut le faire bien venir, l'autre ce que lui dicte la haine. On ne connaît des gens que ce qu'on en sait par soi-même. (Phèdre, Fables, in, 10)

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