‹ Les moralistes latinsChapitre 44 sur 253 · COMPLAISANT (LE · texte numérisé non relu

COMPLAISANT (LE

Dieux immortels! quelle différence d'un homme à un autre ! et que l'esprit a de supériorité sur la sottise ! Voici ce qui me suggère cette réflexion :

Aujourd'hui, en arrivant, je rencontre un homme de mon pays et de ma condition, un homme d'inclination généreuse et qui, comme moi, a mangé tout son bien. Je le vois crasseux, malpropre, malade, chargé d'années et de haillons. « Te voilà en triste équipage, lui dis-je; d'où vient? — Ah! me dit-il, c'est que j'ai perdu tout ce que j'avais. Voilà où j'en suis réduit. Amis,

(I) T. Flamininus, frère de celui-ci, avait soumis la Grèce et vaincu Philippe de Macédoine.

connaissances, tout le monde me délaisse. » Je laissai tomber sur lui un regard de pitié : « Lâche que tu es, lui dis-je, es-tu descendu si bas que tu n'aies plus en toi aucune ressource? En perdant ta fortune, as-tu perdu l'esprit ? Regarde-moi : je suis de même condition que toi? Eh bien, vois! teint fleuri, bel embonpoint, brillant costume. J'ai tout, et je n'ai rien ; pas un denier, et rien ne me manque. — Oui, mais j'ai un malheur, moi : je ne puis ni faire le bouffon ni souffrir les coups. — Ah çà! que veux-tu faire avec de pareils principes? Oui, jadis, dans les premiers âges, on pouvait ainsi gagner sa vie ; mais, aujourd'hui, nous avons un autre système, et c'est moi qui en suis l'inventeur. Il y a des gens qui veulent primer en tout et qui ne priment en rien ; je m'attache à eux, je ne les fais pas rire à mes dépens, mais je ris à tout ce qu'ils disent, je suis en admiration devant leur génie. A chaque mot qu'ils prononcent, bravo ! changent-ils de langage, bravo encore. On dit oui : je dis oui ; non : je dis non. Enfin, je me suis fait une loi de tout approuver. Voilà aujourd'hui le métier qui rapporte le plus, i (Tbrence, Y Eunuque)

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