CONSOLATIONS POÉTIQUES
Tu m'écris qu'un jour sur le théâtre, en présence de nombreux spectateurs, mes pièces sont mêlées à des
danses et qu'on applaudit à mes vers. Ces pièces, tu le sais, je ne les avais pas destinées au théâtre, et ma muse n'en ambitionna jamais les applaudissements ; mais je suis reconnaissant de tout ce qui entretient mon souvenir, de tout ce qui fait prononcer à des bouches romaines le nom de l'exilé. Quelquefois, il est vrai, le ressentissement du mal que j'ai reçu de la poésie et des Muses me les fait maudire; mais, quand je les ai maudites, je sens que je ne puis vivre sans elles, et, tout sanglant, je cours après le trait qui m'a blessé, comme ce vaisseau grec qui, déchiré par les flots de l'Eubée, ose affronter ensuite les eaux de Capharée. Mes veilles, d'ailleurs, n'ont pour but ni la gloire ni le soin d'éterniser un nom qui, pour mon bonheur, aurait dû rester ignoré ; je veux captiver mon esprit par l'étude et tromper mes chagrins, et c'est ainsi que j'essaye de donner le change à mes cruels soucis. (Ovide, Tristes, v, 7)